{"id":12686,"date":"2021-01-11T10:31:13","date_gmt":"2021-01-11T09:31:13","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-mort-de-wissam-el-yamni-la-complicite-malsaine-des-experts\/"},"modified":"2023-06-24T00:08:40","modified_gmt":"2023-06-23T22:08:40","slug":"article-mort-de-wissam-el-yamni-la-complicite-malsaine-des-experts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12686","title":{"rendered":"Mort de Wissam el-Yamni : la complicit\u00e9 malsaine des \u00ab experts \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Neuf ans que la famille de Wissam el-Yamni attend. Neuf longues ann\u00e9es \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer de la justice fran\u00e7aise. Le 1er janvier 2012, \u00e0 Clermont-Ferrand, ce chauffeur routier de 30 ans se faisait interpeller par la police. Dix minutes plus tard, il \u00e9tait dans le coma, un coma dont il ne sortira jamais. Wissam el-Yamni meurt le 9 janvier 2012.<\/p>\n<p>Farid el-Yamni, le fr\u00e8re de Wissam, est devenu, comme tant d&#8217;autres proches de victimes, un militant malgr\u00e9 lui. Militant pour la justice, contre l&#8217;impunit\u00e9 dont jouissent trop souvent les policiers quand ils tuent.<\/p>\n<p>Vendredi 8 janvier, lors d&#8217;une conf\u00e9rence de presse, Farid el-Yamni tient ces mots : <em>\u00ab J&#8217;entends parler de brebis galeuses, d&#8217;une minorit\u00e9 de policiers, etc. Je suis ing\u00e9nieur et, en tant que tel, j&#8217;ai une vision syst\u00e8me des choses. Si un dysfonctionnement est possible, il va arriver. Pourquoi n&#8217;est-ce pas trait\u00e9 ? On devrait plut\u00f4t se reposer sur un syst\u00e8me de contr\u00f4le afin d&#8217;emp\u00eacher ces dysfonctionnements. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/societe\/article\/mohamed-avait-la-trace-de-deux-genoux-sur-son-cou\">\u00ab Mohamed avait la trace de deux genoux sur son cou \u00bb<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Farid el-Yamni a eu le temps de penser \u00e0 notre syst\u00e8me judiciaire. Depuis 2012, sa famille m\u00e8ne une bataille dans un seul et unique but : comprendre comment Wissam est mort. Les deux policiers impliqu\u00e9s, dont un formateur, n&#8217;ont toujours pas \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s. Pas m\u00eame auditionn\u00e9s. L&#8217;IGPN, les juges d&#8217;instruction, sont trop de m\u00e8che au quotidien avec les agents de police pour que leurs enqu\u00eates soient r\u00e9ellement ind\u00e9pendantes, et donc fiables.<\/p>\n<p>La police des polices refusera de visionner les vid\u00e9os des cam\u00e9ras de surveillance aux abords de la sc\u00e8ne de l&#8217;interpellation. Les diff\u00e9rents juges en charge de l&#8217;affaire feront tout leur possible pour ne pas faire avancer le dossier \u2013 dossier qui aujourd&#8217;hui fait plus de 1000 pages. Sans cesse, la famille, par la voix de ses avocats, doit saisir la chambre d&#8217;instruction pour que celle-ci ordonne aux juges de faire leur travail.<\/p>\n<p>Comme trop souvent dans ce genre d&#8217;affaires, c&#8217;est la parole des experts judiciaires qui p\u00e8se le plus dans la balance. En l&#8217;occurrence ici, c&#8217;est le docteur Michel Sapanet qui a rendu une expertise pour d\u00e9terminer les causes de la mort de Wissam El-Yamni, en 2013. Voici ses conclusions : les l\u00e9sions sur son corps \u00e9taient ant\u00e9rieures \u00e0 l&#8217;interpellation \u2013 Wissam vivait donc, selon cet expert, avec de multiples fractures, ce qui ne l&#8217;a pas emp\u00each\u00e9 de f\u00eater le Nouvel an\u2026 ; les marques de strangulation sur son cou sont li\u00e9es au frottement de ses v\u00eatements \u2013 \u00e0 noter que la ceinture de Wissam est toujours introuvable aujourd&#8217;hui, les policiers pr\u00e9tendant qu&#8217;il portait un jogging, ce qui est faux ; quant \u00e0 la cause de la mort, Wissam aurait fait un malaise apr\u00e8s l&#8217;absorption d&#8217;alcool, de cannabis et de coca\u00efne.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Face \u00e0 tout cela, on est seul. On devient fou de s\u2019entendre dire que l\u2019affaire est class\u00e9e, qu\u2019on est dans le faux. On n\u2019apprend pas assez de nos affaires alors que les policiers, eux, ils apprennent en permanence. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Farid el-Yamni est estomaqu\u00e9 de voir que le juge accepte cette version sans m\u00eame demander quel taux de drogues avait Wissam dans le sang. Apr\u00e8s analyses par un toxicologue, il s&#8217;av\u00e8re que Wissam avait si peu de coca\u00efne dans le sang qu&#8217;on ne pouvait m\u00eame pas le d\u00e9clarer positif. Comment aurait-il pu en mourir ? Pour la famille, tout ceci n&#8217;a qu&#8217;un seul but : ralentir l&#8217;instruction.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi leur avocat parisien Henri Braun annonce la saisine prochaine de l&#8217;ordre des m\u00e9decins ainsi que le d\u00e9p\u00f4t d&#8217;une plainte contre cet expert pour falsification des donn\u00e9es et des r\u00e9sultats de l&#8217;expertise. <em>\u00ab L&#8217;aura des experts est telle que le juge ne va pas contre son avis. Les expertises deviennent des paravents \u00e0 la justice \u00bb<\/em>, explique l&#8217;avocat.<\/p>\n<p>Il ne fait aucun doute que cet expert est parti de la conclusion pour ensuite d\u00e9rouler son expertise en sens contraire. Il fallait prouver que Wissam el-Yamni serait mort avec ou sans l&#8217;intervention des policiers. <em>\u00ab C&#8217;est du charlatanisme, il ment sur tous les points \u00bb<\/em>, argue Farid el-Yamni, lequel n&#8217;arrive pas \u00e0 comprendre comment on peut manipuler ainsi la science. Le fr\u00e8re de la victime et son avocat insistent fortement sur un point : cette plainte n&#8217;est pas d\u00e9pos\u00e9e dans un esprit de revanche \u00e0 l&#8217;encontre de Michel Sapanet, mais afin d&#8217;expliquer un dysfonctionnement judiciaire. C&#8217;est le r\u00f4le majeur de l&#8217;expert , excessif, sans aucun contr\u00f4le ni contradiction, qui est ici d\u00e9plor\u00e9.<\/p>\n<p>Comme l&#8217;explique Farid el-Yamni : <em>\u00ab Il sait que le corps va \u00eatre enterr\u00e9 et qu&#8217;il aura le dernier mot. On ne respecte pas la vie. \u00bb<\/em> Car au-del\u00e0 de l&#8217;injustice ressentie par les proches, il est question de dignit\u00e9. Peut-on laisser des corps humains se faire diss\u00e9quer, mutiler, pour servir le mensonge et la dissimulation, et non la v\u00e9rit\u00e9 et la justice ?<\/p>\n<p><em>\u00ab Quand un homme de 30 ans, en parfaite sant\u00e9, finit dans le coma quelques minutes apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9, il y a un probl\u00e8me<\/em>, abonde Farid el-Yamni, visiblement \u00e9mu. <em>On veut un proc\u00e8s. \u00bb<\/em> Combien de familles aujourd&#8217;hui en France ne demandent que cela ? Que la R\u00e9publique tienne sa promesse de justice, ind\u00e9pendante. Lamine Dieng, Babacar Gueye, Shaoyao Liu, Gaye Camara, C\u00e9dric Chouviat ou encore Adama Traor\u00e9, la liste est longue, trop longue.<\/p>\n<p>En 2019, une autre expertise est venue contredire la version de Michel Sapanet. Wissam el-Yamni aurait subi un pliage ventral, alors qu&#8217;il \u00e9tait menott\u00e9 dans le dos, et serait mort suite \u00e0 l&#8217;intervention d&#8217;un tiers. Quant aux l\u00e9sions sur son corps, elles indiquent bien qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9. <em>\u00ab La science ne peut d\u00e9montrer des choses contradictoires \u00bb<\/em>, avance Farid el-Yamni. <em>Face \u00e0 tout cela, on est seul. On devient fou de s&#8217;entendre dire que l&#8217;affaire est class\u00e9e, qu&#8217;on est dans le faux. On n&#8217;apprend pas assez de nos affaires alors que les policiers, eux, ils apprennent en permanence. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ce dernier n&#8217;a qu&#8217;un seul souhait d\u00e9sormais : que l&#8217;affaire Wissam permette qu&#8217;on am\u00e9liore le syst\u00e8me judiciaire, sur les expertises, les enqu\u00eates. Pour qu&#8217;en mati\u00e8re de justice, l&#8217;honn\u00eatet\u00e9 paye, et non plus la malhonn\u00eatet\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/loic-le-clerc\"><strong>Lo\u00efc Le Clerc<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12686 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/befunky-collage_2_-27-dcc-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/befunky-collage_2_-27-dcc-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage_2_-27.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Neuf ans que la famille de Wissam el-Yamni attend. 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