{"id":12841,"date":"2021-03-19T11:38:55","date_gmt":"2021-03-19T10:38:55","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-debat-quel-bilan-politique-de-la-crise-du-covid-un-an-apres\/"},"modified":"2023-06-24T00:13:11","modified_gmt":"2023-06-23T22:13:11","slug":"article-debat-quel-bilan-politique-de-la-crise-du-covid-un-an-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12841","title":{"rendered":"D\u00c9BAT. Quel bilan politique de la crise du Covid, un an apr\u00e8s ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">D\u00e9politisation du d\u00e9bat politique, gestion technocratique de la crise sanitaire, d\u00e9mocratie, choix \u00e9conomique : quel bilan de la crise du Covid ? Alain Bertho, anthropologue et Catherine Tricot, g\u00e9rante de la SCOP Les \u00c9ditions Regards en d\u00e9battent.<\/p>\n<h2>UN D\u00c9BAT \u00c0 VOIR&#8230;<\/h2>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"490\" height=\"276\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/QjF2LhB653w\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><h2>ET \u00c0 LIRE&#8230;<\/h2>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la d\u00e9politisation du Covid<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n<em>Alain Bertho <\/em><br \/>\n\u00ab Le Covid est un objet qui est arriv\u00e9 d\u00e9politis\u00e9. \u00bb<br \/>\n\u00ab On a pens\u00e9 que le Covid \u00e9tait une parenth\u00e8se qui allait se refermer. Au bout d\u2019un an c\u2019est une parenth\u00e8se qui se referme difficilement. Le monde d\u2019apr\u00e8s est maintenant. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a une responsabilit\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer cette nouvelle situation que l\u2019on traverse en objet politique r\u00e9el avec une r\u00e9flexion sur les alternatives, pas seulement sur des d\u00e9cisions sanitaires. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 installer le \u2018care\u2019 comme un objet social politique national. \u00bb<\/p>\n<p><em>Catherine Tricot <\/em><br \/>\n\u00ab Il y a une d\u00e9politisation. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a eu au d\u00e9bat des pol\u00e9miques tr\u00e8s fortes avec les masques par exemple mais il y a eu d\u2019autres moments politiques tr\u00e8s forts : quand Jean-Luc M\u00e9lenchon se r\u00e9voltait sur le sort fait aux vieux dans les Ehpad qu\u2019on mettait \u00e0 l\u2019isolement ou Anne Hidalgo quand elle demandait la r\u00e9ouverture des parcs. A travers ces questions qui apparaissent petites, il y avait quand m\u00eame quelque chose qui engageait nos valeurs et notre vision de la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est ce d\u00e9bat-l\u00e0 qui ne s\u2019est pas install\u00e9. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a eu un moment d\u2019assez forte politisation au cours de cette crise sanitaire au mois pour le premier temps du confinement : le retour du d\u00e9bat sur les fronti\u00e8res ou la question du souverainisme par exemple. Ce temps du d\u00e9bat s\u2019est referm\u00e9. \u00bb<br \/>\n\u00ab On est tous r\u00e9duits aujourd\u2019hui \u00e0 attendre les d\u00e9cisions d\u2019Emmanuel Macron et \u00e0 commenter les d\u00e9cisions. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur les morts du Covid<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n<em>Catherine Tricot <\/em><br \/>\n\u00ab Dans la premi\u00e8re vague, on ne parlait que du nombre de morts. \u00c7a n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui. \u00bb<br \/>\n\u00ab Depuis le d\u00e9but de la crise, j\u2019ai consid\u00e9r\u00e9 que ma morale personnelle \u00e9tait au-dessus de la morale de l\u2019Etat : je n\u2019ai jamais laiss\u00e9 mon p\u00e8re tout seul qui \u00e9tait \u00e0 plus d\u2019un km de chez moi. L\u2019ordre de l\u2019Etat \u00e9tait un ordre immoral. \u00bb<br \/>\n\u00ab La mort n\u2019est plus une question associ\u00e9e \u00e0 la question de : qu\u2019est-ce que c\u2019est que vivre ? \u00bb<\/p>\n<p><em>Alain Bertho<\/em>\u00a0<br \/>\n\u00ab Depuis un an, cette exp\u00e9rience nous confronte plus fondamentalement au sens de la vie, \u00e0 l\u2019abolition de l\u2019avenir, aux rapports aux autres : et c\u2019est \u00e7a qui s\u2019est d\u00e9politis\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la gestion politique du Covid<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n<em>Alain Bertho<\/em><br \/>\n\u00ab Il y a une gestion assur\u00e9e d\u2019une incomp\u00e9tence structurelle qui a \u00e9t\u00e9 mise en place depuis des ann\u00e9es. L\u2019Etat a \u00e9t\u00e9 mis en pi\u00e8ces. Les comp\u00e9tences des grandes administrations ont \u00e9t\u00e9 mises en pi\u00e8ces. Il n\u2019y a plus de minist\u00e8re de la sant\u00e9 dont les comp\u00e9tences ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es. \u00bb<br \/>\n\u00ab En France, structurellement, on a perdu beaucoup plus de comp\u00e9tences de l\u2019Etat parce qu\u2019on en avait beaucoup plus qu\u2019ailleurs. \u00bb<br \/>\n\u00ab Moins il y a d\u2019Etat, plus l\u2019autoritarisme du petit nombre qui se retrouve chaque semaine dans le conseil de d\u00e9fense, est frappant et insupportable. \u00bb<br \/>\n\u00ab La question du protocole de d\u00e9cision, c\u2019est-\u00e0-dire la d\u00e9mocratie sanitaire, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 prise en compte par le gouvernement. \u00bb<\/p>\n<p><em>Catherine Tricot <\/em><br \/>\n\u00ab Il y a une conception de la soci\u00e9t\u00e9 qui a \u00e0 voir avec notre conception de l\u2019Etat. \u00bb<br \/>\n\u00ab L\u2019effondrement de l\u2019Etat nous a sid\u00e9r\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur les choix \u00e9conomiques <\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n<em>Catherine Tricot <\/em><br \/>\n\u00ab On a cru que le n\u00e9olib\u00e9ralisme c\u2019\u00e9tait le retrait de l\u2019Etat on s\u2019aper\u00e7oit que c\u2019est la redisposition de l\u2019Etat. La redisposition de l\u2019Etat est valable en France ou aux Etats-Unis. C\u2019est cette redisposition qu\u2019il faut discuter. \u00bb<br \/>\n\u00ab On ne peut pas nier qu\u2019il y a eu du soutien aux TPE\/PME aux petits commerces ou \u00e0 la culture. Tous les efforts de l\u2019Etat n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9s aux entreprises du CAC40. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il ne se d\u00e9gage pas d\u2019orientation politique d\u2019avenir ce qui fait que \u00e7a contribue \u00e0 nous boucher la perspective. \u00bb<\/p>\n<p><em>Alain Bertho <\/em>\u00a0<br \/>\n\u00ab On n\u2019est plus dans le n\u00e9olib\u00e9ralisme. On est toujours dans le capital financier mais c\u2019est pas les m\u00eames financiers avec des logiques de rentabilit\u00e9s diff\u00e9rentes. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a une gestion illib\u00e9rale de la crise c\u2019est-\u00e0-dire une gestion extr\u00eamement autoritaire et polici\u00e8re de la crise. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur d\u00e9mocratie et crise sanitaire <\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n<em>Alain Bertho<\/em><br \/>\n\u00ab Si le politique suivait les avis scientifiques, les mesures de reconfinement auraient \u00e9t\u00e9 prises en janvier. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a un probl\u00e8me d\u2019objet politique et de politisation parce qu\u2019on ne se pose pas la question de savoir quel est l\u2019objectif de la politique sanitaire ? \u00bb<br \/>\n\u00ab On n\u2019est plus dans une situation o\u00f9 l\u2019on sait que l\u2019on va pouvoir r\u00e9duire ou ma\u00eetriser l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 court terme. Donc quels sont les objectifs aujourd\u2019hui d\u2019une politique sanitaire ? On ne nous dit pas qu\u2019il faut arr\u00eater les morts puisqu\u2019on ne nous parle plus des morts. On nous parle uniquement de la surcharge hospitali\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p><em>Catherine Tricot <\/em><br \/>\n\u00ab On ne peut pas tout attendre de l\u2019organisation, par l\u2019Etat, de la d\u00e9mocratie. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur les privations de libert\u00e9s et de vie sociale<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n<em>Catherine Tricot <\/em><br \/>\n\u00ab Il y a de la politique qui est faite du c\u00f4t\u00e9 du gouvernement. Il y a \u00e0 la fois quelque chose de tr\u00e8s technocratique dans la gestion de la crise mais le gouvernement fait aussi de la politique : Jean-Michel Blanquer appara\u00eet comme le h\u00e9ros de l\u2019\u00e9cole, celui qui sera battu jusqu\u2019au bout pour qu\u2019on maintienne l\u2019\u00e9cole ouverte : \u00e7a c\u2019est un discours politique qui rappelle un objectif fondamental d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Et je suis navr\u00e9e qu\u2019on ait laiss\u00e9 Blanquer seul mener ce combat \u00e0 sa mani\u00e8re et s\u2019en cr\u00e9diter. \u00c7a me consterne et me d\u00e9sole. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le travail c\u2019est le premier lieu de sociabilit\u00e9. Et introduire cette dichotomie du sens de la vie qui seraient tous les plaisirs de la culture dont nous serions priv\u00e9s tandis qu\u2019on nous obligeait d\u2019aller travailler, pour moi, ce discours \u00e0 gauche est un discours insultant \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde du travail et qui laisse \u00e0 Macron l\u2019id\u00e9e que lui seul d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e de travailler. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le t\u00e9l\u00e9travail est une souffrance. \u00bb<br \/>\n\u00ab Dans la critique que nous faisons \u00e0 la gestion de la crise par Emmanuel Macron, nous oublions que le travail est une question qui importe \u00e0 beaucoup de monde dans leur vie quotidienne. \u00bb<br \/>\n\u00ab D\u00e9fendre les lieux de culture comme \u00e9tant les lieux de notre sociabilit\u00e9 et de notre imaginaire est totalement insultant pour les gens qui ne vont pas au th\u00e9\u00e2tre, au mus\u00e9e ou aux concerts. Qui va au restaurant, au mus\u00e9e et au th\u00e9\u00e2tre ? \u00bb<\/p>\n<p><em>Alain Bertho<\/em><br \/>\n\u00ab Le t\u00e9l\u00e9travail est une vraie souffrance et c\u2019est le terreau de d\u00e9pression et de burn-out chez plein de gens. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a un choix politique qui est fait : Emmanuel Macron sacrifie ce qui n\u2019est pas solvable et ce qui ne produit pas directement et de fa\u00e7on nette, du profit. Economiquement c\u2019est une erreur mais surtout, socialement, c\u2019est tr\u00e8s violent. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la Seine-Saint-Denis<\/strong>\u00a0<\/em><br \/>\n<em>Alain Bertho <\/em><br \/>\n\u00ab Le d\u00e9partement de la Seine-Saint-Denis est le d\u00e9partement qui a eu le deuxi\u00e8me taux de mortalit\u00e9 le plus fort apr\u00e8s la Haute-Savoie, alors qu\u2019il est le d\u00e9partement le plus jeune. \u00bb<br \/>\n\u00ab La Seine-Saint-Denis a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la tra\u00eene pour la vaccination. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le t\u00e9l\u00e9travail n\u2019est pas tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9 en Seine-Saint-Denis parce que les emplois c\u2019est : chauffeur, aide-soignant, magasinier, femme de m\u00e9nage, infirmi\u00e8re. Et la ligne 13 \u00e9tait bourr\u00e9e \u00e0 craquer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab En ce moment, la Seine-Saint-Denis est le sympt\u00f4me des in\u00e9galit\u00e9s sociales et territoriales. \u00bb<br \/>\n\u00ab En Ile-de-France, il y a un contraste est\/ouest impressionnant. \u00bb<\/p>\n<p><em>Catherine Tricot <\/em><br \/>\n\u00ab Le fait que pour avoir un rendez-vous pour se faire vacciner il faille passer par Doctobilib, c\u2019est quand m\u00eame tr\u00e8s discriminant. La moiti\u00e9 des gens qui viennent se faire vacciner en Seine-Saint-Denis ne viennent pas de Seine-Saint-Denis. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la gauche et le Covid<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n<em>Alain Bertho <\/em><br \/>\n\u00ab La gauche est entr\u00e9e dans une analyse technique et m\u00e9dicale de la crise et ne s\u2019est pas pos\u00e9e la question du type de soci\u00e9t\u00e9 dont nous avons besoin. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a des alternatives qui pouvaient na\u00eetre dans la crise et ne pas rester entre parenth\u00e8ses pendant la crise. \u00bb<br \/>\n\u00ab Quand le gouvernement a agit\u00e9 le chiffon rouge de l\u2019islamo-gauchisme, on ne peut pas dire qu\u2019il y ait eu une claire lucidit\u00e9 de la man\u0153uvre du c\u00f4t\u00e9 de la gauche, voire du c\u00f4t\u00e9 de la gauche de la gauche. \u00bb<\/p>\n<p><em>Catherine Tricot <\/em><br \/>\n\u00ab Je ne dis pas que la gauche est hors-sol, elle est l\u00e9thargique. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 pendant le premier confinement des id\u00e9es et des initiatives qui existaient aussi auparavant. Il n\u2019y a pas un avant et un apr\u00e8s crise du coronavirus. Le besoin de changer de vie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 manifeste avant la crise sanitaire. La gauche ne s\u2019en \u00e9tait pas saisie et elle continue \u00e0 ne pas s\u2019en saisir. \u00bb<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12841 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/capture_d_e_cran_2021-03-19_a_11-131.34.56.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/capture_d_e_cran_2021-03-19_a_11-131.34.56-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"capture_d_e_cran_2021-03-19_a_11.34.56.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9politisation du d\u00e9bat politique, gestion technocratique de la crise sanitaire, d\u00e9mocratie, choix \u00e9conomique : quel bilan de la crise du Covid ? 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