{"id":13093,"date":"2021-08-09T06:00:00","date_gmt":"2021-08-09T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-mille-et-une-facons-de-perir\/"},"modified":"2023-06-24T00:18:49","modified_gmt":"2023-06-23T22:18:49","slug":"article-mille-et-une-facons-de-perir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13093","title":{"rendered":"Mille et une fa\u00e7ons de p\u00e9rir"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c0 chaque \u00e9poque ses mythologies de l&#8217;apocalypse. Le pessimisme \u00e9cologique et politique de la n\u00f4tre nourrit une abondance d&#8217;oeuvres dont la repr\u00e9sentation du futur traduit les peurs du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Il est plus facile, dit-on, d&#8217;imaginer la fin du monde que d&#8217;imaginer la fin du capitalisme. L&#8217;abondance du \u00ab\u2009collapse porn\u2009\u00bb, qui v\u00e9hicule toujours les m\u00eames images de colonnes de fum\u00e9es noires, d&#8217;ours fam\u00e9liques et de banquise fondue, atteste de la fascination qu&#8217;exerce sur nous l&#8217;apocalypse. De nombreuses \u0153uvres de science-fiction se plaisent \u00e0 figurer, si ce n&#8217;est la disparition totale de la plan\u00e8te, au moins l&#8217;effondrement de la civilisation industrielle telle qu&#8217;on la conna\u00eet, et la transformation radicale des modes de vie qui s&#8217;ensuit pour les survivants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ecologie\/article\/dictature-verte-ou-democratie-ecologique\">\u00ab Dictature verte \u00bb ou d\u00e9mocratie \u00e9cologique ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Refl\u00e9tant les pr\u00e9occupations de notre \u00e9poque, plusieurs s\u00e9ries dystopiques connaissent un grand succ\u00e8s, comme <em>The Leftovers<\/em>, qui met en sc\u00e8ne un monde dans lequel 2% de la population dispara\u00eet subitement, sans explication. Ou encore <em>La Servante \u00e9carlate<\/em>, la mini-s\u00e9rie adapt\u00e9e du roman de Margaret Atwood qui raconte comment les \u00c9tats-Unis ont mu\u00e9 en r\u00e9gime th\u00e9ocratique totalitaire et r\u00e9duit les rares femmes encore fertiles \u00e0 l&#8217;\u00e9tat d&#8217;esclaves pour familles riches en mal d&#8217;enfants.<\/p>\n<p>Si la catastrophe nous semble de plus en plus proche et probable, nous ne sommes pas les premiers \u00e0 la projeter dans nos productions litt\u00e9raires et philosophiques. D\u00e8s le Ve\u00a0si\u00e8cle av.\u00a0J.-C., Platon inventait, dans deux de ses dialogues \u2013 le <em>Tim\u00e9e<\/em> et le <em>Critias<\/em> \u2013, le mythe de l&#8217;Atlantide, qui inspirera de nombreuses \u0153uvres, parmi lesquelles <em>Vingt mille lieues sous les mers<\/em> de Jules Verne. La destruction brutale de cette cit\u00e9 sous l&#8217;effet combin\u00e9 de mouvements telluriques et d&#8217;un raz de mar\u00e9e devait nous rappeler \u00e0 quel point nos civilisations restent fragiles malgr\u00e9 leur puissance apparente. Et quoique les causes fussent naturelles, Platon pr\u00e9cisait bien qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un ch\u00e2timent m\u00e9rit\u00e9 par une civilisation ayant p\u00e9ch\u00e9 par orgueil. Comme le rappelle Alain Musset dans <em>Le Syndrome de Babylone, g\u00e9ofictions de l&#8217;apocalypse<\/em> (Armand Colin, 2012), ce th\u00e8me de la culpabilit\u00e9 humaine restera fondamental dans la plupart des r\u00e9cits de cataclysmes.<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1960-1970, la destruction de l&#8217;environnement supplante l&#8217;an\u00e9antissement atomique comme principale menace d&#8217;autodestruction.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Convulsions terrestres<\/h2>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre de ce d\u00e9sastre moral sera souvent le m\u00eame\u2009: la ville, lieu de toutes les corruptions et de toutes les injustices, coup\u00e9 de la nature et donc de Dieu. Apr\u00e8s les villes bibliques de Babel, Sodome, Gomorrhe, J\u00e9rusalem ou Babylone, Paris, New York, Las Vegas et Los Angeles sont les cibles des films d&#8217;anticipation contemporains, qui continuent de trouver dans l&#8217;Ancien et le Nouveau Testament leur plus grande source d&#8217;inspiration, o\u00f9 figurent d\u00e9j\u00e0 toutes les options mortelles. Un film comme <em>Waterworld<\/em>, qui donnait en 1995 un aper\u00e7u saisissant d&#8217;une Terre totalement recouverte \u00e0 la suite du r\u00e9chauffement climatique et de la fonte des glaces, n&#8217;est pas sans rappeler le D\u00e9luge, qui provoque la fin de la premi\u00e8re humanit\u00e9 dans la Gen\u00e8se. Mais c&#8217;est surtout l&#8217;Apocalypse selon saint Jean qui offre la plus grande vari\u00e9t\u00e9 de calamit\u00e9s fatales\u2009: on y meurt frapp\u00e9 par une m\u00e9t\u00e9orite, comme plus tard dans <em>Melancholia<\/em> de Lars Von Trier, ou encore enseveli par de terribles tremblements de terre.<\/p>\n<p>Les convulsions de l&#8217;\u00e9corce terrestre inspireront de nombreux films \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, sans doute en raison de la s\u00e9rie de s\u00e9ismes qui frappent l&#8217;opinion publique, que ce soit \u00e0 Mexico, \u00e0 Kob\u00e9, \u00e0 Sumatra, au Sichuan ou \u00e0 Fukushima. Dans son film <em>2012<\/em>, Roland Emmerich met en sc\u00e8ne le glissement des plaques tectoniques qui donnera raison \u00e0 la proph\u00e9tie maya, \u00e0 grand renfort d&#8217;effets sp\u00e9ciaux spectaculaires permettant d&#8217;assister \u00e0 l&#8217;engloutissement de la c\u00f4te californienne dans les eaux du Pacifique. <em>Last but not least<\/em>, l&#8217;Apocalypse pr\u00e9voit aussi la mort par \u00e9pid\u00e9mie. Une piste biologique qu&#8217;exploreront avec avidit\u00e9 de nombreux auteurs, souvent en y ajoutant un nouvel \u00e9l\u00e9ment\u00a0: la responsabilit\u00e9 humaine. L&#8217;exp\u00e9rimentation en laboratoire qui tourne mal, une guerre bact\u00e9riologique qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8re\u2026 Dans <em>Je suis une l\u00e9gende<\/em>, c&#8217;est une tentative de vaccin contre le cancer qui transforme les victimes en monstres sanguinaires.<\/p>\n<h2>Chroniques de l&#8217;autodestruction<\/h2>\n<p>Que l&#8217;homme puisse \u00eatre bourreau de lui-m\u00eame, l&#8217;invention de la bombe nucl\u00e9aire le confirma d\u00e9finitivement. Apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale et Hiroshima, on assiste ainsi \u00e0 l&#8217;essor d&#8217;une science-fiction apocalyptique qui n&#8217;a plus besoin de recourir aux catastrophes naturelles, l&#8217;homme devenant techniquement capable de se d\u00e9truire tout seul. Cependant, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960-1970, avec la lente prise de conscience \u00e9cologique, et notamment la Conf\u00e9rence de Stockholm en 1972, la destruction de l&#8217;environnement supplante l&#8217;an\u00e9antissement atomique comme principale menace d&#8217;autodestruction. Si le spectre du r\u00e9chauffement climatique a pu inciter un r\u00e9alisateur comme C\u00e9dric Klapisch \u00e0 concevoir un Paris compl\u00e8tement ensabl\u00e9 en 2070 dans son film <em>Peut-\u00eatre<\/em>, Roland Emmerich imagine plut\u00f4t dans <em>Le Jour d&#8217;apr\u00e8s<\/em> un retour \u00e0 l&#8217;\u00e8re glaciaire.<\/p>\n<p>\u00c9merge ainsi une science-fiction plus politique, critiquant la nocivit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s industrielles capitalistes, la consommation de masse et le gaspillage caract\u00e9ristiques d&#8217;un <em>American Way of Life<\/em> qui \u00e9puise les ressources naturelles et multiplie les d\u00e9chets toxiques. Le classique de 1966 de Harry Harrison <em>Soleil vert<\/em> imagine la terre en 1999. Exsangue, elle est devenue incapable de nourrir ses trop nombreux habitants. \u00c0 New York, trente-cinq millions d&#8217;habitants s&#8217;entassent o\u00f9 ils peuvent tandis que les plus fortun\u00e9s se barricadent dans des r\u00e9sidences climatis\u00e9es et s\u00e9curis\u00e9es. Ce n&#8217;est plus l&#8217;instant t de la catastrophe qui int\u00e9resse, mais la p\u00e9riode postapocalyptique qui suit, et qui peut durer longtemps\u2026 Le film d&#8217;animation <em>Wall-E<\/em> s&#8217;ouvre sur une Terre d\u00e9sert\u00e9e depuis sept cents ans, o\u00f9 ne subsistent que des montagnes d&#8217;ordures, vestiges d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;hyperconsommation. R\u00e9fugi\u00e9s sur des vaisseaux spatiaux pendant que des robots tentent de nettoyer le globe, les hommes parviendront finalement \u00e0 revenir sur terre, apr\u00e8s des si\u00e8cles d&#8217;exil. Il y a toujours des raisons d&#8217;esp\u00e9rer, du moins dans le monde de Pixar. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/laura-raim\"><strong>Laura Raim<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13093 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/p59457_hd-015.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/p59457_hd-015-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"p59457_hd.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 chaque \u00e9poque ses mythologies de l&#8217;apocalypse. 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