{"id":1251,"date":"1999-02-01T00:00:00","date_gmt":"1999-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-important-c-est-la-dignite1251\/"},"modified":"1999-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-01-31T23:00:00","slug":"l-important-c-est-la-dignite1251","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1251","title":{"rendered":"\u00ab L&#8217;important, c&#8217;est la dignit\u00e9 humaine \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Julien Laupr\u00eatre <\/p>\n<p>Voir aussi Emmaus, un habitat pour les plus d\u00e9munis<strong> Le Secours populaire fran\u00e7ais n\u00e9 il y a plus de cinquante ans, a une longue exp\u00e9rience de lutte contre la mis\u00e8re. Qu&#8217;est-ce qui change aujourd&#8217;hui ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Avec l&#8217;hiver est revenue la longue litanie des souffrances des exclus. Quelle est la r\u00e9alit\u00e9 de la mis\u00e8re que vous c\u00f4toyez au Secours populaire fran\u00e7ais (SPF) ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Julien Laupr\u00eatre : <\/strong> Il est vrai qu&#8217;en France, il faut attendre que la temp\u00e9rature soit au dessous de z\u00e9ro pour que l&#8217;on prenne des mesures. Le sans domicile fixe l&#8217;est toute l&#8217;ann\u00e9e. Cela dit, ce grave probl\u00e8me des SDF constitue un peu l&#8217;arbre qui cache la for\u00eat. Le nombre d&#8217;exclus n&#8217;a pas diminu\u00e9, leur situation s&#8217;est d\u00e9grad\u00e9e et la part prise par les jeunes de moins de 25 ans est en augmentation. Etre jeune et d\u00e9pendre \u00e0 ce point des autres, c&#8217;est terrible. C&#8217;est un changement majeur du visage de la pauvret\u00e9. Ensuite, les besoins qu&#8217;expriment tous les exclus ont eux aussi chang\u00e9. Ce n&#8217;est plus seulement de l&#8217;ordre du vestimentaire et de l&#8217;alimentaire. On voit des enfants ne pas suivre en classe parce que les parents ne peuvent pas payer des lunettes !<\/p>\n<p><strong> Comment peut-on en \u00eatre \u00e0 un tel degr\u00e9 d&#8217;urgence ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.L. : <\/strong> Il y a des choses inconcevables. On fait le tour de la terre en quelques heures et la mis\u00e8re est \u00e0 nos portes. Le vote de la loi contre l&#8217;exclusion sociale est une source d&#8217;espoir. Pour la premi\u00e8re fois, l&#8217;Etat reconna\u00eet ses responsabilit\u00e9s. Mais, sur le terrain, les premiers r\u00e9sultats se font attendre, malgr\u00e9 l&#8217;urgence.<\/p>\n<p>Vous parlez de l&#8217;an 2000 ; nous le pr\u00e9parons activement pour que les oubli\u00e9s d&#8217;aujourd&#8217;hui ne soient pas les oubli\u00e9s de l&#8217;an 2000. Nous lan\u00e7ons un grand mouvement de prise de parole, avec des ateliers d&#8217;\u00e9criture, pour remplir ce que nous appelons &#8220;les cahiers de l&#8217;espoir, le dire pour agir&#8221;. Ils font d\u00e9sormais partie des initiatives officielles de l&#8217;an 2000. Leur but n&#8217;est pas seulement d&#8217;exprimer la mis\u00e8re mais aussi de r\u00eaver et penser l&#8217;avenir. Leur second objectif, c&#8217;est d&#8217;ouvrir \u00e0 tous, exclus ou non, la possibilit\u00e9 de s&#8217;inscrire dans le r\u00e9seau de solidarit\u00e9. Enfin, des peintres, des metteurs en sc\u00e8ne vont faire une traduction culturelle de toute cette parole retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p>Une question revient en permanence dans les cahiers : le travail. Pour les jeunes, cette aspiration est telle qu&#8217;ils sont parfois pr\u00eats \u00e0 travailler \u00e0 n&#8217;importe quel prix. Ce n&#8217;est pas un hasard s&#8217;ils courent apr\u00e8s les petits boulots, si nous recevons de plus en plus de demandes de d\u00e9part pour partir \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger avec la volont\u00e9 d&#8217;y \u00eatre utile.<\/p>\n<p>Second constat \u00e0 propos du travail : vous pouvez voir votre voisin partir tous les matins au boulot, sans savoir qu&#8217;il est dans une situation de grande pr\u00e9carit\u00e9. Par exemple, qui sait que, sur 38000 agents de la RATP, 5 000 ont un arr\u00eat-saisie sur salaire et plusieurs dizaines sont sans domicile fixe ?<\/p>\n<p><strong> Comment faites-vous face, quelles pratiques de solidarit\u00e9 mettez-vous en oeuvre ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.L. : <\/strong> Le probl\u00e8me du travail comme celui du logement sont deux domaines d&#8217;intervention tr\u00e8s difficiles. Notre engagement est d&#8217;accompagner pour trouver du travail. Cela va de nos ateliers d&#8217;insertion pour r\u00e9apprendre la vie, \u00e0 se lever, arriver \u00e0 l&#8217;heure&#8230; et ce n&#8217;est pas rien, jusqu&#8217;\u00e0 mettre \u00e0 disposition des journaux, \u00e0 aider \u00e0 bien se v\u00eatir pour un entretien d&#8217;embauche et, parfois m\u00eame, \u00e0 pr\u00eater des v\u00e9lomoteurs pour se d\u00e9placer. Nous faisons ensuite un effort particulier pour permettre la connaissance des droits. Cette activit\u00e9 de solidarit\u00e9 concr\u00e8te est essentielle. C&#8217;est notre action pour une citoyennet\u00e9 plus solidaire.<\/p>\n<p><strong> Comment l&#8217;orientation du Secours populaire \u00e9volue-t-elle ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.L. : <\/strong> Nous conservons bien entendu notre tradition de lutte pour les prisonniers politiques et syndicaux. Nous sommes fid\u00e8les \u00e0 la solidarit\u00e9 au-del\u00e0 des fronti\u00e8res. Nous y sommes tr\u00e8s attach\u00e9s car c&#8217;est une mani\u00e8re de participer \u00e0 la lutte contre le poison du racisme. Nous venons par exemple de cr\u00e9er un r\u00e9seau m\u00e9diterran\u00e9en de la solidarit\u00e9&#8230; Mais notre orientation, en France comme dans le monde, a \u00e9volu\u00e9 pour favoriser en permanence la participation des gens. Nous disons : entr\u00e9e gratuite, sortie payante ! Ainsi, nous n&#8217;organisons plus de distributions alimentaires, mais des libres-services de la solidarit\u00e9. Ce n&#8217;est pas une question s\u00e9mantique. Les gens ne viennent pas dans une \u00e9picerie sociale acheter au rabais. Ils viennent dans un libre service dans lesquels ils font leurs achats comme tout le monde. Et ils participent financi\u00e8rement, m\u00eame tr\u00e8s modestement. Cette formule nous semble la meilleure pour respecter leur dignit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p><strong> Participation, dignit\u00e9 sont les ma\u00eetres mots de vos engagements. Est-ce sur cette base que vous constatez un afflux de b\u00e9n\u00e9voles ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.L. : <\/strong> Certes, nos actions sont suffisamment marquantes et fortes de valeurs humaines pour rassembler du monde. Mais ce n&#8217;est pas la seule explication. Nous ne sommes pas loin d&#8217;atteindre le million de membres du SPF et ce qui fait la force de notre r\u00e9seau de solidarit\u00e9, c&#8217;est son ind\u00e9pendance totale. Nos statuts pr\u00e9cisent que notre seule fonction est le d\u00e9veloppement de la solidarit\u00e9 mat\u00e9rielle, morale et juridique, dans l&#8217;esprit de la d\u00e9claration des droits de l&#8217;Homme et du citoyen. Notre association fait face aux cons\u00e9quences des fl\u00e9aux, pas \u00e0 leurs causes. Ce n&#8217;est pas notre fonction. Par exemple, les opinions sur les causes du ch\u00f4mage sont tellement nombreuses que, si nous lan\u00e7ons un d\u00e9bat, nous ne serons pas d&#8217;accord. Par contre, si nous menons une campagne active pour venir en aide aux familles de ch\u00f4meurs, il y a unanimit\u00e9. Ce n&#8217;est pas de la na\u00efvet\u00e9. Ce n&#8217;est pas de l&#8217;apolitisme puisqu&#8217;on contribue quand m\u00eame \u00e0 \u00e9veiller les consciences. On nous reproche parfois de n&#8217;apporter avec une telle orientation, qu&#8217;une goutte d&#8217;eau dans l&#8217;oc\u00e9an. Mais tous ceux qui sont venus passer No\u00ebl avec le SPF, eux, ont eu un oc\u00e9an de bonheur. Sans nous, ils n&#8217;auraient rien eu.<\/p>\n<p><strong> Peut-on encore \u00eatre optimiste quand on travaille dans une association humanitaire ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.L. : <\/strong> Quand on voit la joie des enfants qui d\u00e9couvrent le cirque, quand on voit leurs yeux qui, pour la premi\u00e8re fois, voient la mer&#8230; il y a toutes les raisons d&#8217;\u00eatre optimiste.<\/p>\n<p>* Pr\u00e9sident du Secours populaire fran\u00e7ais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Julien Laupr\u00eatre <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[297],"class_list":["post-1251","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-inegalites"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1251"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1251\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}