{"id":12653,"date":"2020-12-26T17:21:35","date_gmt":"2020-12-26T16:21:35","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-dictature-verte-ou-democratie-ecologique\/"},"modified":"2023-06-24T00:07:59","modified_gmt":"2023-06-23T22:07:59","slug":"article-dictature-verte-ou-democratie-ecologique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12653","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Dictature verte\u00a0\u00bb ou d\u00e9mocratie \u00e9cologique\u00a0?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">L\u2019urgence environnementale appelle-t-elle in\u00e9vitablement des mesures autoritaires\u00a0? Des chercheurs et des militants pensent au contraire que c\u2019est le manque de d\u00e9mocratie qui compromet la conversion \u00e9cologique.\n<\/p>\n<p>C\u2019est une petite musique qui monte. Une id\u00e9e vague, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e ici ou l\u00e0, qui finit par s\u2019immiscer dans les esprits. Face \u00e0 l\u2019urgence \u00e9cologique, la d\u00e9mocratie n\u2019aurait pas la r\u00e9ponse. Autrement dit, les gouvernements devraient se d\u00e9p\u00eacher de faire preuve de la plus ferme autorit\u00e9, au nom d\u2019une crise environnementale qui menace de rendre la Terre inhabitable. Pour \u00e9viter la \u00ab\u00a0fin du monde\u00a0\u00bb, il serait devenu in\u00e9vitable de bousculer les populations en leur imposant des changements d\u00e9cid\u00e9s contre leur gr\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/economie\/mad-marx\/article\/climat-les-7-enfumages-de-total\">Climat : les 7 enfumages de Total<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est, par exemple, l\u2019astrophysicien Aur\u00e9lien Barrau qui d\u00e9clare\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il faut des mesures politiques concr\u00e8tes, coercitives, impopulaires, s\u2019opposant \u00e0 nos libert\u00e9s individuelles ; on ne peut plus faire autrement\u00a0\u00bb<\/em>. Et qui, doutant de la strat\u00e9gie de la prise de conscience et de l\u2019\u00e9volution des mentalit\u00e9s, ajoute\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019appel \u00e0 la responsabilit\u00e9 individuelle est n\u00e9cessaire mais insuffisant. Pourquoi ? Parce que tout le monde sait qu\u2019on va vers la catastrophe, mais rien ne change. Nous sommes faibles, nous sommes ainsi faits.\u00a0\u00bb<\/em> C\u2019est aussi le physicien am\u00e9ricain Dennis Meadows, co-auteur d\u2019un rapport de r\u00e9f\u00e9rence sur les limites de la croissance datant de 1972, qui pointe dans le quotidien Lib\u00e9ration l\u2019incapacit\u00e9 des d\u00e9mocraties repr\u00e9sentatives \u00e0 s\u2019attaquer au probl\u00e8me environnemental\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La mont\u00e9e de l\u2019autoritarisme est in\u00e9vitable. Je suis personnellement tr\u00e8s content de vivre dans une d\u00e9mocratie. Mais nous devons admettre que les d\u00e9mocraties ne r\u00e9solvent pas les probl\u00e8mes existentiels de notre temps \u2013 d\u00e9r\u00e8glement climatique, r\u00e9duction des r\u00e9serves \u00e9nerg\u00e9tiques, \u00e9rosion des sols, \u00e9cart croissant entre riches et pauvres, etc.\u00a0\u00bb<\/em>. C\u2019est encore le climatologue Fran\u00e7ois-Marie Br\u00e9on qui anticipe, dans le m\u00eame journal, que <em>\u00ab\u00a0les\u00a0mesures qu\u2019il faudrait prendre seront difficilement accept\u00e9es. On peut dire que la lutte contre le changement climatique est contraire aux libert\u00e9s individuelles, et donc sans doute \u00e0 la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<h2>Imaginaire de la dictature verte<\/h2>\n<p>D\u00e9j\u00e0 en 1979, le philosophe Hans Jonas \u00e9voquait, dans <em>Le Principe de responsabilit\u00e9<\/em>, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une <em>\u00ab\u00a0tyrannie bienveillante, bien inform\u00e9e et anim\u00e9e par la juste compr\u00e9hension des choses\u00a0\u00bb<\/em>. Un tel r\u00e9gime gouvern\u00e9 par une \u00e9lite \u00e9tait le seul, \u00e0 ses yeux, qui f\u00fbt \u00e0 m\u00eame de pr\u00e9venir la catastrophe. L\u2019id\u00e9e ne date donc pas d\u2019aujourd\u2019hui. Reste que l\u2019urgence \u00e9cologique fait aujourd\u2019hui caisse de r\u00e9sonnance. Preuve en est que la science-fiction s\u2019est empar\u00e9e du concept de dictature verte. Ainsi, une dystopie de Bertil Scali et Rapha\u00ebl de Andreis parue l\u2019an dernier, Air, d\u00e9crit-elle une vie qui bascule. Samuel Bourget, cadre dans une entreprise de recyclage de pneus, est soudain traqu\u00e9 par une police \u00e9cologique qui suit la consommation des citoyens \u00e0 la trace gr\u00e2ce \u00e0 leur empreinte num\u00e9rique. Dans ce \u00ab\u00a0monde d\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019ex\u00e9cutif s\u2019est arrog\u00e9 les pleins pouvoirs apr\u00e8s un r\u00e9f\u00e9rendum, les enfants d\u00e9noncent leurs parents et les divorces sont interdits pour \u00e9viter que les surfaces habit\u00e9es ne se multiplient.<\/p>\n<p>Dans <em>Un monde pour Stella<\/em>, le romancier Gilles Boyer \u2013 par ailleurs conseiller d\u2019\u00c9douard Philippe \u2013 imagine quant \u00e0 lui une soci\u00e9t\u00e9 conduite \u00e0 imposer en 2045 <em>\u00ab\u00a0la limitation stricte des naissances \u00e0 une par femme dans le monde entier\u00a0\u00bb<\/em>. Force est de constater qu\u2019un tel imaginaire fait aujourd\u2019hui les choux gras de courants conservateurs qui agitent plus que jamais le spectre d\u2019un gouvernement de \u00ab\u00a0Khmers verts\u00a0\u00bb. En atteste la couverture de l\u2019hebdomadaire <em>Valeurs actuelles<\/em> qui titre, sur le visage de la jeune Su\u00e9doise Greta Thunberg, \u00ab\u00a0Enqu\u00eate sur le totalitarisme vert. Les charlatans de l\u2019\u00e9cologie\u00a0\u00bb. Dans la m\u00eame veine, un pol\u00e9miste tristement c\u00e9l\u00e8bre s\u2019en prend aux <em>\u00ab\u00a0d\u00e9vots de la religion verte\u00a0\u00bb<\/em> dans les pages du <em>Figaro<\/em>.<\/p>\n<p>Des critiques sarcastiques galvanis\u00e9es par la publication d\u2019un rapport r\u00e9alis\u00e9 par le cabinet d\u2019\u00e9tude B&#038;L Evolution qui \u2013 pour r\u00e9pondre \u00e0 la recommandation du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019\u00e9volution du climat (GIEC) de limiter \u00e0 1,5\u00b0C l\u2019augmentation de la temp\u00e9rature terrestre \u2013 s\u2019est attel\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir une liste de mesures radicales. Parmi celles-ci, proscrire l\u2019utilisation des r\u00e9sidences secondaires en saison froide, introduire un couvre-feu thermique entre 22 heures et 6 heures pour atteindre une temp\u00e9rature moyenne de 17\u00b0C dans les logements, interdire tout vol non justifi\u00e9 hors d\u2019Europe, demander une justification pour les d\u00e9placements professionnels, supprimer les lignes a\u00e9riennes internes, proscrire la commercialisation de v\u00e9hicules neufs \u00e0 usage individuel, instaurer des quotas pour la consommation de produits import\u00e9s, limiter la consommation d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 par jour et par personne, etc. Les critiques n\u2019ont pas tard\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0On nous a accus\u00e9s de pr\u00f4ner une dictature verte, parce que nos mesures seraient liberticides\u00a0\u00bb<\/em>, a confi\u00e9 l\u2019ing\u00e9nieur Charles-Adrien Louis dans Reporterre. <\/p>\n<h2>D\u00e9mocratie et abondance<\/h2>\n<p>C\u2019est que la perspective de l\u2019autolimitation d\u00e9fendue par les \u00e9cologistes heurte notre conception de la d\u00e9mocratie qui, historiquement, associe croissance et libert\u00e9\u2026 au point que ces deux notions passent d\u00e9sormais pour consubstantielles. <em>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9vidence avec laquelle nous percevons encore aujourd\u2019hui l\u2019association entre les droits et l\u2019industrie, entre la libert\u00e9 et l\u2019enrichissement, entre d\u00e9mocratie et abondance, est le produit d\u2019un travail de tissage intellectuel et social\u00a0\u00bb<\/em>, avance le philosophe Pierre Charbonnier dans <em>Abondance et libert\u00e9. Une histoire environnementale des id\u00e9es politiques<\/em>[[Editions La D\u00e9couverte, 2020]].<\/p>\n<p>Dans le sillage des Lumi\u00e8res s\u2019est impos\u00e9e l\u2019id\u00e9e que, pour asseoir l\u2019id\u00e9al de souverainet\u00e9 du corps social sur lui-m\u00eame, il fallait que l\u2019Homme r\u00e8gne en ma\u00eetre sur la nature. Dans la perspective d\u2019un \u00c9tat de droit, rien ne devait venir entraver l\u2019autonomie du collectif humain, dont l\u2019ambition nouvelle de se contr\u00f4ler se refl\u00e9tait dans le contr\u00f4le qu\u2019il r\u00e9ussissait \u00e0 exercer sur son milieu. Placer sous sa tutelle la conduite des choses qui lui \u00e9taient ext\u00e9rieures allait donc de pair avec un projet politique \u00e9mancipateur, au sein duquel le pouvoir de l\u2019Homme n\u2019avait d\u00e9sormais plus de limite. <em>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau de production est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9troitement attach\u00e9e \u00e0 l\u2019actualisation des id\u00e9aux r\u00e9publicains et notamment l\u2019autonomie \u00e0 l\u2019\u00e9gard des forces ext\u00e9rieures\u00a0\u00bb<\/em>, rel\u00e8ve Pierre Charbonnier. De fait, <em>\u00ab\u00a0le moment r\u00e9volutionnaire a repr\u00e9sent\u00e9 un tournant dans la d\u00e9sinhibition sociale \u00e0 l\u2019\u00e9gard des risques et des dommages induits par l\u2019industrie, \u00e0 travers le recul massif des r\u00e9glementations qui organisaient auparavant les activit\u00e9s productives et leurs cons\u00e9quences sur le milieu\u00a0\u00bb<\/em>, observe-t-il.<\/p>\n<p>Le couple fusionnel que forment la d\u00e9mocratie et la croissance d\u00e9coule de cette histoire et continue de fa\u00e7onner notre inconscient politique. Si bien que, parmi les \u00e9cologistes, il en est qui ne voient d\u2019autre compromis que de renoncer \u00e0 l\u2019id\u00e9al de libert\u00e9 pour aller vers une soci\u00e9t\u00e9 plus sobre sur le plan \u00e9nerg\u00e9tique. <em>\u00ab\u00a0Pris de panique, certains en arrivent \u00e0 affirmer que le projet d\u2019autonomie comme tel est essouffl\u00e9 et que l\u2019\u00e9cologie est indissociable de l\u2019autoritarisme\u00a0\u00bb<\/em>, regrette Pierre Charbonnier. Pourtant, le projet d\u2019autonomie politique n\u2019a pas vocation, selon lui, \u00e0 rester arrim\u00e9 au r\u00eave d\u2019abondance. Mieux, la crise \u00e9cologique est sans doute l\u2019occasion de r\u00e9inventer une d\u00e9mocratie adapt\u00e9e \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 post-croissance. <em>\u00ab\u00a0Si profond\u00e9ment ancr\u00e9 que soit le couple form\u00e9 par l\u2019autonomie et l\u2019abondance, il n\u2019en est pas moins un arrangement historique contingent\u00a0\u00bb<\/em>, insiste ce chercheur. <em>\u00ab\u00a0La sobri\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas synonyme d\u2019absence de libert\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, abonde Nicolas Haeringer, coordinateur de l\u2019organisation 350.org, qui milite pour la sortie des \u00e9nergies fossiles. <em>\u00ab\u00a0Ce qui est remis en cause, c\u2019est la &#8220;libert\u00e9 n\u00e9gative&#8221; qui consiste \u00e0 agir sans se soucier d\u2019une r\u00e8gle quelconque. Un des fondements du lib\u00e9ralisme consiste \u00e0 penser qu\u2019il revient \u00e0 chacun de d\u00e9terminer son mode de vie. Ce n\u2019est plus du tout acceptable. Nous avons aujourd\u2019hui besoin d\u2019un nouvel imaginaire d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute le philosophe Dominique Bourg.<\/p>\n<h2>Pas de sobri\u00e9t\u00e9 sans justice sociale<\/h2>\n<p>Il n\u2019emp\u00eache que la question reste enti\u00e8re\u00a0: comment faire en sorte que les populations se limitent d\u2019elles-m\u00eames, sans qu\u2019il faille le leur imposer\u00a0? <em>\u00ab\u00a0Il faut reconna\u00eetre que l\u2019alliance entre \u00e9cologie et d\u00e9mocratie n\u2019est pas automatique\u00a0\u00bb<\/em>, avance le politologue Yves Sintomer. <em>\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00e9chelle internationale, la Chine, qui n\u2019est pas d\u00e9mocratique, est en avance sur l\u2019Inde en termes de reconversion\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit-il. C\u2019est dire combien penser ensemble la libert\u00e9 et la sobri\u00e9t\u00e9 est d\u2019abord un choix politique\u00a0:<em> \u00ab\u00a0\u00c0 moins de lui pr\u00e9f\u00e9rer la dictature, la d\u00e9mocratie implique que les mesures \u00e9cologiques soient accept\u00e9es par la population\u00a0\u00bb<\/em>, indique l\u2019\u00e9conomiste Aur\u00e9lie Trouv\u00e9, porte-parole d\u2019Attac France. Que les r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques reposent sur le consentement, la France a eu tendance \u00e0 l\u2019oublier dans sa gestion de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19, elle qui a d\u00e9ploy\u00e9 tout un arsenal punitif pour faire respecter le confinement. <em>\u00ab\u00a0On aurait pu avoir les m\u00eames mesures de confinement sans le discours martial. L\u2019Allemagne a beaucoup moins infantilis\u00e9 sa population\u00a0! Il aurait \u00e9t\u00e9 nettement plus efficace d\u2019ancrer les mesures sanitaires dans des pratiques communautaires permettant \u00e0 chacun d\u2019y adh\u00e9rer, plut\u00f4t que de vouloir les imposer en se servant de drones\u00a0\u00bb<\/em>, estime Nicolas Haeringer.<\/p>\n<p>Cependant, rien ne dit qu\u2019une meilleure communication suffise \u00e0 modifier les mentalit\u00e9s. Pour que la majorit\u00e9 consente \u00e0 d\u2019in\u00e9vitables restrictions, encore faut-il inscrire la transition \u00e9cologique dans un projet de justice sociale\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Si on n\u2019associe pas &#8220;fin du monde&#8221; et &#8220;fin de mois&#8221;, la transition \u00e9cologique sera rejet\u00e9e en bloc\u00a0\u00bb<\/em>, affirme Aur\u00e9lie Trouv\u00e9. C\u2019est d\u2019ailleurs une taxe sur les carburants qui a mis le feu aux poudres et propuls\u00e9 les Gilets jaunes sur les ronds-points.<em> \u00ab\u00a0Les r\u00e9actions seraient tr\u00e8s diff\u00e9rentes si on prenait en m\u00eame temps des mesures de lutte contre la pr\u00e9carit\u00e9 mat\u00e9rielle et \u00e9nerg\u00e9tique, lesquelles permettraient d\u2019expliquer aux couches moyennes et pr\u00e9caires qu\u2019elles n\u2019y perdront pas en bien-\u00eatre. La taxe carbone doit aussi s\u2019accompagner d\u2019un vaste plan de relocalisation des commerces de proximit\u00e9 et des services publics, de la gratuit\u00e9 des transports en commun, ainsi que de mesures visant \u00e0 rapprocher le lieu de travail du domicile. De quoi faire en sorte que la voiture ne soit plus indispensable\u00a0\u00bb<\/em>, soutient l\u2019\u00e9conomiste.<\/p>\n<p>M\u00eame son de cloche du c\u00f4t\u00e9 du sociologue Razmig Keucheyan\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le consentement ne s\u2019obtiendra que si on couple les avanc\u00e9es \u00e9cologiques avec des mesures de progr\u00e8s social et de justice\u00a0\u00bb<\/em>. Ce chercheur propose notamment de limiter les d\u00e9placements a\u00e9riens tout en d\u00e9fendant l\u2019\u00e9galit\u00e9 des citoyens devant l\u2019avion. <em>\u00ab\u00a0Chaque individu pourrait b\u00e9n\u00e9ficier de &#8220;cr\u00e9dits voyage&#8221; l\u2019autorisant \u00e0 parcourir tant de kilom\u00e8tres par an. Prendre l\u2019avion ne devrait pas relever d\u2019un choix individuel index\u00e9 sur le revenu\u00a0\u00bb<\/em>, conclut-il. <\/p>\n<h2>L\u2019int\u00e9r\u00eat du plus grand nombre<\/h2>\n<p>Les mesures \u00e9cologiques sont r\u00e9put\u00e9es impopulaires. Sauf que les milieux populaires ont, dans le fond, moins \u00e0 perdre que les cat\u00e9gories ais\u00e9es. Une limitation des voyages en avion ne p\u00e9naliserait par exemple que ceux qui, en temps normal, s\u2019y adonnent. <em>\u00ab\u00a0La privation de libert\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 le quotidien de plein de personnes qui ne choisissent pas ce qu\u2019elles mangent, ni leur mode de d\u00e9placement. La lutte contre le r\u00e9chauffement climatique va rogner sur les libert\u00e9s des plus privil\u00e9gi\u00e9s, mais pour la majorit\u00e9 de la population, le rationnement est une forme de redistribution, une mesure d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de justice\u00a0\u00bb<\/em>, rench\u00e9rit Nicolas Haeringer. Et si le plus grand nombre avait tout \u00e0 gagner \u00e0 une transition \u00e9cologique bien men\u00e9e\u00a0? Si les premiers ennemis de la transition \u00e9cologique n\u2019\u00e9taient pas ceux que l\u2019on croit\u00a0?<\/p>\n<p>A contrario des sc\u00e9narios autoritaires, il y a l\u00e0 de quoi plaider pour davantage de participation citoyenne. <em>\u00ab\u00a0Des mesures fortes peuvent-elles \u00eatre prises d\u00e9mocratiquement\u00a0?\u00a0Si la d\u00e9mocratie se r\u00e9sume \u00e0 des \u00e9lections libres, on peut \u00eatre sceptique\u00a0!\u00a0Le poids des lobbies et les jeux politiciens ne se sont gu\u00e8re favorables\u2026\u00a0\u00bb<\/em>, avance Yves Sintomer. <em>\u00ab\u00a0Mais la d\u00e9mocratie rel\u00e8ve aussi d\u2019une culture qui s\u2019incarne dans des dispositifs institutionnels autres que les \u00e9lections, comme la Convention citoyenne pour le climat qui pourrait d\u00e9boucher sur des propositions audacieuses, en avance sur les lois adopt\u00e9es par le Parlement dans la derni\u00e8re d\u00e9cennie\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute-t-il.<\/p>\n<p>Nul doute, par ailleurs, que le local est l\u2019\u00e9chelle o\u00f9 s\u2019exp\u00e9rimentent aujourd\u2019hui de nouveaux mod\u00e8les. Des maires convertissent les cantines scolaires de leur ville \u00e0 l\u2019approvisionnement bio-local, tandis que des territoires visent \u00e0 l\u2019autosuffisance \u00e9nerg\u00e9tique. <em>\u00ab\u00a0Les gouvernements sont tr\u00e8s fortement sous le joug des multinationales. C\u2019est ce manque de d\u00e9mocratie qui fait qu\u2019on n\u2019avance pas. Il faut redonner des moyen budg\u00e9taires \u00e0 la d\u00e9mocratie participative, soutenir les d\u00e9marches locales\u00a0\u00bb<\/em>, insiste Aur\u00e9lie Trouv\u00e9. Un constat que partage Nicolas Haeringer\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas l\u2019exc\u00e8s de d\u00e9mocratie qui constitue un obstacle, c\u2019est l\u2019inverse\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, s\u2019exclame-t-il. <em>\u00ab\u00a0Soit on se saisit des questions \u00e9cologiques comme d\u2019un enjeu d\u00e9mocratique majeur, soit on se pr\u00e9pare un futur dystopique.\u00a0\u00bb<\/em> \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 un petit virus tr\u00e8s probablement li\u00e9 \u00e0 la relation destructrice de l\u2019Homme \u00e0 l\u2019environnement a mis la plan\u00e8te \u00e0 l\u2019arr\u00eat, on ne le sait que trop. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/marion-rousset\"><strong>Marion Rousset<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12653 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/eco-3-eb3.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/eco-3-eb3-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"eco-3.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019urgence environnementale appelle-t-elle in\u00e9vitablement des mesures autoritaires\u00a0? Des chercheurs et des militants pensent au contraire que c\u2019est le manque de d\u00e9mocratie qui compromet la conversion \u00e9cologique.<\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":30046,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[412],"class_list":["post-12653","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecologie","tag-ecologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12653","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12653"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12653\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/30046"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12653"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12653"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12653"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}