{"id":1300,"date":"1999-03-01T00:00:00","date_gmt":"1999-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-documentaire-au-cinema-du-reel1300\/"},"modified":"1999-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-02-28T23:00:00","slug":"le-documentaire-au-cinema-du-reel1300","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1300","title":{"rendered":"Le documentaire au Cin\u00e9ma du r\u00e9el"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le documentaire, petit fr\u00e8re du cin\u00e9ma de fiction ? Tenu parfois comme mineur, ce genre qui a fait d\u00e9buter beaucoup de r\u00e9alisateurs trouve un large public, gr\u00e2ce aux manifestations qui lui sont consacr\u00e9es et aux &#8220;cases de programmation&#8221; des cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision. <\/p>\n<p>Le mot documentaire est entr\u00e9 tardivement dans le vocabulaire cin\u00e9matographique, seulement en 1926, lorsque le critique et cin\u00e9aste anglais, John Grierson, s&#8217;exprima \u00e0 propos de Moana de Robert Flaherty. Pourtant le cin\u00e9ma \u00e9tait n\u00e9 documentaire, comme on le sait, avec les films des fr\u00e8res Lumi\u00e8re et d&#8217;Etienne-Jules Marey et de son collaborateur Georges Demeny. Et avant m\u00eame que ce cin\u00e9ma n&#8217;\u00e9clate en \u00e9poustouflantes fictions sous l&#8217;impulsion de M\u00e9li\u00e8s, il n&#8217;\u00e9tait pas, d\u00e8s ses origines, simple enregistrement du r\u00e9el : en effet, Louis Lumi\u00e8re, \u00e0 propos de Aquarium ou du Bocal de poissons rouges, films moins connus, sans doute que la Sortie des usines Lumi\u00e8re, avait affirm\u00e9 : &#8220;Ce qui m&#8217;a toujours pr\u00e9occup\u00e9 dans mes vues, ce fut la mise en pages de mes sujets.&#8221; Parler de &#8220;mise en pages&#8221; introduit la notion du regard de celui qui filme, de sa distance au sujet film\u00e9.<\/p>\n<p>Toute cette probl\u00e9matique est au coeur du travail des documentaristes contemporains fran\u00e7ais et se retrouve dans les difficiles choix auxquels sont confront\u00e9s les responsables de festivals documentaires, en France : Cin\u00e9ma du r\u00e9el \u00e0 Paris, Vue sur les docs, \u00e0 Marseille, les Rencontres de Lussas, pour ne citer que les principaux.Suzette Gl\u00e9nadel, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de Festival du r\u00e9el depuis douze ans, apr\u00e8s y avoir \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e depuis sa fondation par la Biblioth\u00e8que publique d&#8217;information du Centre Georges-Pompidou en 1978, a toujours \u00e9t\u00e9 proche des d\u00e9bats qui agitent le monde de la cr\u00e9ation documentaire. Elle se r\u00e9jouit \u00e0 l&#8217;avance de pr\u00e9senter au Cin\u00e9ma des cin\u00e9astes du 5 au 14 mars, son cru 99 : outre une impressionnante r\u00e9trospective du documentaire iranien et une int\u00e9ressante comp\u00e9tition internationale, une comp\u00e9tition de documentaires fran\u00e7ais traduisant la forte identit\u00e9 d&#8217;un cin\u00e9ma qui, avant de se dire documentaire, s&#8217;affirme d&#8217;abord comme oeuvre cin\u00e9matographique.<\/p>\n<p><strong> Crit\u00e8res de la comp\u00e9tition : l&#8217;\u00e9criture cin\u00e9matographique <\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s des ann\u00e9es difficiles au cours desquelles la manifestation eut \u00e0 faire face \u00e0 des probl\u00e8mes de structuration et d&#8217;identit\u00e9 : profusion de reportages en 88 : ou \u00e0 des moments de creux de la production documentaire, au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, c&#8217;est ce que privil\u00e9gient Suzette Gl\u00e9nadel et son \u00e9quipe, dans leur travail de s\u00e9lection. &#8220;C&#8217;est tr\u00e8s clair, pour nous, les crit\u00e8res de la comp\u00e9tition, c&#8217;est l&#8217;\u00e9criture cin\u00e9matographique. Cette ann\u00e9e, nous avons re\u00e7u de 10 \u00e0 15 % de films fran\u00e7ais de plus que l&#8217;an dernier, en nette progression qualitative et plus ancr\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9 sociale fran\u00e7aise. [&#8230;] Pendant quelques ann\u00e9es, de 1986 : date de la cr\u00e9ation d&#8217;Arte : \u00e0 1990, les documentaristes partaient filmer ailleurs. De \u00abl&#8217;ailleurs\u00bb nous en avons encore, par exemple avec le film de Jean-Michel Carr\u00e9, Charbons ardents, tourn\u00e9 dans une mine de charbon galloise que les mineurs ont rachet\u00e9e avec leurs indemnit\u00e9s de licenciements et dont ils sont, aujourd&#8217;hui, actionnaires, patrons et employ\u00e9s.&#8221;<\/p>\n<p>Claudine Bories, codirectrice de P\u00e9riph\u00e9rie, dont le film Un samedi sur deux, s\u00e9lectionn\u00e9 aussi par Cin\u00e9ma du r\u00e9el, vient d&#8217;\u00eatre diffus\u00e9 par France 2, dans le cadre de la case documentaire &#8220;Lignes de vie&#8221;, a &#8220;longtemps cru que ce film \u00e9tait irr\u00e9alisable en documentaire&#8221;. R\u00e9alisatrice de fictions mais aussi de films documentaires, les uns et les autres inspir\u00e9s d&#8217;histoires de familles, violentes par essence, la cin\u00e9aste participe depuis longtemps \u00e0 de nombreux d\u00e9bats dans le cadre d&#8217;ADDOC (Association des cin\u00e9astes documentaristes) et des Cartes blanches au cin\u00e9ma documentaire en Seine- Saint-Denis, dont elle a confi\u00e9 l&#8217;organisation, la programmation et l&#8217;animation \u00e0 Catherine Bizern. Forte de toute cette exp\u00e9rience-l\u00e0, il a pourtant fallu \u00e0 Claudine Bories un an de r\u00e9flexion et de pr\u00e9paration et, finalement, d&#8217;\u00e9criture, pour comprendre comment elle pourrait filmer la rencontre, non pas tant de ces couples s\u00e9par\u00e9s, form\u00e9s d&#8217;un &#8220;parent h\u00e9bergeant&#8221; et d&#8217;un &#8220;parent visiteur&#8221;, mais de l&#8217;enfant avec le p\u00e8re, ou la m\u00e8re, \u00e0 qui il n&#8217;est jamais confi\u00e9, pris entre le refus, profond\u00e9ment inscrit dans le corps de l&#8217;un, de le laisser aller, ne serait-ce qu&#8217;une heure, vers cet autre d\u00e9sirant et maladroit. Dans ce rez-de-chauss\u00e9e balbynien, mis \u00e0 disposition par le juge charg\u00e9 de faire respecter le droit de visite et dans lequel des &#8220;m\u00e9diatrices&#8221; accueillent, \u00e9coutent, parlent doucement aux enfants, tentent de convaincre les parents, se jouent des moments de vie si fragiles, si pleines de douleurs que le spectateur en perd un moment la parole en quittant le film qui est comme une \u00e9pure documentaire : avec des temps de respiration, et un hors champ charg\u00e9 mais que Claudine Bories se garde d&#8217;\u00e9clairer par des retours en arri\u00e8re ou des commentaires. Elle est l\u00e0, pr\u00e9sence discr\u00e8te et accept\u00e9e par ceux qu&#8217;elle filme, avec une \u00e9quipe r\u00e9duite. Restait, ensuite, \u00e0 la monteuse, Dominique Faysse, un travail difficile de d\u00e9passement de sa propre douleur, pour choisir les images et les paroles \u00e0 garder dans une reconstruction du r\u00e9el respectueuse de la n\u00e9cessaire distance du regard de Claudine Bories, elle m\u00eame respectueuse de ses personnages et du travail du temps.<\/p>\n<p>Si Un samedi sur deux est, sans aucun doute, un des films \u00e0 ne pas manquer de la comp\u00e9tition fran\u00e7aise de Cin\u00e9ma du r\u00e9el, il y en a d&#8217;autres, et c&#8217;est cela aussi le plaisir du cin\u00e9ma documentaire : la pluralit\u00e9 des d\u00e9marches et des regards. Ainsi Eric Pittard, connu aussi comme chef op\u00e9rateur de talent, a tourn\u00e9 l&#8217;Usine : dans la r\u00e9gion de Nantes, pr\u00e8s d&#8217;Ancenis, la fonderie Boudhlesyer r\u00e9ussit : et c&#8217;est une des premi\u00e8res \u00e0 le faire, \u00e0 diminuer, jusqu&#8217;au trente-cinq heures, la dur\u00e9e r\u00e9glementaire du travail sans perte de salaire.<\/p>\n<p>Alors que 21 films font partie de la comp\u00e9tition fran\u00e7aise et que l&#8217;\u00e9quipe de s\u00e9lection de Cin\u00e9ma du r\u00e9el en a vu plus de trois cents, c&#8217;est sans doute r\u00e9ducteur de choisir de ne parler que de trois d&#8217;entre eux. C&#8217;est assez, j&#8217;esp\u00e8re, pour avoir envie de suivre la manifestation dans son ensemble. Peut-\u00eatre permettra-t-elle \u00e0 certains spectateurs de se retrouver dans tout ce que les cha\u00eenes, c\u00e2bl\u00e9es ou non, leur proposent sous l&#8217;appellation &#8220;documentaire&#8221;.<\/p>\n<p>Suzette Gl\u00e9nadel et Catherine Bizern ont soulign\u00e9, toutes deux, l&#8217;extr\u00eame complexit\u00e9 du syst\u00e8me d&#8217;aides dont peut b\u00e9n\u00e9ficier une oeuvre documentaire, entre fonds de soutien s\u00e9lectif et fonds de soutien automatique du Centre national de la Cin\u00e9matographie, auxquels ne peuvent pr\u00e9tendre les documentaristes qu&#8217;apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre assur\u00e9 l&#8217;engagement d&#8217;un diffuseur, donc d&#8217;une cha\u00eene. La prolif\u00e9ration du c\u00e2ble a donn\u00e9 naissance \u00e0 un foisonnement du documentaire, &#8220;mais, pr\u00e9cise Catherine Bizern, ce foisonnement fait que l&#8217;\u00e9cart se creuse entre les films : il y a ceux qui portent la marque du cin\u00e9ma et le tout venant produit en flux tendu. [&#8230;] Pour moi, un documentariste est quelqu&#8217;un qui fait du cin\u00e9ma, qui trouve une \u00e9criture, construit une sc\u00e8ne, une narration, pour exprimer son point de vue sur le monde, nous raconter des histoires.&#8221;<\/p>\n<p><strong> Reconstruction du r\u00e9el avec la n\u00e9cessaire distance du regard <\/strong><\/p>\n<p>Denis Gheerbrant, cin\u00e9aste documentariste, dit la m\u00eame chose, sous une autre forme, dans le dossier con\u00e7u par Les enfants du cin\u00e9ma qui accompagne la sortie en salle de son film Grands comme le monde, tourn\u00e9 dans au coll\u00e8ge de la Cit\u00e9 du Luth \u00e0 Gennevilliers, et dont il avait d\u00fb r\u00e9aliser une version &#8220;courte&#8221; pour la t\u00e9l\u00e9vision :&#8221;Pourquoi fait-on un film ? Est-ce pour repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 ou pour rendre visible ce qui ne l&#8217;est pas ?&#8221;<\/p>\n<p>L&#8217;optimisme de Suzette Gl\u00e9nadel s&#8217;appuie sur sa d\u00e9couverte des documentaires fran\u00e7ais qu&#8217;elle a visionn\u00e9s cette ann\u00e9e. Mais, et elle insiste, si les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision jouent un r\u00f4le positif dans la production des films documentaires, c&#8217;est le travail fait au sein des associations comme ADDOC, Documentaire sur grand \u00e9cran, P\u00e9riph\u00e9rie, avec ses cartes blanches au documentaire, qui permet aux documentaristes d&#8217;avancer, en se rencontrant, en verbalisant leurs pratiques. Et que leurs films soient vus en salles engendre d&#8217;autres d\u00e9sirs de cin\u00e9ma documentaire. (1)<\/p>\n<p>1. Madame comme Monsieur, version longue d&#8217;Un samedi sur deux doit sortir en salles \u00e0 la fin de l&#8217;ann\u00e9e. Apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre ouverts aux films de Raymond Depardon, Nicolas Philibert, Marcel Ophuls, Denis Gheerbrant, les grands \u00e9crans s&#8217;ouvrent aussi aux films de Claudine Bories.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le documentaire, petit fr\u00e8re du cin\u00e9ma de fiction ? 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