{"id":13090,"date":"2021-07-13T13:50:17","date_gmt":"2021-07-13T11:50:17","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-lamenta-le-dialogue-impossible-entre-tradition-et-danse-contemporaine\/"},"modified":"2021-07-13T13:50:17","modified_gmt":"2021-07-13T11:50:17","slug":"article-lamenta-le-dialogue-impossible-entre-tradition-et-danse-contemporaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13090","title":{"rendered":"\u00ab Lamenta \u00bb : le dialogue impossible entre tradition et danse contemporaine"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le Festival d\u2019Avignon, c\u2019est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. Du 5 au 25 juillet, on y pense, on y danse, on y joue, on y crie, on y d\u00e9bat. Mais pour quoi faire\u00a0? On est all\u00e9 voir \u00ab\u00a0Lamenta\u00a0\u00bb, un spectacle de danse de Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero \u00e0 la Cour min\u00e9rale de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Avignon.<\/p>\n<p>Un spectacle vivant est souvent la promesse de r\u00e9soudre un conflit ou une contradiction. Le simple fait, en ce 12 juillet 2021 apr\u00e8s un an et demi de crise sanitaire et alors que les perspectives sont loin d\u2019\u00eatre r\u00e9jouissantes, d\u2019assister \u00e0 une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale rel\u00e8ve presque de l\u2019absurde. Les spectateurs ne s\u2019y sont d\u2019ailleurs pas tromp\u00e9s : tous participaient \u00e0 l\u2019ex\u00e9g\u00e8se de l\u2019allocution d\u2019Emmanuel Macron survenue quelques heures auparavant \u00e0 coup de m\u00e9pris de classe et de culpabilisation des pauvres qui p\u00e2tissent d\u2019un in\u00e9gal acc\u00e8s \u00e0 la vaccination et plus largement aux soins.<\/p>\n<h2>Verticalit\u00e9 de la danse contemporaine, immanence des danses traditionnelles<\/h2>\n<p>Fort heureusement, le noir qui se fait dans la salle pour signaler le d\u00e9but du spectacle fait taire tout le monde. Neuf corps, jeunes et beaux, entrent sur une sc\u00e8ne nue. Des corps de danseurs contemporains qui viennent nous parler de traditions ancestrales grecques. Le papier distribu\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la salle nous parle de chants de l\u2019Epire et de la pr\u00e9servation des formes dans\u00e9es \u00e0 travers les si\u00e8cles et l\u2019on voit bien que cette r\u00e9f\u00e9rence est \u00e0 la gen\u00e8se du spectacle et qu\u2019il y a une volont\u00e9 d\u2019instituer une sorte de dialogue entre la tradition et la contemporan\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<p>La question qui se pose alors est la suivante : la r\u00e9interpr\u00e9tation d\u2019une tradition par des intelligences ext\u00e9rieures \u00e0 son essence est-elle possible ? Autrement dit, la r\u00e9interpr\u00e9tation d\u2019une tradition s\u00e9culaire sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre n\u2019est-elle pas, par d\u00e9finition, une d\u00e9naturation qui rend l\u2019exercice n\u00e9cessairement vain ? Car ce dont <em>Lamenta<\/em> fait son suc, c\u2019est une esth\u00e9tisation de la tradition : les deux chor\u00e9graphes \u00e0 l\u2019origine du spectacle l\u2019ont th\u00e9oris\u00e9e et l\u2019ont r\u00e9\u00e9crite, ils lui ont donn\u00e9 un sch\u00e9ma, un territoire nouveau. Pis, il y a une promesse de spectaculaire qui jure avec l\u2019horizontalit\u00e9 et l\u2019immanence des danses traditionnelles. <\/p>\n<h2>Traduire la tradition quand il faudrait la vivre<\/h2>\n<p>L\u2019hybridation entre tradition et danse contemporaine n\u2019a pas pris dans <em>Lamenta<\/em> parce qu\u2019elle a  davantage \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e comme une assimilation : l\u2019\u00e9criture dramaturgique n\u2019a fait qu\u2019une bouch\u00e9e de la ritualit\u00e9. Et cela tient \u00e0 un point principal : l\u2019endroit d\u2019o\u00f9 s\u2019exprimaient les danseurs. Cet endroit, c\u2019\u00e9tait la danse contemporaine. Cela se voyait dans la fa\u00e7on dont ils engageaient leurs mouvements, o\u00f9 ils pla\u00e7aient leurs intentions : lever un bras lorsque l\u2019on est all\u00e9 au Conservatoire de danse, ce n\u2019est pas lever un bras comme on nous l\u2019a appris depuis tout petit par nos grands-parents qui le tenaient eux-m\u00eames de nos grands-parents. De m\u00eame, la pr\u00e9sence d\u2019un artiste sur une sc\u00e8ne, qui sait tenir de son regard un public en haleine, n\u2019est pas la m\u00eame que celle d\u2019un participant d\u2019une f\u00eate. <\/p>\n<p>Vous allez me dire : mais l\u2019\u00e9quation est donc impossible ! Oui, elle l\u2019est : la reproduction d\u2019un r\u00e9el exog\u00e8ne et l\u2019importation de la mat\u00e9rialit\u00e9 d\u2019une culture dans un espace clos et aussi codifi\u00e9 qu\u2019un th\u00e9\u00e2tre sont des vanit\u00e9s &#8211; qui valent pourtant souvent le coup d\u2019\u00eatre tent\u00e9es. Seulement, il ne faut pas croire que <em>\u00ab\u00a0chaque tradition vivante trouve une traduction dans le pr\u00e9sent\u00a0\u00bb<\/em> comme le proposent les chor\u00e9graphes. Apr\u00e8s ce spectacle, je suis au contraire certain que <em>\u00ab\u00a0chaque tradition vivante est un pr\u00e9sent que toute traduction qui ne serait pas une transcendance abimerait.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/pablo-pillaud-vivien-2445\"><strong>Pablo Pillaud-Vivien<\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Festival d\u2019Avignon, c\u2019est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. Du 5 au 25 juillet, on y pense, on y danse, on y joue, on y crie, on y d\u00e9bat. Mais pour quoi faire\u00a0? 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