{"id":13102,"date":"2021-07-15T13:33:55","date_gmt":"2021-07-15T11:33:55","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-cerisaie-chronique-d-une-vanite-bourgeoise\/"},"modified":"2023-06-24T00:18:52","modified_gmt":"2023-06-23T22:18:52","slug":"article-la-cerisaie-chronique-d-une-vanite-bourgeoise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13102","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La Cerisaie\u00a0\u00bb : chronique d\u2019une vanit\u00e9 bourgeoise"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le Festival d\u2019Avignon, c\u2019est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. Du 5 au 25 juillet, on y pense, on y danse, on y joue, on y crie, on y d\u00e9bat. Mais pour quoi faire ? On est all\u00e9 voir \u00ab La Cerisaie \u00bb de Tiago Rodrigues dans la Cour d&#8217;honneur du Palais des Papes.<\/p>\n<p>Certains veulent nous faire croire qu\u2019il y a des oeuvres immortelles. D\u2019autres croient que l\u2019ordre des choses d\u2019hier pourra durer jusqu\u2019\u00e0 demain. C\u2019est ce que r\u00e9v\u00e8le la mise en sc\u00e8ne d\u2019une classique paresse et d\u2019une extraordinaire justesse de Tiago Rodrigues : les Russes blancs qui voient leur pyramide de valeurs s\u2019\u00e9crouler sur elle-m\u00eame et \u00eatre supplant\u00e9e par un monde dont ils ne comprennent rien, c\u2019est nous qui continuons d\u2019aller, malgr\u00e9 un monde que l\u2019on a tant de peine \u00e0 comprendre, au th\u00e9\u00e2tre. Tout \u00e0 la fois comme si de rien n\u2019\u00e9tait et p\u00e9tris par la conviction que nous participons \u00e0 une futile absurdit\u00e9, aussi n\u00e9cessaire et puissante qu\u2019anachronique et probl\u00e9matique.<\/p>\n<h2>Fin d\u2019un monde, fin du monde<\/h2>\n<p>Sur la sc\u00e8ne, s\u2019affrontaient dans la Cour d\u2019Honneur deux visions du monde : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, Isabelle Huppert qui campait une aristocrate d\u00e9racin\u00e9e et \u00e9th\u00e9r\u00e9e, en dehors du monde de par devers elle, son ethos \u00e9tant compl\u00e8tement en symbiose avec son statut social. Et de l\u2019autre, Adama Diop, fils de moujik (paysan), arriviste arriv\u00e9, entrepreneur de talent, nouveau riche patent\u00e9 et destructeur de l\u2019id\u00e9al nobiliaire s\u2019il en est. Malheureusement (ou non), il est fort \u00e0 parier que la majorit\u00e9 de la salle s\u2019est plut\u00f4t identifi\u00e9e au premier qu\u2019au deuxi\u00e8me, traduisant par l\u00e0-m\u00eame l\u2019un des principaux probl\u00e8mes de notre th\u00e9\u00e2tre public.<\/p>\n<p>Se d\u00e9lecter de l\u2019obsolescence de formes que l\u2019on consid\u00e8re nobles nonobstant le temps qui passe et l\u2019\u00e9tat de notre soci\u00e9t\u00e9, tel semble \u00eatre la proposition th\u00e9\u00e2trale de Tiago Rodrigues. Si elle n\u2019\u00e9tait un divertissement si consubstantiellement bourgeois, on pourrait presque lui donner raison. On pourrait pleurer avec lui sur le remplacement des potentats \u00e9litaires au raffinement oppresseur par de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de puissants que les anciens consid\u00e8rent comme plus vulgaires. Seulement, observer le monde de la sorte revient \u00e0 s\u2019en extraire sans participer aux dynamiques joyeuses qui la traversent parfois, si tant est qu\u2019on veuille bien s\u2019y int\u00e9resser. Il n\u2019est de dilemme qui ne se r\u00e9solve par un choix terrible et strict entre Charybde et Scylla.<\/p>\n<h2>L\u2019art bourgeois<\/h2>\n<p>Observer et rendre compte de la po\u00e9sie d\u2019un monde qu\u2019on ch\u00e9rissait et qui meurt, c\u2019est acter sa propre d\u00e9faite. Livrer la bataille pour le conserver, c\u2019est s\u2019assumer r\u00e9actionnaire. L\u2019alternative propos\u00e9e par Antov Tcheckhov et reprise par Tiago Rodrigues est donc une n\u00e9cessaire impasse qui ne peut trouver sa r\u00e9solution que dans un ailleurs, une ext\u00e9riorit\u00e9 et un changement complet de paradigme : on ne peut plus se contenter de centrer l\u2019histoire du monde sur les vainqueurs, ceux d\u2019hier comme ceux d\u2019aujourd\u2019hui. Car leurs d\u00e9sirs comme leur vocabulaire jouissent d\u2019une factice centralit\u00e9 &#8211; et ce depuis trop longtemps.<\/p>\n<p>Cette Cerisaie est belle comme un monde d\u00e9j\u00e0 mort. Seulement, l\u2019assumer ne r\u00e9sout rien : que le coupable aille confiant \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud n\u2019apporte aucun d\u00e9but de solution au maelstr\u00f6m de volont\u00e9s contradictoires dans lequel nous errons. Tiago Rodrigues a ainsi cette intelligence de mettre au centre du jeu la question de l\u2019inanit\u00e9 de l\u2019art, trop facilement assimilable \u00e0 un divertissement bourgeois, victime malgr\u00e9 lui d\u2019un monde profond\u00e9ment fractur\u00e9 dont on peine \u00e0 inventer des pens\u00e9es novatrices structurantes. Mais il est vrai qu\u2019il est difficile de d\u00e9cider ce qui est le plus puissant : les plus belles choses du monde plong\u00e9es dans un formol \u00e9ternel ou le grand feu qui r\u00e9sulterait de leur mise \u00e0 mort. Personnellement, je pr\u00e9f\u00e9rerais toujours la for\u00eat qui pousse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/pablo-pillaud-vivien-2445\"><strong>Pablo Pillaud-Vivien<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13102 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/capture_d_e_cran_2021-07-15_a_13-3be.34.42.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/capture_d_e_cran_2021-07-15_a_13-3be.34.42-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"capture_d_e_cran_2021-07-15_a_13.34.42.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Festival d\u2019Avignon, c\u2019est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. 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