{"id":1305,"date":"1999-03-01T00:00:00","date_gmt":"1999-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/a-la-vie-a-l-amour-a-la-mort1305\/"},"modified":"1999-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-02-28T23:00:00","slug":"a-la-vie-a-l-amour-a-la-mort1305","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1305","title":{"rendered":"A la vie, \u00e0 l&#8217;amour, \u00e0 la mort"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Eric Lacascade <\/p>\n<p><strong> A 37 ans et la maturit\u00e9 artistique acquise, Eric Lacascade dirige le Centre dramatique national de Normandie, \u00e0 Caen. Une jeune troupe particuli\u00e8rement dou\u00e9e. Imagination, sensibilit\u00e9, rigueur. Un homme \u00e0 l&#8217;oeuvre. <\/strong><\/p>\n<p>Eric Lacascade et Guy Alloucherie, tous deux metteurs en sc\u00e8ne : et Lacascade \u00e9galement com\u00e9dien : fondent en 1983 le Th\u00e9\u00e2tre du Ballatum auquel des spectacles comme Ivanov, la Double Inconstance, les Trois Soeurs gagnent une r\u00e9putation de jeune troupe soucieuse de professionnalisme et particuli\u00e8rement dou\u00e9e : imagination, sensibilit\u00e9, rigueur.<\/p>\n<p><strong> Aussit\u00f4t en poste, vous avez annonc\u00e9 vous engager dans la r\u00e9alisation d&#8217;un cycle de trois spectacles, triptyque si l&#8217;on veut, dont vous n&#8217;avez livr\u00e9 que le th\u00e8me et dont vous envisagiez de monter chaque ann\u00e9e un volet. Pourquoi cet engagement qui vous laissait quand m\u00eame une certaine libert\u00e9 de manoeuvre ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Eric Lacascade : <\/strong> Cette annonce a \u00e9t\u00e9 avant tout une fa\u00e7on de me mettre \u00e0 l&#8217;abri de la question qu&#8217;un metteur en sc\u00e8ne s&#8217;entend adresser d\u00e8s qu&#8217;il a pr\u00e9sent\u00e9 son spectacle, et m\u00eame avant : &#8220;Que sera votre prochain spectacle ?&#8221; On ne vous laisse pas le temps d&#8217;achever, de juger ce qu&#8217;on a fait, d&#8217;en tirer le\u00e7on. C&#8217;est m\u00e9conna\u00eetre que le travail en cours contient le germe du prochain spectacle et qu&#8217;il faut lui laisser le temps de se d\u00e9velopper. C&#8217;est vrai, m\u00eame s&#8217;il en appara\u00eet ensuite diff\u00e9rent, voire, et c&#8217;est le plus f\u00e9cond, l&#8217;antith\u00e8se. On aura alors avanc\u00e9 dans le champ \u00e9tendu des possibles. J&#8217;ai dit sur trois ans, et le th\u00e8me annonc\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s large et m\u00eame un peu bateau : &#8220;A la vie, \u00e0 l&#8217;amour, \u00e0 la mort&#8221;, mais ce sont les grands th\u00e8mes du th\u00e9\u00e2tre et de la vie affective.<\/p>\n<p><strong> Le premier spectacle fut un montage de textes. <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Une travers\u00e9e. Le Prologue \u00e9tait d&#8217;Eug\u00e8ne Durif. Il avait assist\u00e9 \u00e0 toutes les r\u00e9p\u00e9titions des sc\u00e8nes de l&#8217;Echange et des deux derniers actes de Ph\u00e8dre retenus ; son texte y r\u00e9agissait.<\/p>\n<p><strong> Ensuite Ph\u00e8dre. Ce qui n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Non. Mais le travail sur ces deux actes m&#8217;avait passionn\u00e9 et frustr\u00e9. Je voulais maintenant tout embrasser d&#8217;une pi\u00e8ce magnifique. Je ne jouais pas dans le pr\u00e9c\u00e9dent spectacle, mais l\u00e0 j&#8217;\u00e9tais Th\u00e9s\u00e9e. J&#8217;aime \u00eatre sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p><strong> Voici maintenant le dernier volet, Fr\u00f4ler les pyl\u00f4nes, qui ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 par les pr\u00e9c\u00e9dents. <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> En effet. Mais il y a cependant, quant \u00e0 moi, une continuit\u00e9 artistique. Pendant trois ans, j&#8217;ai fait travailler le Groupe 30 de l&#8217;Ecole nationale d&#8217;art dramatique de Strasbourg. Au TNS, en mars 1996, trois semaines d&#8217;atelier sur le Songe d&#8217;une nuit d&#8217;\u00e9t\u00e9. En juillet 1998, ces jeunes com\u00e9diens, promotion sortante, apr\u00e8s un nouveau parcours intense, corps \u00e0 vif, corps \u00e0 corps, ont pr\u00e9sent\u00e9 ce travail sur la pi\u00e8ce de Shakespeare dans le Clo\u00eetre de la Coll\u00e9giale de Villeneuve-l\u00e8s-Avignon. Apr\u00e8s quoi, je les ai engag\u00e9s tous pour poursuivre notre compagnonnage. Ils ont \u00e9t\u00e9 pendant six mois, septembre 1998-mars 1999, la troupe de la Com\u00e9die de Caen.<\/p>\n<p><strong> Vous et eux seulement ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Sur les dix, sept sont venus. J&#8217;ai alors engag\u00e9 deux com\u00e9diens du m\u00eame \u00e2ge que j&#8217;avais connus avant. Ils se sont parfaitement int\u00e9gr\u00e9s. De septembre \u00e0 d\u00e9cembre, Fr\u00f4ler les pyl\u00f4nes s&#8217;est \u00e9labor\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Vous avez annonc\u00e9 le titre avant m\u00eame qu&#8217;existe quoi que ce soit du spectacle. <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> C&#8217;est la premi\u00e8re fois que je fais cela, la tentation d&#8217;une prise de risques, d&#8217;un saut dans l&#8217;inconnu. Le titre impliquait un danger \u00e0 assumer et surmonter.<\/p>\n<p><strong> Comment s&#8217;est engag\u00e9 le travail ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> J&#8217;ai commenc\u00e9 par leur donner des devoirs de vacances pour juillet et ao\u00fbt : pr\u00e9senter de petits travaux, r\u00e9pondre \u00e0 des questions pr\u00e9cises.<\/p>\n<p><strong> Les m\u00eames pour tous ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Certaines, oui. D&#8217;autres adapt\u00e9es \u00e0 la personnalit\u00e9 de chacun. J&#8217;ai pr\u00e9par\u00e9, moi, le travail en amont : d\u00e9clinaisons de termes, phrases, images, sensations. En un mois et demi, \u00e0 raison de huit heures par jour, nous avons rassembl\u00e9 des mat\u00e9riaux pour au moins trois heures de spectacle. Puis le travail le plus passionnant est venu, le montage, avec les sacrifices que cela comporte.<\/p>\n<p><strong> Ces mat\u00e9riaux convergeaient bien vers quelque chose ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Une probl\u00e9matique commune les traversait, le passage de l&#8217;adolescence \u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte \u00e0 travers un parcours initiatique, un rituel, organis\u00e9 autour d&#8217;histoires, de musiques.<\/p>\n<p><strong> En quoi consid\u00e9rez-vous que Fr\u00f4ler les pyl\u00f4nes appartient au cycle annonc\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Il compl\u00e8te au moins mon exploration des formes dramatiques : un montage de textes, un auteur classique fran\u00e7ais, une cr\u00e9ation collective. Naturellement il faut prendre ce mot &#8220;collectif&#8221; avec pr\u00e9caution, le metteur en sc\u00e8ne redevient pr\u00e9pond\u00e9rant dans le montage.<\/p>\n<p><strong> Pour bien conna\u00eetre ce qu&#8217;a apport\u00e9 le Ballatum, je puis dire que d\u00e8s votre arriv\u00e9e \u00e0 Caen vous avez emprunt\u00e9 une voie toute nouvelle. <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Je sortais d&#8217;une p\u00e9riode de cinq ann\u00e9es o\u00f9 ce que j&#8217;ai racont\u00e9 m&#8217;appartenait peu. Je servais des auteurs. Je veux maintenant me sentir pr\u00e9sent, tenir compte d&#8217;impulsions, de sensations venant de moi, et voir comment les acteurs y r\u00e9agissent. Je tends vers une expression d&#8217;ordre po\u00e9tique plus que r\u00e9aliste. Dans Fr\u00f4ler les pyl\u00f4nes, pas d&#8217;histoire, pas d&#8217;intrigue, pas de h\u00e9ros, mais des hommes et des femmes embl\u00e9matiques de notre temps, tr\u00e8s engag\u00e9s physiquement et satur\u00e9s de violence musicale. Pour la premi\u00e8re fois, je mets les musiciens sur le plateau. C&#8217;est de l&#8217;art brut, un acte artistique th\u00e9\u00e2tral non domestiqu\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Vous l&#8217;avez jou\u00e9 du 1er au 19 d\u00e9cembre au Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg dans la salle Hubert-Gignoux qui offre 200 places. Elle convenait tout \u00e0 fait. <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Nous avons \u00e9t\u00e9 remarquablement accueillis et soutenus par Jean-Louis Martinelli et tout le personnel de la maison. Nous jouions les m\u00eames jours, \u00e0 la m\u00eame heure, Ph\u00e8dre, dans la salle Bernard-Marie-Kolt\u00e8s de 500 places. Tout le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait \u00e0 nous et le public est venu nombreux. Nous reprenons les Pyl\u00f4nes \u00e0 la Com\u00e9die de Caen du 11 au 20 mars. Des propositions d&#8217;accueil pour la saison prochaine commencent \u00e0 venir.<\/p>\n<p><strong> On vous verra prochainement \u00e0 Paris, invit\u00e9 par Lavaudant, et vous avez choisi de remettre sur le m\u00e9tier votre Ivanov. <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Je n&#8217;avais jamais fait de reprise. Lavaudant m&#8217;a propos\u00e9 la Cabane, je l&#8217;ai vue et je suis tomb\u00e9 en admiration. \u00e7a ne convenait pas pour Fr\u00f4ler les pyl\u00f4nes mais j&#8217;ai pens\u00e9 \u00e0 Ivanov cr\u00e9\u00e9 en 1989-90, le spectacle qui me tient le plus \u00e0 coeur. En m\u00eame temps, il m&#8217;a sembl\u00e9 \u00e9vident que je ne le referais qu&#8217;avec l&#8217;Ivanov d&#8217;alors, Alain d&#8217;Hayer, perdu de vue depuis deux ans. Je l&#8217;ai appel\u00e9 : &#8220;Si tu veux c&#8217;est oui, si c&#8217;est non je laisse tomber&#8221;. Il a accept\u00e9, m&#8217;a dit en \u00eatre heureux, \u00e7a vivait en lui. Ce sera dans une nouvelle traduction, celle d&#8217;Andr\u00e9 Markowicz .<\/p>\n<p><strong> O\u00f9 sera plant\u00e9e la cabane ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> E.L. : <\/strong> Du c\u00f4t\u00e9 de la Villette, au bord du canal de l&#8217;Ourcq. Je reprendrai le r\u00f4le de Borkine.<\/p>\n<p>* Metteur en sc\u00e8ne, com\u00e9dien, directeur du Centre national dramatique de Normandie.<\/p>\n<p>L&#8217;entretien a eu lieu le 20 janvier. Lacascade prenait l&#8217;avion le jour m\u00eame pour Santiago de Chili. Ils partaient \u00e0 dix avec l&#8217;aide de l&#8217;AFAA (l&#8217;Association fran\u00e7aise d&#8217;action artistique), seule troupe \u00e9trang\u00e8re invit\u00e9e au Festival de th\u00e9\u00e2tre de Santiago. Il en profitera pour mettre au point l\u00e0-bas son projet de collaboration avec des com\u00e9diens chiliens. En janvier et f\u00e9vrier 2000, ceux-ci viendront r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 Caen puis tous partiront au Chili achever le travail. Retour \u00e0 Caen avec le spectacle.<\/p>\n<p>Fr\u00f4ler les pyl\u00f4nes, du 11 au 20 mars, au CDN de Normandie, th\u00e9\u00e2tre d&#8217;H\u00e9rouville. Ivanov, du 22 mai au 11 juin, dans la cabane de l&#8217;Od\u00e9on, au bord du canal de l&#8217;Ourcq.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Eric Lacascade <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1305","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1305","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1305"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1305\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1305"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1305"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1305"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}