{"id":12471,"date":"2020-09-23T09:30:00","date_gmt":"2020-09-23T07:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-mignonnes-j-aime-l-art-quand-il-provoque-et-destabilise\/"},"modified":"2020-09-23T09:30:00","modified_gmt":"2020-09-23T07:30:00","slug":"article-mignonnes-j-aime-l-art-quand-il-provoque-et-destabilise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12471","title":{"rendered":"\u00ab Mignonnes \u00bb : j\u2019aime l\u2019art quand il provoque et d\u00e9stabilise"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">C&#8217;est le film de la rentr\u00e9e qui perturbe au plus haut point les r\u00e9actionnaires du monde entier : \u00ab Mignonnes \u00bb, de Ma\u00efmouna Doucour\u00e9. Cl\u00e9mentine Autain l&#8217;a vu et vous en parle.<\/p>\n<p>J\u2019aime l\u2019art quand il provoque et d\u00e9stabilise. \u00ab Mignonnes \u00bb est assur\u00e9ment de cette trempe. Sa sortie a d\u2019ailleurs d\u00e9fray\u00e9 la chronique, notamment aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 des franges r\u00e9actionnaires bien trumpis\u00e9es demandent l\u2019interdiction du film. J\u2019avais h\u00e2te de le voir\u2026 C\u2019est sur grand \u00e9cran au cin\u00e9ma Jacques Tati, \u00e0 Tremblay-en-France, que j\u2019ai donc d\u00e9couvert ce premier long m\u00e9trage, lors d\u2019une projection suivie d\u2019une rencontre avec la r\u00e9alisatrice Ma\u00efmouna Doucour\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees-culture\/culture\/article\/pourquoi-y-aura-t-il-un-avant-et-un-apres-black-panther\">Pourquoi y aura-t-il un avant et un apr\u00e8s Black Panther ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Amy, une jeune fille de onze ans qui habite dans un quartier populaire du 19\u00e8me arrondissement \u00e0 Paris, cherche la libert\u00e9 face aux mod\u00e8les de f\u00e9minit\u00e9 qu\u2019elle observe \u00e0 la maison et \u00e0 l\u2019\u00e9cole. D\u2019origine s\u00e9n\u00e9galaise, elle vit le drame de sa m\u00e8re qui affronte la polygamie et scrute des coll\u00e9giennes qui pr\u00e9parent un concours de danse. L\u2019attirance pour cette bande de filles aux tenues modernes, qui rigolent, se connectent aux r\u00e9seaux sociaux et d\u00e9couvrent la s\u00e9duction, fonctionne en miroir du carcan traditionnaliste musulman et de l\u2019oppression des femmes qu\u2019Amy observe chez elle.<\/p>\n<p>Ma\u00efmouna Ducour\u00e9 r\u00e9ussit \u00e0 saisir de fa\u00e7on hyper cin\u00e9matographique, m\u00ealant esth\u00e9tique et symbolique, cette tension qui d\u00e9vore la fillette. Particuli\u00e8rement marquante, cette sc\u00e8ne o\u00f9 la cam\u00e9ra est avec Amy, cach\u00e9e sous le lit, devant les pieds de sa m\u00e8re qui va et vient en pleurant au t\u00e9l\u00e9phone sur le nouveau mariage de son mari, m\u2019a boulevers\u00e9e. Cette focale de la cam\u00e9ra guidant notre regard se d\u00e9ploie de fa\u00e7on tout aussi saisissante quand les filles r\u00e9p\u00e8tent et pr\u00e9sentent leur chor\u00e9graphie pour le concours de danse. Progressivement, Amy et ses amies singent les poses adultes hyper-sexualis\u00e9es qu\u2019elles voient sur leurs \u00e9crans. Les voici lascives, les fesses en l\u2019air et le doigt dans la bouche, sans mesurer le sens de leurs gestes corporels. Elles pensent gagner le concours gr\u00e2ce \u00e0 cette copie de femmes c\u00e9l\u00e8bres qui cumulent les millions de vues et font fantasmer.<\/p>\n<p>Le film nous place en situation de voir, certainement pas pour valoriser la sexualisation de pr\u00e9-adolescentes mais pour prendre toute la mesure du danger et du probl\u00e8me social. Nous sommes conduits \u00e0 un sentiment de malaise qui permet de nous interroger sur la lib\u00e9ration des corps f\u00e9minins affirm\u00e9es dans le monde occidental qui pourrait n\u2019\u00eatre qu\u2019un leurre, un pi\u00e8ge. Amy se trouve dans l\u2019impasse d\u2019une alternative qui n\u2019en est pas une. C\u2019est aussi tout un univers propre aux cat\u00e9gories populaires, issues de l\u2019immigration, qui est magnifiquement mis en sc\u00e8ne. Trop peu souvent le cin\u00e9ma nous y emm\u00e8ne, pr\u00e9f\u00e9rant les univers bourgeois pour conter les drames ou les com\u00e9dies.<\/p>\n<p>Le parti pris de la r\u00e9alisatrice fait d\u00e9bat, et c\u2019est en soi une r\u00e9ussite du film. Nous sommes plac\u00e9s dans la t\u00eate de ses petites filles, sans jugement pr\u00e9m\u00e2ch\u00e9s, sans p\u00e9dagogie excessive. Et nous mesurons \u00e0 quel point quelque chose ne tourne pas rond. Cette r\u00e9alit\u00e9 devait \u00eatre montr\u00e9e et discut\u00e9e. Ma\u00efmouna Doucour\u00e9 le fait avec talent. Et tant pis, ou plut\u00f4t tant mieux, si \u00e7a d\u00e9range.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/clementine-autain\"><strong>Cl\u00e9mentine Autain<\/strong><\/a><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/befunky-collage_2_-22.jpg\" alt=\"befunky-collage_2_-22.jpg\" align=\"left\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est le film de la rentr\u00e9e qui perturbe au plus haut point les r\u00e9actionnaires du monde entier : \u00ab Mignonnes \u00bb, de Ma\u00efmouna Doucour\u00e9. 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