{"id":13082,"date":"2021-08-20T06:00:00","date_gmt":"2021-08-20T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-violence-ou-le-conflit\/"},"modified":"2023-06-24T00:18:42","modified_gmt":"2023-06-23T22:18:42","slug":"article-la-violence-ou-le-conflit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13082","title":{"rendered":"La violence ou le conflit\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Emmanuel Macron veut incarner une France pacifi\u00e9e et consensuelle. Cette vaine promesse exacerbe la violence physique dans la soci\u00e9t\u00e9, estiment des chercheurs qui proposent de r\u00e9introduire de la conflictualit\u00e9. <\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Et en m\u00eame temps\u00a0\u00bb<\/em>. Ce tic de langage d\u2019Emmanuel Macron a fait couler beaucoup d\u2019encre. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui esp\u00e9rait incarner une politique <em>\u00ab\u00a0et de gauche et de droite\u00a0\u00bb<\/em>, qui se voulait <em>\u00ab\u00a0et d\u2019une France et d\u2019une autre\u00a0\u00bb<\/em>, n\u2019a eu de cesse depuis son \u00e9lection de nier les antagonismes. \u00c0 la conflictualit\u00e9, il pr\u00e9f\u00e8re le consensus. Aux d\u00e9bats politiques, les avis d\u2019experts. Aux inqui\u00e9tudes de la d\u00e9mocratie, le c\u00f4t\u00e9 rassurant de la technocratie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/legitime-violence\">L\u00e9gitime violence ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais sous couvert de soci\u00e9t\u00e9 harmonieuse, le consensus ne cache-t-il pas une fausse bonne id\u00e9e\u00a0? Cette logique pr\u00e9sidentielle constitue-t-elle vraiment un antidote \u00e0 la violence sociale\u00a0partout bl\u00e2m\u00e9e depuis que des heurts ont \u00e9clat\u00e9 dans le cort\u00e8ge de t\u00eate de la manifestation du 1er Mai\u00a0? Rien n\u2019est moins s\u00fbr, affirme le sociologue Michel Wieviorka, qui vient de publier <em>Face au mal. Le conflit, sans la violence<\/em> (\u00e9d. Textuel, 2018). Il est persuad\u00e9 qu\u2019\u00e0 force de refuser le conflit, certains manifestants ne voient plus d\u2019autre solution pour se faire entendre que de jouer des muscles\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Les Black blocs sont moins une manifestation narcissique qu\u2019une expression de rage, de ressentiment, de haine, de d\u00e9sespoir. Il y a, dans la violence, des \u00e9l\u00e9ments de sens qui peuvent renvoyer \u00e0 du conflit perdu, introuvable, impossible. Du conflit qui pourrait transiter autrement que par la violence dans un autre contexte\u00a0\u00bb<\/em>, estime-t-il. <\/p>\n<h2>Post-politique<\/h2>\n<p>Plus les espaces de discussion se referment, plus l\u2019affrontement physique devient un exutoire privil\u00e9gi\u00e9 pour sortir du refoulement impos\u00e9. <em>\u00ab\u00a0Si on ne g\u00e8re pas ce qui divise une soci\u00e9t\u00e9, on rentre dans la violence\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9sume Michel Wieviorka. Et de ce point de vue, la croyance jupit\u00e9rienne dans les vertus du consensus n\u2019arrange rien\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Dans la situation pr\u00e9sente, les risques de violence sont grands\u00a0\u00bb<\/em>, avance-t-il. Car le pouvoir politique mis en place avec l\u2019\u00e9lection d\u2019Emmanuel Macron est fragile, car sa base initiale est \u00e9troite, car les extr\u00eames l\u2019attendent \u00e0 tous les tournants. Mais surtout parce qu\u2019<em>\u00ab\u00a0on voit mal comment pourrait se reconstruire un espace politique de d\u00e9bats comme celui que peut incarner une opposition structur\u00e9e entre gauche et droite\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><quote>\u00ab Il existe dans la soci\u00e9t\u00e9 des int\u00e9r\u00eats et des positions irr\u00e9conciliables, et il ne suffit pas de nier ces antagonismes pour les faire dispara\u00eetre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Chantal Mouffe<\/strong><\/quote><\/p>\n<p>Depuis Hobbes, on attend d\u2019un \u00c9tat moderne qu\u2019il \u00e9tablisse la paix et permette \u00e0 tout le monde de vivre ensemble, sans tomber dans la guerre de tous contre tous. Pour cela, chaque individu doit transf\u00e9rer ce droit naturel \u00e0 la pr\u00e9servation de soi \u00e0 une autorit\u00e9. Mais pacifier, ce n\u2019est pas escamoter le d\u00e9bat, sauf \u00e0 se leurrer. La philosophe Chantal Mouffe, th\u00e9oricienne du populisme ayant inspir\u00e9 le mouvement Podemos en Espagne, Jean-Luc M\u00e9lenchon comme Beno\u00eet Hamon en France, d\u00e9non\u00e7ait l\u2019<em>\u00ab\u00a0illusion du consensus\u00a0\u00bb<\/em> dans un ouvrage au titre \u00e9ponyme publi\u00e9 en avril 2016, qui tombait \u00e0 pic pour d\u00e9crypter la s\u00e9quence \u00e9lectorale \u00e0 venir. Un an plus tard, alors qu\u2019Emmanuel Macron vient tout juste d\u2019\u00eatre \u00e9lu, elle explique dans une tribune au <em>Monde<\/em> que celui-ci repr\u00e9sente <em>\u00ab\u00a0le stade supr\u00eame de la post-politique\u00a0\u00bb<\/em>. Tous les ingr\u00e9dients de la nouvelle gouvernance th\u00e9oris\u00e9e en Grande Bretagne par le sociologue Antony Giddens et initi\u00e9e par le New labour de Tony Blair sont l\u00e0. En pire.<\/p>\n<p>Le nouveau pr\u00e9sident fran\u00e7ais ne fait m\u00eame plus semblant de croire au bipartisme\u00a0: cette alternance entre centre-droit et centre-gauche qui rejetait du c\u00f4t\u00e9 des extr\u00eames toute critique de la logique n\u00e9olib\u00e9rale est d\u00e9sormais obsol\u00e8te. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est la possibilit\u00e9 m\u00eame de contestation qui est r\u00e9cus\u00e9e avec la disparition de la distinction entre la droite et la gauche\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9plore-t-elle. <em>\u00ab\u00a0Comme nous le savons depuis Machiavel, il existe dans la soci\u00e9t\u00e9 des int\u00e9r\u00eats et des positions irr\u00e9conciliables, et il ne suffit pas de nier ces antagonismes pour les faire dispara\u00eetre\u00a0\u00bb<\/em>, rappelle en effet Chantal Mouffe. <\/p>\n<h2>Pr\u00e9venir l&#8217;explosion<\/h2>\n<p>Refuser de cr\u00e9er des lieux pour que ces clivages puissent s\u2019exprimer, c\u2019est comme mettre un couvercle sur une cocotte-minute en oubliant d\u2019actionner la soupape. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, \u00e7a bouillonne et \u00e7a fume. \u00c0 l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e7a siffle doucement, puis de plus en plus fort. Et \u00e0 la fin, la pression est telle que \u00e7a explose. L\u2019histoire l\u2019a montr\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, on est d\u2019autant plus dans des risques de perte de sens que les grands rep\u00e8res \u00e0 gauche qu\u2019apportaient le marxisme, le communisme, \u00e9taient des cadres de r\u00e9f\u00e9rence qui permettaient de se projeter vers l\u2019avenir. Quand ils ont commenc\u00e9 \u00e0 se pervertir dans les ann\u00e9es 1970, c\u2019est alors qu\u2019on a vu s\u2019ouvrir l\u2019espace de la violence\u00a0\u00bb<\/em>, soutient Michel Wieviorka. Ainsi, selon lui, c\u2019est quand le mouvement ouvrier s\u2019est mis \u00e0 d\u00e9cliner, priv\u00e9 de prolongement politique, qu\u2019il a laiss\u00e9 la place aux Brigades rouges en Italie.<\/p>\n<p>Contre cette obsession pr\u00e9sidentielle de l\u2019harmonie, Michel Wieviorka comme Chantal Mouffe plaident pour une vraie confrontation d\u2019id\u00e9es. Le premier en appelle ainsi \u00e0 un <em>\u00ab\u00a0conflit institutionnalis\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Si dans une entreprise il n\u2019y a pas de syndicat, le jour o\u00f9 des difficult\u00e9s surgissent, la direction se trouve confront\u00e9e \u00e0 des conduites de violence car personne n\u2019est l\u00e0, en face, pour discuter. Dans une commune o\u00f9 aucune association ne se fait le vecteur des attentes et demandes de la jeunesse, des \u00e9meutes peuvent \u00e9clater. Il vaut mieux des interlocuteurs exigeants, des &#8220;casse-pieds&#8221;, plut\u00f4t que tout s\u2019embrase\u00a0\u00bb<\/em>, sugg\u00e8re-t-il. La seconde d\u00e9fend un pluralisme <em>\u00ab\u00a0civilis\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0L\u2019objectif d\u2019une d\u00e9mocratie pluraliste n\u2019est pas d\u2019arriver au consensus, mais de permettre au dissensus de s\u2019exprimer gr\u00e2ce \u00e0 des institutions qui le mettent en sc\u00e8ne d\u2019une fa\u00e7on &#8220;agonistique&#8221;\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9fend-elle. \u00c0 ses yeux, le r\u00f4le des institutions d\u00e9mocratiques consiste \u00e0 fournir un cadre pour <em>\u00ab\u00a0s\u2019opposer sans se massacrer\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/marion-rousset\"><strong>Marion Rousset<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13082 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/tumblr_o7tyu2mh0e1vrof52o1_1280-5f0.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/tumblr_o7tyu2mh0e1vrof52o1_1280-5f0-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"tumblr_o7tyu2mh0e1vrof52o1_1280.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Emmanuel Macron veut incarner une France pacifi\u00e9e et consensuelle. 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