{"id":12443,"date":"2020-09-09T19:23:13","date_gmt":"2020-09-09T17:23:13","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-discours-du-pantheon-pauvre-republique\/"},"modified":"2023-06-24T00:01:56","modified_gmt":"2023-06-23T22:01:56","slug":"article-discours-du-pantheon-pauvre-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12443","title":{"rendered":"Discours du Panth\u00e9on : pauvre R\u00e9publique !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le 4 septembre, Emmanuel Macron a saisi l&#8217;occasion du 150\u00e8me anniversaire de la III\u00e8me R\u00e9publique pour c\u00e9l\u00e9brer&#8230; \u00ab les 150 ans de la R\u00e9publique \u00bb. De R\u00e9publique, il a surtout \u00e9t\u00e9 question de sa version la plus conservatrice, pour ne pas dire r\u00e9actionnaire.<\/p>\n<p>Le discours d\u2019Emmanuel Macron n\u2019\u00e9tait pas un simple exercice de style sur l\u2019histoire d\u2019hier. Ancr\u00e9 dans les enjeux de notre temps, il n\u2019\u00e9tait pas non plus un \u00e9v\u00e9nement isol\u00e9. La valorisation du 4 septembre 1870, l\u2019inflexion s\u00e9curitaire, la loi en gestation sur la naturalisation et la stigmatisation du \u00ab s\u00e9paratisme \u00bb forment un tout. Qui \u00e9loigne irr\u00e9m\u00e9diablement l\u2019action publique de la gauche\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/ils-parlent-d-ensauvagement-et-rien-ne-vous-choque\">Ils parlent d\u2019ensauvagement et rien ne vous choque ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il ne suffit pas que l\u2019on se dise r\u00e9publicain pour que la r\u00e9publique vive. Il y a mani\u00e8re et mani\u00e8re de s\u2019en r\u00e9clamer. Les litanies sur la r\u00e9publique comme un bloc ne sont que mauvaise id\u00e9ologie. En r\u00e9alit\u00e9, la r\u00e9publique n\u2019est pas une essence immuable : c\u2019est une construction, opposant ou rapprochant des forces loin de se confondre en quelque bloc que ce soit. Depuis qu\u2019elle est apparue officiellement, en septembre 1792, elle a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois une et multiple : simultan\u00e9ment ou alternativement, un mot, une id\u00e9e, un principe, un syst\u00e8me, un projet et des actes. Ajoutons qu\u2019elle s\u2019exprime au singulier, mais n\u2019a jamais exist\u00e9 qu\u2019au pluriel.<\/p>\n<p>N\u2019est-il pas significatif qu\u2019elle se d\u00e9cline chez nous en num\u00e9ros ? Les deux premi\u00e8res (1792-1799 et 1848-1851) sont filles de r\u00e9volutions r\u00e9ussies, la troisi\u00e8me (1870-1940) est n\u00e9e d\u2019une d\u00e9faite, la quatri\u00e8me (1946-1958) d\u2019une victoire et la cinqui\u00e8me (1958-\u2026) d\u2019un putsch militaire. Et ces cinq r\u00e9publiques n\u2019ont pas eu moins de sept constitutions. Toutes ne sont pas \u00e9quivalentes. La premi\u00e8re a ouvert des portes d\u00e9mocratiques et sociales in\u00e9dites ; la seconde a \u00e9touff\u00e9 ses promesses \u00e9mancipatrices initiales, parce que la peur du monde populaire urbain a conduit d\u00e8s 1848 la bourgeoisie \u00e0 s\u2019effrayer de ses propres audaces ; la troisi\u00e8me n\u2019a \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement propulsive que lorsque le mouvement ouvrier est parvenu \u00e0 bousculer les atermoiements des r\u00e9publicains les plus ti\u00e8des ; la quatri\u00e8me a vu ses potentialit\u00e9s d\u00e9mocratiques annihil\u00e9es par les confusions de la guerre froide ; quant \u00e0 la cinqui\u00e8me, son pr\u00e9sidentialisme l\u2019a port\u00e9e vers des d\u00e9rives monarchiques et la conduit aujourd\u2019hui \u00e0 la crise politique que nous connaissons et qui nous perturbe tant.<\/p>\n<p>Dis-moi quelle r\u00e9publique tu promeus et je te dirai qui tu es\u2026 Comme acte fondateur, Emmanuel Macron a choisi le 4 septembre 1870. Sa d\u00e9cision est lourde de sens et de troublantes ambigu\u00eft\u00e9s. Quand la d\u00e9faite militaire face \u00e0 la Prusse pr\u00e9cipite la chute du Second Empire, \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1870, c\u2019est l\u2019intervention du peuple parisien qui impose la proclamation de la R\u00e9publique. Mais ceux qui la d\u00e9clarent officiellement ne sont pas les plus r\u00e9volutionnaires ou les plus radicaux : leur objectif est avant tout de rassurer les conservateurs, au nom de l\u2019imp\u00e9ratif de \u00ab D\u00e9fense nationale \u00bb. Quelles que soient les intentions de l\u2019homme, le nom de Gambetta n\u2019est d\u00e8s lors que le masque d\u2019une capitulation r\u00e9publicaine de fait, au nom du n\u00e9cessaire compromis national. Le r\u00e9sultat de la prudence extr\u00eame est sans appel : en f\u00e9vrier 1871, les \u00e9lections l\u00e9gislatives donnent une majorit\u00e9 \u00e9crasante aux ennemis de la r\u00e9publique \u2013 150 r\u00e9publicains, majoritairement tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9s, face \u00e0 400 monarchistes et une quinzaine de bonapartistes. L\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine qui se cache est une id\u00e9e moribonde\u2026<\/p>\n<blockquote><p>Le consensus qu\u2019invoque Emmanuel Macron est celui d\u2019une r\u00e9publique conservatrice, soucieuse d\u2019ordre plus que d\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ainsi, cette r\u00e9publique de 1870 qu\u2019encense le Pr\u00e9sident jupit\u00e9rien laissait les r\u00e9publicains \u00e0 ses marges. Un an apr\u00e8s cette fixation conservatrice, en mai 1871, elle r\u00e9v\u00e8le d\u2019ailleurs sa nature profonde en plongeant Paris dans le bain de sang de la \u00ab Semaine sanglante \u00bb, qui foudroie les promesses populaires et \u00e9mancipatrices de la Commune de Paris. Ce n\u2019est qu\u2019en 1875 que la R\u00e9publique est institutionnellement l\u00e9gitim\u00e9e \u2013 \u00e0 une voix de majorit\u00e9 ! Quant aux r\u00e9publicains, ce n\u2019est qu\u2019entre 1876 et 1879 qu\u2019ils obtiennent enfin la majorit\u00e9 aux deux assembl\u00e9es. Alors que la Commune avait d\u00e8s 1871 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, institu\u00e9 le principe de l\u2019\u00e9cole la\u00efque et gratuite, r\u00e9affirm\u00e9 le droit au travail et proclam\u00e9 l\u2019autonomie municipale, la IIIe R\u00e9publique attendit 1881-1882 pour installer la la\u00efcit\u00e9 scolaire, 1884 pour permettre aux conseils municipaux d\u2019\u00e9lire leurs maires et 1905 pour s\u00e9parer l\u2019\u00c9glise et l\u2019\u00c9tat. Et il fallut patienter plus longtemps encore pour que cette r\u00e9publique des droits, ind\u00e9fectiblement hostile aux droits des femmes, se d\u00e9cide \u00e0 \u00e9tendre au monde du travail le magist\u00e8re r\u00e9gulateur de la loi. Ce n\u2019est qu\u2019en 1884 que les syndicats sont reconnus, en 1892 que sont cr\u00e9\u00e9s les inspecteurs du travail et 1898 qu\u2019est adopt\u00e9e une loi sur les accidents du travail. Il est vrai que, entretemps, le socialisme en expansion a pris de relais d\u2019un \u00ab parti r\u00e9publicain \u00bb divis\u00e9 et \u00e9mouss\u00e9\u2026 Les r\u00e9publicains du verbe sont rarement les d\u00e9fenseurs les plus pertinents de l\u2019engagement r\u00e9publicain.<\/p>\n<p>De fait, la R\u00e9publique ne se v\u00e9n\u00e8re pas comme une idole univoque et fig\u00e9e. Elle ne s\u2019emprisonne pas dans un consensus l\u00e9nifiant. Elle se construit en assumant pour les r\u00e9duire les tensions naissant d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par les in\u00e9galit\u00e9s, les discriminations et les ali\u00e9nations qui contredisent le parti pris r\u00e9publicain. Le consensus qu\u2019invoque Emmanuel Macron est celui d\u2019une r\u00e9publique conservatrice, soucieuse d\u2019ordre plus que d\u2019\u00e9galit\u00e9. La D\u00e9claration fondatrice de 1789 \u00e9tait celle des droits ; la Constitution \u00ab bourgeoise \u00bb de 1795, r\u00e9dig\u00e9e apr\u00e8s la chute de Robespierre et la mise au pas du mouvement populaire, tenait \u00e0 \u00e9quilibrer la r\u00e9f\u00e9rence aux droits par celle des devoirs ; le Pr\u00e9sident actuel enfonce le clou en pr\u00e9cisant que s\u2019il y a des droits, il y a <em>\u00ab d\u2019abord des devoirs \u00bb<\/em>. Cette version minimaliste de l\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine fonde la libert\u00e9 sur l\u2019autorit\u00e9 davantage que sur la citoyennet\u00e9. Elle s\u2019en tient \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 en droit, rebelle \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des conditions, faisant de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances et du \u00ab m\u00e9rite \u00bb la base de l\u2019ordre social. L\u2019\u00e9mancipation est utilis\u00e9e au pass\u00e9 \u2013 l\u2019abolition de l\u2019esclavage \u2013 mais ne se d\u00e9cline pas au pr\u00e9sent. L\u2019\u00e9largissement de la citoyennet\u00e9 ne renvoie qu\u2019\u00e0 l\u2019acquisition de la nationalit\u00e9. Le bien commun et le service public qui en d\u00e9coule ne sont plus l\u2019horizon de l\u2019\u00c9tat. L\u2019\u00c9tat-providence ouvertement revendiqu\u00e9 n\u2019est plus celui de l\u2019att\u00e9nuation des in\u00e9galit\u00e9s, mais celui des pouvoirs r\u00e9galiens garants de l\u2019ordre social.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas un hasard si Emmanuel Macron c\u00e9l\u00e8bre la timide proclamation r\u00e9publicaine du 4 septembre, mais fonde la naturalisation sur un pacte d\u2019adh\u00e9sion individuelle \u00e0 la \u00ab France \u00e9ternelle \u00bb, bien plus qu\u2019\u00e0 une R\u00e9publique dont il pr\u00e9f\u00e8re visiblement les relents monarchiques au parfum d\u2019une souverainet\u00e9 populaire d\u00e9cid\u00e9ment aux abonn\u00e9s absents. Ce n\u2019est pas du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une nation r\u00e9volutionnaire ouverte et mobile que Macron va chercher le stimulant affectif d\u2019une communaut\u00e9 de destin, mais dans l\u2019ob\u00e9dience et l\u2019acceptation d\u2019une id\u00e9ologie nationale strictement contr\u00f4l\u00e9e. Dans cette vision, la r\u00e9publique n\u2019est au fond que la forme \u00e0 peine modernis\u00e9e d\u2019une entit\u00e9 \u00ab France \u00bb d\u00e9finie exclusivement par la mat\u00e9rialit\u00e9 naturelle des \u00ab paysages \u00bb, par une langue officielle standardis\u00e9e (l\u2019abb\u00e9 Gr\u00e9goire \u00e9tait ce r\u00e9volutionnaire qui faisait reposer le triomphe de la langue officielle sur l\u2019\u00e9radication des \u00ab patois \u00bb) et par une histoire mythifi\u00e9e o\u00f9 l\u2019on ne sait plus trop bien quelle est la part, dans ce qui l\u2019identifie, des racines chr\u00e9tiennes, de l\u2019ordre monarchique de l\u2019\u00c9tat et de la r\u00e9publique de l\u2019ordre. Une r\u00e9publique hors du temps, sans peuple concret et sans r\u00e9volution ; une r\u00e9publique sage et polic\u00e9e o\u00f9 le peuple sociologique et le peuple politique ne se confondent surtout pas\u2026 Comment, dans ces conditions, faire de la r\u00e9publique une passion populaire ?<\/p>\n<p>En tout cas, le <em>continuum<\/em> est parfait, qui va du sacre de Clovis \u00e0 la nouvelle monarchie r\u00e9publicaine, hier appuy\u00e9e sur un choix institutionnel (l\u2019\u00e9lection du Pr\u00e9sident au suffrage universel) et aujourd\u2019hui l\u00e9gitim\u00e9e par une nouvelle doxa historienne, plus proche de l\u2019imaginaire national \u00e9tasunien que de la tradition r\u00e9volutionnaire fran\u00e7aise. Le bicentenaire de la R\u00e9publique, en 1992, avait laiss\u00e9 quelque chose de la coloration r\u00e9volutionnaire de l\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine fran\u00e7aise. Emmanuel Macron efface d\u00e9finitivement la macule r\u00e9volutionnaire. Le nom de Gambetta est prononc\u00e9, mais le h\u00e9ros subliminal de la r\u00e9publique macronienne est Adolphe Thiers, cet orl\u00e9aniste convaincu qui fut \u00e0 la fois le massacreur de la Commune et le premier Pr\u00e9sident de la timide r\u00e9publique n\u00e9e le 4 septembre 1870.<\/p>\n<p>Au d\u00e9tour d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie d\u2019apparence consensuelle, devant le Panth\u00e9on national, Emmanuel Macron donne \u00e0 son inflexion \u00e0 droite une coh\u00e9rence qui pr\u00e9pare l\u2019\u00e9ch\u00e9ance d\u00e9cisive de 2022. Si les \u00ab devoirs \u00bb et l\u2019autorit\u00e9 respect\u00e9e sont la base de l\u2019ordre social, la plus extr\u00eame s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 est requise pour l\u2019observation rigoureuse de la loi. Si les contrevenants \u00ab ensauvag\u00e9s \u00bb \u00e0 la loi utilisent la violence contre les garants de l\u2019autorit\u00e9, rien n\u2019est plus n\u00e9cessaire que de d\u00e9ployer une force plus grande encore pour les emp\u00eacher de nuire. Si la responsabilit\u00e9 premi\u00e8re est la solidarit\u00e9 \u00ab vis-\u00e0-vis de ses compatriotes \u00bb, ce qui est le plus \u00ab naturel \u00bb est que le r\u00e9sident d\u00e9finitif devienne membre de la communaut\u00e9 nationale d\u2019accueil, au risque de durcir la coupure entre le naturalis\u00e9 et celui qui reste rebelle au \u00ab pacte \u00bb d\u2019insertion que constitue la naturalisation.<\/p>\n<blockquote><p>La politique macronienne est coh\u00e9rente. Elle est dangereuse, comme le fut la prudence des r\u00e9publicains du 4 septembre 1870. En principe, elle vise \u00e0 couper la voie au Rassemblement national, en attirant vers l\u2019hypoth\u00e8se Macron de 2022 une part cons\u00e9quente de la droite. En fait, elle l\u00e9gitime un peu plus le discours de l\u2019adversaire d\u00e9sign\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Car comment emp\u00eacher que celui qui reste en dehors du pacte national ne soit, \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre, suspect d\u2019accorder une importance sup\u00e9rieure \u00e0 la \u00ab communaut\u00e9 \u00bb dont il est issu ? Sans doute, les autorit\u00e9s actuelles affirment-elles vouloir \u00e9viter d\u2019\u00e9tablir un trait d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre \u00ab communaut\u00e9 \u00bb et \u00ab s\u00e9paratisme \u00bb, mais le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre se fait car la fronti\u00e8re est incertaine. Toute communaut\u00e9 est ainsi <em>a priori<\/em> suspecte, qu\u2019elle soit religieuse, politique, id\u00e9ologique ou sociale. En outre, une communaut\u00e9, nationale ou non, n\u2019est jamais si bien soud\u00e9e que si elle a un \u00ab ennemi principal \u00bb. Ce fut hier \u00ab l\u2019anti-France \u00bb des extr\u00eames droites ; c\u2019est aujourd\u2019hui le \u00ab s\u00e9paratisme \u00bb qui est la cible d\u00e9sign\u00e9e. L\u2019ennemi prend forme au travers d\u2019un <em>continuum<\/em> sugg\u00e9r\u00e9 : sa base de recrutement est dans l\u2019islam, que l\u2019\u00c9tat entend contr\u00f4ler \u2013 h\u00e9ritage concordataire \u2013 par le recours aux clerg\u00e9s et aux associations ; sa version plus pouss\u00e9e est l\u2019islamisme (pourtant voisin musulman de ce que fut nagu\u00e8re la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne\u2026) ; sa forme ultime est le \u00ab terrorisme islamique \u00bb qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9radiquer.<\/p>\n<p>Officiellement, les trois notions ne se confondent pas ; mais comment ne pas anticiper les glissements possibles de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre ? Il est vrai que le \u00ab communautarisme \u00bb est souvent une version pauvre du commun. Ou plut\u00f4t il est vrai que, quand des discrimin\u00e9s ne trouvent pas dans l\u2019espace public la protection et la reconnaissance qu\u2019ils esp\u00e8rent, ils peuvent se laisser aller \u00e0 la tentation de se constituer en communaut\u00e9 protectrice \u00e0 part. Mais est-ce en laissant entendre qu\u2019un groupe, une culture ou une religion portent en elles le risque d\u2019une s\u00e9paration qu\u2019on \u00e9carte la possibilit\u00e9 de la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart ? N\u2019est-ce pas parce que la r\u00e9publique officielle se d\u00e9tourne trop ostensiblement du bien public, qu\u2019elle laisse le champ libre aux formes les plus r\u00e9duites de la mise en commun ? Est-ce en discriminant un peu plus dans les mots, f\u00fbt-ce au nom de l\u2019universalisme, que l\u2019on conjure les s\u00e9parations possibles dans les t\u00eates et dans les actes ?<\/p>\n<p>La politique macronienne est coh\u00e9rente. Elle est dangereuse, comme le fut la prudence des r\u00e9publicains du 4 septembre 1870. En principe, elle vise \u00e0 couper la voie au Rassemblement national, en attirant vers l\u2019hypoth\u00e8se Macron de 2022 une part cons\u00e9quente de la droite. En fait, elle l\u00e9gitime un peu plus le discours de l\u2019adversaire d\u00e9sign\u00e9. Quand le c\u0153ur de la droite et de la gauche sont affaiblis, quand les rep\u00e8res fondamentaux s\u2019\u00e9moussent, qui peut dire avec certitude que le refus de la droite la plus extr\u00eame l\u2019emportera in fine sur la d\u00e9testation des pouvoirs install\u00e9s ?<\/p>\n<p>La droite et la gauche ne fonctionnent plus, nous dit-on. Dans les faits, c\u2019est la gauche qui est la plus fragilis\u00e9e. En multipliant les clins d\u2019\u0153il vers la droite, avec un peu plus de s\u00e9curitaire, de protectionnisme, de souverainisme, Macron contribue \u00e0 ce dangereux d\u00e9s\u00e9quilibre. \u00c0 la part bien \u00e0 gauche de l\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine d\u2019en tirer les le\u00e7ons. Sans compromis aucun avec ce qui mine la r\u00e9publique cons\u00e9quente, cette \u00ab vraie r\u00e9publique \u00bb dont le mouvement ouvrier du XIXe si\u00e8cle avait fait son drapeau.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/roger-martelli\"><strong>Roger Martelli<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12443 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/befunky-collage_1_-74-f22-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/befunky-collage_1_-74-f22-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage_1_-74.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 4 septembre, Emmanuel Macron a saisi l&#8217;occasion du 150\u00e8me anniversaire de la III\u00e8me R\u00e9publique pour c\u00e9l\u00e9brer&#8230; \u00ab les 150 ans de la R\u00e9publique \u00bb. De R\u00e9publique, il a surtout \u00e9t\u00e9 question de sa version la plus conservatrice, pour ne pas dire r\u00e9actionnaire.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":29693,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[487],"class_list":["post-12443","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","tag-emmanuel-macron"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12443","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12443"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12443\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/29693"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12443"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12443"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12443"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}