{"id":13121,"date":"2021-09-06T20:14:18","date_gmt":"2021-09-06T18:14:18","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-mort-de-belmondo-forces-et-puissance-d-un-heros-moderne\/"},"modified":"2023-06-24T00:19:14","modified_gmt":"2023-06-23T22:19:14","slug":"article-mort-de-belmondo-forces-et-puissance-d-un-heros-moderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13121","title":{"rendered":"Mort de Belmondo : forces et puissance d&#8217;un h\u00e9ros moderne"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">L&#8217;acteur fran\u00e7ais vient de d\u00e9c\u00e9der \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 88 ans. Hommage au magnifique.<\/p>\n<p>Belmondo \u00e9tait une impertinence. Dans son rire tonitruant qui renvoyait au monde entier l\u2019ironie de sa condition, dans ses bonjours lanc\u00e9s \u00e0 la cantonade comme des gifles \u00e0 tous les bourgeois de la Terre, dans ses r\u00e9v\u00e9rences irr\u00e9v\u00e9rencieuses qui \u00e9taient tout sauf des marques de consid\u00e9ration \u00e0 l\u2019\u00e9gard des puissants, Belmondo disait dans son corps et dans son verbe la puissance de ceux qui veulent tout et qui le prennent alors qu\u2019ils ne l\u2019ont pas.<\/p>\n<p>De la glaise dans les poils, de la peinture sur le visage, une cigarette presque compl\u00e8tement fum\u00e9e accroch\u00e9e aux l\u00e8vres, Belmondo \u00e9tait ce Terrien au pied lourd qui avait dans le regard l\u2019impudeur des accul\u00e9s. Et c\u2019est plein de cette force d\u2019une humanit\u00e9 rare qu\u2019il affrontait, film apr\u00e8s film, les destins emm\u00eal\u00e9s qu\u2019on lui r\u00e9servait syst\u00e9matiquement.<\/p>\n<p>Belmondo, c\u2019\u00e9tait pourtant celui qu\u2019on pensait pouvoir prendre au pi\u00e8ge. Mais qui, dans une pirouette dont lui seul avait la gr\u00e2ce et l\u00e0 o\u00f9 tous les autres auraient chu, arrivait \u00e0 trouver l\u2019\u00e9quilibre si fragile qui faisait de son existence m\u00eame une incongruit\u00e9 que les spectateurs avaient du mal \u00e0 cerner.<\/p>\n<p>Mais comment donc ? En s\u2019\u00e9puisant dans d\u2019infinies courses en avant. Une sorte de motricit\u00e9 permanente qui lui permettait d\u2019affronter tout \u2013 ou presque. Quitte \u00e0 en perdre parfois le sens ou la direction. Mais toujours avec une certitude qui lui conf\u00e9rait une majest\u00e9 que beaucoup lui enviaient.<\/p>\n<p>Pour certains, Belmondo incarnait une certaine id\u00e9e de la France. Je le vois bien dans les hommages qui fleurissent, lapidaires et homog\u00e8nes, ici ou l\u00e0. Mais pas tant parce qu\u2019il \u00e9tait un h\u00e9ros populaire qui refusait que l\u2019on fasse ses cascades \u00e0 sa place mais plut\u00f4t parce qu\u2019il \u00e9tait une fulgurance d\u2019\u00e9l\u00e9gance. Il l\u2019\u00e9tait, c\u2019est \u00e0 n\u2019en point douter  : personne ne porte mieux que lui le pantalon en lin blanc. Mais il \u00e9tait aussi voire surtout celui qui n\u2019avait pas peur de se salir de terre ou de sang. <\/p>\n<p>Dire merde avec classe \u00e0 ceux qui l\u2019avaient invit\u00e9 \u00e0 se repa\u00eetre des menus bonheurs du monde sur des tapis persans : l\u00e0 r\u00e9sidait le g\u00e9nie du magnifique. Et l\u00e0 \u00e9tait aussi l\u2019une des sources intarissable de la force du Belmondo, homme-temp\u00eate du pr\u00e9sent sempiternel du cin\u00e9ma fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/pablo-pillaud-vivien-2445\"><strong>Pablo Pillaud-Vivien<\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR LE MAITRON<br \/>\n>><\/strong> <em>[<strong>BELMONDO Jean-Paul<\/strong>[<a href=\"https:\/\/maitron.fr\/spip.php?article16181\"><strong>N\u00e9 le 9 avril 1933 \u00e0 Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 6 septembre 2021 ; com\u00e9dien ; pr\u00e9sident du syndicat fran\u00e7ais des acteurs (CGT).<\/strong><\/p>\n<p>Fils du sculpteur Paul Belmondo, Jean-Paul Belmondo fut scolaris\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole alsacienne, une des meilleures \u00e9coles priv\u00e9es de Paris, dont il fut renvoy\u00e9 pour indiscipline. Il r\u00e9ussit le concours d\u2019entr\u00e9e au Conservatoire national d\u2019art dramatique dont il suivit les cours jusqu\u2019en 1956.<\/p>\n<p>Encore \u00e9tudiant, il fut d\u00e9couvert par Henri Aisner, \u00e0 la recherche d\u2019un jeune com\u00e9dien qui ne par\u00fbt pas issu de milieux bourgeois, pour un film command\u00e9 par la CGT. <em>Les Copains du dimanche<\/em> fut ainsi tourn\u00e9 en 1956, au lendemain de l\u2019invasion de la Hongrie par les chars sovi\u00e9tiques et du rapport Khrouchtchev d\u00e9non\u00e7ant les crimes de Staline. Confront\u00e9e \u00e0 une forte baisse de ses adh\u00e9rents, la CGT voulait que ce film constitue une propagande en faveur des comit\u00e9s d\u2019entreprise, encore peu d\u00e9velopp\u00e9s dix ans apr\u00e8s leur cr\u00e9ation. Jean-Paul Belmondo incarna un ouvrier m\u00e9tallurgiste de dix-huit ans, ayant perdu son p\u00e8re \u00e0 la guerre, travaillant 55 heures par semaine et habitant avec sa m\u00e8re en banlieue ; son seul luxe : une guitare. Entra\u00een\u00e9 par un camarade dans la cr\u00e9ation d\u2019un a\u00e9roclub ouvrier, le personnage se range du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une jeunesse ouvri\u00e8re honn\u00eate, laborieuse, solidaire, oppos\u00e9 \u00e0 une jeunesse dor\u00e9e, oisive et immorale. Le film d\u00e9crit le double pi\u00e8ge de division syndicale et de r\u00e9cup\u00e9ration patronale pour conclure en exaltant la force de l\u2019union des syndicats et des g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Le film ne fut pas projet\u00e9 en salles, car le syndicat des producteurs fit pression sur celui des distributeurs pour emp\u00eacher sa diffusion ; irrit\u00e9s par son plaidoyer en faveur de l\u2019ouverture vers les autres syndicats, certains militants de la CGT n\u2019en furent pas m\u00e9contents. Cependant le r\u00e9alisateur Marcel Carn\u00e9 vit le film, y remarqua le com\u00e9dien et le fit tourner dans <em>Les Tricheurs<\/em>, film sur la jeunesse dor\u00e9e sorti en 1958. Rapidement, Jean-Paul Belmondo devint l\u2019acteur f\u00e9tiche des jeunes r\u00e9alisateurs de la Nouvelle Vague en train d\u2019\u00e9merger et qui devait marquer fortement l\u2019histoire du cin\u00e9ma fran\u00e7ais. En 1960, avec <em>A bout de souffle<\/em> de Jean-Luc Godard, il acquit une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 durable.<\/p>\n<p>Comptant sur cette aura de modernit\u00e9 pour servir sa cause, le Syndicat fran\u00e7ais des acteurs (SFA) l\u2019\u00e9lut le 5 novembre 1963 \u00e0 sa pr\u00e9sidence pour remplacer Michel Etcheverry, qui assuma d\u00e9sormais avec Michel Piccoli la vice-pr\u00e9sidence. Le syndicat esp\u00e9rait renouveler l\u2019aventure men\u00e9e en 1957 avec G\u00e9rard Philipe qui, sollicit\u00e9 presque par hasard, s\u2019\u00e9tait beaucoup investi dans ce r\u00f4le, son prestige rejaillissant sur la lutte syndicale. Or, quatre ans apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9 de G\u00e9rard Philipe, il s\u2019adressait \u00e0 celui-l\u00e0 m\u00eame dont le temp\u00e9rament et le style marquaient une rupture avec l\u2019acteur culte de l\u2019apr\u00e8s-guerre. En effet, critiques aux <em>Cahiers du cin\u00e9ma<\/em> dans les ann\u00e9es cinquante, les r\u00e9alisateurs de la Nouvelle Vague avaient \u00e9t\u00e9 les seules voix discordantes, acerbes m\u00eame, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de G\u00e9rard Philipe, de son jeu, du mythe qu\u2019il devenait ; en utilisant Jean-Paul Belmondo pour incarner un h\u00e9ros voyou et d\u00e9sinvolte, beau gosse sans path\u00e9tisme, ils imposaient un style d\u2019acteur diff\u00e9rent. Les deux com\u00e9diens divergeaient \u00e9galement sur le plan politique. Engag\u00e9 dans le combat pour la paix, G\u00e9rard Philipe avait \u00e9t\u00e9 un compagnon de route du Parti communiste jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e des chars russes dans Budapest. Jean-Paul Belmondo se d\u00e9fiait du communisme et accepta, mais non sans r\u00e9ticence la pr\u00e9sidence du SFA, affili\u00e9 \u00e0 la CGT. N\u00e9anmoins, \u00e0 l\u2019occasion de sa r\u00e9-\u00e9lection en septembre 1965, il confia : \u00ab Si nous faisons tous partie de la CGT, c\u2019est parce que c\u2019est le seul syndicat qui nous soutienne. \u00bb<\/p>\n<p>Il se r\u00e9v\u00e9la peu disponible. Aussi Robert Sandrey, le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral, le tenait-il scrupuleusement au courant de la vie interne et externe du SFA, et lui soumettait-il lettres et documents \u00e0 signer, insistant pour que le com\u00e9dien ne soit pr\u00e9sent qu\u2019en cas de n\u00e9cessit\u00e9 extr\u00eame \u2014 et n\u2019y r\u00e9ussissant pas toujours. Malgr\u00e9 tout, dans ces limites-l\u00e0, Jean-Paul Belmondo se plia au jeu, d\u00e9fendant publiquement le syndicat, le mentionnant dans ses interviews. Ainsi s\u2019exprimait-il en d\u00e9cembre 1964 dans <em>La Vie ouvri\u00e8re<\/em>, l\u2019hebdomadaire de la CGT : \u00ab C\u2019est un syndicat comme les autres. Je sais que vous allez penser aux vedettes, aux gros cachets&#8230; Nous sommes quoi, une dizaine peut-\u00eatre ? N\u2019en parlons pas, car l\u00e0 il ne s\u2019agit plus \u00e0 proprement parler de notre m\u00e9tier d\u2019acteur. Nous sommes trait\u00e9s \u00e0 ce niveau non pas comme des com\u00e9diens, mais comme des marques de p\u00e2te dentifrice. Ce n\u2019est pas \u00e7a le spectacle. Le spectacle, ce sont les quelque vingt mille com\u00e9diens, acteurs de cin\u00e9ma, de th\u00e9\u00e2tre, de t\u00e9l\u00e9, qui travaillent quand on veut bien leur en donner l\u2019occasion et dont beaucoup ont bien du mal \u00e0 vivre de leur m\u00e9tier, ce m\u00e9tier qu\u2019ils ont choisi et qu\u2019ils aiment. Et ceux-l\u00e0, je vous assure, ils ont besoin d\u2019\u00eatre syndiqu\u00e9s et de se battre pour la vie. J\u2019ai des tas d\u2019amis qui travaillent trois mois par an et moins parfois. Mais il faut manger pendant douze mois. Les sources d\u2019emploi, voil\u00e0 le probl\u00e8me. \u00bb Car, en ces ann\u00e9es, le souci majeur du syndicat \u00e9tait l\u2019exploitation des com\u00e9diens par la t\u00e9l\u00e9vision, qui n\u2019\u00e9tait pas encore astreinte \u00e0 la l\u00e9gislation du travail en vigueur dans le cin\u00e9ma et le th\u00e9\u00e2tre ; aussi, des pourparlers furent-ils engag\u00e9s pour assurer aux acteurs un paiement en cas de rediffusion. Le d\u00e9clin du th\u00e9\u00e2tre, concurrenc\u00e9 par le cin\u00e9ma et la t\u00e9l\u00e9vision, constitua une autre pr\u00e9occupation du syndicat qui, pour y rem\u00e9dier, apporta son soutien au Comit\u00e9 de sauvegarde du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>En 1965, Jean-Paul Belmondo fut reconduit \u00e0 la pr\u00e9sidence du SFA tout en demeurant tr\u00e8s sollicit\u00e9 par le cin\u00e9ma et par son propre vedettariat. Son absent\u00e9isme chronique finit par g\u00e9n\u00e9rer une certaine amertume. En particulier, il fut critiqu\u00e9 \u2014 sur la forme plus que sur le fond, lui pr\u00e9cisa Robert Sandrey \u2014 \u00e0 la suite d\u2019un entretien avec Michel Cournot dans <em>Le Nouvel Observateur<\/em>, o\u00f9 il se montrait caustique \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Conservatoire d\u2019art dramatique. Le syndicat lui demandant un rectificatif, il refusa ; peu apr\u00e8s il annon\u00e7ait sa d\u00e9mission, rendue officielle en septembre 1966 : \u00ab La profession dans la p\u00e9riode de trouble si grave qu\u2019elle traverse, disait-il, avait besoin d\u2019un pr\u00e9sident plus actif, et surtout plus pr\u00e9sent. \u00bb D\u00e8s lors il poursuivit une carri\u00e8re de premier plan.]]<\/a><\/em><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13121 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/3942518061_a20341a77f_k-4eb.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/3942518061_a20341a77f_k-4eb-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"3942518061_a20341a77f_k.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;acteur fran\u00e7ais vient de d\u00e9c\u00e9der \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 88 ans. 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