{"id":13099,"date":"2021-07-25T06:00:00","date_gmt":"2021-07-25T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-un-pouvoir-autoritaire-mise-sur-le-sentiment-d-impuissance-des-citoyens\/"},"modified":"2023-06-24T00:18:51","modified_gmt":"2023-06-23T22:18:51","slug":"article-un-pouvoir-autoritaire-mise-sur-le-sentiment-d-impuissance-des-citoyens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13099","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Un pouvoir autoritaire mise sur le sentiment d\u2019impuissance des citoyens\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Pouvoir, puissance, souverainet\u00e9\u2026 Comment retrouver une capacit\u00e9 d&#8217;action et d&#8217;\u00e9mancipation dans une \u00e9poque qui penche vers l&#8217;autoritarisme et renvoie la gauche \u00e0 ses faiblesses\u00a0? Les r\u00e9ponses du philosophe Micha\u00ebl F\u0153ssel.<\/p>\n<p><em>Sp\u00e9cialiste d&#8217;Emmanuel Kant et de Paul Ric\u0153ur, <strong>Micha\u00ebl F\u0153ssel<\/strong> est professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole polytechnique et notamment auteur de <\/em>\u00c9tat de vigilance. Critique de la banalit\u00e9 s\u00e9curitaire<em> (\u00e9d. Le Bord de l\u2019eau, 2010), <\/em>Apr\u00e8s la fin du monde<em>. <\/em> Critique de la raison apocalyptique<em> (\u00e9d. Seuil, 2012) et <\/em> R\u00e9cidive<em> 1938 (\u00e9d. PUF, 2019).<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><h2>I. La politique et la puissance<\/h2>\n<p><strong> <em>Regards.<\/em> Est-ce que penser, en politique, c\u2019est forc\u00e9ment penser en termes de puissance \u2013 notamment au travers du concept d\u2019\u00c9tat, syst\u00e8me par excellence d&#8217;exercice de la puissance politique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Tout d\u00e9pend ce que l\u2019on entend par puissance. Si on l\u2019identifie au pouvoir, il est possible, jusqu\u2019\u00e0 un certain point, de penser la politique sans elle. Au sens, d\u00e9j\u00e0, o\u00f9 des groupes politiques, des associations, des collectifs militent et agissent sans avoir pour horizon la prise du pouvoir d\u2019\u00c9tat. Il y a politique, selon moi, l\u00e0 o\u00f9 les rep\u00e8res de la certitude et les coordonn\u00e9es de la domination sont remis en cause. Par principe, les minorit\u00e9s n\u2019ont pas le pouvoir. Mais elles peuvent agir de telle sorte que ce qui apparaissait \u00e9vident ne le soit plus et que le pouvoir institu\u00e9 soit oblig\u00e9 de l\u00e2cher du lest. Cela vaut des mouvements f\u00e9ministes, antiracistes, LGBT, \u00e9cologistes, mais aussi de bien des revendications \u00e9conomiques plus traditionnelles. Ici comme ailleurs, la distinction entre le social et le soci\u00e9tal est superflue. Or pour animer une gr\u00e8ve ou lancer une mobilisation qui force le pouvoir en place \u00e0 n\u00e9gocier, il faut se sentir puissant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/societe\/article\/covid-19-un-an-deja-chronique-d-une-democratie-desarticulee\">Covid-19, un an d\u00e9j\u00e0 : chronique d\u2019une d\u00e9mocratie d\u00e9sarticul\u00e9e<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Pour animer une gr\u00e8ve ou lancer une mobilisation qui force le pouvoir en place \u00e0 n\u00e9gocier, il faut se sentir puissant. La puissance, c\u2019est d\u2019abord la capacit\u00e9 d\u2019un individu ou d\u2019un collectif \u00e0 produire des effets. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Comment se sentir puissant collectivement quand le rapport de force avec le pouvoir est si d\u00e9favorable\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Spinoza distingue la puissance horizontale de la multitude et le pouvoir vertical de l\u2019\u00c9tat. Ce n\u2019est pas un hasard s\u2019il est aussi le seul philosophe classique \u00e0 se revendiquer de la d\u00e9mocratie. La puissance, c\u2019est d\u2019abord la capacit\u00e9 d\u2019un individu ou d\u2019un collectif \u00e0 produire des effets. On est impuissant, ou plut\u00f4t r\u00e9duit \u00e0 l\u2019impuissance, lorsqu\u2019on est agi par des forces que l\u2019on ne ma\u00eetrise pas. C\u2019est une situation typique des p\u00e9riodes de confinement, lors desquelles le discours des autorit\u00e9s consiste \u00e0 dire que la seule chose \u00e0 faire est de rester chez soi. C\u2019est peut-\u00eatre une situation propice \u00e0 certains pour r\u00eaver le \u00ab\u00a0monde d\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb, mais certainement pas un \u00e9tat qui permette d\u2019agir pour modifier le r\u00e9el politique. Je ne pense pas pour autant qu\u2019il faille opposer puissance et pouvoir\u00a0: que des organisations politiques visent la prise du pouvoir d\u2019\u00c9tat, c\u2019est aussi in\u00e9vitable que souhaitable. Pour changer les choses, il faut aussi n\u00e9gocier avec elles. Si l&#8217;on veut une VIe\u00a0R\u00e9publique, par exemple, il est in\u00e9vitable, dans les conditions pr\u00e9sentes, de jouer le jeu institutionnel de la Ve. En revanche, viser le pouvoir sans s\u2019appuyer sur ce qui est d\u00e9j\u00e0 puissant (donc libre, agissant, joyeux) dans la population me para\u00eet illusoire. On a beaucoup mis en valeur, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la m\u00e9lancolie de gauche \u2013 sans doute pour de bonnes raisons apr\u00e8s tant d\u2019\u00e9checs. Mais il est temps de passer \u00e0 autre chose.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Au &#8220;There is no alternative&#8221; de Thatcher se sont ajout\u00e9s des tournants s\u00e9curitaires, et d\u00e9sormais sanitaires, caract\u00e9ristiques des d\u00e9mocraties occidentales d\u2019apr\u00e8s le tournant n\u00e9olib\u00e9ral. Le culte du march\u00e9 et le renforcement du r\u00e9galien se rejoignent dans le mot d\u2019ordre selon lequel rien n\u2019est possible politiquement. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Le personnel politique est amen\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter sans cesse sa volont\u00e9 de puissance, \u00e0 titre personnel comme pour le collectif. Peut-on imaginer qu&#8217;il puisse mettre en sc\u00e8ne et proposer pour tous une vision de l\u2019impuissance\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Typiquement, un pouvoir qui devient autoritaire mise sur le sentiment d\u2019impuissance des citoyens. Au \u00ab\u00a0There is no alternative\u00a0\u00bb de Thatcher se sont ajout\u00e9s des tournants s\u00e9curitaires, et d\u00e9sormais sanitaires, caract\u00e9ristiques des d\u00e9mocraties occidentales d\u2019apr\u00e8s le tournant n\u00e9olib\u00e9ral. Le culte du march\u00e9 et le renforcement du r\u00e9galien se rejoignent dans le mot d\u2019ordre selon lequel rien n\u2019est possible politiquement. Cela incite les gouvernements \u00e0 surjouer ce que vous appelez leur \u00ab\u00a0volont\u00e9 de puissance\u00a0\u00bb. Au cours de la pand\u00e9mie, par exemple, la verticalit\u00e9 des institutions pr\u00e9sidentialistes a jou\u00e9 \u00e0 plein en France. Avec le pr\u00e9suppos\u00e9 que, confront\u00e9e \u00e0 une crise, une d\u00e9mocratie est impuissante par nature. On y discute, on s\u2019y dispute, mais on ne d\u00e9cide rien\u00a0: ce lieu commun est \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan des jugements admiratifs sur la mani\u00e8re dont la Chine a \u00e9radiqu\u00e9 le virus. Pourtant, la crise a montr\u00e9 que si la France a \u00ab\u00a0tenu\u00a0\u00bb, c\u2019est non seulement par le d\u00e9vouement, mais aussi par la capacit\u00e9 d\u2019organisation, la puissance d\u2019agir et l\u2019inventivit\u00e9 de ceux que l\u2019on dit avoir \u00e9t\u00e9 en \u00ab\u00a0premi\u00e8re ligne\u00a0\u00bb. Il faut bien qu\u2019il y ait eu dans la soci\u00e9t\u00e9 un peu de d\u00e9mocratie, c\u2019est-\u00e0-dire de d\u00e9lib\u00e9ration et de conflit, pour parer \u00e0 une situation de p\u00e9nurie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. L\u2019efficacit\u00e9 d\u2019un pouvoir autoritaire n\u2019est prouv\u00e9e nulle part, tout simplement parce que la confiance d\u2019un gouvernement dans les citoyens produit de l\u2019adh\u00e9sion aux mesures prises.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab On a beaucoup mis en valeur, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la m\u00e9lancolie de gauche \u2013 sans doute pour de bonnes raisons apr\u00e8s tant d\u2019\u00e9checs. Mais il est temps de passer \u00e0 autre chose. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<h2>II. La France et sa puissance<\/h2>\n<p><strong>Dans une interview pour Public S\u00e9nat, vous avez affirm\u00e9 que la France \u00e9tait une puissance de second rang (et pas de seconde zone\u00a0!), ce que ne supporteraient pas les Fran\u00e7ais. Comment s\u2019envisage la grandeur, la puissance d\u2019un pays comme le n\u00f4tre\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Du point de vue des rapports de force g\u00e9opolitiques et \u00e9conomiques, la France est devenue une puissance moyenne depuis, au moins, la fin de la deuxi\u00e8me guerre mondiale. On peut regretter sa grandeur pass\u00e9e ou chercher \u00e0 la retrouver. Mais le mot \u00ab\u00a0France\u00a0\u00bb, et par cons\u00e9quent la grandeur qui lui est associ\u00e9e, n\u2019est pas univoque. Certains penseront \u00e0 la grandeur de la monarchie d\u2019Ancien r\u00e9gime, d\u2019autres \u00e0 l\u2019empire napol\u00e9onien, d\u2019autres \u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Le point commun entre ces \u00e9pisodes historiques est que la France tenait le rang de premi\u00e8re puissance mondiale, ce qui peut flatter r\u00e9trospectivement le narcissisme national. Mais, au-del\u00e0 de ce fait, on se rend bien compte que les investissements id\u00e9ologiques ne sont pas les m\u00eames selon la p\u00e9riode historique que l\u2019on privil\u00e9gie. On peut bien s\u00fbr tenter une synth\u00e8se \u2013 c\u2019est bien ce qui a \u00e9t\u00e9 fait lors de la F\u00eate de la f\u00e9d\u00e9ration du 14\u00a0juillet 1790. Mais l\u2019histoire montre que ce genre de synth\u00e8ses (ici entre royaut\u00e9 et souverainet\u00e9 populaire) se r\u00e9v\u00e8le assez vite intenable\u00a0: chacun finit par revenir \u00e0 \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb France. Dans des termes plus l\u00e9gers, il y a le \u00ab\u00a0Ne m\u2019appelez plus jamais France\u00a0\u00bb de Michel Sardou et le \u00ab\u00a0Ma France\u00a0\u00bb de Jean Ferrat. Il ne suffit pas de dire \u00ab\u00a0France\u00a0\u00bb pour r\u00e9soudre l\u2019opposition entre le pass\u00e9 colonialiste et l\u2019abolition de l\u2019esclavage. Je ne crois pas que ce soit une mauvaise chose. Dans une d\u00e9mocratie, la nation devient elle aussi un enjeu conflictuel, son histoire comme son identit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Vous dites aussi que l\u2019on devrait plut\u00f4t valoriser nos principes d\u00e9mocratiques plut\u00f4t que ceux de notre souverainet\u00e9. La notion de souverainet\u00e9, souvent per\u00e7ue comme un facteur de puissance, peut empi\u00e9ter sur nos autres id\u00e9aux, comme ceux de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je n\u2019oppose pas principes d\u00e9mocratiques et souverainet\u00e9 pour autant que la souverainet\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire le pouvoir de d\u00e9cision ultime, est d\u00e9finie comme celle du peuple. Le probl\u00e8me de la plupart des discours souverainistes est qu\u2019ils laissent dans l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 le sujet de cette souverainet\u00e9\u00a0: le peuple (et selon quelle d\u00e9finition\u00a0?), l\u2019\u00c9tat, la nation\u00a0? Dans la tradition r\u00e9publicaine authentique (celle ouverte par Rousseau), le peuple souverain est d\u00e9fini politiquement\u00a0: son unit\u00e9 n\u2019est ni ethnique, ni culturelle, ni religieuse, ni linguistique, elle est fond\u00e9e sur la volont\u00e9. La souverainet\u00e9 est alors synonyme d\u2019autonomie\u00a0: le peuple est libre pour autant qu\u2019il n\u2019ob\u00e9it qu\u2019\u00e0 la loi qu\u2019il s\u2019est prescrite. On peut discuter ce mod\u00e8le, mais il n\u2019a rien \u00e0 voir avec la souverainet\u00e9 des nationalistes, ni d&#8217;ailleurs avec les usages actuels du mot \u00ab\u00a0R\u00e9publique\u00a0\u00bb \u2013 qui renvoient \u00e0 la logique de l\u2019\u00c9tat plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la libert\u00e9 des citoyens. On confond souvent souverainet\u00e9 et puissance, puissance et influence, enfin influence et force. La question de la libert\u00e9 politique dispara\u00eet alors du concept de souverainet\u00e9, ce qui est un comble puisqu\u2019au d\u00e9part ils \u00e9taient synonymes\u2026 Si la souverainet\u00e9 n\u2019est rien d\u2019autre que la force d\u2019un \u00c9tat, ou m\u00eame d\u2019un chef de l\u2019\u00c9tat, et sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider pour tous, il est clair que ce principe entre en contradiction avec la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p><strong>Charlemagne, Louis XIV, Napol\u00e9on, les Lumi\u00e8res et la R\u00e9volution\u00a0: la fa\u00e7on dont nous envisageons l\u2019histoire de France nous pousse-t-elle \u00e0 nous positionner dans le champ de la puissance plut\u00f4t que dans celui de l\u2019impuissance\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Encore une fois, la France et son histoire font l\u2019objet d\u2019investissements divers, m\u00eame si la tendance assez naturelle est de se r\u00e9f\u00e9rer aux pages dites glorieuses du pass\u00e9. Cela \u00e9tant, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d&#8217;invoquer exclusivement les moments \u00e9piques de l\u2019histoire. Walter Benjamin a montr\u00e9 que l\u2019on pouvait aussi investir l\u2019histoire des \u00ab\u00a0vaincus\u00a0\u00bb. Il y a une utopie d\u00e9pos\u00e9e dans le pass\u00e9, au sens o\u00f9 ce qui n\u2019a pas pu \u00eatre accompli par les vaincus peut devenir un horizon pour aujourd\u2019hui. La gauche fran\u00e7aise, par exemple, n\u2019a pas seulement coutume de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la R\u00e9volution de 1789 ou \u00e0 celle de 1793, elle s\u2019est aussi inspir\u00e9e de Juin\u00a01848 et surtout de la Commune, deux insurrections noy\u00e9es dans le sang. Dans les deux cas, si l&#8217;on confond puissance et pouvoir, il faut conclure que ces mouvements ont \u00e9chou\u00e9. Mais il y a bien eu des puissances collectives \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019organisation de la Commune, dans la tentative de d\u00e9mocratiser l\u2019espace urbain et, finalement, sur les barricades. Que ces puissances aient \u00e9t\u00e9 momentan\u00e9ment d\u00e9truites par le pouvoir versaillais ne leur \u00f4te pas toute facult\u00e9 d\u2019inspiration pour le pr\u00e9sent. L\u2019histoire des vaincus est pleine de possibles qui ne se sont pas r\u00e9alis\u00e9s, mais qui peuvent \u00eatre vus comme des promesses pour l\u2019avenir.<\/p>\n<h2>III. L\u2019avenir de la gauche fran\u00e7aise<\/h2>\n<p><strong>Est-il est pertinent, pour la gauche, de parler de \u00ab\u00a0grande France\u00a0\u00bb ou de convoquer le concept de puissance\u00a0? \u00c0 gauche, on met souvent l\u2019\u00c9tat au centre de tout pour r\u00e9soudre beaucoup de probl\u00e8mes. Mais les \u00e9cologistes commencent \u00e0 s\u00e9rieusement challenger cette hypoth\u00e8se\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Si, par \u00ab\u00a0gauche\u00a0\u00bb, on se r\u00e9f\u00e8re aux organisations politiques qui jouent le jeu de la comp\u00e9tition \u00e9lectorale, il me para\u00eet difficile d\u2019imaginer qu\u2019elles ne puissent tenir aucun discours sur la France, puisqu&#8217;elles s\u2019adressent d\u2019abord aux Fran\u00e7ais. Qu\u2019on le regrette ou pas, la question du pouvoir politique se pose d\u2019abord au niveau national, et m\u00eame lorsqu\u2019on parle de la globalisation, c\u2019est surtout pour en \u00e9valuer les effets sur le pays que l\u2019on habite. L\u2019erreur serait d\u2019en conclure que l\u2019on peut en rester \u00e0 des d\u00e9bats franco-fran\u00e7ais qui ignorent le reste du monde et rejouent le mythe de la grande puissance destin\u00e9e \u00e0 \u00e9clairer l\u2019humanit\u00e9. La gauche a une vocation universaliste et m\u00eame cosmopolitique pour la simple raison qu\u2019elle n\u2019assigne pas de fronti\u00e8res a priori \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9. Ce n\u2019est pas une question de morale, mais un probl\u00e8me de coh\u00e9rence politique\u00a0: quelle serait la force de principes dont la v\u00e9rit\u00e9 s\u2019arr\u00eaterait aux fronti\u00e8res hexagonales\u00a0? Aujourd\u2019hui, faire de la politique en France, c\u2019est porter un discours sur le monde qui s\u2019adresse aux Fran\u00e7ais, mais qui pourrait aussi \u00eatre re\u00e7u par d\u2019autres peuples. La mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale ne s\u2019accompagne pour l\u2019instant d\u2019aucune contre-proposition fond\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e de citoyennet\u00e9 mondiale \u2013 c\u2019est h\u00e9las plut\u00f4t le repli nationaliste qui est per\u00e7u comme une alternative. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 le libre-\u00e9change, de l\u2019autre le capitalisme national. Selon moi, la gauche a vocation \u00e0 sortir de cette fausse alternative en montrant que les territoires de l\u2019\u00e9mancipation ne se limitent pas aux \u00c9tats-nations.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\nPropos recueillis par <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/pablo-pillaud-vivien-2445\"><strong>Pablo Pillaud-Vivien<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13099 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/black_lives_matter_protest-7d9.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/black_lives_matter_protest-7d9-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"black_lives_matter_protest.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pouvoir, puissance, souverainet\u00e9\u2026 Comment retrouver une capacit\u00e9 d&#8217;action et d&#8217;\u00e9mancipation dans une \u00e9poque qui penche vers l&#8217;autoritarisme et renvoie la gauche \u00e0 ses faiblesses\u00a0? Les r\u00e9ponses du philosophe Micha\u00ebl F\u0153ssel.<\/p>\n","protected":false},"author":1204,"featured_media":30846,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[372,293],"class_list":["post-13099","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-idees-culture","tag-democratie","tag-entretien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13099","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1204"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13099"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13099\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/30846"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13099"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}