{"id":1244,"date":"1999-02-01T00:00:00","date_gmt":"1999-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/montrer-ce-qu-on-ne-veut-pas-voir1244\/"},"modified":"1999-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-01-31T23:00:00","slug":"montrer-ce-qu-on-ne-veut-pas-voir1244","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1244","title":{"rendered":"Montrer ce qu&#8217;on ne veut pas voir"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Jo\u00ebl Jouanneau <\/p>\n<p><strong> Le th\u00e9\u00e2tre ne peut \u00eatre un Samu social. Au contraire, il montre la plaie, dit Jo\u00ebl Jouanneau, qui monte \u00e0 Marseille, au Th\u00e9\u00e2tre du Gymnase, les Dingues de Knoxville, sa pi\u00e8ce la plus politique, sorte de com\u00e9die burlesque qui parle du monde d&#8217;aujourd&#8217;hui, pas beau. <\/strong><\/p>\n<p>En d\u00e9cembre, au TGP de Saint-Denis, dans le cadre d&#8217;un projet d&#8217;\u00e9criture, &#8220;Vingt ans, chapitre 1 et 2&#8221;, qu&#8217;il m\u00e8ne avec Heyoka, le Centre dramatique national de l&#8217;enfance et de la jeunesse \u00e0 Sartrouville, il a mis en sc\u00e8ne une pi\u00e8ce de Lionel Spicher, Pit-Bull, et Serge Tranvouez a mont\u00e9 un de ses textes Gauche-uppercut, deux pi\u00e8ces qui parlent des jeunes des cit\u00e9s, de l&#8217;exclusion. Nous lui avons demand\u00e9 de parler des origines de ce projet et de sa r\u00e9alisation.<\/p>\n<p><strong> Jo\u00ebl Jouanneau : <\/strong> J&#8217;ai, pour des raisons intimes et un peu douloureuses, \u00e9crit trois pi\u00e8ces pour enfants : Marie-Ouate en Papouasie, Dernier rayon et l&#8217;Inconsol\u00e9. Je me dois de pr\u00e9ciser qu&#8217;il s&#8217;agissait \u00e0 chaque fois d&#8217;\u00eatre \u00e0 l&#8217;\u00e9coute d&#8217;un enfant enseveli au plus profond de moi, de tenter de renouer avec lui, de comprendre pourquoi, aujourd&#8217;hui encore, il crie. Et je ne crains pas de dire que ce sont mes plus beaux textes. Les porter sur la sc\u00e8ne pour d&#8217;autres enfants, moi qui n&#8217;en ai pas d&#8217;autre que celui dont je viens de parler, a toujours \u00e9t\u00e9 un enchantement. D&#8217;o\u00f9 une relation forte qui s&#8217;est peu \u00e0 peu \u00e9tablie avec Heyoka, le Centre dramatique national de l&#8217;enfance et de la jeunesse, et son directeur Claude S\u00e9venier. Et avec toute l&#8217;\u00e9quipe du th\u00e9\u00e2tre de Sartrouville. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 ainsi conduit, en concertation avec le Conseil g\u00e9n\u00e9ral des Yvelines, \u00e0 assurer la direction artistique d&#8217;une biennale de cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale pour l&#8217;enfance et la jeunesse : &#8220;Odyss\u00e9e 78&#8221;. La premi\u00e8re, en 1997, sur le th\u00e8me de l&#8217;oc\u00e9an a permis \u00e0 Claire Lasne, Gilberte Tsa\u00ef, Philippe Adrien, Olivier Maurin et moi-m\u00eame de pr\u00e9senter 5 cr\u00e9ations dans 54 communes du d\u00e9partement, devant plus de 30 000 spectateurs. Ce fut, pour tous, je crois, une belle aventure. Et, cette ann\u00e9e, pour la seconde \u00e9dition, sur le th\u00e8me du vagabondage, nous avons invit\u00e9 C\u00e9cile Garcia-Vogel, Bruno Bayen, Znorko, Laurent Gutman et Fran\u00e7ois Kergoulay \u00e0 nous rejoindre. C&#8217;est une exp\u00e9rience qui m&#8217;est aujourd&#8217;hui vitale et que je souhaite poursuivre. Dans le m\u00eame temps, Heyoka, comme tous les th\u00e9\u00e2tres, \u00e9prouve une vraie difficult\u00e9 : celle de rencontrer, \u00e0 titre individuel, ceux qui ont entre 15 et 25 ans. Plus encore s&#8217;ils sont socialement mis \u00e0 l&#8217;\u00e9cart. Je crois que nous avons une part de responsabilit\u00e9 en cette affaire. D&#8217;o\u00f9 ce livre th\u00e9\u00e2tral que j&#8217;ai ouvert \u00e0 Saint-Denis.<\/p>\n<p><strong> Que vous a apport\u00e9 la cr\u00e9ation de ce premier chapitre, Pit-Bull au Th\u00e9\u00e2tre G\u00e9rard-Philipe de Saint-Denis ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.J. : <\/strong> Beaucoup, et aussi beaucoup de contradictions. Beaucoup, c&#8217;est-\u00e0-dire un grand bonheur durant les r\u00e9p\u00e9titions avec les jeunes com\u00e9diens qui m&#8217;accompagnaient. Beaucoup encore, car j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 au bout d&#8217;une simplicit\u00e9 esth\u00e9tique, au service de ce beau texte. Et beaucoup enfin, car, en dehors de la premi\u00e8re semaine, nous avons refus\u00e9 du monde ; c&#8217;\u00e9tait une petite salle mais, enfin, et surtout, ceux dont nous parlions sur le plateau sont venus dans la salle ; ils sont venus des quartiers, des cit\u00e9s, et ce fut une grande rencontre. Cela \u00e9tait possible, je le dis, car \u00e0 Saint-Denis, l&#8217;\u00e9quipe de Stanislas Nordey et Nordey lui-m\u00eame ont beaucoup donn\u00e9 et pr\u00e9par\u00e9 le terrain. Nous ne sommes, bien s\u00fbr, ni les premiers ni les derniers \u00e0 faire ce travail, mais nous sommes trop peu nombreux et on peut comprendre pourquoi : il faut rompre certaines habitudes, ne pas attendre de miracle. C&#8217;est un travail obscur, loin des projecteurs m\u00e9diatiques.<\/p>\n<p><strong> Vous parliez de contradictions ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J. J. : <\/strong> Pour moi, elles touchent surtout aux rencontres que j&#8217;ai pu faire dans les lyc\u00e9es, les coll\u00e8ges ou \u00e0 l&#8217;issue des repr\u00e9sentations. Pit Bull permettait un effet de reconnaissance ; les blacks et les beurs qui sont venus \u00e9taient sensibles \u00e0 ce simple constat qui leur parvenait du plateau : ils existaient, ils pouvaient parler une langue po\u00e9tique, et ils n&#8217;\u00e9taient pas la caricature que l&#8217;on pr\u00e9sente souvent d&#8217;eux dans les t\u00e9l\u00e9films par exemple. Mais, lors des rencontres, j&#8217;ai pu mesurer \u00e0 quel point la situation de tous ces jeunes de 15 \u00e0 25 ans est tragique, et j&#8217;en suis souvent sorti d\u00e9muni devant ce que j&#8217;ai entendu ou compris. On est l\u00e0, devant l&#8217;inextricable noeud d&#8217;une situation tout \u00e0 fait explosive. Avec ces premiers chapitres, on a pu le mesurer et mesurer \u00e0 quel point le th\u00e9\u00e2tre ne peut \u00eatre le Samu d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9. A l&#8217;oppos\u00e9, nous tentons de montrer la plaie. Mais la cicatriser, cette plaie, ce n&#8217;est pas non plus uniquement l&#8217;affaire du politique comme on le dit trop souvent : souvent d&#8217;ailleurs pour n&#8217;attendre de lui que le s\u00e9curitaire. C&#8217;est vraiment l&#8217;affaire de tous et de chacun, et on ne pourra s&#8217;en sortir sans une redistribution du travail et des richesses, et un rapport Nord\/Sud nouveau, soit le contraire de ce qui se fait aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p><strong> La pi\u00e8ce que vous cr\u00e9ez au Th\u00e9\u00e2tre du Gymnase \u00e0 Marseille et que l&#8217;on pourra voir bient\u00f4t dans la r\u00e9gion parisienne et dans toute la France est empreinte d&#8217;autobiographie, de votre amour pour le cin\u00e9ma burlesque et pour les gens du cirque&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.J. : <\/strong> Voil\u00e0 dix ans, avec le Bourrichon, j&#8217;avais \u00e9crit une com\u00e9die rurale ; elle se d\u00e9roulait dans un petit village imaginaire tr\u00e8s proche de la ferme de mon enfance et des troglodytes qui vivaient l\u00e0. Deux amis, dans cette pi\u00e8ce, disaient vouloir quitter Saint-Andr\u00e9 pour arpenter le monde. Comme dans les livres d&#8217;apprentissage. Mais ils ne partaient jamais. Dix ans ont pass\u00e9, et le monde a, je crois, bascul\u00e9 : il n&#8217;est plus utile de quitter son village pour conna\u00eetre la plan\u00e8te. Avec les portables, l&#8217;univers virtuel, les jeux boursiers, la plan\u00e8te irrigue Saint-Andr\u00e9. Avec les Dingues de Knoxville, j&#8217;ai donc tent\u00e9 une com\u00e9die burlesque o\u00f9 un s\u00e9rial-killer, un golden-boy, deux sans-fronti\u00e8re, un apprenti-cin\u00e9aste, un SDF qui pr\u00e9pare son concours d&#8217;entr\u00e9e \u00e0 Disneyland se retrouvent confront\u00e9s \u00e0 quelques exemplaires humains de Saint-Andr\u00e9-du-Loing. Et ces derniers ne vont pas facilement s&#8217;en laisser compter. Je pense que c&#8217;est l\u00e0 ma pi\u00e8ce la plus politique ; elle parle donc de l&#8217;argent puisque aujourd&#8217;hui on ne parle plus que de cela ; et Knoxville, c&#8217;est la r\u00e9serve d&#8217;or des USA, c&#8217;est l\u00e0 aussi que Picsou cachait son tr\u00e9sor. Mais, dans le m\u00eame temps, je l&#8217;ai voulue burlesque, politique comme le sont les films des Marx Brothers ou certaines com\u00e9dies, de Capra notamment, qui savaient aborder les questions les plus graves avec un sens \u00e9vident de la jubilation. J&#8217;ai r\u00e9uni neuf com\u00e9diens dont je pressentais qu&#8217;ils avaient la m\u00eame libert\u00e9 et la m\u00eame lucidit\u00e9. L\u00e0, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 servi.<\/p>\n<p>Jo\u00ebl Jouanneau, les Dingues de Knoxville, mis en sc\u00e8ne de Jo\u00ebl Jouanneau. Th\u00e9\u00e2tre du Gymnase, Marseille, 19 janvier- 6 f\u00e9vrier 1999. Puis, Saint-Etienne-du-Rouvray, Lyon, Saint-Etienne, Sartrouville, Nice, Angers, Lausanne.<\/p>\n<p>* Auteur dramatique, metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Jo\u00ebl Jouanneau <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1244","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1244","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1244"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1244\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1244"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1244"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1244"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}