{"id":13223,"date":"2021-11-03T17:38:58","date_gmt":"2021-11-03T16:38:58","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-un-grand-goncourt\/"},"modified":"2023-06-24T00:21:08","modified_gmt":"2023-06-23T22:21:08","slug":"article-un-grand-goncourt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13223","title":{"rendered":"Un grand Goncourt"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Mohamed Mbougar Sarr vient de recevoir le prix Goncourt 2021 pour son roman <em>La plus secr\u00e8te m\u00e9moire des hommes<\/em> (\u00e9ditions Philippe Rey). Critique d&#8217;Arnaud Viviant.<\/p>\n<p>Secou\u00e9e par une ridicule et in\u00e9narrable affaire de \u00ab conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats \u00bb \u2013 une expression qui convient mieux au secteur bancaire qu\u2019aux prix litt\u00e9raires \u2013 l\u2019Acad\u00e9mie Goncourt s\u2019en sort, cette fois-ci, par le haut. Elle vient d\u2019attribuer son prix au meilleur et au plus litt\u00e9raire roman de la rentr\u00e9e : <em>La plus secr\u00e8te m\u00e9moire des hommes<\/em> de Mohamed Mbougar Sarr. C\u2019est la quatri\u00e8me fiction de cet \u00e9crivain s\u00e9n\u00e9galais d\u2019expression fran\u00e7aise, n\u00e9 \u00e0 Dakar en 1991. C\u2019est aussi la deuxi\u00e8me fiction publi\u00e9e par un \u00e9diteur fran\u00e7ais ind\u00e9pendant (Philippe Rey) en association \u2013 il est important de le signaler \u2013 avec une maison d\u2019\u00e9dition, Jimsaan, fond\u00e9e par trois \u00e9crivains s\u00e9n\u00e9galais en 2012 \u00e0 Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal. Quelques semaines donc apr\u00e8s l\u2019attribution du prix Nobel de litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019\u00e9crivain tanzanien Abdulrazak Gurnah, l\u2019Afrique se voit \u00e0 nouveau distingu\u00e9e en litt\u00e9rature. Dans la p\u00e9riode travers\u00e9e, la r\u00e9sonance g\u00e9opolitique du message n\u2019\u00e9chappera \u00e0 personne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees-culture\/culture\/article\/de-la-radicalite-en-litterature\">De la radicalit\u00e9 en litt\u00e9rature<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature africaine, ou plut\u00f4t son id\u00e9e, est au c\u0153ur de <em>La plus secr\u00e8te m\u00e9moire des hommes<\/em>, ce qui en fait non seulement un roman litt\u00e9raire mais \u00e9galement m\u00e9talitt\u00e9raire, dans la lign\u00e9e du dernier grand \u00e9crivain post-moderne, le chilien Roberto Bolano, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2003, chez qui Mohamed Mbougar Sarr est all\u00e9 chercher beaucoup plus que le titre de son roman et beaucoup plus qu\u2019une image qui hante depuis Borg\u00e8s la litt\u00e9rature sud-am\u00e9ricaine : celle du labyrinthe. <\/p>\n<p>Il y a pourtant au c\u0153ur du roman de Sarr un autre livre, imaginaire lui, qui s\u2019intitule <em>Le labyrinthe de l\u2019inhumain<\/em>. Paru en France en 1938, il serait l\u2019unique livre de T.C. Elimane, \u00e9crivain s\u00e9n\u00e9galais qui a disparu apr\u00e8s cette publication qui a divis\u00e9 la critique litt\u00e9raire fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9poque. Certains voyaient en lui un \u00ab Rimbaud n\u00e8gre \u00bb. D\u2019autres un vil plagiaire de la litt\u00e9rature mondiale qu\u2019il ma\u00eetrisait sur le bout des doigts. <\/p>\n<p>En 2018, un autre jeune \u00e9crivain s\u00e9n\u00e9galais, Di\u00e9gane Latyr Faye, qui fait ses \u00e9tudes \u00e0 Paris et r\u00eave avec ses compatriotes de bamboche, de l\u2019avenir de la litt\u00e9rature, africaine ou non, se lance donc sur les traces de son anc\u00eatre disparu. Son enqu\u00eate le m\u00e8nera loin, jusqu\u2019\u00e0 Buenos Aires o\u00f9 Elimane, apprendra-t-on, aurait fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019exil\u00e9 Witold Gombrowicz et le g\u00e9nie local, Ernesto Sabato, dans une id\u00e9e plus qu\u2019universelle de la litt\u00e9rature. <\/p>\n<p>Comme tous les grands livres, <em>La plus secr\u00e8te m\u00e9moire des hommes<\/em> est une machine performative par laquelle Mohamed Mbougar Sarr cherche \u00e0 r\u00e9soudre la quadrature du cercle : comment \u00eatre un \u00e9crivain africain sans \u00eatre un \u00e9crivain africain ?<\/p>\n<p>Mais si ! Vous savez, foin de cet universalisme qui n\u2019a plus lieu d\u2019\u00eatre apr\u00e8s les remontrances d\u2019Etiemble (<em>\u00ab son mod\u00e8le critique est Etiemble \u00bb<\/em>, lit-on page 61 sur un total de 476 pages) et d\u2019Edward Sa\u00efd, ces \u00e9crivains africains que Sarr d\u00e9crit d\u2019une main qui ne tremble pas dans des pages inoubliables. <\/p>\n<p>Ces \u00e9crivains africains que <em>\u00ab leurs lecteurs occidentaux<\/em> (osons le mot : blancs)<em> \u00bb<\/em> lisent <em>\u00ab comme on fait charit\u00e9, aimant qu\u2019il les divertisse ou leur parle du vaste monde avec cette fameuse truculence naturelle des Africains, les Africains qui ont le rythme dans la plume, les Africains qui ont l\u2019art de conter comme au clair de lune, les Africains qui ne compliquent pas les choses, les Africains qui n\u2019ont toujours pas c\u00e9d\u00e9 au fat nombrilisme o\u00f9 s\u2019embourbent tant d\u2019auteurs fran\u00e7ais, ah, les merveilleux Africains dont on aime les \u0153uvres et les personnalit\u00e9s color\u00e9es et les grands rires remplis de dents et d\u2019espoir\u2026 \u00bb<\/em> Et la charge de Sarr continue ainsi sur des lignes et des lignes.<\/p>\n<p>Le performatif de Mohamed Mbougar Sarr, la grandeur de son livre, est d\u2019inventer une autre programmation, moins convenue, \u00e0 la litt\u00e9rature d\u2019Afrique et du monde. Ou \u00e0 l\u2019Afrique fant\u00f4me, comme disait Michel Leiris. Car si les \u00eatres et notamment les \u00e9crivains, et parmi eux notamment les \u00e9crivains du continent africain, vivent parfois en exil, dans d\u2019autres cultures que la leur, la litt\u00e9rature est pour sa part l\u2019exil\u00e9e du monde.<\/p>\n<p>Si le roman de Sarr parcourt trois continents \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, c\u2019est n\u00e9anmoins dans l\u2019Afrique contemporaine qu\u2019il s\u2019ach\u00e8vera en multipliant l\u2019intertextualit\u00e9 entre le s\u00e9r\u00e8re et le fran\u00e7ais. Car si la litt\u00e9rature est devenue mondiale, intertextuelle et labyrinthique, sa v\u00e9rit\u00e9 g\u00eet en revanche le plus souvent au fond de ce puits qu\u2019est une langue, ainsi qu\u2019on l\u2019apprendra dans les pages les plus assourdissantes de ce grand roman.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/arnaud-viviant\"><strong>Arnaud Viviant<\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-31029\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/201006_fsb_bmv_2-aef.png\" alt=\"201006_fsb_bmv_2.png\" align=\"left\" width=\"490\" height=\"719\" \/><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13223 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/201006_fsb_bmv_2-de1.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/201006_fsb_bmv_2-de1-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"201006_fsb_bmv_2.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/sans-titre-1-36-e0f.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/sans-titre-1-36-e0f-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sans-titre-1-36.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohamed Mbougar Sarr vient de recevoir le prix Goncourt 2021 pour son roman <em>La plus secr\u00e8te m\u00e9moire des hommes<\/em> (\u00e9ditions Philippe Rey). 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