{"id":13087,"date":"2021-07-13T10:27:04","date_gmt":"2021-07-13T08:27:04","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-a-propos-du-bloc-bourgeois\/"},"modified":"2023-06-24T00:18:47","modified_gmt":"2023-06-23T22:18:47","slug":"article-a-propos-du-bloc-bourgeois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13087","title":{"rendered":"\u00c0 propos du \u00ab bloc bourgeois \u00bb"},"content":{"rendered":"\n\n<p class=\"post_excerpt\">Depuis quelque temps, une id\u00e9e revient avec insistance. Face au \u00ab bloc bourgeois \u00bb qui serait la base sociale du macronisme, il conviendrait d\u2019organiser un \u00ab bloc populaire \u00bb disputant le terrain au Rassemblement national. L\u2019analyse sociale semble si famili\u00e8re qu\u2019on peut \u00eatre tent\u00e9 par elle. Et pourtant\u2026<\/p>\n\nLa m\u00e9taphore du \u00ab bloc \u00bb est employ\u00e9e sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, pour d\u00e9signer de vastes regroupements visant \u00e0 la majorit\u00e9 politique : Bloc r\u00e9publicain, Bloc national, Bloc des gauches\u2026 Apr\u00e8s 1918, elle est peu \u00e0 peu concurrenc\u00e9e par la th\u00e9matique plus guerri\u00e8re du \u00ab front \u00bb, que pr\u00e9f\u00e8rent les communistes.\n\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/le-vertige-de-la-souverainete\">Le vertige de la souverainet\u00e9<\/a><\/em>\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n\n\nMais elle se maintient, en se d\u00e9pla\u00e7ant vers l\u2019analyse sociale. En 1924, au nom de l\u2019Internationale communiste, L\u00e9on Trotsky fustige le \u00ab bloc bourgeois \u00bb, que constitue pour lui le Cartel des gauches (alliance des radicaux et des socialistes), et lui oppose le \u00ab bloc ouvrier et paysan \u00bb que porte le PCF. La ligne esquiss\u00e9e en 1924 se durcit trois ans plus tard, quand \u00e9merge la strat\u00e9gie internationale dite de \u00ab classe contre classe \u00bb. Aux tenants de la bourgeoisie en d\u00e9composition, s\u2019oppose le bloc prol\u00e9tarien de rupture anticapitaliste propos\u00e9 par les seuls communistes. La notion de \u00ab fascisation \u00bb devient la r\u00e9f\u00e9rence ordonnant l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 (la d\u00e9mocratie se fascise, dit-on volontiers du c\u00f4t\u00e9 communiste) et permet d\u2019amalgamer, dans la m\u00eame d\u00e9testation, l\u2019ensemble des forces politiques en dehors du PC. Une mention sp\u00e9ciale est m\u00eame destin\u00e9e aux fr\u00e8res ennemis, les socialistes, d\u00e9sormais qualifi\u00e9s de \u00ab social-fascistes \u00bb. La ligne \u00ab classe contre classe \u00bb et ses cons\u00e9quences sont abandonn\u00e9es entre 1934 et 1935, pour laisser la place \u00e0 l\u2019orientation de front populaire. Si la critique du capitalisme reste en arri\u00e8re-plan, l\u2019ennemi principal est d\u00e9sormais le fascisme.\n\nLa logique binaire revient en force pendant la guerre froide : pour les communistes, tous les partis autres que le leur sont englob\u00e9s dans le \u00ab parti am\u00e9ricain \u00bb (<em>\u00ab Il n\u2019y a plus gauche et droite \u00bb<\/em>, \u00e9crit \u00e0 l\u2019automne de 1947 le dirigeant communiste Marcel Cachin dans ses carnets personnels), tandis que, pour les socialistes, <em>\u00ab le PCF n\u2019est plus \u00e0 gauche mais \u00e0 l\u2019Est \u00bb<\/em>. La ligne de d\u00e9marcation existe toujours entre deux blocs (\u00ab occidental \u00bb et \u00ab oriental \u00bb) entre lesquels il faut n\u00e9cessairement choisir, mais qui ne se d\u00e9finissent plus comme des blocs de classe.\n\nLe terme de \u00ab bloc bourgeois \u00bb est revenu apr\u00e8s 2017, pour caract\u00e9riser le ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau du macronisme, qui se veut en dehors du conflit de la droite et de la gauche. En 2018, les \u00e9conomistes Bruno Amable et Stefano Palombarini \u00e9crivent un stimulant essai, <em>L\u2019illusion du bloc bourgeois<\/em> (Raisons d\u2019agir), qu\u2019ils sous-titrent <em>Alliances sociales et avenir du mod\u00e8le fran\u00e7ais<\/em>. Ils voient, dans le \u00ab bloc bourgeois \u00bb, le socle du nouveau pouvoir, sans cacher pour autant la complexit\u00e9 voire la fragilit\u00e9 de ce bloc.\n\nEn f\u00e9vrier 2019, en plein mouvement des Gilets jaunes, <em>Le Monde diplomatique<\/em>, sous la plume de Serge Halimi et Pierre Rimbert (\u00ab Lutte de classes en France \u00bb), oppose le \u00ab bloc populaire \u00bb en constitution \u00e0 un \u00ab bloc bourgeois \u00bb domin\u00e9 par la peur de la nouvelle lutte des classes. En d\u00e9cembre 2019, le penseur d\u2019extr\u00eame droite, Alain de Benoist, reprend \u00e0 son tour la th\u00e9matique du face-\u00e0-face dans la revue <em>\u00c9l\u00e9ments<\/em>. Il y d\u00e9nonce un \u00ab bloc bourgeois \u00bb rassemblant <em>\u00ab les tr\u00e8s riches du CAC 40, les bobos, le personnel des grands m\u00e9dias et les cadres sup\u00e9rieurs enthousiastes de la mondialisation pour qui tout ce qui est &#8220;national&#8221; est d\u00e9pass\u00e9 \u00bb<\/em>.\n\nDe Benoist raccorde le bin\u00f4me \u00e0 une conception plus globale, qu\u2019il d\u00e9fend depuis longtemps : l\u2019horizontalit\u00e9 de la lutte des classes d\u2019hier (structur\u00e9e autour de l\u2019\u00e9galit\u00e9) laisse la place \u00e0 la verticalit\u00e9 du conflit entre \u00ab bas \u00bb et \u00ab haut \u00bb (structur\u00e9 autour de l\u2019identit\u00e9). Le bloc populaire s\u2019enracine dans les valeurs de la nation, ce qui l\u2019oppose radicalement au cosmopolitisme du bloc bourgeois.\n\nLe 21 mai 2021, le site Le M\u00e9dia, proche de Jean-Luc Ml\u00e9nchon, publie une contribution du \u00ab Stagirite \u00bb intitul\u00e9e <em>\u00ab 2022 : le bloc bourgeois s\u2019organise, le bloc de gauche se construit \u00bb<\/em>. Enfin, le 6 juin 2021, le blog de M\u00e9lenchon convoque lui aussi la notion de \u00ab bloc bourgeois \u00bb pour valoriser ce qu\u2019il appelle la \u00ab strat\u00e9gie globale \u00bb de \u00ab l\u2019union populaire \u00bb.\n\n\n<blockquote>Il en est du bloc bourgeois comme de la caste ou de l\u2019\u00e9lite : suffisamment flou pour que l\u2019on y englobe tout adversaire potentiel\u2026 quand bien m\u00eame il serait le plus proche de soi.<\/blockquote>\n\n\n<h2>Les risques d\u2019un concept flou<\/h2>\n\nComme d\u2019ordinaire, la d\u00e9monstration se veut rigoureusement sociale : Macron, le \u00ab\u2009Pr\u00e9sident des riches\u2009\u00bb n\u2019est que le point de ralliement d\u2019un bloc social \u00ab\u2009bourgeois\u2009\u00bb\u2009; face \u00e0 lui, il convient donc de constituer un \u00ab\u2009bloc populaire\u2009\u00bb, capable de parvenir \u00e0 la majorit\u00e9 d\u00e8s 2022. Or cette constitution ne peut se faire que sur la base d\u2019une \u00ab\u2009rupture\u2009\u00bb permettant d\u2019aller vers <em>\u00ab\u2009une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 dont les normes et les valeurs ne seraient plus celles de l\u2019ordre \u00e9tabli\u2009\u00bb<\/em>. L\u2019union de la gauche ne rend pas possible une telle rupture (le PS et EELV n\u2019en veulent pas dans les faits) et le PC a d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9senter son candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle.\n\nLa solution consiste donc \u00e0 porter devant les cat\u00e9gories populaires le seul programme existant de rupture : \u00ab\u2009L\u2019Avenir en commun\u2009\u00bb. L\u2019objectif strat\u00e9gique est d\u00e8s lors de montrer que ce programme est cr\u00e9dible, que le candidat M\u00e9lenchon le mettra sinc\u00e8rement en \u0153uvre et qu\u2019il en a personnellement la capacit\u00e9. Sur cette triple base, le candidat franchira l\u2019obstacle du premier tour\u2009; au second, enfin, l\u2019union se r\u00e9alisera, non pas <em>\u00ab\u2009l\u2019union de la gauche\u2009\u00bb<\/em>, mais <em>\u00ab\u2009l\u2019union populaire\u2009\u00bb<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire le moment <em>\u00ab\u2009o\u00f9 le peuple lui-m\u00eame s\u2019unit par un vote en commun\u2009\u00bb<\/em>.\n\nUn lien logique relie ainsi la r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab bloc \u00bb et la formule strat\u00e9gique d\u2019une \u00ab union populaire \u00bb distincte de l\u2019union de la gauche. Or cette r\u00e9f\u00e9rence est lourde d\u2019ambigu\u00eft\u00e9. Le bloc, tout d\u2019abord, est en g\u00e9n\u00e9ral si vague qu\u2019il est extensible \u00e0 l\u2019infini. O\u00f9 se situe la limite du \u00ab bourgeois \u00bb ? Faut-il y voir le \u00ab 1% \u00bb oppos\u00e9 aux \u00ab 99% \u00bb ? La petite tribu des milliardaires ? La masse des actionnaires ? Les d\u00e9cideurs politiques ? Toutes les couches sociales qui, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, b\u00e9n\u00e9ficient des retomb\u00e9es du \u00ab syst\u00e8me \u00bb ? Comptera-t-on dans ce bloc l\u2019essentiel des forces politiques, y compris les forces de gauche qui ne seraient pas du c\u00f4t\u00e9 de la rupture ? Et si \u00ab bourgeois \u00bb se confond avec \u00ab privil\u00e9gi\u00e9 \u00bb, jusqu\u2019o\u00f9 va le champ du privil\u00e8ge ? Il en est du bloc bourgeois comme de la caste ou de l\u2019\u00e9lite : suffisamment flou pour que l\u2019on y englobe tout adversaire potentiel\u2026 quand bien m\u00eame il serait le plus proche de soi.\n\nIl ne s\u2019agit bien s\u00fbr pas d\u2019ignorer ici le poids de la position sociale dans la distribution des votes. Quand elles font leur choix, les cat\u00e9gories sociales sup\u00e9rieures (les \u00ab CSP+ \u00bb des sondages) ont une propension massive \u00e0 se tourner vers la mouvance macronienne et la droite classique. En revanche, les cat\u00e9gories populaires s\u2019abstiennent ou se portent vers l\u2019extr\u00eame droite (\u00e0 la pr\u00e9sidentielle) ou vers la droite (aux l\u00e9gislatives). Ce qui est av\u00e9r\u00e9 est que les cat\u00e9gories les plus modestes ne se tournent plus gu\u00e8re vers la gauche, m\u00eame si elles l\u2019ont fait un peu plus pour M\u00e9lenchon \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2017.\n\nMais si la propension des groupes sociaux \u00e0 voter est politiquement orient\u00e9e, la structure des \u00e9lectorats est plus complexe. Tout bien consid\u00e9r\u00e9 (voir encadr\u00e9), la part des actifs appartenant aux couches sup\u00e9rieures ou aux couches populaires n\u2019est pas si discriminante entre les \u00e9lectorats. \u00c0 la limite, les plus oppos\u00e9s socialement semblent \u00eatre celui de Fillon et celui de Le Pen\u2009; et encore faut-il tenir compte du facteur g\u00e9n\u00e9rationnel (l\u2019\u00e9lectorat Fillon est celui qui compte le plus d\u2019inactifs qui ne sont pas majoritairement issus des milieux les plus favoris\u00e9s). Macron attire avant tout les couches sup\u00e9rieures, mais n\u2019est pas si surclass\u00e9 qu\u2019on le pense du c\u00f4t\u00e9 des cat\u00e9gories populaires. Si l\u2019on en croit les sondages, il pourrait m\u00eame obtenir \u00e0 lui seul un pourcentage des ouvriers qui votent sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la gauche pr\u00e9sidentielle.\n\nLe plus important n\u2019est pas l\u00e0. Il est dans le constat que la distribution sociale des \u00e9lecteurs ne se d\u00e9duit pas d\u2019une simple corr\u00e9lation entre groupes sociaux et vote. Il fut un temps, pas si lointain mais d\u00e9sormais forclos, o\u00f9 les cat\u00e9gories populaires avaient un groupe central (le monde ouvrier) et o\u00f9 ce groupe s\u2019\u00e9tait peu \u00e0 peu constitu\u00e9 en mouvement (le mouvement ouvrier) agissant \u00e0 la fois sur la sc\u00e8ne sociale et dans le champ politique. Sur cette base s\u2019\u00e9taient nou\u00e9es des relations, toujours complexes mais reproductibles, entre la gauche et le mouvement ouvrier. Dans les phases de plus grande expansion (la Lib\u00e9ration, les ann\u00e9es 1970), cette conjonction a nourri la concentration majoritaire des votes populaires sur la gauche. Ce n\u2019est pas une corr\u00e9lation sociale m\u00e9canique qui raccorde \u00ab classe \u00bb et \u00ab gauche \u00bb, mais une construction complexe o\u00f9 s\u2019entrem\u00eale de l\u2019objectif et du subjectif, du conscient et de l\u2019inconscient, de la pratique et du symbolique.\n\n\n<blockquote>Chaque ensemble a par ailleurs son incarnation provisoire : m\u00eame si Macron et Le Pen repoussent plus qu\u2019ils n\u2019attirent, leur attraction est suffisante, au moins dans leur espace, pour parvenir au \u00ab tour d\u00e9cisif \u00bb. Ni la droite classique, ni la gauche ne donnent l\u2019impression de disposer d\u2019une proposition au moins aussi attractive.<\/blockquote>\n\n\nLa conjonction s\u2019est d\u00e9faite : le monde ouvrier n\u2019a pas disparu, mais il s\u2019est disloqu\u00e9. L\u2019unification relative des classes populaires a laiss\u00e9 la place \u00e0 une dispersion qui brouille les rep\u00e8res traditionnels de la classe et la gauche est entr\u00e9e en crise. D\u00e8s lors, le champ politique fonctionne de moins en moins en forme de blocs. Les groupes sociaux se portent certes plus ou moins vers tel ou tel groupement politique. Mais ce qui domine est le \u00ab\u2009plus ou moins\u2009\u00bb : la r\u00e9alit\u00e9 du champ politique est celle de sa parcellisation, qui perturbe aujourd\u2019hui toute logique majoritaire.\n\nSi l\u2019on observe ce champ, deux coh\u00e9rences semblent se dessiner plus nettement que d\u2019autres. Elles tendent \u00e0 opposer deux projets de soci\u00e9t\u00e9 : l\u2019un est \u00e0 la fois lib\u00e9ral, autoritaire et ouvert sur l\u2019ext\u00e9rieur (l\u2019Europe, le monde)\u2009; l\u2019autre est \u00e0 la fois \u00ab\u2009illib\u00e9ral\u2009\u00bb, protectionniste et excluant. Sans qu\u2019ils soient majoritaires, ce sont ces deux coh\u00e9rences relatives qui attirent plus fortement que les autres au premier tour, ce qui leur permet de propulser leurs candidatures vers le second tour. Le macronisme prosp\u00e8re sur la base de la premi\u00e8re coh\u00e9rence\u2009; le lep\u00e9nisme sur celle de la seconde. Chaque ensemble a par ailleurs son incarnation provisoire : m\u00eame si Macron et Le Pen repoussent plus qu\u2019ils n\u2019attirent, leur attraction est suffisante, au moins dans leur espace, pour parvenir au \u00ab tour d\u00e9cisif \u00bb.\n\nNi la droite classique, ni la gauche ne donnent \u00e0 ce jour l\u2019impression de disposer d\u2019une proposition au moins aussi attractive : la droite classique est \u00e9cartel\u00e9e entre Macron et Le Pen ; la gauche dans son ensemble, riv\u00e9e \u00e0 son score modeste de 2017, se demande sur quelles bases reconqu\u00e9rir les classes populaires. Du coup, la tendance g\u00e9n\u00e9rale est inqui\u00e9tante : c\u2019est vers la droite que se trouve la dynamique politique et vers une droite de plus en plus \u00e0 droite et d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 largement populaire. Si un bloc sociopolitique peut se constituer \u00e0 court terme, il est peu vraisemblable qu\u2019il le fasse du c\u00f4t\u00e9 gauche. Qui r\u00eave de \u00ab bloc populaire \u00bb doit savoir que ce bloc est pour l\u2019instant largement domin\u00e9.\n\nDe plus, sa m\u00e9taphore pousse la force qui l\u2019utilise \u00e0 mettre l\u2019accent sur sa diff\u00e9rence, alors m\u00eame qu\u2019elle s\u2019affirme d\u00e9sireuse de rassembler. Dans les faits, qu\u2019elle soit ancienne ou r\u00e9cente, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un \u00ab\u2009bloc\u2009\u00bb ou \u00e0 un \u00ab\u2009camp\u2009\u00bb, socialement composite mais politiquement r\u00e9uni, est toujours utilis\u00e9e pour d\u00e9l\u00e9gitimer le jeu des alliances partisanes, tenues pour inefficaces et dangereuses.\n\nR\u00e9sumons-nous\u2026 Le vocabulaire du bloc p\u00eache par trois aspects : il est plus qu\u2019incertain dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ses limites ; il exag\u00e8re la coh\u00e9rence des regroupements sociaux qu\u2019il met au c\u0153ur de ses logiques ; il suppose une corr\u00e9lation m\u00e9canique entre des situations sociales et des dispositifs politiques. Quant au qualificatif de \u00ab populaire \u00bb tel qu\u2019il est employ\u00e9 ici, ou bien il appara\u00eet comme un vague ersatz d\u2019un vocabulaire de classe, ou bien il est un clin d\u2019\u0153il nostalgique \u00e0 une taxinomie sociale famili\u00e8re, mais en partie d\u00e9pass\u00e9e. Ce n\u2019est pas parce que leur existence persiste que \u00ab peuple \u00bb et \u00ab bourgeoisie \u00bb fonctionnent \u00e0 l\u2019identique. Au bout du compte, la rh\u00e9torique du bloc risque d\u2019\u00eatre le justificatif d\u2019un cheminement solitaire, plus qu\u2019un op\u00e9rateur efficace pour penser l\u2019action collective.\n\n<h2>Le pivot de l\u2019\u00e9mancipation<\/h2>\n\n\nLa question des classes populaires est bien s\u00fbr strat\u00e9gique. Se d\u00e9tourner d\u2019elles, au motif qu\u2019elles sont massivement attir\u00e9es par l\u2019extr\u00eame droite, est bien \u00e9videmment une folie : on se souvient que le think tank socialisant Terra Nova le sugg\u00e9rait au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Mais la logique \u00ab\u2009destituante\u2009\u00bb, qui consiste \u00e0 attiser la col\u00e8re ou la haine contre la \u00ab\u2009caste\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009l\u2019\u00e9lite\u2009\u00bb risque d\u2019\u00eatre de plus en plus contre-productive. Ce n\u2019est pas la col\u00e8re en elle-m\u00eame qui peut constituer les cat\u00e9gories populaires dispers\u00e9es en multitude qui lutte et en peuple conscient de lui-m\u00eame.\n\n\u00ab\u2009Bloc ouvrier et paysan\u2009\u00bb contre \u00ab\u2009bloc bourgeois\u2009\u00bb (1924), \u00ab\u2009classe contre classe\u2009\u00bb (1927-1933), \u00ab\u2009camp de la paix\u2009\u00bb contre \u00ab\u2009parti am\u00e9ricain\u2009\u00bb (1947-1953), \u00ab\u2009bloc bourgeois\u2009\u00bb contre \u00ab\u2009bloc populaire\u2009\u00bb\u2026[[Addendum\n\nL\u2019ami Samy Johsua me fait remarquer l\u2019absence dans mon texte de r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab bloc historique \u00bb largement utilis\u00e9 par Antonio Gramsci. Il a raison de m\u2019obliger \u00e0 pr\u00e9ciser mon \u00ab oubli \u00bb.\n\nJ\u2019accorde une grande importance \u00e0 la notion gramscienne de \u00ab bloc historique \u00bb. Elle est d\u00e9cisive pour comprendre le cours des r\u00e9volutions europ\u00e9ennes des XIXe et XXe si\u00e8cles. Elle est par exemple indispensable \u00e0 mes yeux pour comprendre \u00e0 la fois la port\u00e9e et l\u2019\u00e9chec de la Commune de Paris.\n\nJe ne l\u2019ai pas \u00e9voqu\u00e9e directement pour une simple raison : j\u2019estime qu\u2019elle n\u2019a rien \u00e0 voir, sinon l\u2019usage du m\u00eame terme de \u00ab bloc \u00bb, avec les r\u00e9flexions que je critique. Le bloc tel que l\u2019envisage Gramsci ne se r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 un d\u00e9terminisme social simple : il est \u00e0 charni\u00e8re du social, du politique et du symbolique ; il ne renvoie pas \u00e0 un groupe social particulier ; il pousse plus du c\u00f4t\u00e9 de la pluralit\u00e9 de l&#8217;alliance (jacobins et sans-culottes, classes populaires et classes moyennes&#8230;) que de l&#8217;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9e par la m\u00e9taphore du bloc.\n\nJe suis donc persuad\u00e9 qu\u2019il faut aller dans le sens de ce que Gramsci appelait un \u00ab nouveau bloc historique \u00bb. Mais, sur le plan politique, je pr\u00e9f\u00e8re la notion de \u00ab p\u00f4le \u00bb (d\u2019\u00e9mancipation) \u00e0 celle de \u00ab bloc \u00bb, trop marqu\u00e9e \u00e0 mes yeux par ses usages du XXe si\u00e8cle.]] Chaque fois, la logique du \u00ab\u2009bloc\u2009\u00bb fait l\u2019effet d\u2019une th\u00e9orisation involontaire de l\u2019impuissance, qui peut vouer tout projet d\u2019\u00e9mancipation et toute perspective de gauche \u00e0 la minorit\u00e9 structurelle.\n\nAucune strat\u00e9gie politique ne se d\u00e9duit aujourd\u2019hui d\u2019un discours g\u00e9n\u00e9ral sur les classes. Elle est par d\u00e9finition une construction collective et globale, alliant du social, du politique et du symbolique, m\u00ealant de l\u2019exp\u00e9rimentation patiente et des audaces politiques. Mais nulle dynamique rassembleuse n\u2019est possible si elle ne se construit pas autour de quelques convictions simples et partag\u00e9es. Celles qui sont \u00e9nonc\u00e9es ici ne sont que des \u00e9bauches personnelles, ni un programme, ni un projet. Elles sont formul\u00e9es en six points lapidaires :\n\n<strong>1.<\/strong> Le peuple sociologique, domin\u00e9 par les ouvriers et les employ\u00e9s, est toujours le plus nombreux et le plus subalterne. Il est toujours le peuple, mais il n\u2019est plus celui d\u2019hier, ni dans ses activit\u00e9s, ni dans ses modes de vie, ni dans ses affects. Il n\u2019\u00e9chappe pas, pas plus que tout autre groupe social, \u00e0 une individuation qui fonde le d\u00e9sir d\u2019autonomie et red\u00e9finit radicalement le rapport de l\u2019individuel et du collectif. Au fond, pr\u00e9f\u00e9rer le peuple (plus large) ou la classe (th\u00e9oriquement plus compacte) rel\u00e8ve souvent d\u2019un m\u00eame oubli. Ni la classe ni le peuple ne sont des donn\u00e9es toutes faites : elles se construisent et se reconstruisent. Il ne suffit donc pas de juxtaposer leurs \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars, mais de cr\u00e9er les conditions de leur mise en commun.\nSur ce plan, comme sur tant d\u2019autres, nous avons chang\u00e9 d\u2019\u00e9poque. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle sociale, il n\u2019y a plus de groupe central (la classe ouvri\u00e8re), ni de mouvement central (le mouvement ouvrier). Les cat\u00e9gories populaires peuvent se pr\u00e9senter en multitude qui lutte (mouvement salarial, Gilets jaunes\u2026)\u2009; elles ne forment pas un peuple politique en \u00e9tat d\u2019infl\u00e9chir le mouvement de la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re. Leur \u00e9mancipation suppose leur unification en temps long. Elle n\u2019est pas l\u2019affaire des seuls partis\u2009; mais leur contribution n\u2019est pas secondaire.\n\n<strong>2.<\/strong> La base mat\u00e9rielle de cette unification est dans la place qui est socialement attribu\u00e9e aux cat\u00e9gories populaires. Elle est depuis longtemps d\u00e9finie par la conjugaison de l\u2019exploitation \u00e9conomique, de la domination politique, de la discrimination symbolique et d\u2019une position subalterne. Le ma\u00eetre mot de l\u2019univers populaire est la d\u00e9possession : \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 du peuple c\u2019est \u00eatre triplement d\u00e9poss\u00e9d\u00e9, des avoirs, des pouvoirs et des savoirs. Mais l\u2019ali\u00e9nation qui en r\u00e9sulte est variable, \u00e0 la fois objectivement et symboliquement. La d\u00e9pendance commune ne cr\u00e9e pas de l\u2019uniformit\u00e9, mais une palette complexe d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et de discriminations, qui se combinent de fa\u00e7on complexe, \u00ab intersectionnelle \u00bb comme cela se dit souvent. Or de la variation na\u00eet la division\u2009; du coup, le \u00ab\u2009peuple\u2009\u00bb divis\u00e9 reste domin\u00e9 et plac\u00e9 en position seconde.\n\n<strong>3.<\/strong> Pour passer de la multitude au peuple politique, une m\u00e9diation fondamentale doit se penser. Il ne suffit pas, comme cela se fit beaucoup au moment des Gilets jaunes, de s\u2019insurger contre ceux qui cumulent richesses, pouvoirs et savoirs. Il ne suffit m\u00eame pas de se dresser contre le syst\u00e8me qui distribue in\u00e9galement les ressources et qui s\u00e9pare les classes et les individus. Plus que tout, il faut aussi s\u2019appuyer sur la conscience que l\u2019on peut envisager une soci\u00e9t\u00e9 qui ne s\u00e9pare pas, ne hi\u00e9rarchise pas et ne subordonne pas les individus. La conviction d\u2019une autre soci\u00e9t\u00e9 possible \u00e9tait au c\u0153ur de la dynamique du mouvement qui a fait des ouvriers dispers\u00e9s une classe. Cette conviction est aujourd\u2019hui socialement \u00e9puis\u00e9e par les al\u00e9as d\u2019un si\u00e8cle d\u2019histoire.\n\n<strong>4.<\/strong> Rassembler le peuple, ce n\u2019est donc pas avant tout regrouper des fragments sociaux, jusqu\u2019\u00e0 atteindre une majorit\u00e9 sociologique : c\u2019est rassembler \u00e0 la fois les domin\u00e9s et ceux qui, quel que soit leur statut, consid\u00e8rent qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas vivable si elle ne r\u00e9concilie pas l\u2019\u00e9galit\u00e9, la citoyennet\u00e9 et la solidarit\u00e9, et si elle n\u2019y ajoute pas la sobri\u00e9t\u00e9. Ainsi, l\u2019objectif strat\u00e9gique n\u2019est pas la construction d\u2019un \u00ab\u2009bloc populaire\u2009\u00bb, mais la constitution plurielle d\u2019un \u00ab p\u00f4le d\u2019\u00e9mancipation \u00bb, aussi bien collective qu\u2019individuelle, qui soit \u00e0 vocation majoritaire. Au centre de cette constitution, ne se trouve ni un groupe social ni un mouvement critique particulier ni un programme (m\u00eame s\u2019il faut formuler des coh\u00e9rences programmatiques \u00e9volutives). La base d\u2019unification se trouve dans un projet, c\u2019est-\u00e0-dire une mani\u00e8re de raconter la soci\u00e9t\u00e9 telle qu\u2019elle est et telle qu\u2019elle peut \u00eatre, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 une majorit\u00e9 se dessine pour la promouvoir.\n\n<strong>5.<\/strong> En janvier 2019, pour combattre le \u00ab\u2009bloc bourgeois\u2009\u00bb, <em>Le Monde diplomatique<\/em> mettait en avant la belle figure du socialiste Jules Guesde, qui niait l\u2019importance des divisions internes \u00e0 la bourgeoisie et insistait sur son unit\u00e9 profonde de classe. Le mensuel oubliait seulement de rappeler que Guesde combattait \u00e0 l\u2019\u00e9poque la position de Jean Jaur\u00e8s, qui plaidait pour que l\u2019on consid\u00e8re le combat pour la r\u00e9habilitation du \u00ab\u2009bourgeois\u2009\u00bb Dreyfus comme un devoir du mouvement ouvrier. Plut\u00f4t que de rejouer aujourd\u2019hui le combat de la \u00ab\u2009puret\u00e9\u2009\u00bb doctrinale guesdiste contre \u00ab\u2009l\u2019opportunisme\u2009\u00bb jaur\u00e9sien, mieux vaut se dire que l\u2019\u00e9quilibre Jaur\u00e8s-Guesde a dynamis\u00e9 le monde ouvrier. De m\u00eame, dans l\u2019entre-deux-guerres, ce n\u2019est pas la logique excluante du \u00ab\u2009classe contre classe\u2009\u00bb qui a port\u00e9 en avant la gauche ouvri\u00e8re, mais celle du \u00ab\u2009Front populaire\u2009\u00bb, ouvert \u00e0 l\u2019alliance avec ceux que les communistes d\u00e9signaient auparavant comme des membres d\u2019un \u00ab\u2009parti bourgeois\u2009\u00bb (les radicaux) voire comme des \u00ab\u2009social-fascistes\u2009\u00bb (le PS-SFIO).\nLes formules d\u2019hier ne peuvent \u00eatre celles d\u2019aujourd\u2019hui, m\u00eame si elles furent les plus propulsives en leur temps. Mais on peut au moins retenir que rassembler le peuple, rassembler la gauche et lutter pour une gauche bien \u00e0 gauche sont trois dimensions ins\u00e9parables, et que jouer l\u2019une plut\u00f4t que l\u2019autre conduit au d\u00e9sastre. On peut ajouter que rassembler le peuple et rassembler la gauche, c\u2019est penser en m\u00eame temps ce qui permet \u00e0 la gauche de retrouver une majorit\u00e9 et aux cat\u00e9gories populaires de revenir au centre du d\u00e9bat public. Il est donc illusoire de croire que l\u2019on peut se d\u00e9barrasser de la notion de gauche, pour enfin rassembler le \u00ab peuple \u00bb ; mais il convient de donner \u00e0 cette gauche le projet, les mots, les symboles et les formes d\u2019organisation qui lui donnent sa dynamique et lui permettent d\u2019assurer sa mission. Une gauche dynamique et rassembl\u00e9e ne peut \u00eatre qu\u2019une gauche refond\u00e9e, dans sa mani\u00e8re de regarder la soci\u00e9t\u00e9 et de la nommer, tout comme dans sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire le r\u00e9cit d\u2019une possible \u00e9mancipation.\n\n<strong>6.<\/strong> Dans l\u2019imm\u00e9diat, le plus grave serait de sous-estimer le danger repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019extr\u00eame droite. Cela suppose de combattre sans compromission ses id\u00e9es, m\u00eame celles qui semblent gagner massivement le monde populaire. Cela suppose aussi de repousser tout ce qui, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, relativise la gravit\u00e9 de son expansion : l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de l\u2019\u00e9quivalent des Orban, Bolsonaro voire Trump serait en France une r\u00e9gression d\u00e9mocratique globale et pas le simple prolongement des d\u00e9rives en cours. Pour \u00e9viter cette r\u00e9gression, on ne peut pas accepter n\u2019importe quoi\u2009; mais on ne peut pas non plus relativiser le pire, m\u00eame au nom du d\u00e9sastre existant.\n\nCes r\u00e9flexions tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales n\u2019ont pas vocation \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 quelque candidature que ce soit, du c\u00f4t\u00e9 de la gauche. Mais elles sugg\u00e8rent que, pour l\u2019instant, aucune ne semble pleinement en \u00e9tat de redonner \u00e0 la gauche toute la vigueur n\u00e9cessaire. En 2007, la gauche dite \u00ab antilib\u00e9rale \u00bb s\u2019est divis\u00e9e. Du coup, alors qu\u2019elle avait marqu\u00e9 de son empreinte la bataille contre le projet de Trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en, elle s\u2019est trouv\u00e9e cruellement marginalis\u00e9e. La comp\u00e9tition en son sein se r\u00e9duisit \u00e0 savoir qui serait le plus grand des \u00ab petits \u00bb (c\u2019est Besancenot qui gagna alors la partie).\n\nIl ne faudrait pas que, en 2022, la m\u00e9saventure advienne \u00e0 la gauche dans son ensemble. Dans la course au sondage, M\u00e9lenchon est en t\u00eate. Mais l\u2019\u00e9cart avec ses concurrents semble s\u2019\u00eatre r\u00e9duit. Et, chaque fois que l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une candidature commune est \u00e9voqu\u00e9e, comme les autres la sienne n\u2019attire pas la moiti\u00e9 du total du capital th\u00e9orique de la gauche. L\u2019ambition de M\u00e9lenchon reste certes d\u2019y parvenir. Le texte de son blog, qui se construit autour de l\u2019antagonisme entre \u00ab bloc bourgeois \u00bb et \u00ab bloc populaire \u00bb, est l\u2019axe propos\u00e9 \u00e0 ce jour. Ce n\u2019est pas faire preuve de \u00ab M\u00e9lenchon-bashing \u00bb que de souligner les insuffisances d\u2019une coh\u00e9rence qui, si elle restait en l\u2019\u00e9tat, risquerait de reproduire, peut-\u00eatre en pire, les d\u00e9fauts qui furent ceux du \u00ab populisme de gauche \u00bb. Et ce n\u2019est pas faire preuve de m\u00e9pris pour les autres hypoth\u00e8ses \u00e0 gauche, que de dire qu\u2019elles n\u2019offrent pas \u2013 pas plus que l\u2019actuel r\u00e9cit m\u00e9lenchonien &#8211; d\u2019alternative franchement enthousiasmante.\n\nSi le d\u00e9bat citoyen a une vertu, il devrait s\u2019essayer \u00e0 donner \u00e0 la gauche le souffle d\u2019un projet. S\u2019il y a d\u00e9bat \u00e0 gauche, au moins que ce soit sur le fond des projets politiques, et pas seulement sur des mesures programmatiques. Peut-\u00eatre, de ce d\u00e9bat, surgira-t-il la lumi\u00e8re d\u2019 une unit\u00e9 capable de contenir le ressentiment et, mieux encore, de r\u00e9veiller l\u2019espoir.\n\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/roger-martelli\"><strong>Roger Martelli<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13087 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/befunky-collage-399-503-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/befunky-collage-399-503-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-399.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/screenshot_2021-07-13_10-9ce.16.29.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/screenshot_2021-07-13_10-9ce.16.29-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"screenshot_2021-07-13_10.16.29.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/screenshot_2021-07-13_10-852.20.41.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/screenshot_2021-07-13_10-852.20.41-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"screenshot_2021-07-13_10.20.41.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/screenshot_2021-07-13_10-212.22.29.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/screenshot_2021-07-13_10-212.22.29-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"screenshot_2021-07-13_10.22.29.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1-4-163.pdf\">1-4.pdf<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/2-5-1ab.pdf\">2-5.pdf<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/3-5-bcc.pdf\">3-5.pdf<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis quelque temps, une id\u00e9e revient avec insistance. Face au \u00ab bloc bourgeois \u00bb qui serait la base sociale du macronisme, il conviendrait d\u2019organiser un \u00ab bloc populaire \u00bb disputant le terrain au Rassemblement national. L\u2019analyse sociale semble si famili\u00e8re qu\u2019on peut \u00eatre tent\u00e9 par elle. Et pourtant\u2026<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":30821,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[515],"class_list":["post-13087","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-idees-culture","tag-presidentielle-2022"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13087","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13087"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13087\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/30821"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13087"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13087"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13087"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}