{"id":1293,"date":"1999-03-01T00:00:00","date_gmt":"1999-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/retour-sur-les-annees-701293\/"},"modified":"1999-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-02-28T23:00:00","slug":"retour-sur-les-annees-701293","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1293","title":{"rendered":"Retour sur les ann\u00e9es 70"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Table ronde avec Henri Malberg <\/p>\n<p>Voir aussi Exclue mais non repentie, Pas exclu mais repenti<strong> Pour la premi\u00e8re fois une table ronde r\u00e9unit d&#8217;anciens militants du PCF et un de ses dirigeants actuels pour essayer de comprendre une p\u00e9riode particuli\u00e8rement dramatique qui a vu se multiplier les ruptures et les d\u00e9chirements et a abouti \u00e0 l&#8217;affaiblissement du PCF. Un regard sur le pass\u00e9 rendu absolument n\u00e9cessaire pour qui veut construire l&#8217;avenir. Un chantier ouvert par la d\u00e9cision du PCF d&#8217;annuler toutes les sanctions, exclusions et mises \u00e0 l&#8217;\u00e9cart (voir Regards n\u00b0 43 de f\u00e9vrier). <\/strong><\/p>\n<p><strong> Pouvez-vous rep\u00e9rer les questions qui ont fait probl\u00e8me, les principaux points d&#8217;achoppement des ann\u00e9es 1970-1980 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Louis Moynot : <\/strong> Dans le d\u00e9sordre : les questions \u00e9conomiques et les changements pr\u00e9conis\u00e9s de la politique \u00e9conomique et sociale. Nous \u00e9tions embarqu\u00e9s dans une voie que nous croyions tout \u00e0 fait radicale, mais qui \u00e9tait ambigu\u00eb et b\u00e2tie sur des raisonnements d&#8217;une autre p\u00e9riode de l&#8217;histoire. Par exemple, bien qu&#8217;il ait \u00e9t\u00e9 ensuite critiqu\u00e9 officiellement, le programme commun de la gauche \u00e9tait fortement influenc\u00e9 par les analyses et les th\u00e8ses du PCF. Je me souviens la premi\u00e8re fois o\u00f9 j&#8217;ai rencontr\u00e9 Bruno Trentin, dirigeant de la CGIL, en 1978, j&#8217;avais parl\u00e9 du programme commun, il avait eu un sourire et m&#8217;avait dit : &#8220;Il y avait peut-\u00eatre un int\u00e9r\u00eat \u00e0 l&#8217;existence de ce programme mais, pour moi, il est compl\u00e8tement en dehors de l&#8217;espace et du temps.&#8221; Il \u00e9voquait ainsi \u00e0 la fois les transformations de la classe ouvri\u00e8re, de la soci\u00e9t\u00e9, la rupture de la croissance, la mondialisation.Il y avait aussi le probl\u00e8me des alliances politiques du parti dans un cadre d\u00e9mocratique, les probl\u00e8mes de la d\u00e9mocratie, la conception qu&#8217;on en avait en g\u00e9n\u00e9ral et dans la vie interne du parti, et puis \u00e9videmment, le rapport \u00e0 l&#8217;Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p><strong> Henri Malberg : <\/strong> Durant ces ann\u00e9es, des probl\u00e8mes fondamentaux venaient au premier plan. Avec la fin de la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie, de la guerre froide et du fait d&#8217;une \u00e9norme mutation \u00e9conomique et sociale, une forte volont\u00e9 de changement s&#8217;empare du pays, avec la mont\u00e9e de la jeunesse, des salari\u00e9s, des intellectuels, des femmes. Se rappeler mai-juin 68. Or, le Parti communiste n&#8217;a pas trouv\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque les r\u00e9ponses adapt\u00e9es \u00e0 ces nouveaux temps. Le PCF se trouve devant trois types de questions. Quelle perspective proposer pour r\u00e9pondre \u00e0 la situation nouvelle ? Quelle coh\u00e9rence th\u00e9orique ? Le fonds id\u00e9ologique du PC depuis les ann\u00e9es vingt, la rupture r\u00e9volutionnaire, le r\u00f4le dirigeant de la classe ouvri\u00e8re, le parti d&#8217;avant-garde, la dictature du prol\u00e9tariat et le soutien inconditionnel \u00e0 l&#8217;URSS se t\u00e9lescopent de plus en plus avec les r\u00e9alit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9. Le PCF a commenc\u00e9 \u00e0 s&#8217;adapter mais pas assez pour r\u00e9pondre \u00e0 la question des perspectives r\u00e9volutionnaires dans un pays capitaliste d\u00e9velopp\u00e9. Enfin, la conception du parti se trouve elle-m\u00eame en question. D&#8217;autant que des forces en son sein veulent mettre tout cela en discussion. Ainsi, les r\u00e9alit\u00e9s mettent le Parti communiste en porte \u00e0 faux.<\/p>\n<p><strong> Jacques Texier : <\/strong> Les ann\u00e9es 70 sont marqu\u00e9es par deux dates : 1972, signature du programme commun dans le cadre de l&#8217;union de la gauche ; 1977, rupture du programme commun et fin de l&#8217;union de la gauche. Elles se terminent dans le drame et toute la p\u00e9riode 70-80 a un caract\u00e8re catastrophique. 1978 : la gauche perd les \u00e9lections l\u00e9gislatives et la direction du parti est contente. C&#8217;est le drame qui commence. Le rapport entre le parti et le peuple de gauche va se d\u00e9traquer. Les derni\u00e8res ann\u00e9es de la d\u00e9cennie sont celles de la glaciation et, au cours des ann\u00e9es 80, le d\u00e9clin va s&#8217;affirmer de plus en plus nettement. Les ann\u00e9es 1978-80 sont celles des d\u00e9missions, des sanctions, des mises \u00e0 l&#8217;\u00e9cart, de la reprise en main. Apr\u00e8s la gestion catastrophique de 72-78 viennent les mesures autoritaires. Le d\u00e9clin des ann\u00e9es 80 a ses racines dans la direction catastrophique des ann\u00e9es 70. Il n&#8217;avait rien de fatal. Il faut donc d\u00e9crire le caract\u00e8re incoh\u00e9rent, les soubresauts, les changements brusques, le double langage, la manipulation, le mensonge qui sont les m\u00e9thodes de direction de toute une p\u00e9riode. Elles entra\u00eenent chez beaucoup de militants, comme chez beaucoup d&#8217;hommes de gauche, une r\u00e9action de rejet profond \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de ce parti. Il s&#8217;agit d&#8217;un choc moral profond, d&#8217;une col\u00e8re. Les insuffisances, les erreurs, \u00e7a se corrige : \u00e7a ne brise pas un parti, \u00e7a ne remet pas en question la confiance qu&#8217;on lui accorde. Nous avons \u00e0 faire ici \u00e0 un changement de ligne et \u00e0 des m\u00e9thodes d\u00e9testables qui remettent en cause toutes les avanc\u00e9es faites depuis 1964. La liste est longue. Premi\u00e8re manifestation d\u00e8s 1972 : rapport secret de Marchais qui ne sera publi\u00e9 qu&#8217;en 1975 apr\u00e8s le changement de ligne. Le congr\u00e8s extraordinaire de 1974 qui commence avec un projet de r\u00e9solution d&#8217;union de la gauche et qui se termine avec une r\u00e9solution de sens oppos\u00e9. 1976, retour \u00e0 l&#8217;ouverture au XXIIe Congr\u00e8s mais avec des m\u00e9thodes aberrantes puisque les communistes apprennent \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision l&#8217;abandon de la dictature du prol\u00e9tariat. R\u00e9actualisation du programme commun enfin qui se termine par la rupture au grand \u00e9tonnement de tous, car les n\u00e9gociations se d\u00e9roulaient bien. Marchais a racont\u00e9 cet \u00e9pisode \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision : &#8220;Liliane, fais les valises, on rentre \u00e0 Paris&#8221;. Vient ensuite le comportement du parti lors des \u00e9lections, les palinodies incessantes jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;affaire du double rapport de Claude Poperen en 1984 apr\u00e8s des \u00e9lections catastrophiques. Voil\u00e0 de quoi il faut parler d&#8217;abord.<\/p>\n<p><strong> Henri Malberg : <\/strong> J&#8217;\u00e9tais compl\u00e8tement impliqu\u00e9 pendant cette p\u00e9riode et je ressens aussi sa dimension dramatique. Je crois que, si \u00e0 ce moment, nous n&#8217;avions pas v\u00e9cu avec la culture communiste ant\u00e9rieure, le d\u00e9bat aurait eu lieu entre des communistes adultes&#8230; Je ne sais pas si ce sont les m\u00eames positions qui auraient triomph\u00e9, mais on aurait gagn\u00e9 du temps ; des d\u00e9fauts manifestes auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s ou att\u00e9nu\u00e9s et on n&#8217;aurait pas v\u00e9cu ces affrontements fratricides. Un g\u00e2chis d&#8217;hommes et de femmes, mais aussi un g\u00e2chis pour le Parti communiste.Il n&#8217;y a aucune fatalit\u00e9 au d\u00e9clin du Parti communiste dans cette p\u00e9riode. Mais tous les partis communistes du monde se sont affaiblis du fait de l&#8217;\u00e9chec de plus en plus patent du &#8220;socialisme r\u00e9el&#8221;. Echec que nous n&#8217;avons pas per\u00e7u. Il n&#8217;y avait pourtant aucun automatisme pour que ces graves difficult\u00e9s aboutissent aux drames qu&#8217;on a connus. Face \u00e0 l&#8217;\u00e9norme pouss\u00e9e de ces probl\u00e8mes, le Parti communiste de l&#8217;\u00e9poque n&#8217;est pas rest\u00e9 immobile. Il y a eu une ligne de d\u00e9veloppement et d&#8217;adaptation aux temps nouveaux, du manifeste de Champigny en 1968 au XXIIe Congr\u00e8s (le socialisme aux couleurs de la France) en 1976. Il y a eu dans les faits t\u00e9lescopage entre ces \u00e9volutions et les contradictions n\u00e9es du choix strat\u00e9gique du Programme commun de gouvernement. Celui-ci s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 assez vite un \u00e9chec devant lequel le Parti communiste en danger s&#8217;est compl\u00e8tement contract\u00e9. Le PC d\u00e9valoris\u00e9, le PS revaloris\u00e9 : il s&#8217;est produit un choc chez les communistes et pas seulement chez les dirigeants. Si la vie du parti avait \u00e9t\u00e9 ce qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui, ce d\u00e9bat serait venu ouvertement entre communistes et aucune direction au monde n&#8217;aurait pu imposer aux communistes autre chose que ce qu&#8217;ils voulaient&#8230; La vie aurait tranch\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Jean-Louis Moynot : <\/strong> Je ne suis pas d&#8217;accord avec cette fa\u00e7on de justifier ce qu&#8217;ont \u00e9t\u00e9 pour l&#8217;essentiel les positions successives du Parti communiste dans cette p\u00e9riode, en particulier la mani\u00e8re dont il a critiqu\u00e9 le Programme commun, qui peut-\u00eatre n&#8217;est pas absurde en soi, mais n&#8217;est pas le fond de la question. Je souligne moi aussi le caract\u00e8re dramatique, je dirais m\u00eame invraisemblable et inacceptable, de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 dans cette p\u00e9riode cruciale. Le &#8220;retard&#8221; pris dans les analyses de l&#8217;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de la soci\u00e9t\u00e9 n&#8217;explique pas tout car le foss\u00e9 se creusait depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale. D&#8217;autant qu&#8217;on a souvent martyris\u00e9 la th\u00e9orie en fonction des positions politiques du moment. Alors pourquoi le Parti s&#8217;est-il enferm\u00e9 et isol\u00e9 de la vie politique nationale ? Il y a des explications \u00e0 rechercher dans sa culture traditionnelle, mais cela ne me semble pas suffisant non plus. La plupart des dirigeants craignaient l&#8217;\u00e9volution politique car ils ne voyaient pas de r\u00e9ponse \u00e0 la mont\u00e9e importante de l&#8217;influence \u00e9lectorale socialiste alors que l&#8217;\u00e9lectorat communiste restait stagnant, ce qui sous-entend de leur part une certaine conscience de la fragilit\u00e9 de l&#8217;influence communiste, des faiblesses du parti par rapport \u00e0 ce qu&#8217;avait \u00e9t\u00e9 l&#8217;\u00e9volution r\u00e9elle de la France et du monde. Enfin il est \u00e9vident que l&#8217;Union sovi\u00e9tique voyait d&#8217;un mauvais oeil l&#8217;arriv\u00e9e d&#8217;une alliance politique de gauche d\u00e9mocratique au gouvernement dans un pays comme la France. Les tentatives d&#8217;\u00e9mancipation du PCF dans ce domaine : je pense notamment \u00e0 toute l&#8217;\u00e9volution imprim\u00e9e par Waldeck Rochet : ont toujours provoqu\u00e9 des retours de b\u00e2ton et des pressions de toutes sortes.La preuve de la gravit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements de cette p\u00e9riode, c&#8217;est qu&#8217;il a fallu attendre vingt ans pour que se cr\u00e9e une situation nouvelle permettant qu&#8217;on commence \u00e0 en parler comme \u00e7a&#8230; de fa\u00e7on d\u00e9tendue.<\/p>\n<p><strong> A vous entendre tous les trois, on a quand m\u00eame beaucoup de mal \u00e0 comprendre ce qui est la cause essentielle&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jacques Texier : <\/strong> Ce qui s&#8217;est pass\u00e9 dans cette p\u00e9riode est exceptionnel par sa gravit\u00e9 ; ce qui est en jeu, c&#8217;est le rapport de la direction avec le parti et du parti avec le peuple de gauche. Les d\u00e9g\u00e2ts seront consid\u00e9rables. La direction est contrainte \u00e0 une politique autoritaire de reprise en main parce qu&#8217;elle ne peut accepter la moindre discussion. Il y a tout d&#8217;abord l&#8217;affaire de la F\u00e9d\u00e9ration de Paris. Tout un groupe de grande qualit\u00e9 qui appliquait la ligne du XXIIe Congr\u00e8s avec audace est bris\u00e9. Le CERM est liquid\u00e9 : en 1978 sa direction accepte de cr\u00e9er une commission pour discuter de la social-d\u00e9mocratie. C&#8217;\u00e9tait signer son arr\u00eat de mort.Reste \u00e0 expliquer le changement de ligne. La pression de l&#8217;URSS existe mais n&#8217;est pas une explication. Le facteur d\u00e9cisif, tout le monde le conna\u00eet : la direction du parti a l&#8217;oeil riv\u00e9 sur les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux. La rupture intervient parce que le PS a de bons r\u00e9sultats \u00e9lectoraux. Telle est la cause. D&#8217;o\u00f9 une situation impossible : il faut rompre, non \u00e0 cause d&#8217;un virage \u00e0 droite du PS qui n&#8217;a pas encore eu lieu, mais parce que la strat\u00e9gie du PS d&#8217;Epinay lui profite.Quel jugement porter ? Certes les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux ne sont pas n\u00e9gligeables, mais l&#8217;essentiel c&#8217;est la capacit\u00e9 qu&#8217;a un parti de conqu\u00e9rir &#8220;l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie&#8221; (Gramsci). A cet \u00e9gard, le parti dispose de forces consid\u00e9rables. Abandonner la ligne unitaire, c&#8217;est le plus mauvais choix, un suicide. Il organise son propre d\u00e9clin et se met dans une posture impossible. La panique \u00e9lectorale n&#8217;\u00e9tait pas justifi\u00e9e. Mais elle fait appara\u00eetre une culture archa\u00efque : l&#8217;union n&#8217;est possible que si le parti est en position dominante.<\/p>\n<p><strong> Jean-Louis Moynot : <\/strong> Si la d\u00e9gradation des m\u00e9thodes a \u00e9t\u00e9 telle, c&#8217;est sans doute parce que cette p\u00e9riode a vu arriver \u00e0 maturit\u00e9 des probl\u00e8mes d\u00e9j\u00e0 anciens. Je vais en prendre deux exemples. D&#8217;abord celui de la transparence des d\u00e9bats internes du parti.Un grand nombre de dirigeants consid\u00e9raient qu&#8217;il \u00e9tait rigoureusement impossible pour un parti communiste (un parti &#8220;r\u00e9volutionnaire&#8221;) de raconter \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur ce qui se dit \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur. Ce probl\u00e8me-l\u00e0 existait depuis toujours, mais il s&#8217;est manifest\u00e9 de fa\u00e7on particuli\u00e8rement grave dans cette p\u00e9riode parce qu&#8217;il arrivait \u00e0 maturit\u00e9 du point de vue de la conscience et de l&#8217;exigence des citoyens. Autre exemple, au niveau international, l&#8217;URSS \u00e9tait depuis longtemps dans une logique de puissance, mais l&#8217;entr\u00e9e des troupes sovi\u00e9tiques en Afghanistan a sign\u00e9 cr\u00fbment une politique militaire expansionniste (et rompu le front uni entre l&#8217;URSS et les pays du tiers monde). Cela a \u00e9t\u00e9 pour moi un point de rupture politique.<\/p>\n<p><strong> Henri Malberg : <\/strong> A tout point de vue, on \u00e9tait au bout d&#8217;un cycle historique. La soci\u00e9t\u00e9 cherchait de nouvelles r\u00e9ponses. Dans le Parti communiste, l&#8217;exigence montait de nouveaux rapports entre les militants et la direction, des besoins d&#8217;information, de libres d\u00e9bats, de vie d\u00e9mocratique. Le Parti communiste, dans une s\u00e9rie de domaines, et pas seulement avec Waldeck Rochet, aussi avec Georges Marchais, a commenc\u00e9 une mise \u00e0 jour mais se fait rattraper par le temps. Ce que je regrette le plus, c&#8217;est qu&#8217;on n&#8217;ait pas favoris\u00e9 un d\u00e9bat de fond sur la politique d&#8217;union, les pays socialistes, la d\u00e9mocratie dans le parti. Faute d&#8217;une conception o\u00f9 les communistes soient les v\u00e9ritables propri\u00e9taires de leur parti, les d\u00e9chirements dramatiques ont pris le dessus.Il y avait besoin d&#8217;une compl\u00e8te r\u00e9orientation strat\u00e9gique. Or, nous sommes rest\u00e9s enferm\u00e9s dans une conception de la transformation sociale par \u00e9tapes successives pilot\u00e9es par le haut et &#8220;soutenue par les masses&#8221;. On ne pensait pas comme aujourd&#8217;hui la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 comme un mouvement de luttes populaires, sociales et politiques, articul\u00e9es \u00e0 la part du gouvernemental et celle des partis politiques, ancr\u00e9es dans le monde r\u00e9el. Du coup, on voyait le rapport des forces de fa\u00e7on compl\u00e8tement unilat\u00e9rale, r\u00e9duit au rapport PS-PC. C&#8217;\u00e9tait, avec le recul, voir trop court.<\/p>\n<p><strong> Jean-Louis Moynot : <\/strong> On ne voyait pas&#8230; c&#8217;est vite dit. Certains membres du parti avaient en tout cas beaucoup d&#8217;\u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion et de construction d&#8217;une strat\u00e9gie nouvelle. Le probl\u00e8me, c&#8217;est qu&#8217;ils n&#8217;ont pas pu l&#8217;exprimer et que cela a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9 par voie autoritaire.<\/p>\n<p><strong> Est-ce que tous ces probl\u00e8mes sont d\u00e9pass\u00e9s aujourd&#8217;hui ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jacques Texier : <\/strong> Je constate un changement profond, une petite r\u00e9volution culturelle. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 en particulier tr\u00e8s attentif \u00e0 tous les gestes qui ont \u00e9t\u00e9 faits par rapport au pass\u00e9. Faire sa propre histoire est essentiel. A cet \u00e9gard, le parti doit continuer sur sa lanc\u00e9e et faire l&#8217;histoire de cette p\u00e9riode capitale. Le blocage sur cette p\u00e9riode est encore presque total, le plus souvent, c&#8217;est de l&#8217;auto-justification a posteriori. Ainsi en va-t-il de la critique du Programme commun.<\/p>\n<p><strong> Jean-Louis Moynot : <\/strong> Je ne crois pas que les questions d\u00e9battues ici aient toutes trouv\u00e9 une r\u00e9ponse appropri\u00e9e \u00e0 la situation d&#8217;aujourd&#8217;hui. Le changement du PCF qui est ind\u00e9niable reste encore fragile et partiel : les contradictions sont toujours l\u00e0. Sur plusieurs questions majeures, il y a, aujourd&#8217;hui encore, non pas une orientation \u00e9labor\u00e9e en commun, avec ce que cela peut comporter de d\u00e9bats et de compromis, mais des positions diff\u00e9rentes qui s&#8217;affrontent.<\/p>\n<p><strong> Henri Malberg : <\/strong> Les r\u00e9ponses sont loin d&#8217;\u00eatre toutes trouv\u00e9es. La route est longue. Mais il y a un vent de renouveau au Parti communiste. Je crois qu&#8217;il porte loin.Un mot encore : d&#8217;accord avec le besoin de m\u00e9moire, d&#8217;histoire et de v\u00e9rit\u00e9. Donc d&#8217;une initiative permettant un travail rigoureux sur cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>* Membre du comit\u00e9 central du PCF depuis le XXe Congr\u00e8s en 1972, conseiller de Paris, directeur de Regards. <\/p>\n<p>** Ing\u00e9nieur, syndicaliste, membre du PCF de 1970 \u00e0 1981 inclus, membre du comit\u00e9 de r\u00e9daction de la Nouvelle Critique de 1972 \u00e0 sa disparition.<\/p>\n<p>*** Membre du PCF jusqu&#8217;en 1977, il appartient \u00e0 la direction du CERM. Dirige la revue Actuel Marx de 1987 \u00e0 1997. Membre de la direction d&#8217;Espaces Marx depuis 1998. A publi\u00e9 r\u00e9cemment R\u00e9volution et d\u00e9mocratie chez Marx et Engels, PUF, 1998.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Table ronde avec Henri Malberg <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[295],"class_list":["post-1293","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-nupes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1293","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1293"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1293\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1293"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1293"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1293"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}