{"id":13149,"date":"2021-09-25T13:19:18","date_gmt":"2021-09-25T11:19:18","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-tribune-la-primaire-ecologiste-et-les-risques-de-la-politique\/"},"modified":"2023-06-24T00:20:06","modified_gmt":"2023-06-23T22:20:06","slug":"article-tribune-la-primaire-ecologiste-et-les-risques-de-la-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13149","title":{"rendered":"TRIBUNE. La primaire \u00e9cologiste et les risques de la politique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Alors que d\u00e9bute le second tour de la primaire \u00e9cologiste, qui voit s&#8217;affronter Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, le militant \u00e9cologiste et ancien d\u00e9put\u00e9 EELV des Fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9tranger Sergio Coronado livre son analyse du premier tour et ses attentes en perspective de la pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>122.670 inscrit\u00b7e\u00b7s \u00e0 la primaire \u00e9cologiste. C\u2019est un succ\u00e8s ind\u00e9niable, au regard de la participation aux pr\u00e9c\u00e9dentes primaires \u00e9cologistes. Les r\u00e9cents succ\u00e8s des \u00e9colos aux municipales et l\u2019importance prise par la crise climatique dans le d\u00e9bat pouvaient laisser esp\u00e9rer un nombre plus important d\u2019inscriptions. Il n\u2019en reste pas moins que dans le paysage actuel cette mobilisation confirme la dynamique de l\u2019\u00e9cologie politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/l-effet-sandrine-rousseau\">L\u2019effet Sandrine Rousseau<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette primaire est une premi\u00e8re, car elle r\u00e9unit presque la totalit\u00e9 des organisations de l\u2019\u00e9cologie politique institutionnelle, b\u00e9n\u00e9ficiant ainsi d\u2019un espace m\u00e9diatique nouveau, d\u2019une cr\u00e9dibilit\u00e9 accrue. Cet exercice politique particulier est une s\u00e9quence resserr\u00e9e, o\u00f9 les r\u00e9seaux sociaux et les m\u00e9dias donnent le tempo, davantage m\u00eame que dans une campagne traditionnelle. Une temporalit\u00e9 o\u00f9 prime la capacit\u00e9 \u00e0 construire un r\u00e9cit qui suscite l\u2019attention du corps \u00e9lectoral, \u00e0 dessiner une orientation, \u00e0 troubler le jeu d\u2019une comp\u00e9tition dont sondages et presse avaient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9dit le r\u00e9sultat, et sacr\u00e9 le champion. Une temporalit\u00e9 si particuli\u00e8re qu\u2019elle s\u2019arrache au temps long, \u00e0 l\u2019histoire politique m\u00eame r\u00e9cente. Dans l\u2019ar\u00e8ne de la primaire, peu importe d\u2019o\u00f9 vous venez ou ce que vous avez vot\u00e9, ce qui compte c\u2019est le cap que vous proposez. L\u2019exercice de la primaire redonne toujours droit de cit\u00e9 \u00e0 la politique, comme un exercice de strat\u00e9gie et de tactique. La primaire \u00e9cologiste n\u2019a pas d\u00e9rog\u00e9 \u00e0 la r\u00e8gle.<\/p>\n<p>Il ne fait aucun doute que si le corps \u00e9lectoral avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 celui des adh\u00e9rents des organisations du p\u00f4le \u00e9cologiste, Yannick Jadot et Eric Piolle eussent \u00e9t\u00e9 les finalistes de cette comp\u00e9tition. Le corps \u00e9lectoral de cette primaire, qui est un petit \u00e9chantillon de l\u2019\u00e9lectorat vert, permit que l\u2019\u00e9cho lointain du champ social se fasse entendre, ressuscitant m\u00eame les imaginaires \u00e9cologistes traditionnels.<\/p>\n<h2>Quelques enseignements de ce premier tour<\/h2>\n<p>Deux hommes. Deux parcours pour le moins exemplaires, avec des lettres de noblesse sur le champ \u00e9lectoral, les europ\u00e9ennes pour l\u2019un, les municipales pour l\u2019autre. Le premier, favori des m\u00e9dias <em>mainstream<\/em> et cajol\u00e9 par les instituts de sondages, le second soutenu par un tr\u00e8s large spectre de l\u2019\u00e9cologie en responsabilit\u00e9s, toutes g\u00e9n\u00e9rations confondues. Une contre-performance, une d\u00e9ception.<\/p>\n<p>Le favori fut encombr\u00e9 par son statut, en difficult\u00e9 m\u00eame pour assumer son \u00ab r\u00e9alisme \u00bb, celui des petits pas plut\u00f4t que des grands discours. Cette \u00e9cologie dite gouvernementale, parfois si plastique. Le maire de Grenoble, figure incontournable de l\u2019\u00e9cologisme municipal, ne parvint pas \u00e0 incarner cette \u00e9cologie sociale, pilier de son arc humaniste.<\/p>\n<p>Deux femmes. Une ancienne ministre, longtemps socialiste, devenue \u00e9cologiste. Une ancienne cadre d\u2019EELV, \u00e9lue r\u00e9gionale dans le pass\u00e9. Ces deux candidates ont investi la primaire comme un exercice politique. L\u2019une en remettant au go\u00fbt du jour les th\u00e8mes de la d\u00e9croissance et de l\u2019anti-pr\u00e9sidentialisme, laissant de c\u00f4t\u00e9 une \u00e9cologie int\u00e9grale, inspir\u00e9e de la pens\u00e9e ultra-conservatrice. Delphine Batho assuma cr\u00e2nement sa ligne, au nom d\u2019une \u00e9thique de la v\u00e9rit\u00e9, face aux cris d\u2019orfraie: une ancienne ministre plus connue pour ses positions s\u00e9curitaires et la\u00efcistes qui s\u2019\u00e9gare en reprenant \u00e0 son compte des mots d\u2019ordre si traditionnellement \u00e9cologistes&#8230;<\/p>\n<p>Sandrine Rousseau s\u2019est positionn\u00e9e \u00e0 l\u2019intersection des luttes f\u00e9ministes, antiracistes et \u00ab minoritaires \u00bb, et voudrait que sa candidature soit une caisse de r\u00e9sonance des mouvements sociaux qui red\u00e9finissent ces deniers ann\u00e9es les enjeux politiques. Refusant les injonctions \u00e0 la mod\u00e9ration et au r\u00e9alisme, qui finissent par transformer la politique en platitude, ces deux femmes ont fait entrer le d\u00e9bat dans la primaire. Il faut s\u2019en f\u00e9liciter. La politique ne peut \u00eatre ni la r\u00e9citation des mesures programmatiques, ni la gestion parcimonieuse d\u2019un capital symbolique.<\/p>\n<p>Yannick Jadot et Sandrine Rousseau sont donc les finalistes d\u2019une primaire soumise \u00e0 la tension d\u2019aspirations contraires et l\u00e9gitimes, dans un contexte d\u2019effondrement du vivant, d\u2019aggravation de la crise climatique, de pand\u00e9mie aux cons\u00e9quences sociales brutales. La qu\u00eate de respectabilit\u00e9 dans les institutions est toujours un levier puissant dans un mouvement qui voudrait gouverner, sans qu\u2019il ait jamais tir\u00e9 les le\u00e7ons des faiblesses de ses participations gouvernementales. Cette qu\u00eate s\u2019accommode mal de la rupture qu\u2019exige la situation, et que porte l\u2019\u00e9cologie politique, lorsqu\u2019elle tente d\u2019articuler les urgences sociales et environnementales, au nom de la justice. Cette tension est ancienne. R\u00e9ussir la synth\u00e8se de ces forces contraires est un d\u00e9fi, surtout lorsque les quatre candidat\u00b7e\u00b7s finissent dans un mouchoir de poche.<\/p>\n<h2>Rousseau, la trouble-f\u00eate<\/h2>\n<p>Depuis dimanche dernier, c\u2019est un basculement g\u00e9n\u00e9ral des cadres et des \u00e9lu\u00b7e\u00b7s en faveur de la candidature de Yannick Jadot. Parfois avec les arguments m\u00eames qu\u2019ils avaient tant contest\u00e9s lors de la campagne de premier tour. Parfois aussi avec le lexique d\u2019une condescendance misogyne. Il y aurait des fragilit\u00e9s (sic) dans cette candidature Rousseau que n\u2019aurait pas le favori, alors qu\u2019\u00e0 peine deux points les s\u00e9parent. On oublie que dans les deux cas le socle est faible, que la campagne est toujours une \u00e9preuve, que la seule candidature \u00e9cologiste \u00e0 avoir franchi le seuil des 5% avait commenc\u00e9 de mani\u00e8re paradoxale comme un chemin de croix.<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s seront de toute fa\u00e7on immenses. Autant pour celui qui devait \u00e9craser la primaire que pour celle qui bouscule les appareils et les pronostics. Ce r\u00e9sultat probable s\u2019est transform\u00e9 soudain un sc\u00e9nario inattendu. Mais faire du favori d\u2019hier le candidat de l\u2019appareil aujourd\u2019hui comporte des risques. Je vois s\u2019exprimer la crainte chez nombre de responsables \u00e9cologistes \u00e0 l\u2019\u00e9vocation d\u2019une victoire possible de Sandrine Rousseau. On assiste \u00e0 un revival de la peur des sorci\u00e8res. Il y aurait danger. Ce sentiment s\u2019enracine dans un postulat connu : l\u2019\u00e9cologie politique aurait atteint son \u00e2ge de maturit\u00e9, et c\u2019est autour d\u2019une candidature consensuelle capable d\u2019incarner l\u2019\u00e9cologie de gouvernement qu\u2019il faudrait se r\u00e9unir. Ce serait, et c\u2019est un avenant r\u00e9cent \u00e0 ce postulat, la garantie d\u2019\u00eatre au second tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle et d\u2019une victoire. Rien ne garantit un tel sc\u00e9nario. Rien n\u2019est en effet \u00e9crit d\u2019avance. Une campagne pr\u00e9sidentielle est un champ d\u2019incertitudes. D\u2019ailleurs aucune des deux candidatures ne r\u00e8gle la situation que nous vivons. Une multiplication des candidatures rendant difficile une pr\u00e9sence au second tour pour notre camp. On peut certes souhaiter le basculement massif de l\u2019\u00e9lectorat en faveur de la candidature \u00e9cologiste sans qu\u2019il n\u2019arrive jamais.<\/p>\n<p>La candidature de Sandrine Rousseau ouvre des possibles. D\u2019une dynamique en phase avec celles et ceux qui dans la soci\u00e9t\u00e9 sont en mouvement et repr\u00e9sentent les forces de changement. Elle semble casser les codes d\u2019une \u00e9lection norm\u00e9e, que les \u00e9cologistes contestent, et \u00e0 laquelle on se soumet sans cesse. Elle comporte des risques. Il est difficile de faire campagne sans son parti, ses responsables, dans une relation sans confiance. Ces obstacles se d\u00e9passent. Tout le monde y a int\u00e9r\u00eat. La candidate en premier lieu. Transformer une dynamique de primaire en dynamique de campagne n\u2019a rien d\u2019une \u00e9vidence.<\/p>\n<p>Sandrine Rousseau fa\u00e7onne un espace politique loin du d\u00e9j\u00e0-vu, \u00e0 l\u2019articulation des luttes sociales et environnementales, au parfum populaire et \u00e9cof\u00e9ministe. Tout choix est une prise de risque. Au second tour de la primaire, je vote pour que les temps changent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>Sergio Coronado<\/strong>, militant \u00e9cologiste et ancien d\u00e9put\u00e9 EELV des Fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9tranger<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13149 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/befunky-collage-409-b29-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/befunky-collage-409-b29-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-409.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que d\u00e9bute le second tour de la primaire \u00e9cologiste, qui voit s&#8217;affronter Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, le militant \u00e9cologiste et ancien d\u00e9put\u00e9 EELV des Fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9tranger Sergio Coronado livre son analyse du premier tour et ses attentes en perspective de la pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":30979,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[278],"tags":[457,515],"class_list":["post-13149","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-tribunes","tag-eelv","tag-presidentielle-2022"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13149","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13149"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13149\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/30979"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13149"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13149"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13149"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}