{"id":12449,"date":"2020-09-14T15:00:04","date_gmt":"2020-09-14T13:00:04","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-vies-intimes-et-precarite-partagee\/"},"modified":"2020-09-14T15:00:04","modified_gmt":"2020-09-14T13:00:04","slug":"article-vies-intimes-et-precarite-partagee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12449","title":{"rendered":"Vies intimes et pr\u00e9carit\u00e9 partag\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Con\u00e7ue par le metteur en sc\u00e8ne Olivier Coulon-Jablonka, la dramaturge Alice Carr\u00e9 et la documentariste Sima Khatami, <em>La Tr\u00eave<\/em> donne la parole \u00e0 des habitants d&#8217;un centre d&#8217;h\u00e9bergement d&#8217;urgence. Cr\u00e9\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Commune d&#8217;Aubervilliers dans le cadre des \u00ab Pi\u00e8ces d&#8217;actualit\u00e9 \u00bb, le spectacle fait r\u00e9sonner la violence de la pr\u00e9carit\u00e9 entretenue par la politique.<\/p>\n<p>Pour Olivier Coulon-Jablonka, le th\u00e9\u00e2tre documentaire n&#8217;est pas une premi\u00e8re : en 2015 d\u00e9j\u00e0, le metteur en sc\u00e8ne cr\u00e9ait <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/archives\/web\/article\/sur-scene-des-sans-papiers-enfin\"><em>81, avenue Victor Hugo<\/em><\/a>, en r\u00e9unissant des membres d&#8217;un collectif de migrants sans-papiers. Mais l\u00e0 o\u00f9 dans <em>81, avenue Victor Hugo<\/em> les r\u00e9cits personnels s&#8217;inscrivaient dans une lutte partag\u00e9e, <em>La Tr\u00eave<\/em> d\u00e9plie des t\u00e9moignages d&#8217;o\u00f9 n&#8217;\u00e9merge aucune action collective. Pour autant, le spectacle traite avec une infinie d\u00e9licatesse ses interpr\u00e8tes et les laisse porter leurs mouvements intimes, sans jamais les instrumentaliser. Mais reprenons. Cela d\u00e9bute par une voix-off. Dans le noir, puis accompagn\u00e9e des images projet\u00e9es d&#8217;un chantier, cette parole pr\u00e9sente succinctement la situation du Fort d&#8217;Aubervilliers, et notamment des cinq tours qui abritaient jusqu&#8217;en 2015 la gendarmerie nationale. Reconverties pour partie en centres d&#8217;h\u00e9bergement d&#8217;urgence (C.H.U.), ces b\u00e2timents sont vou\u00e9s \u00e0 la d\u00e9molition dans le cadre d&#8217;un projet de zone d&#8217;am\u00e9nagement port\u00e9 par Grand Paris am\u00e9nagement. Nous donnant \u00e0 voir les tours au lointain, la cam\u00e9ra s&#8217;en approche progressivement jusqu&#8217;\u00e0 franchir les portes du CHU \u2013 dont nul ne sait o\u00f9 ses habitants iront une fois les tours d\u00e9truites\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>VOIR AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-midinale\/article\/marlene-saldana-la-culture-paie-aujourd-hui-les-decennies-de-massacres-des\">Marl\u00e8ne Saldana : \u00ab La culture paie aujourd\u2019hui les d\u00e9cennies de massacres des services publics \u00bb<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le prologue c\u00e8de alors la place \u00e0 une alternance de s\u00e9quences vid\u00e9o et de t\u00e9moignages sur sc\u00e8ne. Qu&#8217;il s&#8217;agisse des unes ou des autres, nous sommes au CHU, ainsi que le signale au plateau la sc\u00e9nographie sommaire et son mur d\u00e9cr\u00e9pi \u00e9voquant ceux des tours. Et c&#8217;est dans cet espace d\u00e9nud\u00e9 que cinq r\u00e9sidents prendront la parole. Face au public Faouzia Ndoy, Pascal Fiel, Alioune, Ferima Denie et Boualem \u2013 respectivement originaires de Congo RDC, France, S\u00e9n\u00e9gal, C\u00f4te d&#8217;ivoire, Alg\u00e9rie \u2013 racontent sans fard leur origine, leur parcours, leurs attentes. Fragmentaires, parfois elliptiques, ces r\u00e9cits nous plongent au c\u0153ur de vies intimes et de parcours singuliers.<\/p>\n<p>En contrepoint, le film montre d&#8217;autres r\u00e9sidents : une femme issue d&#8217;une communaut\u00e9 tzigane de Serbie, un homme bulgare, un autre, chinois. L\u00e0 o\u00f9 les paroles au plateau rappellent les violences subies comme l&#8217;impossibilit\u00e9 de r\u00e9duire \u00e0 des clich\u00e9s les r\u00e9sidents, la vid\u00e9o capte l&#8217;attente comme les r\u00e9voltes minuscules ponctuant le quotidien.<\/p>\n<p>Interpr\u00e9t\u00e9e avec retenue et une grande dignit\u00e9 par ses cinq com\u00e9diens, <em>La Tr\u00eave<\/em> est \u2013 tout en \u00e9tant travers\u00e9e de pointes d&#8217;humour \u2013 travaill\u00e9e souterrainement par des sentiments d&#8217;impuissance : impuissance (parfois volontaire) des politiques \u00e0 accompagner d\u00e9cemment ces personnes ; impuissance de l&#8217;\u00e9quipe artistique dans certaines s\u00e9quences vid\u00e9o face \u00e0 la d\u00e9tresse de r\u00e9sidents ; impuissance des r\u00e9sidents \u00e0 obtenir des garanties quant \u00e0 leur relogement. Car si <em>La Tr\u00eave<\/em> en est bel et bien une, en ce qu&#8217;elle permet \u00e0 chacun (via l&#8217;\u00e9vocation libre de son pass\u00e9 comme de ses aspirations intimes) d&#8217;affirmer ses espoirs face \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 perp\u00e9tuelle, le futur demeure trop incertain. Et la s\u00e9quence vid\u00e9o finale avec le pr\u00e9fet de la Seine-Saint-Denis Georges-Fran\u00e7ois Leclerc rappelle la mani\u00e8re dont les m\u00e9canismes et la rh\u00e9torique politiques entretiennent ces sentiments.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/caroline-chatelet-780\"><strong>Caroline Ch\u00e2telet<\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Con\u00e7ue par le metteur en sc\u00e8ne Olivier Coulon-Jablonka, la dramaturge Alice Carr\u00e9 et la documentariste Sima Khatami, <em>La Tr\u00eave<\/em> donne la parole \u00e0 des habitants d&#8217;un centre d&#8217;h\u00e9bergement d&#8217;urgence. 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