{"id":12690,"date":"2021-01-22T11:51:23","date_gmt":"2021-01-22T10:51:23","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-dessiner-un-nouvel-imaginaire\/"},"modified":"2023-06-24T00:08:50","modified_gmt":"2023-06-23T22:08:50","slug":"article-dessiner-un-nouvel-imaginaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12690","title":{"rendered":"Dessiner un nouvel imaginaire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Comment comprendre ce que nous venons de vivre, son ampleur plan\u00e9taire, son caract\u00e8re in\u00e9dit, ses effets \u00e0 moyen et long terme sur chacun de nous et sur nos soci\u00e9t\u00e9s ?<\/p>\n<p>C\u2019est la troisi\u00e8me fois que la revue <em>Regards<\/em> coordonne un ouvrage collectif. Le premier revenait sur la r\u00e9volte dans les banlieues en 2005[[<em>Banlieue, lendemains de r\u00e9volte<\/em>, \u00c9ditions La Dispute, 2006.]], le deuxi\u00e8me tentait de penser le post capitalisme apr\u00e8s la d\u00e9b\u00e2cle financi\u00e8re de 2008[[<em>Post capitalisme<\/em>, \u00c9ditions Au Diable Vauvert, 2009.]]. Cette fois encore il nous a sembl\u00e9 n\u00e9cessaire de prolonger le travail quotidien de la revue qu\u2019elle m\u00e8ne sur Internet ou de plus long souffle \u00e0 travers la revue.<\/p>\n<p>Comment comprendre ce que nous venons de vivre, son ampleur plan\u00e9taire, son caract\u00e8re in\u00e9dit, ses effets \u00e0 moyen et long terme sur chacun de nous et sur nos soci\u00e9t\u00e9s ? Comme toujours, nous le faisons en sollicitant notre r\u00e9seau d\u2019amis \u2013 et ils sont tous sinc\u00e8rement remerci\u00e9s. Nous avons besoin de ces apports intellectuels, artistiques, plein d\u2019humour et d\u2019inqui\u00e9tude, de syndicalistes, de militants associatif ou politique. Le titre que nous avons choisi dit notre perplexit\u00e9, engage un nouveau combat pour le pangolin, injustement point\u00e9 du doigt dans la propagation du coronavirus. Plus s\u00e9rieusement, ce titre invite \u00e0 penser plus loin que le rattrapage, la relance, le retour au monde d\u2019avant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/monde\/article\/regarder-la-securite-globale-en-face\">Regarder la s\u00e9curit\u00e9 globale en face<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019histoire enseigne que lorsque surgit une pand\u00e9mie, la d\u00e9sorganisation sociale est la menace la plus grave. Cette d\u00e9sorganisation serait m\u00eame plus meurtri\u00e8re que les effets de la maladie. Si les magasins alimentaires avaient \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s, si les \u00e9boueurs avaient d\u00e9sert\u00e9 nos rues, si les soignants malades \u00e0 leur tour avaient cess\u00e9 de soigner, si les services publics des transports, de la propret\u00e9, de l\u2019aide sociale, de l\u2019\u00e9ducation, de la justice ou de la police avaient abandonn\u00e9 leurs missions, alors le chaos se serait agr\u00e9g\u00e9 \u00e0 la crise sanitaire et sociale. Pourtant, la soci\u00e9t\u00e9 a tenu bon. Si l\u2019\u00c9tat s\u2019est montr\u00e9 d\u00e9faillant \u00e0 bien des \u00e9gards, les caissi\u00e8res, les \u00e9boueurs, les aides-soignants et les infirmi\u00e8res, les livreurs, les postiers, les femmes de m\u00e9nage, les chauffeurs et les taxis, ont r\u00e9pondu pr\u00e9sent. La soci\u00e9t\u00e9, robuste et solide, a finalement bien plus tenu debout que le pouvoir lui-m\u00eame. Ces secondes lignes, derniers de cord\u00e9e invisibles et mal-pay\u00e9s \u2013 qui ne sont <em>rien<\/em> selon le pr\u00e9sident Macron \u2013, sont devenus indispensables aux yeux de tous. C\u2019est peut-\u00eatre l\u2019un des bouleversements mentaux de cette crise. Alors que le monde \u00e9tait confin\u00e9, ils et souvent elles continuaient d\u2019\u0153uvrer, d\u2019aller et venir, parce que leur travail faisait sens, \u00e0 leurs yeux et aupr\u00e8s de tous. Cette utilit\u00e9 sociale hier m\u00e9pris\u00e9e et d\u00e9sormais applaudie jusqu\u2019\u00e0 interroger et remettre en cause la hi\u00e9rarchie sociale des m\u00e9tiers. <\/p>\n<p>C\u2019est cette interrogation radicale sur ce que nous pensions acquis que rend possible cette crise. Comment ce monde domin\u00e9 par le n\u00e9olib\u00e9ralisme a-t-il pu s\u2019arr\u00eater pour sauver des vies ? \u00c0 notre grand \u00e9tonnement et \u00e0 celui du philosophe Micha\u00ebl F\u0153ssel : <em>\u00ab La valeur de la vie humaine a pris une importance qu&#8217;elle n&#8217;avait pas encore au XX\u00e8me si\u00e8cle \u00bb<\/em>. C\u2019est m\u00eame d\u00e9sormais aussi \u00e0 cette aune que notre appr\u00e9ciation des nations et de leur syst\u00e8me se juge.  Pr\u00e8s des deux tiers de l\u2019humanit\u00e9 confin\u00e9e, c\u2019\u00e9tait il y a peu inimaginable. Cette d\u00e9cision, le confinement faute de mieux, m\u00eame prise par une poign\u00e9e d\u2019individus, r\u00e9v\u00e8le une puissance et un pouvoir d\u2019agir \u00e0 une \u00e9chelle dont nous nous croyions incapables. Et d\u2019une certaine mani\u00e8re, nous avons fait la d\u00e9monstration que nos vies valent plus que leurs profits. Quelle le\u00e7on en tirerons-nous ? <\/p>\n<p>Feu de paille ? <em>\u00ab Quoi qu\u2019il en co\u00fbte <\/em> \u00bb, nous avons combattu la Covid-19. Et les quartiers entiers qui red\u00e9couvrent la faim, est-ce que cela nous co\u00fbte ? Un pan de la soci\u00e9t\u00e9 a bascul\u00e9 dans la pauvret\u00e9. Des aides ont bien \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es (ch\u00f4mage partiel, aides financi\u00e8res ponctuelles, loyers diff\u00e9r\u00e9s, etc.) mais les vieux r\u00e9flexes reviennent d\u00e9j\u00e0. Comme il y a cent ans, dix ans, hier, il faut consommer et travailler plus. La remise en cause des 35h serait l\u2019une des le\u00e7ons de cette crise : voil\u00e0 une id\u00e9e neuve ! Toutes ces r\u00e9formes d\u00e9plorables que le pouvoir est aujourd\u2019hui oblig\u00e9 de repousser, voire d\u2019abandonner, ne seront pas enterr\u00e9es. Alors m\u00eame que la dette n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi consensuelle pour surmonter la crise qui vient \u2013 au point que les lib\u00e9raux en d\u00e9fendent l\u2019absolue n\u00e9cessit\u00e9 \u2013, le plan de relance europ\u00e9en de 500 milliards est assujetti \u00e0 des r\u00e9formes structurelles. Les cadres mentaux de nos dirigeants pas plus que ceux de l\u2019Europe n\u2019ont chang\u00e9. Il n\u2019y aura pas de monde d\u2019apr\u00e8s ind\u00e9pendamment de celui que nous oserons penser, imaginer, imposer.<\/p>\n<blockquote><p>Lorsque surgit une pand\u00e9mie, la d\u00e9sorganisation sociale est la menace la plus grave. Cette d\u00e9sorganisation serait m\u00eame plus meurtri\u00e8re que les effets de la maladie. Si les magasins alimentaires avaient \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s, si les \u00e9boueurs avaient d\u00e9sert\u00e9 nos rues, si les soignants malades \u00e0 leur tour avaient cess\u00e9 de soigner, si les services publics des transports, de la propret\u00e9, de l\u2019aide sociale, de l\u2019\u00e9ducation, de la justice ou de la police avaient abandonn\u00e9 leurs missions, alors le chaos se serait agr\u00e9g\u00e9 \u00e0 la crise sanitaire et sociale. Pourtant, la soci\u00e9t\u00e9 a tenu bon.<\/p><\/blockquote>\n<p>S\u2019il est un monde d\u2019apr\u00e8s, il est pour l\u2019instant celui de l\u2019incertitude. Le philosophe am\u00e9ricain Fredric Jameson le r\u00e9sume en une phrase\u2009: <em>\u00ab\u2009Il est plus facile de penser la fin du monde que la fin du capitalisme \u00bb<\/em>. C\u2019est toute la contradiction de ce moment in\u00e9dit. Nous ne connaissons rien, \u00e0 ce jour, de ses cons\u00e9quences : sur la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9cidive de la pand\u00e9mie, des effets du confinement sur les enfants, sur les adultes, sur l\u2019amour ; les cons\u00e9quences de la maladie sur les corps soign\u00e9s mais affect\u00e9s, sur nos \u00e9conomies et sur notre organisation sociale. Sur la plan\u00e8te et la nature. La nature, dit-on, aurait repris ses droits. Un puma dans les rues de Santiago du Chili et des cerfs dans les villes japonaises ; des oiseaux qui chantent dans nos centres urbains et des baleines qui dansent le long des c\u00f4tes marseillaises ; une pollution ralentie et des eaux transparentes \u00e0 Venise. Le confinement a sauv\u00e9 des vies parce qu\u2019il a aussi fait chuter drastiquement la pollution. Donc, <em>yes we can<\/em>. <\/p>\n<p>Chacun joue sa partition. Les n\u00e9olib\u00e9raux utilisent la puissance de l\u2019\u00c9tat pour restructurer l\u2019\u00e9conomie et canaliser la soci\u00e9t\u00e9. Il n\u2019y a rien de plus impr\u00e9cis que de se r\u00e9jouir du retour de l\u2019\u00c9tat. Car celui-ci n\u2019a jamais rendu les armes. Bien au contraire, c\u2019est m\u00eame \u00e0 la red\u00e9finition des services publics que l\u2019\u00c9tat n\u00e9olib\u00e9ral travaille. L\u2019\u00e9cole, la justice, la police, la sant\u00e9 sont dans le collimateur, depuis longtemps. Pendant cette crise, une certaine vision de l\u2019\u00e9cole a \u00e9t\u00e9 vant\u00e9e par le ministre Blanquer, le t\u00e9l\u00e9enseignement comme \u00e9volution possible alternative \u00e0 l\u2019\u00e9cole de l\u2019apprentissage ensemble. C\u2019est une id\u00e9e de l\u2019enfant, du citoyen et de notre soci\u00e9t\u00e9 qui se d\u00e9fait. M\u00eame constat pour le syst\u00e8me de sant\u00e9 que d\u2019aucuns pendant la crise ont continu\u00e9 de vilipender en proposant des plans de rationalisation. Or si l\u2019h\u00f4pital a tenu bon, c\u2019est parce que cette logique a \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9e le temps d\u2019une pand\u00e9mie et que les soignants ont repris le pouvoir. Les <em>cost killers<\/em> ont d\u00fb en rabattre. Les technocrates de l\u2019h\u00f4pital public ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de passer au second plan. Les premi\u00e8res manifestations post confinement, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital public, n\u2019avaient que ces mots \u00e0 la bouche. \u00ab Augmentez les salaires et le nombre de lits \u00bb et \u00ab les technocrates dehors ! \u00bb Dans cette alliance des mots d\u2019ordre tout est dit : le social valoris\u00e9, les m\u00e9tiers reconnus, la bureaucratie rejet\u00e9e. Naomie Klein a raison : la crise peut \u00eatre une occasion pour les pouvoirs de faire avancer, de fa\u00e7on brutale, une autre organisation sociale. Saurons-nous faire avancer un projet alternatif ? Le programme de la r\u00e9sistance invoqu\u00e9 montre l\u2019ambition. Il ne donne pas de r\u00e9ponse. La crise sanitaire a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un \u00c9tat incapable d\u2019assurer ses missions essentielles, notamment de mise \u00e0 l\u2019abri et de s\u00e9curit\u00e9 des citoyens. En revanche, nous avons vu un \u00c9tat autoritaire et bureaucratique. <em>Le Monde<\/em> a m\u00eame r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019au d\u00e9but du mois de mars, en pleine pand\u00e9mie et alors que la p\u00e9nurie de protection pour les soignants, les travailleurs, les plus fragiles \u00e9tait alarmante, des masques \u00e9taient br\u00fbl\u00e9s par millions, selon le plan. Le politique a laiss\u00e9 place \u00e0 une administration en roue libre, bureaucratis\u00e9e. Sid\u00e9ration encore : on s\u2019enorgueillissait d\u2019\u00eatre la sixi\u00e8me puissance \u00e9conomique mondiale et nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 capables de fabriquer les masques n\u00e9cessaires, oblig\u00e9s de se battre sur le tarmac des a\u00e9roports chinois. La chute est rude. <\/p>\n<p>Nous pensions hier encore que l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais disposait d\u2019une solide administration. On d\u00e9couvre une administration form\u00e9e strictement \u00e0 r\u00e9duire les d\u00e9penses et les effectifs et non \u00e0 anticiper le monde de demain. On aurait d\u00fb mieux regarder \u00ab L\u2019exercice de l\u2019\u00c9tat \u00bb. Il y a dix ans d\u00e9j\u00e0 ce film de Pierre Schoeller racontait comment l\u2019esprit public avait quitt\u00e9 la haute administration au profit de b\u00e9n\u00e9fices personnels. Et d\u00e8s lors, ces hauts fonctionnaires, suffisants n\u2019ont pas anticip\u00e9 et tout a manqu\u00e9 : les places dans les h\u00f4pitaux, les masques, les tests. Pourtant, ils savaient et s\u2019en fichaient. Celui qui, chaque soir, pr\u00e9sentait les chiffres des entr\u00e9es \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, du nombre de personnes infect\u00e9es et le bilan des morts, le professeur Salomon, savait. Il avait m\u00eame alert\u00e9 Emmanuel Macron lors de la campagne pr\u00e9sidentielle : <em>\u00ab Notre syst\u00e8me de sant\u00e9 n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 affronter une \u00e9pid\u00e9mie d\u2019ampleur \u00bb<\/em>. D\u00e8s lors, le doute s\u2019insinue.  Que savons-nous des stocks strat\u00e9giques ? Il y avait, il y a quinze ans, pr\u00e8s de deux milliards de masques. Et puis plus rien. Avons-nous les pastilles d\u2019iodes en nombre suffisant si un accident nucl\u00e9aire arrivait ? Avons-nous les stocks alimentaires pour faire face \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames ? Disposons-nous des vaccins en quantit\u00e9 contre la variole ? Cette crise insinue une inqui\u00e9tude redoutable.<\/p>\n<h2>Gouverner, c\u2019est pr\u00e9voir<\/h2>\n<p>On se souvient de cet \u00e9change entre une infirmi\u00e8re et le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Elle l\u2019interpellait : <em>\u00ab On a besoin d\u2019argent. Au quotidien, on a des fermetures de lits dans nos services faute de personnels. On a besoin de moyens et de personnels. On ne peut plus accueillir les patients. Il faut des lits et du personnel \u00bb<\/em>. Il lui r\u00e9pondait : <em>\u00ab Il n\u2019y a pas d\u2019argent magique \u00bb<\/em>. S\u2019en suivit plus d\u2019un an de mobilisation des soignants, avec des gr\u00e8ves et des manifestations. Les gouvernants savaient et ils pouvaient pr\u00e9voir. L\u2019argent magique retrouv\u00e9 par milliers de milliards aurait sans doute \u00e9t\u00e9 bien mieux investi qu\u2019il ne le sera dans des d\u00e9cisions prises \u00e0 la h\u00e2te, sans plan, sans concertation, sans d\u00e9bat politique.<\/p>\n<p>Car la politique a elle aussi \u00e9tait confin\u00e9e. Derri\u00e8re les mises en sc\u00e8ne guerri\u00e8res par le pouvoir, il y a eu beaucoup de vide et de communication. R\u00e9duit \u00e0 l\u2019impuissance face au virus, le pouvoir a fait semblant. Il s\u2019est agit\u00e9 \u2013 ou fait mine de s\u2019agiter. L\u2019allocution du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique devant l\u2019h\u00f4pital militaire de Mulhouse en reste une triste illustration. Faute d\u2019agir, il a jou\u00e9 sur les peurs : <em>\u00ab Nous sommes en guerre ! \u00bb<\/em> Grotesque. Risible aussi de le voir devant cette tente de trente lits \u2013 appel\u00e9e h\u00f4pital de campagne \u2013 quand les m\u00e9decins et le personnel poussaient les murs et cr\u00e9aient des places pour des milliers de patients en r\u00e9animation. L\u2019enjeu \u00e9tait de montrer que le gouvernement prend des d\u00e9cisions, ma\u00eetrise la situation. Et derri\u00e8re cet abandon politique, il y a eu les discours infantilisants \u00e0 l\u2019\u00e9gard des a\u00een\u00e9s, des jeunes des quartiers populaires ou des \u00e9tudiants. Comment asseoir sa l\u00e9gitimit\u00e9 quand elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 si \u00e9branl\u00e9e ? L\u2019appel \u00e0 la science devait \u00eatre le salut. Mais le \u00ab conseil scientifique \u00bb a surtout servi de caution. Les scientifiques ont remplac\u00e9 les \u00e9conomistes sur les plateaux de t\u00e9l\u00e9vision et les radios. Et tous, nous avons d\u00e9couvert un monde p\u00e9tri d\u2019enjeux de pouvoir, de luttes internes, d\u2019int\u00e9r\u00eats particuliers, de connivence avec les politiques. Sans doute que cette instrumentalisation du discours scientifique par le politique a d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9 la parole scientifique.<\/p>\n<p>Le pouvoir a cess\u00e9 de faire de la politique. La d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 presque rien. La promulgation de l\u2019\u00c9tat d\u2019urgence sanitaire a r\u00e9duit de mani\u00e8re in\u00e9dite \u2013 et sans que personne ne le conteste vraiment \u2013 nos libert\u00e9s fondamentales. Celles d\u2019aller et venir et de se d\u00e9placer sans cette autorisation que nous nous faisions nous-m\u00eames, histoire de bien int\u00e9grer les r\u00e8gles. Mais aussi parce que les d\u00e9bats parlementaires ont \u00e9t\u00e9 atrophi\u00e9s, le temps de parole des oppositions largement rogn\u00e9 \u2013 jusqu\u2019\u00e0 une minute par intervenant. Le maintien du premier tour des \u00e9lections municipales a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de mani\u00e8re unilat\u00e9rale sans concertation r\u00e9elle avec les forces politiques. Et le second tour a \u00e9t\u00e9 maintenu afin de tourner rapidement la page d\u2019une s\u00e9quence d\u00e9sagr\u00e9able pour le gouvernement. Des choix d\u2019autorit\u00e9, impos\u00e9s, alors m\u00eame qu\u2019ils fragilisent un des rares scrutins qui fait encore sens pour les Fran\u00e7ais. <\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019aune de notre \u00c9tat d\u00e9faillant, un autre monde s\u2019affirme. L\u2019Europe a \u00e9t\u00e9 aux abonn\u00e9s absents quand la solidarit\u00e9 \u00e9tait indispensable. Les fronti\u00e8res se sont \u00e0 nouveau \u00e9lev\u00e9es. Seul acte concert\u00e9, celui de la relance \u00e9conomique. Donc, l\u2019Europe ne serait qu\u2019un march\u00e9, une banque centrale ? L\u2019Italie a d\u00fb faire face seule aux premi\u00e8res difficult\u00e9s. C\u2019est la Chine qui est venue pr\u00eater main-forte aux Italiens. On nous l\u2019avait bien dit et c\u2019est maintenant tangible : le centre de gravit\u00e9 du monde se d\u00e9place progressivement vers le Pacifique. L\u2019Europe ne donne plus le la, depuis longtemps. C\u2019est devenu une \u00e9vidence incontournable. Alors est-ce une blessure narcissique qui a pouss\u00e9 la gauche et la droite \u00e0 enfourcher le th\u00e8me de la souverainet\u00e9 ? Comment est-il possible qu\u2019une telle id\u00e9e surgisse au moment o\u00f9 l\u2019on se prend de plein fouet une pand\u00e9mie mondiale ? La gauche n\u2019en finit plus de nous \u00e9tonner. Au lieu de porter le d\u00e9bat sur les voies d\u2019une coop\u00e9ration mondiale, d\u2019une r\u00e9gulation internationale, on valorise la souverainet\u00e9 nationale et fait de la fronti\u00e8re, nationale ou europ\u00e9enne, un rempart. Comme si le seul danger n\u2019existait que par-del\u00e0 les fronti\u00e8res. Mais de qui, de quoi, devons-nous nous prot\u00e9ger ? <\/p>\n<p>La gauche a devant elle un chantier immense. La crise a fait resurgir des questions essentielles. La contestation du n\u00e9olib\u00e9ralisme autant que la certitude de l\u2019\u00e9puisement d\u2019un syst\u00e8me qui nous fait courir \u00e0 notre perte, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mondiale : des luttes de Santiago du Chili aux gilets jaunes, en passant par les manifestations \u00e0 Hong-kong ou en Iran, les associations comme ATTAC ou chez les altermondialistes, aux \u00c9tats-Unis avec la campagne de Bernie Sanders ou encore dans la prise de conscience du d\u00e9fi climatique et des nombreuses mobilisations sur le climat. Le coronavirus exacerbe ce qui existait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. La gauche se parle. Ou plut\u00f4t se reparle. Il y a tout \u00e0 inventer. Dans le monde de l\u2019avant coronavirus, la gauche se cherchait. Ayant perdu toute boussole, elle n\u2019avait plus de projet. Il ne suffira pas d\u2019aligner les mots de transformation sociale, \u00e9cologique et d\u00e9mocratique pour que le discours se r\u00e9invente et soit cr\u00e9dible. <em>Dessine-moi un pangolin<\/em> est un clin d&#8217;\u0153il litt\u00e9raire, une note d\u2019espoir et d\u2019optimisme, dont le titre r\u00e9f\u00e9rence au <em>Petit Prince<\/em> d\u2019Antoine de Saint-Exup\u00e9ry permet d&#8217;entrevoir et de dessiner un nouvel imaginaire : celui que les contributions de cet ouvrage vous aideront \u00e0 dessiner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/pierre-jacquemain\"><strong>Pierre Jacquemain<\/strong><\/a> et <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/catherine-tricot\"><strong>Catherine Tricot<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12690 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/befunky-collage-314-44f-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/befunky-collage-314-44f-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-314.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment comprendre ce que nous venons de vivre, son ampleur plan\u00e9taire, son caract\u00e8re in\u00e9dit, ses effets \u00e0 moyen et long terme sur chacun de nous et sur nos soci\u00e9t\u00e9s ?<\/p>\n","protected":false},"author":1039,"featured_media":30097,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[517],"class_list":["post-12690","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-idees-culture","tag-covid-19"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12690","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1039"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12690"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12690\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/30097"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12690"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12690"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12690"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}