{"id":13229,"date":"2021-11-09T10:30:12","date_gmt":"2021-11-09T09:30:12","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-gauche-en-quete-de-sens\/"},"modified":"2023-06-24T00:21:16","modified_gmt":"2023-06-23T22:21:16","slug":"article-la-gauche-en-quete-de-sens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13229","title":{"rendered":"La gauche en qu\u00eate de sens"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La gauche \u00e9vitera-t-elle le d\u00e9sastre au printemps prochain ? Quelle que soit l\u2019issue de la comp\u00e9tition, l\u2019ampleur de la reconstruction sera consid\u00e9rable. Encore devra-t-on comprendre ce qui a plong\u00e9 la gauche dans un tel marasme. Analyse de Roger Martelli.<\/p>\n<p>Il fut un temps o\u00f9 le peuple avait en son c\u0153ur un groupe central, les ouvriers. Ce groupe s\u2019\u00e9tendait contin\u00fbment, par les vertus de l\u2019industrialisation et de l\u2019urbanisation. Son organisation en \u00ab\u2009mouvement ouvrier\u2009\u00bb tendait en outre \u00e0 l\u2019unifier peu \u00e0 peu, l\u2019installant en classe objective et subjective. Le mouvement lui-m\u00eame s\u2019entrem\u00ealait enfin avec les fluctuations d\u2019un large courant d\u2019id\u00e9es : il est n\u00e9 au c\u0153ur de la R\u00e9volution de 1789-1794 ; il a \u00e9t\u00e9 relanc\u00e9 par les trois r\u00e9volutions populaires du XIX\u00e8me si\u00e8cle (1830, 1848, 1871) ; il a aliment\u00e9 les repr\u00e9sentations d\u2019une gauche proprement politique. Un groupe central, un mouvement ouvrier, une gauche bien identifi\u00e9e\u2026<\/p>\n<h2>Le mythe du \u00ab\u2009bloc\u2009\u00bb social, bourgeois ou populaire<\/h2>\n<p>La gauche ne se r\u00e9duisait pas \u00e0 un ensemble de partis politiques. Elle se pr\u00e9sentait plut\u00f4t comme un vaste complexe associant, de fa\u00e7on mouvante, du social, du politique et du symbolique. Jusqu\u2019\u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier, elle reliait de la contestation, plus ou moins massive, violente et radicale, \u00e0 quelque chose qui relevait d\u2019une esp\u00e9rance sociale, centr\u00e9e sur les notions d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de justice. Elle s\u2019exprimait sous des formes diff\u00e9rentes, la \u00ab\u2009Sainte \u00c9galit\u00e9\u2009\u00bb des sans-culottes, la \u00ab\u2009R\u00e9publique d\u00e9mocratique et sociale\u2009\u00bb des ann\u00e9es 1848-1871 et, plus simplement, la \u00ab\u2009Sociale\u2009\u00bb du mouvement ouvrier. C\u2019est cette articulation de la critique et d\u2019un horizon de rupture n\u00e9cessaire et possible qui faisait que la col\u00e8re, m\u00eame explosive, pouvait \u00e9chapper au d\u00e9ferlement du ressentiment. On lui doit cette capacit\u00e9 \u00e0 modeler le syst\u00e8me capitaliste dominant qui, des ann\u00e9es 1930 aux ann\u00e9es 1980, a impos\u00e9 les ajustements r\u00e9gulateurs de \u00ab\u2009l\u2019\u00c9tat-providence\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Cette longue s\u00e9quence historique est forclose, dans sa coh\u00e9rence tout au moins. La phase d\u2019unification relative autour du r\u00e9f\u00e9rent ouvrier a laiss\u00e9 la place \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne inverse d\u2019\u00e9miettement des groupes domin\u00e9s. Comme l\u2019annon\u00e7ait le <em>Manifeste du parti communiste<\/em> en 1848, le capitalisme s\u2019est universalis\u00e9\u2009; mais il ne s\u2019est pas simplifi\u00e9 en se mondialisant. Si la polarit\u00e9 produite par la distribution in\u00e9gale des ressources reste de r\u00e8gle, elle traverse tous les territoires, toutes les soci\u00e9t\u00e9s et tous les groupes qui les composent. Il n\u2019y a donc pas aujourd\u2019hui un Nord et un Sud, un centre et une p\u00e9riph\u00e9rie, un peuple et une \u00e9lite. Le \u00ab\u2009bloc\u2009\u00bb social, bourgeois ou populaire, est un mythe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees-culture\/article\/a-propos-du-bloc-bourgeois\">\u00c0 propos du \u00ab bloc bourgeois \u00bb, par Roger Martelli<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><h2>Le mouvement social orphelin du politique<\/h2>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019esp\u00e9rance sociale a \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9e par les remous tragiques du XX\u00e8me si\u00e8cle. Le communisme politique a p\u00e2ti de l\u2019enlisement d\u2019un mod\u00e8le sovi\u00e9tique, volontariste et \u00e9tatiste, dont il a fait trop longtemps une base majeure d\u2019identification. Les dissidences du mouvement communiste, enferm\u00e9es dans les souvenirs fantasm\u00e9s du bolchevisme russe, n\u2019ont jamais pu sortir de la marginalit\u00e9. Le tiers-mondisme, enserr\u00e9 dans les filets du n\u00e9ocolonialisme et de ses succ\u00e9dan\u00e9s, n\u2019a pas produit un mod\u00e8le \u00e9mancipateur alternatif. Quant au socialisme europ\u00e9en, qui a fait longtemps son miel de l\u2019\u00c9tat-providence, il n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 se relancer durablement apr\u00e8s l\u2019effondrement des \u00e9quilibres d\u2019apr\u00e8s 1945.<\/p>\n<p>Au total, la gauche n\u2019a pas su reformuler le socle symbolique qui l\u2019avait soutenu pendant au moins un si\u00e8cle. Quant au mouvement ouvrier \u2013 qui a trouv\u00e9 en mai-juin 1968 son apog\u00e9e en m\u00eame temps que son chant du cygne \u2013, il n\u2019a cess\u00e9 d\u2019h\u00e9siter entre renoncements et nostalgie. Du coup, s\u2019il n\u2019a pas disparu, il n\u2019est plus en \u00e9tat de colorer l\u2019ensemble des insatisfactions, des col\u00e8res et des attentes, au sein de soci\u00e9t\u00e9s engag\u00e9es dans d\u2019autres voies que celles de la croissance industrielle et urbaine. Il est vrai que cette croissance avait \u00e0 la fois ses douleurs et ses drames, mais aussi ses espoirs dans un progr\u00e8s continu, port\u00e9 par la science et la d\u00e9ferlante des luttes des domin\u00e9s. Or cet optimisme n\u2019est plus de rigueur. La place est donc libre pour les amertumes, les incertitudes et la peur.<\/p>\n<p>La conflictualit\u00e9 sociale est toujours l\u00e0 \u2013 <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/alain-bertho\">on se reportera sur ce site aux analyses tr\u00e8s document\u00e9es d\u2019Alain Bertho<\/a>. Extr\u00eamement combative, parfois violente, elle se distingue toutefois des mobilisations du pass\u00e9. La lutte peut relever d\u2019une cause : le climat, le refus des discriminations de race ou de genre, la d\u00e9nonciation des violences sexistes. Elle peut \u00eatre plus globale et plus nettement interclassiste, comme le mouvement des Gilets jaunes. Dans ce dernier cas, le plus nettement populaire, le refus exacerb\u00e9 de la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart et du m\u00e9pris social a \u00e9t\u00e9 le moteur le plus partag\u00e9 de l\u2019engagement des individus.<\/p>\n<p>Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence des mobilisations du mouvement ouvrier, celles du temps pr\u00e9sent ne trouvent pas le coagulant symbolique qui adossait la col\u00e8re \u00e0 l\u2019attente d\u2019une logique sociale plus \u00e9galitaire et plus attentive \u00e0 la dignit\u00e9 de chaque individu. Faute du \u00ab\u2009Principe Esp\u00e9rance\u2009\u00bb, cher au philosophe allemand Ernst Bloch, et faute d\u2019une identification claire de la cause des maux sociaux, la col\u00e8re peine \u00e0 se f\u00e9d\u00e9rer, se tourne volontiers contre le bouc \u00e9missaire et peut d\u00e9river vers un ressentiment de repli et d\u2019exclusion. Sans qu\u2019il y ait manipulation directe et massive, les conflits le plus r\u00e9cents se sont ainsi gliss\u00e9s dans une \u00e9volution politique plus favorable \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite qu\u2019\u00e0 une gauche de critique sociale assum\u00e9e.<\/p>\n<blockquote><p>La place est libre pour les amertumes, les incertitudes et la peur.<\/p><\/blockquote>\n<h2>L\u2019extr\u00eame droite a impos\u00e9 son terrain<\/h2>\n<p>De fugaces espoirs en cruelles d\u00e9sillusions, la gauche a perdu la main sur la marche des id\u00e9es. En peu de temps, l\u2019air du temps a chang\u00e9 de camp. Tout a commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970. Quand s\u2019essouffle la grande croissance de 1945-1975 \u00e9merge un constat de crise de la d\u00e9mocratie occidentale, accus\u00e9e de ne pouvoir traiter la masse croissante des demandes sociales, port\u00e9es par des soci\u00e9t\u00e9s de masse et de consommation. Sous les auspices d\u2019un club mondial tr\u00e8s \u00e9litiste \u2013 la Commission Trilat\u00e9rale[[C\u2019est un think tank international des ann\u00e9es 1970. D\u2019inspiration \u00e9tasunienne, il associe des responsables politiques, des chefs d\u2019entreprise et des intellectuels : du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, Raymond Barre, Roland Dumas, Jacques Delors, Alain Poher et Jacques Chirac participeront \u00e0 ses travaux. En 1975, la Trilat\u00e9rale publie un rapport remarqu\u00e9, intitul\u00e9 <em>La Crise de la d\u00e9mocratie,<\/em> r\u00e9dig\u00e9 par trois universitaires r\u00e9put\u00e9s : le Fran\u00e7ais Michel Crozier, le Japonais Joji Watanuki et l\u2019Am\u00e9ricain Samuel Huntington.]] \u2013 s\u2019\u00e9bauche d\u00e8s 1975 la notion de \u00ab\u2009gouvernance\u2009\u00bb, emprunt\u00e9e au monde de la grande entreprise priv\u00e9e. La d\u00e9mocratie souffrant d\u2019une grave carence d\u2019autorit\u00e9 qui la rend \u00ab\u2009ingouvernable\u2009\u00bb, seule une r\u00e9gulation par les \u00ab\u2009comp\u00e9tences\u2009\u00bb serait \u00e0 m\u00eame de conjurer le risque de l\u2019explosion sociale et de retrouver les chemins de l\u2019efficacit\u00e9. La logique technocratique des sachants devrait prendre le pas sur les \u00e9quilibres fragiles des repr\u00e9sentants.<\/p>\n<p>\u00c0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment, une autre conviction s\u2019installe du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019extr\u00eame droite fran\u00e7aise. Un des premiers, Alain de Benoist, philosophe pionnier de la \u00ab\u2009Nouvelle Droite\u2009\u00bb, th\u00e9orise l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle, apr\u00e8s deux si\u00e8cles domin\u00e9s par la th\u00e9matique de l\u2019\u00e9galit\u00e9, le XXI\u00e8me si\u00e8cle devrait voir l\u2019expansion irr\u00e9sistible d\u2019un d\u00e9sir d\u2019identit\u00e9[[Alain de Benoist, <em>Vu de droite. Anthologie critique des id\u00e9es contemporaines<\/em>, Copernic, 1977 (en 1978, l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise lui d\u00e9cerne le Grand Prix de l\u2019essai)]]. La Trilat\u00e9rale et la Nouvelle Droite ont un point commun : la certitude que les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux biens, aux savoirs et aux pouvoirs et les distinctions de fonction qui en d\u00e9coulent sont une condition de toute progression sociale. Il restait \u00e0 trouver la conjoncture qui pouvait les r\u00e9unir pleinement. C\u2019est chose faite \u00e0 la charni\u00e8re des deux si\u00e8cles.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019islam est le nouvel ennemi principal et son vecteur le plus puissant se trouve dans les mouvements migratoires.<\/p><\/blockquote>\n<p>Une fois d\u00e9mantel\u00e9 le syst\u00e8me sovi\u00e9tique europ\u00e9en, alors que semble l&#8217;emporter l\u2019id\u00e9e que le lib\u00e9ralisme a triomph\u00e9 du communisme, le m\u00eame Samuel Huntington qui \u00ab\u2009inventa\u2009\u00bb la gouvernance en 1975 impose dans les ann\u00e9es 1990 le concept du \u00ab\u2009choc (<em>clash<\/em>) des civilisations\u2009\u00bb. Il sugg\u00e8re que toute l\u2019histoire repose d\u00e9sormais sur l\u2019affrontement d\u2019un Occident qui dispose de la richesse, mais d\u00e9cline d\u00e9mographiquement, et d\u2019un islam qui n\u2019a pas les attributs de la puissance, mais qui a pour lui l\u2019\u00e9lan d\u00e9mographique et le mordant d\u2019une doctrine. Un peu plus tard, en 2004, il expliquera que la paix civile \u00e9tasunienne est menac\u00e9e par la mont\u00e9e des minorit\u00e9s, notamment hispanophones, qui viennent perturber l\u2019h\u00e9g\u00e9monie historique du noyau fondateur, blanc et anglophone[[Samuel Huntington, <em>Le Choc des civilisations<\/em>, Odile Jacob, 1997. Du m\u00eame, <em>Qui sommes-nous\u2009? Identit\u00e9 nationale et choc des cultures<\/em>, Odile Jacob, 2004.]]. Le choc des civilisations aurait pris le pas sur la lutte des classes, les conflits entre imp\u00e9rialismes et la guerre froide\u2026<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le 11 septembre 2001, le \u00ab\u2009choc\u2009\u00bb tourne \u00e0 \u00ab\u2009l\u2019\u00e9tat de guerre\u2009\u00bb, qui justifie \u00ab\u2009la guerre globale contre la terreur\u2009\u00bb et autorise le recours \u00e0 \u00ab\u2009l\u2019\u00e9tat d\u2019exception\u2009\u00bb. En se globalisant, la guerre devient plus que jamais la norme et met en avant <em>\u00ab\u2009l\u2019obligation internationale de protection\u2009\u00bb<\/em> (ONU, d\u00e9cembre 2004). En 1977, Alain de Benoist r\u00e9cusait <em>\u00ab\u2009l\u2019ang\u00e9lisme\u2009\u00bb<\/em> et \u00e9crivait que <em>\u00ab\u2009les identit\u00e9s peuvent s\u2019affronter entre elles\u2009\u00bb<\/em>. Il ajoutait qu\u2019il <em>\u00ab\u2009est parfaitement normal de d\u00e9fendre sa propre appartenance\u2009\u00bb<\/em>. Avec le XXI\u00e8me si\u00e8cle naissant, une nouvelle <em>doxa<\/em> est ainsi solidement en place, qui ne fait que prolonger l\u2019intuition de la droite extr\u00eame : l\u2019Occident est fragilis\u00e9 parce que des forces expansives \u00e9rodent son identit\u00e9\u2009; il peut mourir, parce qu\u2019il ne sait plus ce qu\u2019il est et que d\u2019autres agissent pour qu\u2019il ne soit plus ce qu\u2019il \u00e9tait.<\/p>\n<p>Alors que la s\u00e9curit\u00e9 redistributrice \u00e9tait le drapeau de l\u2019\u00c9tat r\u00e9gulateur des Trente Glorieuses, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et le besoin de protection sont des facteurs de l\u00e9gitimit\u00e9 maximale pour un \u00c9tat qui se veut \u00ab\u2009modeste\u2009\u00bb. Un sentiment recouvre les peurs : \u00ab\u2009nous ne sommes plus chez nous\u2009\u00bb et \u00ab\u2009notre identit\u00e9 est menac\u00e9e\u2009\u00bb. L\u2019islam est le nouvel ennemi principal et son vecteur le plus puissant se trouve dans les mouvements migratoires. On redoutait nagu\u00e8re les effets des migrations sur la masse salariale et sur l\u2019emploi\u2009; d\u00e9sormais, la nouvelle apocalypse se fixe sur le \u00ab\u2009grand remplacement\u2009\u00bb, in\u00e9luctable si un sursaut national et protectionniste ne vient pas l\u2019enrayer.<\/p>\n<h2>La gauche a perdu la bataille des id\u00e9es<\/h2>\n<p>Affirmer sa puissance contre toutes les autres, prot\u00e9ger son identit\u00e9, assurer sa s\u00e9curit\u00e9 : la trilogie de la peur ordonne d\u00e9sormais le d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es. Le probl\u00e8me est que la gauche a globalement capitul\u00e9. Elle a pu le faire, par d\u00e9faut, en expliquant que le vrai d\u00e9bat \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 du \u00ab\u2009social\u2009\u00bb. Elle l\u2019a fait aussi au nom du postulat qu\u2019il ne faut pas laisser le terrain \u00e0 la droite et \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Or l\u2019investissement du terrain par la gauche s\u2019est fait bien souvent en se soumettant \u00e0 des normes pr\u00e9d\u00e9finies. Le premier recul s\u2019est op\u00e9r\u00e9 sur la tentation s\u00e9curitaire. Entre 1997 (Assises de Villepinte) et 2002 (loi sur la s\u00e9curit\u00e9 quotidienne), le Parti socialiste s\u2019est mis \u00e0 assurer que le <em>\u00ab\u2009laxisme\u2009\u00bb<\/em> et <em>\u00ab\u2009l\u2019ang\u00e9lisme\u2009\u00bb<\/em> \u00e9taient des legs d\u00e9pass\u00e9s de la gauche. Plus tard, en novembre 2014 puis en 2015, une majorit\u00e9 parlementaire de gauche a d\u00e9cid\u00e9 de <em>\u00ab\u2009renforcer les dispositions relatives \u00e0 la lutte contre le terrorisme\u2009\u00bb<\/em> et d\u2019\u00e9tendre sans pr\u00e9c\u00e9dent les proc\u00e9dures d\u2019\u00e9coute et de contr\u00f4le des individus. Avec le temps, sans que toute la gauche en ait conscience et s\u2019insurge, s\u2019installe le long cheminement judiciaire et policier qui, en un si\u00e8cle, fait passer du criminel \u00ab\u2009responsable\u2009\u00bb au criminel \u00ab\u2009n\u00e9\u2009\u00bb, puis au criminel \u00ab\u2009potentiel\u2009\u00bb que l\u2019on doit d\u00e9pister et d\u00e9tecter avant m\u00eame qu\u2019il ne passe aux actes. Individus, territoires, populations \u00e0 risque, que l\u2019on trace, contr\u00f4le, parque et isole\u2026 De m\u00eame que la nation des ann\u00e9es 1880-1914 s\u2019\u00e9tait enlis\u00e9e dans le nationalisme belliciste le plus \u00e9chevel\u00e9, de m\u00eame la s\u00e9curit\u00e9 s\u2019est fondue apr\u00e8s 2001 dans le magma d\u2019un s\u00e9curitaire globalis\u00e9 et th\u00e9oris\u00e9. Et, comme en 1914 face au d\u00e9lire cocardier, la gauche en bloc n\u2019a pas su r\u00e9sister.<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e, s\u2019installe dans le d\u00e9bat public un \u00e9trange <em>continuum<\/em> qui relie une extr\u00eame droite conqu\u00e9rante, une droite d\u00e9boussol\u00e9e et une partie de la gauche, f\u00fbt-elle \u00ab radicale \u00bb, \u00e0 la recherche du \u00ab\u2009peuple\u2009\u00bb qui l\u2019a d\u00e9laiss\u00e9e.<\/p><\/blockquote>\n<p>Une partie de la gauche a de m\u00eame capitul\u00e9 sur la question de l\u2019identit\u00e9. En 2014, Christophe Guilluy[[<em>La France p\u00e9riph\u00e9rique : comment on a sacrifi\u00e9 les classes populaires<\/em>, Flammarion, 2014]] oppose en bloc la France \u00ab\u2009m\u00e9tropolitaine\u2009\u00bb\u2009\u00bb et la \u00ab\u2009p\u00e9riph\u00e9rique\u2009\u00bb. Il ajoute que les gouvernants ont eu le tort de porter leurs efforts sur les \u00ab\u2009quartiers\u2009\u00bb des m\u00e9tropoles \u2013 \u00e0 forte concentration immigr\u00e9e \u2013 au d\u00e9triment des \u00ab\u2009natifs\u2009\u00bb de la France p\u00e9riph\u00e9rique. En 2015, Laurent Bouvet[[<em>L\u2019Ins\u00e9curit\u00e9 culturelle<\/em>, Fayard, 2015]] met certes en garde contre le \u00ab\u2009pi\u00e8ge identitaire\u2009\u00bb, mais il en fait porter la responsabilit\u00e9 sur les \u00ab\u2009minorit\u00e9s\u2009\u00bb qui, en insistant sur la \u00ab\u2009diversit\u00e9\u2009\u00bb et en r\u00e9cusant \u00ab\u2009l\u2019int\u00e9gration\u2009\u00bb, attisent les crispations identitaires de la \u00ab\u2009majorit\u00e9\u2009\u00bb. L\u2019invisibilit\u00e9 des discrimin\u00e9s deviendrait ainsi la cl\u00e9 de toute paix sociale future, comme l\u2019\u00e9taient jadis le cantonnement des \u00ab\u2009classes dangereuses\u2009\u00bb et l\u2019invisibilit\u00e9 des ouvriers dans la cit\u00e9 industrielle en expansion.<\/p>\n<p>Ce retour au \u00ab\u2009monde que nous avons perdu\u2009\u00bb[[Jean-Fran\u00e7ois Sirinelli, <em>Ce monde que nous avons perdu. Une histoire du vivre-ensemble<\/em>, Tallandier, 2021]], aliment\u00e9 par les d\u00e9sordres de la \u00ab\u2009mondialisation\u2009\u00bb capitaliste, pousse certains \u00e0 opposer, au \u00ab\u2009bougisme\u2009\u00bb du temps pr\u00e9sent, les vertus de l\u2019immobilit\u00e9 et de la s\u00e9dentarit\u00e9 villageoise du pass\u00e9. Poussant tr\u00e8s loin la m\u00e9taphore du \u00ab\u2009village\u2009\u00bb, au nom d\u2019une critique radicale de l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s, le philosophe Jean-Claude Mich\u00e9a r\u00e9cuse la mobilit\u00e9 et la modernit\u00e9 du capitalisme marchand et des \u00ab\u2009\u00e9lites\u2009\u00bb, en vantant les vertus apaisantes et fig\u00e9es de la d\u00e9cence et de la tradition, pr\u00e9sent\u00e9es comme des attributs populaires primordiaux[[Jean-Claude Mich\u00e9a, <em>Les myst\u00e8res de la gauche : De l\u2019id\u00e9al des Lumi\u00e8res au triomphe du capitalisme absolu<\/em>, Climats, 2013]].<\/p>\n<p>De l\u2019hypoth\u00e8se th\u00e9orique \u00e0 la pratique politique, le chemin est de plus en plus court. De m\u00eame que le raidissement intellectuel d\u2019un Alain Finkielkraut a pr\u00e9par\u00e9 la radicalisation de la droite classique, de m\u00eame les br\u00fblots d\u2019intellectuels venus de la gauche ont nourri l\u2019inflexion vers la droite de bien des discours de la gauche officielle. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e, s\u2019installe dans le d\u00e9bat public un \u00e9trange <em>continuum<\/em> qui relie une extr\u00eame droite conqu\u00e9rante, une droite d\u00e9boussol\u00e9e et une partie de la gauche, f\u00fbt-elle \u00ab radicale \u00bb, \u00e0 la recherche du \u00ab\u2009peuple\u2009\u00bb qui l\u2019a d\u00e9laiss\u00e9e. La R\u00e9publique est convoqu\u00e9e pour d\u00e9l\u00e9gitimer les combats contre les discriminations, la la\u00efcit\u00e9 est encens\u00e9e pour vanter l\u2019uniformit\u00e9 des croyances et des m\u0153urs, l\u2019universalisme sert \u00e0 pr\u00f4ner l\u2019int\u00e9gration pure et simple des \u00ab\u2009minorit\u00e9s\u2009\u00bb dans le moule de la \u00ab\u2009majorit\u00e9\u2009\u00bb. Quant \u00e0 l\u2019immigration, elle est presque toujours un risque, qu\u2019il convient de canaliser quand il ne s\u2019agit pas de la stopper. Le temps est venu de <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees-culture\/article\/a-propos-du-livre-de-philippe-corcuff-et-de-la-grande-confusion\">ce \u00ab\u2009confusionnisme\u2009\u00bb que d\u00e9cortique avec bonheur le sociologue Philippe Corcuff<\/a>[[Philippe Corcuff, <em>La Grande Confusion. Comment l\u2019extr\u00eame droite gagne la bataille des id\u00e9es<\/em>, Textuel, 2021]].<\/p>\n<blockquote><p>Si vouloir rassembler la gauche reste un objectif n\u00e9cessaire, il est vain de sous-estimer les contradictions \u00e9paisses que cela implique de traiter. Chercher \u00e0 y parvenir le plus vite possible est un \u00e9tat d\u2019esprit raisonnable. Il est tout aussi pertinent de mesurer ce que cela suppose de patience, de tol\u00e9rance et de d\u00e9sir d\u2019innovation radicale. L\u2019avenir de la gauche passe avant tout par sa refondation, intellectuelle, symbolique, pratique et organisationnelle. Voil\u00e0 qui devrait relever de la mise en chantier, pas de la proclamation.<\/p><\/blockquote>\n<h2>R\u00e9flexions prudentes sur une prospective<\/h2>\n<p><strong>1.<\/strong> En 2017, la gauche est entr\u00e9e dans ses basses eaux, pr\u00e9sidentielles et l\u00e9gislatives. Au fil des \u00e9lections, depuis 1981, elle a perdu le socle sociologique qui avait fait sa force dans les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes. Ouvriers et employ\u00e9s votaient majoritairement \u00e0 gauche en 1981\u2009; en avril 2017, 70 \u00e0 75% des ouvriers qui votent vont vers l\u2019extr\u00eame droite et moins d\u2019un tiers vers la gauche. Du coup, \u00e0 l\u2019automne 2021, les sondages enferment la gauche dans une fourchette modeste d\u2019un quart \u00e0 moins d\u2019un tiers des intentions de vote.<\/p>\n<p><strong>2.<\/strong> Contrairement aux constats trop simples, ce n\u2019est pas que la soci\u00e9t\u00e9 ait massivement vir\u00e9 \u00e0 droite. \u00c0 bien des \u00e9gards, la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est ni \u00e0 droite ni \u00e0 gauche. Elle distribue les repr\u00e9sentations et les comportements sur une pluralit\u00e9 d\u2019axes possibles : acceptation ou refus de l\u2019ordre social, appartenance de classe, haut ou bas, confiance ou m\u00e9fiance, ouverture ou fermeture, etc. Dans l\u2019espace politique, c\u2019est le face-\u00e0-face de la droite et de la gauche, autour du couple de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de la libert\u00e9, qui a ordonn\u00e9 la dynamique des conflits. Aujourd\u2019hui, le dualisme est contest\u00e9\u2009; il n\u2019en continue pas moins d\u2019\u00eatre le d\u00e9terminant le plus solide du vote et du non-vote. Force est alors de constater que, si la gauche et la droite ont toutes deux perdu de leur sens, la gauche s\u2019est trouv\u00e9e la plus affaiblie. Aux yeux de nombre de ses partisans, elle a perdu massivement ses rep\u00e8res au fil des d\u00e9cennies, confondant trop souvent la fid\u00e9lit\u00e9 et l\u2019immobilisme ou la mobilit\u00e9 et le renoncement. Au fil des conjonctures, des courants de gauche ont fini par oublier que le souverainisme n\u2019est que la caricature du d\u00e9sir de souverainet\u00e9, que le protectionnisme finit par contredire le souci de la protection et que la crispation identitaire est la pire ennemie du libre choix des appartenances.<\/p>\n<p>Le communisme fran\u00e7ais, qui a longtemps donn\u00e9 le ton, s\u2019est affaibli, puis marginalis\u00e9. Le PS mitterrandien a pris un temps la rel\u00e8ve, mais s\u2019est ab\u00eem\u00e9, dans les tournants de 1982-1984, puis dans les impasses europ\u00e9ennes du social-lib\u00e9ralisme. La France insoumise s\u2019est gliss\u00e9e en 2017 dans les habits du socialisme-communisme d\u2019hier, mais n\u2019a pas compris les ressorts du vote M\u00e9lenchon et a \u00e9rod\u00e9 les vertus rassembleuses de sa campagne pr\u00e9sidentielle. Quant aux \u00e9cologistes, en principe dop\u00e9s par la mont\u00e9e des angoisses climatiques, ils ne parviennent pas \u00e0 sortir, depuis le milieu des ann\u00e9es 1980, du balancement entre r\u00e9alisme et rupture.<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 gauche, l\u2019\u00e9parpillement et l\u2019exacerbation des concurrences ne sont que des sympt\u00f4me d\u2019une carence de projets.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>3.<\/strong> En longue dur\u00e9e, de grandes repr\u00e9sentations du monde et des soci\u00e9t\u00e9s structurent plus ou moins les familles politiques. Aujourd\u2019hui, le pouvoir en place et l\u2019extr\u00eame droite s\u2019appuient sur une coh\u00e9rence lisible. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, un projet \u00e9conomiquement lib\u00e9ral, autoritaire et ouvert sur l\u2019ext\u00e9rieur (Europe, monde)\u2009; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, un projet \u00e0 la fois \u00ab\u2009illib\u00e9ral\u2009\u00bb, protectionniste et excluant. Le fait nouveau est que l\u2019\u00e9mergence d&#8217;\u00c9ric Zemmour vient perturber l\u2019incarnation du second projet, jusqu\u2019alors trust\u00e9 par la personnalit\u00e9 de Marine Le Pen. <\/p>\n<p>Il n\u2019est pas s\u00fbr pour autant la gauche \u00e9parpill\u00e9e et la droite parlementaire \u00e9cartel\u00e9e entre macronisme et extr\u00eame droite puissent tirer profit de l\u2019intrusion. \u00c0 gauche, en tout cas, l\u2019\u00e9parpillement et l\u2019exacerbation des concurrences ne sont que des sympt\u00f4me d\u2019une carence de projets.<\/p>\n<p><strong>4.<\/strong> Or ni l\u2019accumulation de propositions ni m\u00eame leur rassemblement en programmes ne peuvent servir de substitut au projet qui donne sens. Seul un r\u00e9cit coh\u00e9rent peut redonner aux gauches leur pouvoir d\u2019attraction, en reliant une vis\u00e9e, une m\u00e9thode et le processus politique complexe qui les fait vivre dans la dur\u00e9e. Il ne suffit pas d\u00e8s lors de se r\u00e9clamer de l\u2019in\u00e9vitable \u00ab\u2009changement de paradigme\u2009\u00bb autour duquel tout devrait se r\u00e9organiser. La soci\u00e9t\u00e9 est un tout et nulle rupture, qu\u2019elle soit sociale ou civilisationnelle, ne d\u00e9rive de l\u2019action sur un maillon unique, m\u00eame s\u2019il est marqu\u00e9 du signe de l\u2019urgence, \u00e9cologique ou sociale.<\/p>\n<p>Aucun projet subversif et r\u00e9aliste ne peut se dispenser de raisonner contin\u00fbment en termes de processus et de contradictions. Rien ne change sans la mobilisation concr\u00e8te et imm\u00e9diate des individus\u2009; mais cette mobilisation est fragile si elle reste corset\u00e9e par les logiques qui r\u00e9gissent la distribution des avoirs, des savoirs et des pouvoirs. Il n\u2019y a pas de changement humainement soutenable si l\u2019accumulation pr\u00e9datrice des biens prime toujours sur le d\u00e9veloppement sobre des capacit\u00e9s humaines\u2009; mais aucun changement profond et durable n\u2019est pensable sans majorit\u00e9 pour le vouloir et le conduire et aucune majorit\u00e9 n\u2019est possible sans travail dans la dur\u00e9e pour la construire et la maintenir. En bref, on ne peut esp\u00e9rer am\u00e9liorer les choses sans rupture tangible et imm\u00e9diatement perceptible\u2009; mais il ne sert \u00e0 rien d\u2019\u00e9voquer la rupture sans le temps long de sa construction collective. Les contradictions sociales ne se nient pas : elles s\u2019assument. C\u2019est la fonction du projet que de mettre en sc\u00e8ne cette ambition.<\/p>\n<blockquote><p>On peut r\u00e9cuser la mondialisation et se r\u00e9clamer de la mondialit\u00e9, ne pas tourner le dos \u00e0 la nation et se m\u00e9fier du souverainisme.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>5.<\/strong> Une strat\u00e9gie de changement radical ne repose ni sur d\u2019improbables cartels de gauche ni sur la constitution d\u2019illusoires blocs sociaux. Elle suppose de rassembler une majorit\u00e9 de domin\u00e9s, autour d\u2019une vis\u00e9e coh\u00e9rente servant de pivot \u00e0 la construction d\u2019un p\u00f4le dont le ma\u00eetre mot est l\u2019\u00e9mancipation. Politiquement, il s\u2019agit d\u2019articuler de fa\u00e7on nouvelle le rassemblement du \u00ab\u2009peuple\u2009\u00bb, celui de la gauche et la promotion d\u2019une gauche bien \u00e0 gauche. Inutile pour cela de r\u00eaver du retour \u00e0 un pass\u00e9 fantasm\u00e9. Le monde et la soci\u00e9t\u00e9 restent r\u00e9gis par les logiques de d\u00e9possession, mais ne sont plus ce qu\u2019ils \u00e9taient. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 ne peut plus s\u2019analyser sans la discrimination qui la mod\u00e8le et la l\u00e9gitime. La mise en commun ne d\u00e9rive pas de la seule juxtaposition des communaut\u00e9s, du recours \u00e0 un universalisme abstrait ou de la confusion entretenue entre le public et l\u2019\u00c9tat. On peut r\u00e9cuser la mondialisation et se r\u00e9clamer de la mondialit\u00e9, ne pas tourner le dos \u00e0 la nation et se m\u00e9fier du souverainisme. Il ne s\u2019agit plus de balancer perp\u00e9tuellement entre l\u2019individu et le collectif, mais d\u2019en repenser radicalement les contours et l\u2019articulation.<\/p>\n<p>La gauche historique avait fini par r\u00e9concilier la R\u00e9publique et le monde ouvrier. Elle a pu le faire en raccordant la dynamique sociale, la construction politique et le travail intellectuel et culturel. Or l\u2019histoire a dissoci\u00e9 ces champs, pour de bonnes et de moins bonnes raisons\u2009; comprendre ce qui a d\u00e9fait les liens et imaginer ce qui peut les retisser est ainsi tout aussi strat\u00e9gique que de retrouver un langage commun dans le champ des partis. Cela ne se r\u00e8gle ni par l\u2019inflation des mots nouveaux (l\u2019\u00ab\u2009intersectionnalit\u00e9\u2009\u00bb est de ceux-l\u00e0) ni par le montage de savants meccanos.<\/p>\n<p>En bref, si vouloir rassembler la gauche reste un objectif n\u00e9cessaire, il est vain de sous-estimer les contradictions \u00e9paisses que cela implique de traiter. Chercher \u00e0 y parvenir le plus vite possible est un \u00e9tat d\u2019esprit raisonnable. Il est tout aussi pertinent de mesurer ce que cela suppose de patience, de tol\u00e9rance et de d\u00e9sir d\u2019innovation radicale. L\u2019avenir de la gauche passe avant tout par sa refondation, intellectuelle, symbolique, pratique et organisationnelle. Voil\u00e0 qui devrait relever de la mise en chantier, pas de la proclamation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/roger-martelli\"><strong>Roger Martelli<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13229 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/befunky-collage-420-f24-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/befunky-collage-420-f24-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-420.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La gauche \u00e9vitera-t-elle le d\u00e9sastre au printemps prochain ? Quelle que soit l\u2019issue de la comp\u00e9tition, l\u2019ampleur de la reconstruction sera consid\u00e9rable. Encore devra-t-on comprendre ce qui a plong\u00e9 la gauche dans un tel marasme. Analyse de Roger Martelli.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":31139,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[291,355,295,515],"class_list":["post-13229","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-idees-culture","tag-analyse","tag-extreme-droite","tag-nupes","tag-presidentielle-2022"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13229"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13229\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/31139"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}