{"id":12445,"date":"2020-09-11T09:44:46","date_gmt":"2020-09-11T07:44:46","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-chronique-du-covid-partie-i-capitalisme-et-macronisme-a-l-epreuve-d-une\/"},"modified":"2020-09-11T09:44:46","modified_gmt":"2020-09-11T07:44:46","slug":"article-chronique-du-covid-partie-i-capitalisme-et-macronisme-a-l-epreuve-d-une","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12445","title":{"rendered":"Chronique du Covid (partie I) : capitalisme et macronisme  \u00e0 l\u2019\u00e9preuve d\u2019une pand\u00e9mie r\u00e9sistible"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">L&#8217;\u00e9pid\u00e9mie mondiale du Covid-19 r\u00e9v\u00e8le au grand jour des faiblesses du capitalisme et, en France, l\u2019incapacit\u00e9 du macronisme \u00e0 changer le cours des choses.<\/p>\n<p>Plus de 27 millions de personnes affect\u00e9es par le Covid-19 sur les cinq continents (environ 330.000 d\u00e9pist\u00e9es positives en France) et une hausse de 1 million de cas tous les six jours. Pr\u00e8s de 900.000 d\u00e9c\u00e8s comptabilis\u00e9s (dont 30.000 en France), sans parler de beaucoup d\u2019autres qui ne sont pas pris en consid\u00e9ration faute de syst\u00e8mes de comptage efficaces dans de nombreux pays. Cela r\u00e9pond \u00e0 la d\u00e9finition d&#8217;une pand\u00e9mie telle que la formule l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) : il s&#8217;agit de la propagation mondiale d\u2019une maladie. D&#8217;ailleurs, le 11 mars dernier, lorsque l&#8217;OMS a utilis\u00e9 ce vocable, les syst\u00e8mes \u00e9pid\u00e9miologiques comptaient 125.000 personnes porteuses du virus au sein de 118 pays et territoires. Caract\u00e9ristique notable : \u00e0 l&#8217;inverse d&#8217;autres maladies li\u00e9es \u00e0 la pauvret\u00e9 (tuberculose) et\/ou \u00e0 certaines conditions climatiques qui stimulent les infections li\u00e9es \u00e0 la profusion de parasites (paludisme), qui touchent surtout certaines r\u00e9gions du monde (Afrique subsaharienne, Inde&#8230;), celle-ci est pr\u00e9sente partout et atteint massivement les pays riches.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/discours-du-pantheon-pauvre-republique\">Discours du Panth\u00e9on : pauvre R\u00e9publique !<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><h2>Une pand\u00e9mie massive mais r\u00e9sistible<\/h2>\n<p>La pand\u00e9mie touche aujourd&#8217;hui officiellement 188 des 198 pays et territoires reconnus par l\u2019Organisation des Nations Unies (ONU)[[L\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) a reconnu l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid19 comme une pand\u00e9mie le 12 mars 2020, alors que 125 000 cas lui avaient \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 par 118 pays et territoires. <a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/dg\/speeches\/detail\/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-mission-briefing-on-covid-19---12-march-2020\">Lire ici<\/a>.]]. Et sa dynamique est loin d\u2019\u00eatre termin\u00e9e, contrairement \u00e0 ce que veulent croire certains optimistes. Dans les faits, si le taux de reproduction de base, c\u2019est-\u00e0-dire le nombre de sujets qu\u2019une personne malade contamine pendant la dur\u00e9e de sa maladie, est sup\u00e9rieur \u00e0 1, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui en France, le nombre de personnes touch\u00e9es est en <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pand\u00e9mie\">hausse exponentielle<\/a>. De plus, \u00e9pid\u00e9miologistes et infectiologues redoutent maintenant l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019hiver dans l\u2019h\u00e9misph\u00e8re nord. <\/p>\n<p>Des millions de vie boulevers\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te, celles des malades ayant des s\u00e9quelles graves, celles des familles et celles des proches des personnes disparues. Sans qu\u2019on s\u2019attache \u00e0 \u00e9tablir un douteux classement des pires fl\u00e9aux sanitaires, la pand\u00e9mie du Covid-19 est d\u00e9j\u00e0 une des graves catastrophe sanitaires des cent derni\u00e8res ann\u00e9es. La contagiosit\u00e9 du virus et ses modes de diffusion pr\u00e9occupent, et certaines \u00e9tudes viennent de montrer que m\u00eame des personnes asymptomatiques peuvent avoir de s\u00e9rieux dommages cardiaques. 9 personnes touch\u00e9es sur 10 s\u2019en sortent bien ? Certes, mais vu l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire de la pand\u00e9mie, les populations fragiles \u2013 personnes \u00e2g\u00e9es, mais aussi personnes ayant des pathologies que le virus peut stimuler gravement \u2013 sont des centaines de millions \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te. <\/p>\n<p>Encore ces chiffres globaux ne sont-ils pas le r\u00e9sultat d\u2019une pand\u00e9mie que les \u00c9tats auraient laiss\u00e9 galoper. Soulignons que ce sont les donn\u00e9es constat\u00e9es alors que le monde entier s\u2019est mobilis\u00e9, de fa\u00e7ons vari\u00e9es, parfois tardives, mais souvent fortes. De fait, son ampleur aurait d\u2019ores-et-d\u00e9j\u00e0 pu \u00eatre bien plus consid\u00e9rable, sachant qu&#8217;on a vu que dans plusieurs pays europ\u00e9ens, dont la France, les h\u00f4pitaux et leurs services de r\u00e9animation ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s au-del\u00e0 de leurs capacit\u00e9s de prise en charge. Au fil des mois, les soignants ont certes chemin\u00e9, dans l&#8217;action, notamment avec des traitements pr\u00e9ventifs des infections connexes et des pratiques moins invasives et traumatisantes pour les personnes ayant des complications respiratoires. Mais il n&#8217;existe pas \u00e0 ce jour de traitements permettant d&#8217;\u00e9radiquer le virus.<\/p>\n<blockquote><p>Le syst\u00e8me de d\u00e9pistage est toujours notoirement insuffisant et les suites donn\u00e9es \u00e0 l&#8217;identification de cas positifs sont trop tardives et hypoth\u00e9tiques, alors que c&#8217;est l\u00e0 l&#8217;enjeu majeur de la p\u00e9riode.<\/p><\/blockquote>\n<p>On peut consid\u00e9rer, \u00e0 la fois, que le Covid-19 est redoutable, capable de dommages humains consid\u00e9rables, et r\u00e9sistible, ma\u00eetrisable. Les moyens de s\u2019en prot\u00e9ger (avec les gestes barri\u00e8res et le port du masque), de le d\u00e9tecter, de le ralentir par l\u2019isolement des personnes touch\u00e9es et de leurs contacts les plus proches, et d&#8217;accompagner les maladies existent et ont des effets significatifs. D\u00e8s lors, les d\u00e9bats n\u00e9cessaires et les affrontements avec le gouvernement devraient porter non sur la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9tecter, de se prot\u00e9ger ou de traiter, mais sur la mani\u00e8re et les moyens de le faire efficacement et d\u2019une mani\u00e8re acceptable par la soci\u00e9t\u00e9. On constate dans ce domaine qu&#8217;apr\u00e8s des mois d\u2019\u00e9pid\u00e9mie, le syst\u00e8me de d\u00e9pistage est toujours notoirement insuffisant et que les suites donn\u00e9es \u00e0 l&#8217;identification de cas positifs sont trop tardives et hypoth\u00e9tiques, alors que c&#8217;est l\u00e0 l&#8217;enjeu majeur de la p\u00e9riode, comme l\u2019a soulign\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises le Comit\u00e9 scientifique[[L\u2019ensemble de ses avis sont <a href=\"https:\/\/solidarites-sante.gouv.fr\/actualites\/presse\/dossiers-de-presse\/article\/covid-19-conseil-scientifique-covid-19\">ici<\/a>.]]. Dans son avis du 3 septembre (rendu public seulement le 9), ce dernier constate d\u2019ailleurs l\u2019\u00e9chec de l\u2019auto-confinement (massivement, les personnes contamin\u00e9es ne s\u2019isolent pas ou insuffisamment) et propose une s\u00e9rie de mesures de compensation \u00e0 prendre en charge par l\u2019\u00c9tat (annulation du d\u00e9lai de carence en cas d\u2019arr\u00eat de travail, prime de compensation de perte de revenus pour les professions inde\u0301pendantes, prise en charge a\u0300 domicile des besoins de base). Combien de jours vont encore \u00eatre perdus avant que le gouvernement donne suite ? Dans ces conditions, un rel\u00e2chement de la vigilance &#8211; qui semble malheureusement d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent &#8211; serait une grave prise de risque pour les plus fragiles. Si certains discours alarmistes du gouvernement consistent \u00e0 souligner les responsabilit\u00e9s de chacun pour cacher les siennes, cela ne justifie pas du tout qu\u2019il faille c\u00e9der aux discours faussement radicaux qui nient l\u2019\u00e9pid\u00e9mie.<\/p>\n<h2>Un r\u00e9v\u00e9lateur des in\u00e9galit\u00e9s et du manque de culture de la sant\u00e9 publique<\/h2>\n<p>La pand\u00e9mie du Covid-19 agit comme un r\u00e9v\u00e9lateur mondial de la faible prise en compte de la sant\u00e9 dans de nombreux pays, \u00e0 laquelle s\u2019ajoute l\u2019absence de syst\u00e8mes de protection sociale permettant une prise en charge solidaire des malades. De vastes r\u00e9gions voire des pays entiers sont d\u00e9pourvus de structures de soins en dehors des grandes villes. Ils ne disposent pas des relais humains pour toucher les populations. Ils n\u2019ont ni les moyens ni les comp\u00e9tences permettant de comprendre les ph\u00e9nom\u00e8nes sanitaires, d\u2019agir en pr\u00e9vention, d\u2019accompagner les malades et leurs entourages familiaux et professionnels. <\/p>\n<p>En France comme ailleurs de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, cette pand\u00e9mie met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les malades et leurs familles, mais aussi les politiques et les structures sanitaires. Les h\u00f4pitaux, bien s\u00fbr, dont les capacit\u00e9s de prises en charge d\u00e9terminent directement, en phase aig\u00fce, les chances de survie des malades ayant des complications. La France fait partie des pays o\u00f9, faute de mat\u00e9riels, de moyens, et de personnels form\u00e9s, la prise en charge s\u2019est transform\u00e9e en mars et avril dernier en un gigantesque bricolage. Christophe Prudhomme, porte parole de l&#8217;Association des m\u00e9decins urgentistes de France, souligne o\u00f9 nous en sommes \u00e0 ce propos : <em>\u00ab Apr\u00e8s la crise, nous sommes revenus \u00e0 notre nombre tr\u00e8s r\u00e9duit de lits de r\u00e9animation, soit 5500 nationalement. [&#8230; ] Sans vaccin, avec uniquement les masques et une capacit\u00e9 \u00e0 tester insuffisante et d\u00e9sorganis\u00e9e, il \u00e9tait \u00e9vident qu&#8217;il fallait mettre nos h\u00f4pitaux en situation de pouvoir augmenter leurs capacit\u00e9s en cas de besoins. Or rien a \u00e9t\u00e9 fait, aucune ouverture de lits, pas de recrutement de personnels et un S\u00e9gur de la sant\u00e9 qui a largement d\u00e9\u00e7u les professionnels \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>Nous avons sous les yeux le r\u00e9sultat de nombreuses ann\u00e9es d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire sur fond de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la protection de la sant\u00e9 et le bien \u00eatre des personnes : d\u00e9ficit d\u2019investissement, manque de postes, d\u00e9valorisation des m\u00e9tiers du soin, rouleau compresseur de la logique comptable et d\u00e9sastre de la tarification \u00e0 l\u2019acte, suppressions massives de lits et alternatives \u00e0 l\u2019hospitalisation tr\u00e8s insuffisantes, d\u00e9labrement des services d\u2019urgence. Nul ne peut dire qu\u2019il ne savait pas car il y a des ann\u00e9es que les soignants et leurs syndicats, dans l\u2019indiff\u00e9rence des d\u00e9cideurs, alertaient sur l\u2019\u00e9tat du syst\u00e8me de sant\u00e9. C&#8217;est toute une logique qui est en cause : <em>\u00ab Un h\u00f4pital doit toujours disposer de capacit\u00e9s en r\u00e9serve pour justement \u00eatre pr\u00eat \u00e0 g\u00e9rer des situations de tension qui surviennent maintenant r\u00e9guli\u00e8rement, chaque hiver car il y a la grippe et chaque \u00e9t\u00e9 car il fait chaud. La logique productiviste doit cesser et il faut accepter qu&#8217;il y ait des lits vides avec du personnel qui ait le temps de se former, de prendre ses vacances et aussi parfois de prendre des pauses \u00bb<\/em> (Christophe Prudhomme). <\/p>\n<p>En amont de la prise en charge, il devrait en principe y avoir des politiques de pr\u00e9vention et d\u2019\u00e9ducation \u00e0 la sant\u00e9 dont l\u2019impact devrait \u00eatre d\u00e9terminant pour prot\u00e9ger le plus grand nombre, et en particulier les personnes ayant une sant\u00e9 fragile. Or, elles sont depuis toujours gravement d\u00e9ficientes en France, en qualit\u00e9 et en quantit\u00e9. On peut citer le d\u00e9ficit de politique de pr\u00e9vention de l\u2019alcoolisme, du tabagisme et des addictions en g\u00e9n\u00e9ral, la faiblesse de la r\u00e9duction des risques li\u00e9es aux usagers de psychotropes (licites et illicites), les tr\u00e8s graves insuffisances des dispositifs d\u2019accompagnement des personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9pendantes, l\u2019abandon du secteur psychiatrique ou encore la faiblesse du soutien et de la prise en charge des personnes en situations de handicap. Or, ce d\u00e9ficit structurel n\u2019est aucunement pris en compte par un discours gouvernemental qui changent du tout au tout au gr\u00e9 de l&#8217;actualit\u00e9, erratique et peu coh\u00e9rent. <\/p>\n<p>Plus largement, lorsque les pays sont contraints de s\u2019arr\u00eater \u2013 interruption des mobilit\u00e9s, fermetures des entreprises, confinement\u2026 \u2013, toutes les in\u00e9galit\u00e9s socio\u00e9conomiques sautent aux yeux. Elles condamnent une bonne partie de l\u2019humanit\u00e9 \u2013 et la France parmi tous les autres \u2013 \u00e0 bricoler des solutions provisoires, ou \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de dispositifs transitoires (tel le ch\u00f4mage partiel) dont l&#8217;interruption plongerait des millions de personnes dans la gal\u00e8re. Sur le m\u00eame plan, la faiblesse de l&#8217;offre de soins dans les territoires qui accueillent les populations les plus pr\u00e9caires se double de difficult\u00e9s consid\u00e9rables pour leur acc\u00e8s aux soins, toujours plus tardif et incertain. Pendant ce temps, les privil\u00e9gi\u00e9s jouissent de tous les avantages : acc\u00e8s aux soins, conditions de vie optimales, revenus permettant de faire face. <\/p>\n<blockquote><p>Il existe une m\u00e9connaissance assez g\u00e9n\u00e9rale par les dirigeants politiques des fondamentaux de la sant\u00e9 publique, avec souvent une vision ancienne de la sant\u00e9 r\u00e9duite aux actes m\u00e9dicaux \u00e0 vis\u00e9e curative administr\u00e9s par des m\u00e9decins tout puissants.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Gouvernance d\u00e9ficiente, capitalisme au pied d\u2019argile ?<\/h2>\n<p>La crise sanitaire a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 la fois un d\u00e9faut d\u2019anticipation (alors qu&#8217;on sait depuis plusieurs ann\u00e9es que des virus peuvent survenir et mettre en danger les populations) et une impr\u00e9paration g\u00e9n\u00e9rale. Seules font exception les instances internationales d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la sant\u00e9, dont les plaidoyers ne sont pas \u00e9cout\u00e9s et dont les moyens sont notoirement insuffisants. \u00c0 ce propos, on entend certains se scandaliser de la d\u00e9pendance de l&#8217;OMS \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de fondations priv\u00e9es, telle celle de Bill et M\u00e9linda Gates, au lieu de se plaindre du manque d&#8217;investissement des \u00c9tats les plus riches pour qu&#8217;il en soit autrement. Et au lieu de se battre pour conforter les organismes internationaux en les rendant plus transparents et en les ouvrant davantage \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile. Dans le m\u00eame temps, il existe une m\u00e9connaissance assez g\u00e9n\u00e9rale par les dirigeants politiques des fondamentaux de la sant\u00e9 publique, avec souvent une vision ancienne de la sant\u00e9 r\u00e9duite aux actes m\u00e9dicaux \u00e0 vis\u00e9e curative administr\u00e9s par des m\u00e9decins tout puissants. <\/p>\n<p>Outre la lourde probl\u00e9matique des moyens financiers, c&#8217;est donc aussi une culture politique qui est en cause : celle qui omet que les moyens consacr\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9vention et \u00e0 la sant\u00e9 sont un investissement ; celle du temps court o\u00f9 chaque probl\u00e8me est cens\u00e9 \u00eatre trait\u00e9e \u00e0 flux tendu, rapidement, alors que par exemple la recherche a besoin de s&#8217;inscrire sur le temps long ; celle qui consid\u00e8re que pr\u00e9voir serait inutile voire impossible. On a pourtant l\u00e0, \u00e0 la m\u00eame \u00e9chelle plan\u00e9taire, les m\u00eames constats que ceux formul\u00e9s dans la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique : l\u2019\u00e9conomie ne peut ni tout r\u00e9gler ni tout r\u00e9genter, le politique ne peut pas avoir comme seule mission de r\u00e9parer les d\u00e9g\u00e2ts ou de s&#8217;assurer que l\u2019ordre r\u00e8gne pour maintenir le d\u00e9sordre de l\u2019\u00e9conomie n\u00e9olib\u00e9rale, des mesures massives &#8211; notamment pr\u00e9ventives &#8211; peuvent seules endiguer (ou limiter) les drames sociaux. La faible conscience du pouvoir de l\u2019ampleur de ces enjeux a r\u00e9cemment accouch\u00e9 d\u2019une souris, la nomination de Fran\u00e7ois Bayrou comme Haut commissaire au plan, sauf qu\u2019encore une fois il s\u2019agit \u00e0 l\u2019\u00e9vidence plus d\u2019une op\u00e9ration politicienne que d\u2019une conversion sinc\u00e8re \u00e0 la prospective. <\/p>\n<h2>Fragilit\u00e9s du capitalisme ?<\/h2>\n<p>Au-del\u00e0 de ces aspects, nous avons aussi sous les yeux une certaine pr\u00e9carit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e9conomique qui domine le monde et la grande fragilit\u00e9 de d\u00e9cisions r\u00e9put\u00e9es pourtant intangibles. Pr\u00e9carit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e9conomique, avec les risques majeurs d\u2019effondrement des march\u00e9s, de faillites bancaires\u2026 dont des \u00e9conomistes \u00e9voquaient d\u00e9j\u00e0 la possibilit\u00e9 avant m\u00eame l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Difficult\u00e9s \u00e0 venir, avec des millions de personnes qui vont perdre leurs emplois ou leurs moyens de subsistance, auxquels s&#8217;ajoutent les ph\u00e9nom\u00e8nes de pr\u00e9carisation et l\u2019accentuation du ch\u00f4mage des jeunes. Fragilit\u00e9s des d\u00e9cisions politiques, comme la sacro-sainte r\u00e8gle des 3% de d\u00e9ficit budg\u00e9taire des \u00c9tats de l\u2019Union europ\u00e9enne, qui a explos\u00e9 en vol, et avec elles les intentions (et les illusions) de ma\u00eetrise des d\u00e9penses publiques. <\/p>\n<p>Nous en sommes au stade o\u00f9 les ap\u00f4tres du n\u00e9olib\u00e9ralisme ne consid\u00e8rent plus le mot nationalisation comme un tabou \u2013 du moment, il est vrai, qu\u2019en fait celle-ci a pour objet de socialiser les pertes des entreprises. Tout le monde, ou presque, soutient le ch\u00f4mage partiel pour les salari\u00e9s, en lieu et place de la politique consistant \u00e0 laisser r\u00e9gner la main aveugle du march\u00e9 tout en subventionnant continuellement le priv\u00e9. Pour l\u2019action des \u00c9tats, les services publics et les fonctionnaires, c\u2019est la grande r\u00e9habilitation (provisoire, peut-\u00eatre, mais bonne \u00e0 prendre) de ceux qui, avec d&#8217;autres, permettent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de garder la t\u00eate hors de l\u2019eau. Force est de constater que la dictature du march\u00e9 aura ainsi \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9 cette fois non du fait de l\u2019influence de contre-pouvoirs exprimant des exigences \u00e9mancipatrices, mais par un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9pid\u00e9mique qui met tout le monde dos au mur. C&#8217;est dire si une refondation d\u00e9mocratique est n\u00e9cessaire. <\/p>\n<p>Les le\u00e7ons positives vont au-del\u00e0 de ces aspects. On d\u00e9couvre qu\u2019aucun pays ne peut faire abstraction de la situation au-del\u00e0 de ses fronti\u00e8res, que la solidarit\u00e9 internationale est incontournable et cela aussi bien dans le domaine sanitaire que dans le domaine \u00e9conomique. La mise en circulation de la notion de biens communs, concernant aussi bien les traitements contre le Covid-19 que les futurs vaccins, d\u00e9passe largement le microcosme des organismes internationaux sp\u00e9cialis\u00e9s et des militants des forces de la gauche radicale. Bien s\u00fbr, on sait que les gouvernants ne vont pas se convertir aux valeurs des antilib\u00e9raux, ni \u00e0 leurs propositions habituellement d\u00e9nigr\u00e9es : mais ils sont contraints par la situation \u00e0 manoeuvrer en recul sur certains points qui sont au coeur de l&#8217;actualit\u00e9 (m\u00eame si, dans le m\u00eame temps ils s&#8217;efforcent de mettre sur le devant de la sc\u00e8ne les questions s\u00e9curitaires et autres diversions). <\/p>\n<p>Reste que rien du fonctionnement pr\u00e9existant du syst\u00e8me n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 durablement transform\u00e9. Pour le pouvoir, il faut sauver les banques et les actionnaires le temps de retrouver la situation d\u2019avant. Il faut jouer continuellement la comp\u00e9tition sans piti\u00e9 (non libre et parfaitement fauss\u00e9e) entre les mastodontes du m\u00e9dicament afin d&#8217;occuper les march\u00e9s nouveaux qui s\u2019ouvrent. Il faut pr\u00e9parer l\u2019\u00e9tape d\u2019apr\u00e8s, \u00e0 savoir la poursuite des politiques aust\u00e9ritaires dans les h\u00f4pitaux, comme on le voit en France, o\u00f9 les comptables annoncent d\u00e9j\u00e0 la reprise des fermetures de lits et des fusions d\u2019\u00e9tablissements. Comme d\u2019habitude, le pouvoir s\u00e8che vite ses larmes de crocodiles et les actes s\u2019appr\u00eatent, si toutefois la situation le permet et si la pression sociale n&#8217;est pas trop forte, \u00e0 d\u00e9mentir les engagements. <\/p>\n<h2>Un pouvoir sur le fil, en difficult\u00e9 permanente<\/h2>\n<p>Plusieurs \u00e9l\u00e9ments peuvent soutenir la critique des dirigeants. Le premier est l\u2019incapacit\u00e9 du pouvoir \u00e0 \u00e9laborer et \u00e0 tenir des positions claires. Certes, la situation actuelle est \u00e0 de nombreux \u00e9gards in\u00e9dites, et des d\u00e9cisions fortes ont d\u00fb \u00eatre prises, au fil des semaines, pour faire face au risque sanitaire. Personne ne peut dire que cette situation est simple, et consid\u00e9rer que, dans de telles circonstances, les d\u00e9cisions politiques seraient faciles \u00e0 prendre serait de mauvaise foi. Mais, comment expliquer, apr\u00e8s huit mois pass\u00e9s au feu, que le gouvernement laisse toujours une impression de flou, de ballotement, de contradictions successives et m\u00eame, dans le champ scolaire aussi bien que dans le champ sanitaire, d\u2019impr\u00e9paration ? <\/p>\n<p>On ne peut pas excuser le gouvernement en pr\u00e9tendant qu&#8217;il serait mal orient\u00e9 par les avis du Conseil scientifique ou par le travail consid\u00e9rable de Sant\u00e9 Publique France. Il y a manifestement un autre probl\u00e8me, du c\u00f4t\u00e9 proprement politique, et c\u2019est peut-\u00eatre que le logiciel des d\u00e9cideurs \u2013 et notamment du Pr\u00e9sident du directeur g\u00e9n\u00e9ral de la France \u2013 n\u2019est tout simplement pas op\u00e9rationnel dans la situation pr\u00e9sente. <\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9ologie macroniste, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019absence de vue globale des enjeux soci\u00e9taux, \u00e0 force de focalisation sur la question \u00e9conomique, le d\u00e9ficit de culture de la sant\u00e9 publique, pour la m\u00eame raison, et un certain isolement du pouvoir l\u00e0 o\u00f9 il faudrait s\u2019appuyer et soutenir la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 la clef, le gouvernement doit faire avec un d\u00e9ficit de confiance des forces vives du pays (\u00e9lus locaux, soignants, associations&#8230;) et avec une d\u00e9fiance massive et toujours croissante des citoyens.<\/p>\n<blockquote><p>Les mesures annonc\u00e9es sont de l\u2019ordre de la compensation des pertes, de la limitation des d\u00e9g\u00e2ts \u00e0 court terme, mais aucune ne signe une prise en compte des besoins, une \u00e9volution des politiques publiques, une volont\u00e9 de remise \u00e0 niveau.<\/p><\/blockquote>\n<p>Deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, les situations critiques que r\u00e9v\u00e8lent l\u2019\u00e9pid\u00e9mie en France \u2013 situation des quartiers populaires, in\u00e9galit\u00e9s dans l\u2019acc\u00e8s aux soins, probl\u00e9matique du d\u00e9crochage scolaire, \u00e9tat lamentable du dispositif de sant\u00e9\u2026 \u2013 ne donnent lieu \u00e0 aucune mesure significative. Toutes les mesures annonc\u00e9es sont de l\u2019ordre de la compensation des pertes, de la limitation des d\u00e9g\u00e2ts \u00e0 court terme, mais aucune ne signe une prise en compte des besoins, une \u00e9volution des politiques publiques, une volont\u00e9 de remise \u00e0 niveau. Les pays voisins embauchent des enseignants et des personnels d\u2019\u00e9ducation ? Pas la France. Il faudrait former des personnels hospitaliers et cr\u00e9er des postes dans ce domaine ? Cela n\u2019est pas pr\u00e9vu. Le secteur des \u00e9tablissements pour personnes \u00e2g\u00e9es cumule les probl\u00e8mes (manque de places, manque de moyens, co\u00fbts pour les usagers, probl\u00e8me de qualit\u00e9 de l\u2019accompagnement) ? Rien \u00e0 signaler, et l\u2019on ignore \u00e0 ce propos qu&#8217;il y a l\u00e0 des gisements consid\u00e9rables d\u2019emplois potentiels (emplois non d\u00e9localisables et \u00e0 forte utilit\u00e9 sociale). Ainsi, le pouvoir, qui se targue pourtant d\u2019agilit\u00e9 et de r\u00e9alisme, se r\u00e9v\u00e8le incapable des changements de cap n\u00e9cessaires pour retrouver de la capacit\u00e9 d\u2019agir et \u00eatre acteur d\u2019un futur d\u00e9sirable. <\/p>\n<p>Enfin, la d\u00e9mocratie sanitaire, qui aurait pu \u00eatre un pr\u00e9cieux atout pour la mobilisation de la soci\u00e9t\u00e9 face au Covid-19, est en <em>stand-by<\/em>. Jean-Fran\u00e7ois Delfraissy, pr\u00e9sident du Conseil scientifique, <a href=\"http:\/\/www.journaldusida.org\/dossiers\/lutte-contre-le-vih\/democratie-sanitaire\/pr.-jean-francois-delfraissy-il-faut-sortir-de-cette-crise-avec-une-vision-renouvelee-de-la-democratie-sanitaire.html\">estimait d\u00e8s mai dernier<\/a> : <em>\u00ab Ce qui est tr\u00e8s diff\u00e9rent pour l\u2019\u00e9pid\u00e9mie Covid 19, par rapport \u00e0 celle du VIH, c\u2019est la place trop restreinte laiss\u00e9e au monde associatif dans la gestion de crise, ce que je regrette. [\u2026] Alors que nous sommes riches d\u2019une histoire et d\u2019une efficacit\u00e9 longues de vingt-cinq ans sur la place de la soci\u00e9t\u00e9 civile et l\u2019importance de la d\u00e9mocratie sanitaire, il est regrettable que ces derni\u00e8res n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement au rendez-vous dans la crise du Covid \u00bb<\/em>. En effet, et on note que le Comit\u00e9 de liaison citoyenne, qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par arr\u00eat\u00e9 le 26 mai dernier, est rest\u00e9 depuis une coquille vide. <\/p>\n<p>Or, promouvoir une politique de sant\u00e9 publique face au Covid-19 devrait consister non \u00e0 s\u2019en remettre \u00e0 la communication institutionnelle et \u00e0 celle des grands m\u00e9dias t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, mais \u00e0 mobiliser les acteurs de la pr\u00e9vention, \u00e0 faciliter l\u2019implication volontaire des citoyens et la prise de responsabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 civile. On touche l\u00e0 encore \u00e0 des questions de pouvoir : la conception qui pr\u00e9vaut au sommet de l\u2019\u00c9tat est un mixte du fonctionnement non d\u00e9mocratique du priv\u00e9 et du fonctionnement technocratique \u00e0 l&#8217;ancienne de l&#8217;\u00c9tat, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des exigences d\u00e9mocratiques contemporaines. Dans ces conditions, le foss\u00e9 entre le n\u00e9olib\u00e9ralisme macronien et la soci\u00e9t\u00e9 ne peut que continuer \u00e0 s\u2019\u00e9largir. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/gilles-alfonsi\"><strong>Gilles Alfonsi<\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;\u00e9pid\u00e9mie mondiale du Covid-19 r\u00e9v\u00e8le au grand jour des faiblesses du capitalisme et, en France, l\u2019incapacit\u00e9 du macronisme \u00e0 changer le cours des choses.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[517,487],"class_list":["post-12445","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","tag-covid-19","tag-emmanuel-macron"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12445","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12445"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12445\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12445"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12445"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12445"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}