{"id":12428,"date":"2020-09-02T13:52:20","date_gmt":"2020-09-02T11:52:20","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-pulpe-fiction-dans-les-quartiers-nord-de-marseille\/"},"modified":"2023-06-24T00:01:32","modified_gmt":"2023-06-23T22:01:32","slug":"article-pulpe-fiction-dans-les-quartiers-nord-de-marseille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12428","title":{"rendered":"Pulpe fiction dans les quartiers nord de Marseille"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Injections, implants mammaires, liposuccions\u2026 dans les quartiers populaires de Marseille, les femmes ont de plus en plus recours \u00e0 la chirurgie esth\u00e9tique. Sous l\u2019influence de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9, des st\u00e9r\u00e9otypes sur la f\u00e9minit\u00e9\u2026 et d\u2019un d\u00e9sir d\u2019opulence paradoxale.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-29660\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/1-8-06d.png\" alt=\"1-8.png\" align=\"left\" width=\"808\" height=\"539\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/1-8-06d.png 808w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/1-8-06d-300x200.png 300w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/1-8-06d-768x512.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 808px) 100vw, 808px\" \/><small>M\u00e9riem, dix-sept ans, vient de recevoir ses premi\u00e8res injections dans les l\u00e8vres. \u00c0 son \u00e2ge, c\u2019est ill\u00e9gal, mais elle r\u00eave de ressembler \u00e0 son \u00ab mod\u00e8le \u00bb, Kylie Jenner. La lyc\u00e9enne pose avec son chien Queen devant une t\u00e9l\u00e9vision allum\u00e9e sur E!, la cha\u00eene britannique qui diffuse des s\u00e9ries de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9.<\/small> <\/p>\n<p>Ouassilah a le sourire \u00e9clatant de ses vingt ans. Cheveux \u00e9b\u00e8ne, veste blanche cintr\u00e9e, grosses sneakers color\u00e9es aux pieds, elle tapote sa bouche du bout des doigts. Comme pour v\u00e9rifier que tout cela est bien r\u00e9el. Dans ses l\u00e8vres, un m\u00e9decin d\u2019une clinique du centre-ville de Marseille vient de pratiquer une double injection d\u2019acide hyaluronique. D\u00e8s demain, rassure le praticien, l\u2019effet \u00ab enfl\u00e9 \u00bb sera remplac\u00e9 par l\u2019effet \u00ab pulpeux \u00bb tant attendu par la demoiselle. Elle vient du quartier des Arnavaux, dans le 15e arrondissement de Marseille. Et ces deux piq\u00fbres-l\u00e0 sont le cadeau d\u2019anniversaire \u2013 \u00e0 350 euros le tout \u2013 qu\u2019elle s\u2019offre pour f\u00eater ses deux d\u00e9cennies. Ouassilah a \u00e9conomis\u00e9 centime apr\u00e8s centime\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Je suis vendeuse. Je ne l\u2019ai dit \u00e0 personne. Et surtout pas \u00e0 mes parents. Mais je ne le regrette pas. Et puis, au pire, dans six mois, on ne verra plus rien \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019injection d\u2019acide pour rendre la bouche voluptueuse est, note Isabelle Delaye, la directrice de la communication de la clinique Ph\u00e9nicia, <em>\u00ab\u00a0un premier pas\u00a0\u00bb<\/em>, relativement accessible, rassurant puisque non d\u00e9finitif (en quelques mois, les effets du produit s\u2019estompent). <em>\u00ab\u00a0\u00c0 vingt ans ou \u00e0 leur majorit\u00e9, les jeunes femmes des cit\u00e9s se font souvent offrir un acte de m\u00e9decine esth\u00e9tique, sur les l\u00e8vres, par exemple. \u00c7a, c\u2019est la porte d\u2019entr\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>, indique-t-elle. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-29661\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-2-44f.png\" alt=\"sans_titre-2.png\" align=\"left\" width=\"486\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-2-44f.png 486w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-2-44f-300x201.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 486px) 100vw, 486px\" \/><small>Chez Glamour, boulevard National, on parle des derni\u00e8res tendances de la mode.<\/small><\/p>\n<h2>\u00ab D\u00e9mocratisation \u00bb et culture du corps<\/h2>\n<p>Une vir\u00e9e aux Terrasses du port, centre commercial pos\u00e9 en plein secteur de r\u00e9novation urbaine Eurom\u00e9diterran\u00e9e, montre l\u2019app\u00e9tit des jeunes Marseillaises des quartiers populaires pour l\u2019exercice. M\u00e9riem vient d\u2019acheter un rouge \u00e0 l\u00e8vres prune, dont elle ornera bient\u00f4t ses l\u00e8vres gonfl\u00e9es artificiellement. La lyc\u00e9enne de dix-sept ans assume : <em>\u00ab\u00a0Je trouve \u00e7a sexy.\u00a0Avec 200 ou 300 euros,\u00a0tu arrives chez le m\u00e9decin, t\u2019as pas de bouche\u00a0; tu ressors, t\u2019en as une\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Elle a aussi fait tatouer ses sourcils, d\u00e9sormais d\u2019un brun \u00e9pais et bien courb\u00e9s. Et pr\u00e9voit la pose d\u2019implants fessiers, apr\u00e8s sa majorit\u00e9.<\/p>\n<p>De la terrasse du centre commercial, le regard porte loin. Jusqu\u2019aux collines de l\u2019extr\u00eame Nord de Marseille. Jusqu\u2019\u00e0 ces arrondissements de la ville (les 13e, 14e, 15e, 16e et, en partie, le 3e) o\u00f9 vivent les 300.000 Marseillais les plus touch\u00e9s par la mis\u00e8re\u00a0: le taux de pauvret\u00e9 peut d\u00e9passer ici les 25% et le ch\u00f4mage des jeunes avoisiner les 50%. Issues de ces couches les moins favoris\u00e9es de la ville, d\u2019origine maghr\u00e9bine pour beaucoup d\u2019entre elles, musulmanes le plus souvent, ces femmes affirment leur f\u00e9minit\u00e9 sans tabou, ni contradiction avec leur foi ou leur origine sociale. <em>\u00ab\u00a0\u00catre pauvre ne veut pas dire qu\u2019on n\u2019a pas envie de prendre soin de soi. Au contraire\u00a0\u00bb<\/em>, observe Sophie Kardous, la directrice d\u2019Hygia, association locale qui promeut l\u2019esth\u00e9tique solidaire. Quant \u00e0 Sonia, musulmane pratiquante \u00e0 la poitrine g\u00e9n\u00e9reuse (gr\u00e2ce \u00e0 deux proth\u00e8ses), elle \u00e9vacue\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Lors de mon intervention, j\u2019avais plus peur pour ma sant\u00e9 \u00e0 cause des risques li\u00e9s \u00e0 l\u2019op\u00e9ration que du qu\u2019en dira-t-on ou d\u2019un \u00e9ventuel interdit religieux.\u00a0La religion, c\u2019est entre soi et le seigneur, pas entre soi et les autres\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Dans son bureau tout blanc de la clinique Ph\u00e9nicia, le Dr Marinetti re\u00e7oit Ariana, quelques semaines apr\u00e8s sa mammoplastie. <em>\u00ab\u00a0Au d\u00e9but, c\u2019est un peu douloureux<\/em>, confesse cette trentenaire, employ\u00e9e municipale, native de la Rose (13e). <em>Mais \u00e7a en valait la peine\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Elle contemple avec enthousiasme le r\u00e9sultat dans un miroir aussi rond que ses seins d\u00e9sormais\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Je ne gagne pas des mille et des cents, c\u2019est vrai. D\u2019autres feront le choix d\u2019acheter un appartement, de changer de voiture ou d\u2019aller loin en vacances. Moi, j\u2019ai choisi de me refaire la poitrine !\u00a0\u00bb<\/em> <\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La pratique se d\u00e9mocratise \u00e0 vitesse grand V. Proth\u00e8ses et liposuccions connaissent un grand boum\u00a0; quant aux injections\u2026 c\u2019est furieux\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, s\u2019\u00e9tonne Richard Abs, chirurgien marseillais qui a pignon sur rue. Il poursuit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il y a ici une vraie culture du corps, tr\u00e8s m\u00e9diterran\u00e9enne. Au fond, \u00e0 Marseille, c\u2019est comme au Br\u00e9sil\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> La pauvret\u00e9 n\u2019est donc plus un frein au recours \u00e0 la chirurgie esth\u00e9tique. <em>\u00ab\u00a0Une intervention de chirurgie, c\u2019est dix-huit mois de tabagisme. Certains smicards fument, non\u00a0?\u00a0Donc la chirurgie esth\u00e9tique est \u00e0 la port\u00e9e des smicards\u00a0\u00bb<\/em>, insiste sur un ton un rien provoc le Dr Dupont, autre fondateur de la clinique Ph\u00e9nicia. <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-29662\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-3-799.png\" alt=\"sans_titre-3.png\" align=\"left\" width=\"486\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-3-799.png 486w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-3-799-300x201.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 486px) 100vw, 486px\" \/><small>Safi, rencontr\u00e9e lors des castings de Miss beaut\u00e9 du Maghreb, a \u00e9t\u00e9 mari\u00e9e de force, puis drogu\u00e9e et prostitu\u00e9e. Ses implants mammaires ont \u00e9t\u00e9, pour elle, <em>\u00ab une fa\u00e7on de se r\u00e9approprier\u00a0\u00bb<\/em> un corps qui ne lui appartenait plus. <\/small><\/p>\n<h2>Les Kardashian, ic\u00f4nes incendiaires<\/h2>\n<p>\u00c0 la t\u00eate de son propre centre d\u2019esth\u00e9tique, Monia Institut, dans le quartier de Saint-Louis depuis douze ans, Monia Dominique confirme l\u2019emballement. <em>\u00ab\u00a0Je dirais que 50% de ma client\u00e8le a d\u00e9j\u00e0 fait soit de la m\u00e9decine esth\u00e9tique, soit de la chirurgie\u00a0\u00bb<\/em>, estime la trentenaire. Native de la Savine, une cit\u00e9 du 15e, sa belle-s\u0153ur Alexia abonde. <em>\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, tout le monde veut la bouche de Kylie et les seins de Kim Kardashian\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, sourit l\u2019esth\u00e9ticienne. \u00c0 vingt-cinq ans, elle a subi une rhinoplastie, pour affiner un nez qu\u2019elle n\u2019aimait pas. Fluette, elle montre avec d\u00e9pit sa poitrine menue sous son soutien-gorge push-up rose pastel. Refaire ses seins\u00a0? Elle l\u2019envisage\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s mon premier enfant\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la clinique Ph\u00e9nicia revendique pr\u00e8s de 40% de clientes issues des quartiers populaires du Nord de la ville. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est une client\u00e8le \u00e0 la recherche de consid\u00e9ration. Mais qui, parfois, ne ma\u00eetrise pas tous les codes et a, avec la chirurgie, un rapport de consommation imm\u00e9diate\u00a0\u00bb<\/em>, analyse Isabelle Delaye, directrice de la communication dans l\u2019\u00e9tablissement. Une mode\u00a0dont les ic\u00f4nes incontestables du moment sont les s\u0153urs Kardashian, brunes incendiaires aux courbes tr\u00e8s avantageuses. <em>\u00ab\u00a0Il faut parfois calmer les ardeurs<\/em>, prolonge le Dr Marinetti. <em>On nous demande beaucoup de bouches agressives \u00e0 la Nabilla. Ou des seins d\u00e9crits comme &#8220;naturels&#8221; mais qui, en fait, ne le sont pas. Les seins bomb\u00e9s vers le haut, comme Kim Kardashian, \u00e7a n\u2019existe pas dans la nature\u00a0! C\u2019est import\u00e9 des \u00c9tats-Unis, c\u2019est le surgical look \u00e0 l\u2019Am\u00e9ricaine. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019influence des s\u00e9ries et de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 s\u2019ajoute le poids, tout aussi \u00e9crasant, de la publicit\u00e9, des clips, voire de la pornographie. <em>\u00ab\u00a0La t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 est, souvent, une mise en comp\u00e9tition des corps, sur un mod\u00e8le r\u00e9actionnaire, n\u00e9olib\u00e9ral. Une hi\u00e9rarchie entre ceux cens\u00e9s \u00eatre beaux et ceux cens\u00e9s \u00eatre laids\u2026 \u00bb<\/em>, note Sophie J\u00e9hel, ma\u00eetresse de conf\u00e9rence \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris 8. Bas\u00e9es sur des caricatures de f\u00e9minit\u00e9 et de masculinit\u00e9, ces repr\u00e9sentations ont un impact \u00e9norme. Dans son cabinet du 5e arrondissement, dans le centre-ville marseillais, ce m\u00e9decin en convient\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Les jeunes femmes arrivent avec sur leurs portables des photos des actrices de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 qui elles s\u2019identifient et donc veulent ressembler\u00a0\u00bb<\/em>. Sonia, vingt-six ans, qui confesse sans mal avoir subi une double mammoplastie, en t\u00e9moigne. <em>\u00ab\u00a0Nabilla, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 un truc \u00e9norme, ici. D\u2019un coup, tout le monde a voulu des gros seins et des Louboutin\u00a0! \u00bb<\/em>, l\u00e2che-t-elle en riant.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-29663\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-4-cbb.png\" alt=\"sans_titre-4.png\" align=\"left\" width=\"486\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-4-cbb.png 486w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-4-cbb-300x201.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 486px) 100vw, 486px\" \/><small>Clinique Phenicia. Proth\u00e8ses d\u2019essai pour choisir son bonnet, implants mammaires \u00e0 droite.<\/small><\/p>\n<h2>Anneaux gastriques, liftings, rhinoplastie\u2026<\/h2>\n<p>Julia, vingt-quatre ans, avoue \u00eatre accro aux r\u00e9seaux sociaux. Sur Instagram et Snapchat, elle suit tous les faits et geste de Cl\u00e9mence, de l\u2019\u00e9mission Les Princes de l\u2019amour, diffus\u00e9e sur W9. La jeune femme \u2013 qui travaille dans un centre d\u2019esth\u00e9tique du 3e arrondissement \u2013 appr\u00e9cie, dit-elle, <em>\u00ab\u00a0son style et la fa\u00e7on dont elle se maquille\u00a0\u00bb<\/em>. Vid\u00e9o \u00e0 l\u2019appui, la starlette explique avoir subi une \u00ab dermabrasion \u00bb, v\u00e9ritable pon\u00e7age de l\u2019\u00e9piderme, gr\u00e2ce \u00e0 de petites meules abrasives. <em>\u00ab\u00a0Elle snappait en direct depuis la clinique. J\u2019ai tout suivi. On voyait super bien que ses pores \u00e9taient referm\u00e9s, que sa peau \u00e9tait plus belle\u00a0\u00bb<\/em>, raconte Julie, qui lui embo\u00eete le pas dans les semaines qui suivent. Trois s\u00e9ances de soixante euros chacune pour lisser, via des acides de fruits, sa peau \u00e0 tendance un peu acn\u00e9ique. Comme la com\u00e9dienne, elle a aussi fait redessiner ses sourcils au maquillage permanent. <em>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas du copier-coller. Mais suivre ces filles-l\u00e0 nous donne de bonnes infos, de vrais conseils \u00bb<\/em>, assure Julia qui n\u2019\u00e9carte pas la possibilit\u00e9 de la chirurgie <em>\u00ab\u00a0si j\u2019en ai besoin un jour\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la pause-d\u00e9jeuner, dans la salle de repos d\u2019une administration du 15e arrondissement, cinq femmes se sont rassembl\u00e9es autour de la table. Karima, Nadia et Fiona sont <em>\u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9es sur le billard\u00a0\u00bb<\/em>. Les deux autres n\u2019en voient pas l\u2019int\u00e9r\u00eat. Karima, cinquante ans et trois enfants, a des cheveux mi-longs, blonds, en partie relev\u00e9s par une pince. Regard ourl\u00e9 de noir, talons hauts et jean moulant, elle cumule une pose d\u2019anneau gastrique (qui lui a permis de perdre plus de vingt kilos), plusieurs liftings (n\u00e9cessaires apr\u00e8s cette perte de poids massive), mais aussi rhinoplastie, injections\u2026 Devant sa tasse de caf\u00e9, la quinqua \u2013 qui ne fait franchement pas son \u00e2ge \u2013 revendique son droit d\u2019avoir un corps qui lui pla\u00eet.\u00a0Fiona, vingt-neuf ans, m\u00e8re d\u2019un petit gar\u00e7on, a subi une pose d\u2019implants mammaires, des injections labiales et fait r\u00e9guli\u00e8rement du maquillage permanent, de la bouche et des yeux. <em>\u00ab\u00a0Avec la chirurgie esth\u00e9tique, on a le contr\u00f4le sur son corps\u00a0; on peut faire ce que l\u2019on veut\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, soutient-elle.<\/p>\n<p>Dans ces quartiers Nord plus connus pour les r\u00e8glements de compte, le trafic de drogue ou la crainte de radicalit\u00e9 religieuse, les femmes trouveraient dans la chirurgie esth\u00e9tique un moyen d\u2019affirmer leur f\u00e9minit\u00e9, voire leur libert\u00e9\u00a0? La question fait bondir le professeur Abdessamad Dialmy, sociologue de la sexualit\u00e9, du genre et de la religion \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Rabat au Maroc.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Cette tentative de se changer est encadr\u00e9e par une vision patriarcale de la soci\u00e9t\u00e9. Plus la femme s\u2019envisage comme corps devant s\u00e9duire ou \u00e0 s\u00e9duire, plus elle s\u2019ali\u00e8ne\u00a0; car moins elle se d\u00e9finit par rapport \u00e0 son intelligence ou \u00e0 ses comp\u00e9tences. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-29664\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-5-f6d.png\" alt=\"sans_titre-5.png\" align=\"left\" width=\"486\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-5-f6d.png 486w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/sans_titre-5-f6d-300x201.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 486px) 100vw, 486px\" \/><small>Sonia (d\u00e9bardeur,) Kamelia (tee-shirt rose) et Fiona (gilet noir) arborent le triptyque marseillais : mammoplasties, injections et maquillage permanent.<\/small><\/p>\n<h2>Abus de candeur<\/h2>\n<p>Au pied de son petit immeuble de La Viste (15e), Sonia arrange des m\u00e8ches de cheveux que le froid mistral de novembre d\u00e9coiffe sans cesse. Employ\u00e9e dans une salle de sport du secteur, cette belle jeune femme aux origines alg\u00e9riennes a augment\u00e9 sa poitrine et repulp\u00e9 ses l\u00e8vres. Dans quelques mois, elle subira une rhinoplastie. L\u2019argent\u00a0? <em>\u00ab\u00a0On se d\u00e9brouille\u2026<\/em>, glisse-t-elle dans un sourire. <em>J\u2019en paye un peu, mon mec m\u2019en offre une partie.\u00a0\u00bb<\/em> Dans cette ville o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie parall\u00e8le p\u00e8se lourd, d\u00e9bourser 4000 euros \u2013 en liquide \u2013 pour une paire de seins tout neufs n\u2019\u00e9tonne plus personne. Et ne d\u00e9pla\u00eet pas \u00e0 tous les praticiens. Souad, la trentaine flamboyante, l\u2019avoue sans d\u00e9tour. Sa pose d\u2019implants mammaires (\u00e0 5000 euros) a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9e, en cash, par son premier \u00e9poux, <em>\u00ab\u00a0un peu voyou\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Celles qui ont moins les moyens <em>\u00ab essayent de trouver des bons tarifs\u00a0\u00bb<\/em>. Comme Malika, qui le regrette am\u00e8rement aujourd\u2019hui. Attabl\u00e9e \u00e0 la terrasse d\u2019un bar de l\u2019Estaque, cette quadra a <em>\u00ab\u00a0bien cru y passer\u00a0\u00bb<\/em>. Pose d\u2019un anneau gastrique qui tourne \u00e0 l\u2019infection quasi g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, lifting du ventre compl\u00e8tement rat\u00e9\u2026 <em>\u00ab\u00a0Mon corps, maintenant c\u2019est Beyrouth\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, l\u00e2che cette intervenante en centre social dans un soupir. Le Dr Abs s\u2019en d\u00e9sole\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Les mauvais praticiens profitent de cette demande en hausse dans les quartiers peu favoris\u00e9s. Ils abusent de la candeur de ces nouvelles patientes en cassant les prix. Quitte \u00e0 injecter des produits mal dos\u00e9s, non st\u00e9riles voire carr\u00e9ment p\u00e9rim\u00e9s, ou \u00e0 pratiquer des interventions qu\u2019ils ne ma\u00eetrisent pas forc\u00e9ment\u2026\u00a0\u00bb<\/em> L\u2019ombre du docteur Maure, surnomm\u00e9 \u00ab le boucher de la chirurgie esth\u00e9tique \u00bb, condamn\u00e9 \u00e0 Marseille en septembre 2008 \u00e0 quatre ans de prison dont trois ferme pour tromperie aggrav\u00e9e, publicit\u00e9 mensong\u00e8re et mise en danger d\u2019autrui, plane toujours sur ces quartiers.<\/p>\n<p>Autre tendance\u00a0: l\u2019op\u00e9ration en Tunisie, au Maroc ou en Alg\u00e9rie. Certaines amies de Radjaa, miss beaut\u00e9 du Maghreb 2016, ont franchi le pas. <em>\u00ab\u00a0Pas mal de filles partent l\u2019\u00e9t\u00e9 au bled. Elles font les implants des fesses, des seins, les injections, le nez\u2026 Au Maghreb, c\u2019est moins tabou qu\u2019ici. Les pubs des cliniques passent en boucle \u00e0 la t\u00e9l\u00e9.\u00a0Par contre, c\u2019est souvent plus ostentatoire\u00a0\u00bb<\/em>, souligne la reine de beaut\u00e9. <em>\u00ab\u00a0Certaines de ces clientes demandent tr\u00e8s clairement que, quelle que soit l\u2019intervention pratiqu\u00e9e, cela se voie\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit le Dr Marinetti, dans son bureau immacul\u00e9 de la clinique Ph\u00e9nicia. Il conclut\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Car la chirurgie esth\u00e9tique est aussi une fa\u00e7on, pour cette population d\u2019origine modeste, d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un signe ext\u00e9rieur de richesse\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>Agn\u00e8s Gambey<\/strong><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12428 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/1-8-5e7.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/1-8-5e7-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"1-8.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/sans_titre-2-06b.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/sans_titre-2-06b-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sans_titre-2.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/sans_titre-3-3bd.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/sans_titre-3-3bd-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sans_titre-3.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/sans_titre-4-89f.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/sans_titre-4-89f-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sans_titre-4.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/sans_titre-5-b49.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/sans_titre-5-b49-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sans_titre-5.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Injections, implants mammaires, liposuccions\u2026 dans les quartiers populaires de Marseille, les femmes ont de plus en plus recours \u00e0 la chirurgie esth\u00e9tique. Sous l\u2019influence de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9, des st\u00e9r\u00e9otypes sur la f\u00e9minit\u00e9\u2026 et d\u2019un d\u00e9sir d\u2019opulence paradoxale.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":29660,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[449],"class_list":["post-12428","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe","tag-marseille"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12428","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12428"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12428\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/29660"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12428"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12428"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12428"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}