{"id":1254,"date":"1999-02-01T00:00:00","date_gmt":"1999-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/elisabeth-roudinesco-nouveau1254\/"},"modified":"1999-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-01-31T23:00:00","slug":"elisabeth-roudinesco-nouveau1254","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1254","title":{"rendered":"Elisabeth Roudinesco, nouveau regard sur la psychanalyse"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Ce 10 d\u00e9cembre 1998, il a bien fallu mettre artificiellement un terme au d\u00e9bat, apr\u00e8s vingt-cinq interventions des auditeurs, et vingt-cinq commentaires de la psychanalyste Elisabeth Roudinesco (auteur, entre autres, chez Fayard, d&#8217;un Dictionnaire de la psychanalyse de Jacques Lacan, et d&#8217;une Histoire de la psychanalyse en France en deux volumes, et r\u00e9alisatrice d&#8217;une retentissante \u00e9mission sur Freud, en deux parties, pour FR3 et Arte. <\/p>\n<p>Elisabeth Roudinesco avait introduit cette soir\u00e9e par un expos\u00e9 qui donnait id\u00e9e de son prochain livre. Elle remarquait d&#8217;embl\u00e9e que la forme actuelle dominante de la souffrance psychique est la d\u00e9pression. Or, ajoutait-elle, l&#8217;homme d\u00e9pressif ne croyant plus aux th\u00e9rapies, pour combler ce vide se tourne aussi bien vers les m\u00e9dicaments que vers l&#8217;astrologie. &#8220;Entre les neurones et les astres : quelle libert\u00e9 ?&#8221; D&#8217;autant que, du c\u00f4t\u00e9 de la libert\u00e9, les th\u00e9ories ont d\u00e9clin\u00e9, et que les prescriptions pharmacologiques offrant les m\u00eames gammes pour tous, la singularit\u00e9 est recherch\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 des &#8220;m\u00e9decines parall\u00e8les&#8221;. D\u00e8s lors, germe l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une sorte de droit \u00e0 ne plus manifester la moindre souffrance, et d&#8217;une possibilit\u00e9 d&#8217;\u00e9viter le conflit avec le monde en supprimant les sympt\u00f4mes des probl\u00e8mes, et non les probl\u00e8mes eux-m\u00eames&#8230;<\/p>\n<p><strong> Ces d\u00e9pressions qui prolif\u00e8rent&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Face aux d\u00e9pressions qui prolif\u00e8rent dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques, le renoncement \u00e0 explorer l&#8217;inconscient d\u00e9coule ainsi d&#8217;un v\u00e9ritable processus psychologique de normalisation. En m\u00eame temps, l&#8217;\u00e9chec qui s&#8217;ensuit quant aux tentatives de gu\u00e9rison du sujet livre celui-ci \u00e0 ses pulsions, qui se retournent contre lui-m\u00eame. &#8220;La d\u00e9pression est une entit\u00e9 molle, un affaiblissement de la personnalit\u00e9&#8221;, corollaire de l&#8217;abandon de la lutte comme constitutive de la libert\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques modernes.<\/p>\n<p>Le d\u00e9clin de perspective r\u00e9volutionnaire conduit \u00e0 rechercher dans les &#8220;camisoles chimiques&#8221; le changement de comportement subjectif. L'&#8221;homme nouveau&#8221;, lisse, \u00e9vite ses passions. Les succ\u00e8s de la pharmacologie engendrent ainsi de nouvelles ali\u00e9nations. La r\u00e9gression de la psychanalyse est li\u00e9e \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que toute r\u00e9bellion deviendrait impossible, et la pharmacologie devient l&#8217;outil indispensable des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>Seulement voil\u00e0, poursuit Elisabeth Roudinesco: l&#8217;action pharmacologique est limit\u00e9e et qui croit que l&#8217;on peut tout gu\u00e9rir ainsi, croit que plus rien ne rel\u00e8ve du sujet lui-m\u00eame. On va ainsi chercher \u00e0 agir de l&#8217;ext\u00e9rieur, dans le cort\u00e8ge d&#8217;exorcistes, ethnopsychologues, astrologues, etc. L&#8217;individu ne trouvera sa libert\u00e9 ni dans le &#8220;tout organique&#8221;, ni dans le &#8220;tout culturel&#8221;.<\/p>\n<p><strong> &#8230; et la d\u00e9pression de la psychanalyse <\/strong><\/p>\n<p>Dans ce contexte, la psychanalyse est attaqu\u00e9e de toutes parts, sa place d\u00e9cline, d&#8217;autant que, de l&#8217;int\u00e9rieur, elle se trouve aussi fig\u00e9e dans ses dogmes, n&#8217;ayant pas relev\u00e9 les d\u00e9fis de la science et de la soci\u00e9t\u00e9 (ch\u00f4mage, immigration, etc.). En se d\u00e9sint\u00e9ressant du monde r\u00e9el, elle s&#8217;est enferm\u00e9e dans la fausse alternative : soit un compromis avec les neurosciences, soit leur rejet sectaire. Ainsi, la psychanalyse aussi est d\u00e9prim\u00e9e, et \u00e9clate en petits groupes&#8230;<\/p>\n<p>Paradoxalement, au moment m\u00eame o\u00f9 la langue freudienne est pass\u00e9e dans la vie quotidienne (d\u00e9sir, fantasme, etc.), on voit se d\u00e9velopper dans la presse un fanatisme de la science vulgaire contre la psychanalyse. Elisabeth Roudinesco cite des &#8220;unes&#8221; : &#8220;la science contre Freud&#8221;, &#8220;le cerveau contre Freud&#8221;, &#8220;Comment en finir avec la psychanalyse ?&#8221;&#8230; Parfois m\u00eame, le titre seul est hostile, et le dossier s\u00e9rieux. Trait\u00e9e comme probl\u00e8me d&#8217;opinion, et non comme affaire de psychanalystes, la psychanalyse et ainsi fragilis\u00e9e.<\/p>\n<p>A quoi il faut ajouter un double changement. Changement chez les patients : sous la pression des probl\u00e8mes sociaux, ils refusent la r\u00e9gularit\u00e9 des s\u00e9ances, s&#8217;arr\u00eatent, reviennent, et tendent \u00e0 utiliser la psychanalyse comme un m\u00e9dicament. Changement chez les psychanalystes aussi : pratiquant souvent un autre m\u00e9tier pour vivre, ayant peu de client\u00e8le priv\u00e9e, travaillant en institution o\u00f9 ils c\u00f4toient d&#8217;autres techniques, leur niveau th\u00e9orique s&#8217;est souvent abaiss\u00e9. En m\u00eame temps, ils sont plus ouverts aux diverses formes de souffrance psychique, au contact des toxicomanes, d\u00e9linquants, etc. Et Elisabeth Roudinesco d&#8217;appeler aux renouvellements n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Impossible de r\u00e9sumer la discussion qui devait suivre cette introduction. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;\u00eatre &#8220;freudien&#8221; aujourd&#8217;hui ? Quels rapports entre th\u00e9rapie et anthropologie freudiennes ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un transfert ? La pharmacologie est-elle exclusive de la psychanalyse ? Non, r\u00e9pond la psychanalyste, mais ce qui est en cause c&#8217;est l&#8217;exc\u00e8s pharmacologique et le fait qu&#8217;on oppose le m\u00e9dicament \u00e0 la psychanalyse. Bien que, en fait, ces exc\u00e8s commencent \u00e0 faire ressentir l&#8217;urgence d&#8217;une critique chez ceux qui les ont pratiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Autres questions : sur les pratiques d&#8217;adaptation et de normalisation aux Etats-Unis, sur le co\u00fbt et la gratuit\u00e9 des cures, sur la possibilit\u00e9 de &#8220;progr\u00e8s&#8221; en psychanalyse, sur les souffrances psychiques, sur les pratiques hospitali\u00e8res ali\u00e9nantes, sur la recherche de sens, sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l&#8217;agressivit\u00e9 manifeste, sur la sexualit\u00e9, le Viagra, l&#8217;affaire Clinton&#8230;. Elisabeth Roudinesco remarque que la psychanalyse, attaqu\u00e9e hier au nom du silence sur la sexualit\u00e9, l&#8217;est aujourd&#8217;hui au nom de &#8220;la science&#8221;&#8230;<\/p>\n<p>Et d&#8217;autres questions encore : sur l&#8217;efficacit\u00e9 de la cure, sur la causalit\u00e9, sur les th\u00e9rapies d\u00e9pourvues de fondements th\u00e9oriques, sur Mesmer \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, sur les psychanalyses d&#8217;enfants, sur les &#8220;pertes de rep\u00e8res&#8221;, sur la port\u00e9e de la parole, etc.<\/p>\n<p>Il a fallu arbitrairement mettre fin au d\u00e9bat, qui aurait pu durer loin dans la nuit&#8230; Peut-on imaginer une lib\u00e9ration humaine, un \u00e9panouissement des personnalit\u00e9s individuelles, donc un changement social en profondeur, si l&#8217;on ne consid\u00e8re pas comme une t\u00e2che politique au sens le plus noble l&#8217;appropriation par les citoyens de ce genre de probl\u00e9matiques ? Chacun consid\u00e9ra ces quelques heures comme une magnifique soir\u00e9e, qu&#8217;il ne fallait pas rater.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Ce 10 d\u00e9cembre 1998, il a bien fallu mettre artificiellement un terme au d\u00e9bat, apr\u00e8s vingt-cinq interventions des auditeurs, et vingt-cinq commentaires de la psychanalyste Elisabeth Roudinesco (auteur, entre autres, chez Fayard, d&#8217;un Dictionnaire de la psychanalyse de Jacques Lacan, et d&#8217;une Histoire de la psychanalyse en France en deux volumes, et r\u00e9alisatrice d&#8217;une retentissante \u00e9mission sur Freud, en deux parties, pour FR3 et Arte. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1254","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1254","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1254"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1254\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1254"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1254"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1254"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}