{"id":12382,"date":"2020-06-24T08:59:11","date_gmt":"2020-06-24T06:59:11","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-et-on-voudrait-que-j-aie-le-moral\/"},"modified":"2023-07-03T14:33:02","modified_gmt":"2023-07-03T12:33:02","slug":"article-et-on-voudrait-que-j-aie-le-moral","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12382","title":{"rendered":"\u00ab Et on voudrait que j\u2019aie le moral \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Cette semaine, dans ses \u00ab choses lues \u00bb, Monsieur Marx d\u00e9cortique la politique \u00e9conomique pr\u00e9vue pour la sortie de crise du Covid-19. Et le changement, c&#8217;est pas maintenant !<\/p>\n<p>Face \u00e0 la crise \u00e9conomique \u00ab post-Covid \u00bb, l\u2019enjeu de la politique \u00e9conomique est au fond de m\u00eame nature que celui de l\u2019apr\u00e8s \u00ab crise des subprimes \u00bb de 2008 : repartir comme avant avec le moins de changements possibles ou commencer \u00e0 changer vraiment. On sait ce qu\u2019il est advenu \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/economie\/les-choses-lues-par-monsieur-marx\/article\/500-milliards-d-euros-mis-sur-la-table-sans-blague\">500 milliards d\u2019euros mis sur la table ? Sans blague !<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00ab Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que l\u2019on nous fait le coup du moment keyn\u00e9sien<\/em>, <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/relance-economique-sommes-nous-vraiment-tous-devenus-keynesiens-140097?fbclid=IwAR0FmDOJcjTlDSPhocCoh0KBYVEIwBKlek2USFFMvSmgmXAGNxEc2N1c0KI\">expliquent les \u00e9conomistes post-keyn\u00e9siens Jean-Fran\u00e7ois Ponsot et Jonathan Marie<\/a>. <em>La derni\u00e8re fois, c\u2019\u00e9tait en 2009-2010 dans le sillage de la crise financi\u00e8re globale. Mais son effet a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s limit\u00e9. Les \u00e9ph\u00e9m\u00e8res politiques de relance ont vite c\u00e9d\u00e9 le pas aux politiques de &#8220;consolidation budg\u00e9taire&#8221; et Keynes est retourn\u00e9 dans les rayons de l\u2019histoire de la pens\u00e9e \u00e9conomique. \u00bb<\/em> <em>\u00ab Il faut<\/em>, ajoutent-ils, <em>se m\u00e9fier \u00e9galement du retour soudain et exalt\u00e9 \u00e0 des penseurs d\u00e9funts en p\u00e9riode de crise \u00bb<\/em>. Par exemple, <em>\u00ab le fameux &#8220;moment Minsky&#8221;. Lors de la crise financi\u00e8re de 2008 a mis sur le devant de la sc\u00e8ne cet \u00e9conomiste h\u00e9t\u00e9rodoxe oubli\u00e9, car son analyse montrait parfaitement comment les cycles financiers pouvaient g\u00e9n\u00e9rer de l\u2019instabilit\u00e9 et des crises financi\u00e8res. Dans les faits, aucune le\u00e7on n\u2019en a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e pour mettre fin aux exc\u00e8s de la finance d\u00e9r\u00e9gul\u00e9e. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>S\u2019agissant de la France on sait aussi ce qu\u2019il en est advenu en 2012 avec Fran\u00e7ois Hollande qui double la mise au lieu du changement de cap promis le temps de la campagne \u00e9lectorale. Et avec Emmanuel Macron, un acharnement dans la m\u00eame th\u00e9rapie, en pire : baisse des cotisations sociales des entreprises et de la taxation des profits, baisse de la taxation du capital et de ses revenus du capital, r\u00e9formes du march\u00e9 du travail, tentative de r\u00e9forme r\u00e9gressive des retraites, nouvelles privatisations, poursuite de la maltraitance des services publics de sant\u00e9, d\u2019\u00e9ducation, de recherche.<\/p>\n<p>Le mantra de cette politique \u00e9conomique est le pr\u00e9tendu pouvoir cr\u00e9ateur d\u2019emploi du patrimoine financier : seules les entreprises guid\u00e9es par le but du profit et la gestion actionnariale cr\u00e9ent des emplois, pas l\u2019\u00c9tat, ni le secteur public. Le discours sur les premiers de cord\u00e9e, rappelle Thomas Piketty[[Thomas Piketty : \u00ab Nous avons besoin d\u2019un vrai tournant social \u00bb entretien au <em>Journal Du Dimanche<\/em>, 21 juin 2020]]en est un marqueur phare <em>\u00ab avec une promesse de prosp\u00e9rit\u00e9 pour tous \u00e0 condition de donner davantage de moyens financiers aux plus favoris\u00e9s, de r\u00e9compenser le succ\u00e8s, ceux qui cr\u00e9ent des entreprises et investissent \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui Emmanuel Macron parle beaucoup de changement. Mais, derri\u00e8re les mots souvent vides, les actes mis en \u0153uvre ou annonc\u00e9s disent le contraire. Et le cr\u00e9dit de la parole pr\u00e9sidentielle suraccumul\u00e9e continue de se d\u00e9valoriser. <\/p>\n<h2>Une crise tr\u00e8s sp\u00e9cifique<\/h2>\n<p>La crise actuelle est \u00e9videmment tr\u00e8s sp\u00e9cifique par rapport \u00e0 la crise pr\u00e9c\u00e9dente de 2008-2009. <a href=\"http:\/\/alencontre.org\/laune\/le-capitalisme-sur-le-fil-du-rasoir.html)ou Philippe L\u00e9g\u00e9 ( http:\/\/atterres.org\/sites\/default\/files\/Note%20EA%20Crise%20mixte_0.pdf\">Les \u00e9conomistes tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rodoxes comme Michel Husson soulignent<\/a> le fait qu\u2019elle n\u2019est pas <em>\u00ab endog\u00e8ne \u00bb<\/em> au fonctionnement du syst\u00e8me \u00e9conomique. Au-del\u00e0 de ce d\u00e9bat non n\u00e9gligeable, on peut s\u2019accorder sur les sp\u00e9cificit\u00e9s de la crise \u00e9conomique li\u00e9e \u00e0 la pand\u00e9mie de la Covid-19.<\/p>\n<ul>\n<li> Le coronavirus n\u2019a pas frapp\u00e9 un organisme \u00e9conomique sain mais un grand corps malade du capitalisme financiaris\u00e9, marqu\u00e9 avant m\u00eame le d\u00e9clenchement de la pand\u00e9mie par un ralentissement de l\u2019activit\u00e9 et de la productivit\u00e9, un surendettement des entreprises et des politiques mon\u00e9taires soutenant, d\u00e9j\u00e0, presque quoiqu\u2019il en co\u00fbte, la croissance des pays du Nord.<\/li>\n<li> La crise est mondiale. L\u2019impact \u00e9conomique de la crise sanitaire est diff\u00e9renci\u00e9 selon les pays. Il est aggrav\u00e9 dans la plupart des pays \u00e9mergents et dans les pays en d\u00e9veloppement par leurs grandes vuln\u00e9rabilit\u00e9s \u00e9conomiques, sociales et financi\u00e8res. <\/li>\n<li> La crise frappe de fa\u00e7on diff\u00e9renci\u00e9e selon les secteurs. Les d\u00e9g\u00e2ts ne sont pas inflig\u00e9s \u00e9quitablement rappelle Michel Husson. Outre les secteurs industriels de l\u2019automobile et de l\u2019a\u00e9ronautique, <em>\u00ab les secteurs de services, les plus frapp\u00e9s emploient en g\u00e9n\u00e9ral beaucoup de main-d\u2019\u0153uvre, souvent \u00e0 bas salaires, sur contrats pr\u00e9caires, pour qui le travail \u00e0 distance est souvent impossible. Selon l\u2019OCDE, plus d\u2019un tiers des entreprises serait confront\u00e9 \u00e0 des probl\u00e8mes de tr\u00e9sorerie apr\u00e8s trois mois de confinement \u00bb<\/em>. Et les disparit\u00e9s sont \u00e9galement fortes entre les pays, notamment en fonction de leurs d\u00e9pendances vis-\u00e0-vis des chaines de valeurs mondialis\u00e9es ou du mod\u00e8le de tourisme massifi\u00e9. Avec, par exemple, des r\u00e9cessions d\u2019ampleurs diff\u00e9rentes entre l\u2019Europe du Nord et l\u2019Europe du Sud, France comprise.<\/li>\n<li> Face \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, on a effectivement assist\u00e9 \u00e0 un v\u00e9ritable bouleversement. <em>\u00ab Les Etats et les institutions ont jet\u00e9 aux orties tous leurs principes<\/em>, explique Michel Husson, <em>et on peut m\u00eame avancer que leur r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de la crise : elles ont agi comme si nos vies valaient mieux que leurs profits. \u00bb<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Le propos est volontairement provocateur. Mais c\u2019est pour mieux \u00e9clairer la question qui se pose maintenant : est-il dans l\u2019intention des dirigeants politiques et \u00e9conomiques de continuer sur la voie de ce grand bouleversement ? Ou cherchent-ils au contraire \u00e0 concevoir et \u00e0 mettre en \u0153uvre la sortie de crise comme un retour au r\u00e9gime- si possible verdi- de la croissance d\u2019avant, celui de l\u2019accumulation du capital et des profits priv\u00e9s ? <\/p>\n<h2>Retour de manivelle<\/h2>\n<p> <a href=\"http:\/\/atterres.org\/sites\/default\/files\/Note%20EA%20Apr%C3%A8s%20Coronavirus.pdf\">Michel Husson, Alain L\u00e9g\u00e9 ou Henri Sterdyniak soulignent<\/a> la menace d\u2019un retour de manivelle. Et <a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/economie\/france\/des-gilets-jaunes-aux-gilets-rouges-cet-economiste-alerte-contre-la-tentation-austeritaire-850466.html\">Ga\u00ebl Giraud alerte<\/a> contre la tentation aust\u00e9ritaire. La pression va \u00eatre forte du c\u00f4t\u00e9 patronal et de ses \u00e9conomistes, explique ainsi Henri Sterdyniak. <em>\u00ab Pour eux la sortie de crise demanderait essentiellement une forte baisse des imp\u00f4ts \u00e0 la production, des mesures d\u2019aides \u00e0 l\u2019investissement (possibilit\u00e9 d\u2019amortissement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9), un nouvel all\u00e8gement du droit du travail (qui, dans l\u2019id\u00e9al, reposerait uniquement sur les normes europ\u00e9ennes et des accords d\u2019entreprises), la sous indexation durable (ou mieux la baisse) du SMIC et des prestations sociales, des mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 pour r\u00e9duire les d\u00e9penses publiques et sociales (\u00e0 la fois pour baisser les imp\u00f4ts et les cotisations sociales et pour r\u00e9duire la dette publique). Pour maintenir leur emploi, les salari\u00e9s devraient accepter des baisses de salaire ou des hausses de la dur\u00e9e du travail \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><em>\u00ab Les entreprises ont subi 40 milliards d\u2019euros de perte<\/em>, explique de son c\u00f4t\u00e9 Michel Husson. <em>Cela signifie qu\u2019en huit semaines, elles ont perdu l\u2019\u00e9quivalent du Cr\u00e9dit d\u2019imp\u00f4t pour la comp\u00e9titivit\u00e9 et l\u2019emploi (CICE) mis en place sous Fran\u00e7ois Hollande. Tout cet effort \u00e9conomique, ce transfert depuis l\u2019\u00c9tat vers les entreprises, a disparu le temps du confinement. Cela correspond \u00e0 une chute de 3 points du taux de marge des entreprises, c\u2019est \u00e9norme. Tout indique que l\u2019on s\u2019achemine vers des dispositifs qui feront de la masse salariale l\u2019une des principales variables d\u2019ajustement permettant de r\u00e9tablir la profitabilit\u00e9 des entreprises. R\u00e9duction du ch\u00f4mage partiel, accords de maintien de l\u2019emploi, allongement de la dur\u00e9e du travail, automatisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e : tous les indices sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 de cette orientation. Cela veut dire qu\u2019on vise \u00e0 une reprise sans emploi, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 relancer l\u2019\u00e9conomie en r\u00e9duisant au maximum les effectifs \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Comme en \u00e9cho, et pour bien marquer la continuit\u00e9 id\u00e9ologique de la politique \u00e9conomique \u00e0 mettre en \u0153uvre, l\u2019\u00e9conomiste Jean Pisani-Ferry, membre de la nouvelle Commission d\u2019experts pr\u00e9sidentielle, <a href=\"https:\/\/www.europe1.fr\/emissions\/L-interview-de-7h40\/relance-economique-jean-pisani-ferry-affirme-quil-ne-faut-surtout-pas-augmenter-les-impots-3975021\">ass\u00e8ne<\/a> : <em>\u00ab Il ne faut surtout pas augmenter les imp\u00f4ts maintenant \u00bb<\/em>. Ni m\u00eame <em>\u00ab en parler \u00bb<\/em>. <em>\u00ab M\u00eame si bien entendu il y aura une addition qu\u2019il faudra payer \u00bb<\/em>. Dans le m\u00eame temps, <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2020\/06\/10\/trois-economistes-proposent-un-plan-pour-limiter-l-explosion-du-chomage-et-des-faillites_6042367_3234.html\">il plaide avec ses coll\u00e8gues Olivier Blanchard et Thomas Philippon<\/a> pour que les \u00c9tats continuent de payer une partie des salaires des entreprises en difficult\u00e9 mais viables, afin de mieux garantir la reconstitution de leurs marges et pr\u00e9tendument la relance de leurs investissements.<\/p>\n<p>Bref, reprendre le chemin des vieilles recettes remises au gout du jour des d\u00e9penses publiques pour financer les pertes priv\u00e9es avant que ne vienne, in\u00e9vitablement, le moment o\u00f9 il faudra payer les factures.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment <a href=\"https:\/\/www.icrict.com\/icrict-documentsthe-global-pandemic-sustainable-economic-recovery-and-international-taxation\">l\u2019\u00e9conomiste am\u00e9ricain Joseph Stiglitz, le Fran\u00e7ais Thomas Piketty, l\u2019indienne Jayati Ghosh et le Colombien Jos\u00e9 Antonio Ocampo plaident<\/a> au nom de la Commission ind\u00e9pendante pour la r\u00e9forme de la fiscalit\u00e9 internationale des soci\u00e9t\u00e9s (<a href=\"https:\/\/www.icrict.com\/icrict-documentsthe-global-pandemic-sustainable-economic-recovery-and-international-taxation\">ICRICT<\/a>) pour qu\u2019au contraire on en parle d\u2019urgence et pour qu\u2019on en fasse une priorit\u00e9 d\u2019action internationale. Compte tenu du besoin urgent de ressources fiscales, expliquent-ils, le maintien des r\u00e8gles fiscales actuelles ne sera pas suffisant. \u00c0 mesure que les b\u00e9n\u00e9fices diminueront (sauf peut-\u00eatre pour les grandes multinationales du commerce \u00e9lectronique et les fournisseurs de produits m\u00e9dicaux), les recettes de l\u2019imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s diminueront \u00e9galement. La pand\u00e9mie renforce donc la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une plus grande coop\u00e9ration internationale dans des secteurs comme la sant\u00e9, les transports, l\u2019\u00e9cologie et la finance en particulier. Il en va de m\u00eame pour la fiscalit\u00e9. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment ils r\u00e9clament un Imp\u00f4t mondial sur les soci\u00e9t\u00e9s (avec un taux effectif minimum d\u2019imposition de 25% sur les soci\u00e9t\u00e9s multinationales), des taxes progressives sur les services num\u00e9riques, la transparence sur la richesse offshore. <\/p>\n<p>L\u2019espoir du c\u00f4t\u00e9 des tenants de ce retour \u00e0 la normale n\u00e9olib\u00e9rale est que cela marche. Le retour des marges gr\u00e2ce \u00e0 la baisse des co\u00fbts salariaux et aux soutiens publics pourraient se conjuguer avec un retour de la demande par la confiance retrouv\u00e9e des consommateurs. Une reprise des investissements pourrait se conjuguer avec une reprise ult\u00e9rieure de l\u2019emploi et une d\u00e9crue progressive du ch\u00f4mage. Ce serait le miracle de la reprise en V. Mais c\u2019est un mirage.<\/p>\n<p>On ne peut pas viser en m\u00eame temps une reprise de la croissance sans emploi, avec une baisse des co\u00fbts salariaux, un ch\u00f4mage massif durable, mais, et une reprise de la consommation comme avant. De surcro\u00eet, alors que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie mondiale n\u2019est pas finie et que perdurent les risques de rebond.<\/p>\n<p>La relance esp\u00e9r\u00e9e des investissements priv\u00e9s est dans ces conditions tout aussi probl\u00e9matique qui plus est dans un contexte d\u2019endettement massif des entreprises.<\/p>\n<p>Ces contradictions internes de ces politiques de relance sont d\u2019autant plus fortes qu\u2019elles jouent aussi au niveau europ\u00e9en et au niveau mondial. Le plan de relance europ\u00e9en est trop limit\u00e9 et la politique de la banque centrale europ\u00e9enne est elle-m\u00eame trop ax\u00e9e sur la continuation de l\u2019accumulation du capital \u00ab comme avant \u00bb.[[Nicolas Dufr\u00eane, le directeur de l\u2019institut Rousseau r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9, souligne qu\u2019avec le nouveau programme de refinancement des banques (LTRO) mis en place le 18 juin, la Banque Centrale Europ\u00e9enne met sur la table plus de 1308 milliards d\u2019euros de pr\u00eats \u00e0 taux n\u00e9gatifs aux banques. Cela repr\u00e9sentera plus de 13 milliards d\u2019euros de dons aux banques d\u00e8s cette ann\u00e9e. Les pr\u00eats de la BCE ne sont pas du tout fl\u00e9ch\u00e9s vers le financement de la sant\u00e9 ou de l\u2019\u00e9cologie. <em>\u00ab En 2008<\/em>, conclut-il, <em>nous avions \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9s de la socialisation des pertes et la privatisation des profits sans rien faire, sinon des r\u00e9formes cosm\u00e9tiques. Nous avons d\u00e9sormais fait mieux en passant dans une phase de couverture int\u00e9grale des pertes et de fabrication artificielle des profits gr\u00e2ce \u00e0 une banque centrale dont l\u2019ind\u00e9pendance farouche vis-\u00e0-vis des \u00c9tats n\u2019a d\u2019\u00e9gale que sa complaisance et sa d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du syst\u00e8me financier priv\u00e9 \u00bb<\/em>.]] Comme l\u2019explique Michel Husson, on doit donc s\u2019attendre \u00e0 ce que <em>\u00ab les m\u00eames pays qui, c\u00f4t\u00e9 cour, consentent, m\u00eame en tra\u00eenant des pieds, \u00e0 emprunter ensemble pour couvrir leurs dettes, s\u2019affronteront, c\u00f4t\u00e9 jardin, dans une concurrence exacerb\u00e9e pour la conqu\u00eate ou la pr\u00e9servation de leurs parts de march\u00e9. Cette concurrence pourrait fort bien se combiner avec une tendance au protectionnisme invoquant la n\u00e9cessit\u00e9 de retrouver une souverainet\u00e9 mise \u00e0 mal par la mondialisation \u00bb<\/em>. Au-del\u00e0 de l\u2019Europe, le bras de fer initi\u00e9 par Trump vis-\u00e0-vis de la Chine est appel\u00e9 \u00e0 s\u2019intensifier. Cette combinaison paradoxale entre comp\u00e9titivit\u00e9 offensive et protectionnisme d\u00e9fensif est selon l\u2019\u00e9conomiste <em>\u00ab finalement assez coh\u00e9rente avec le m\u00e9lange de n\u00e9o-lib\u00e9ralisme et d\u2019autoritarisme qui caract\u00e9rise aujourd\u2019hui la &#8220;gouvernance&#8221; de nombreux pays \u00bb<\/em>. Mais c\u2019est, au total, un facteur durable de d\u00e9pression et de d\u00e9sorganisation de l\u2019\u00e9conomie mondiale avec des effets tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9s selon les pays. <\/p>\n<h2>Les facteurs d\u2019optimisme<\/h2>\n<p>Les facteurs d\u2019optimisme ne se trouvent donc pas de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0. Ils se situent d\u2019abord dans ce que Michel Husson appelle <em>\u00ab le grand d\u00e9voilement \u00bb<\/em> g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par cette crise, \u00e0 cet \u00e9gard aussi, tr\u00e8s sp\u00e9cifique. <em>\u00ab Tout ce qui forgeait notre repr\u00e9sentation d\u2019une \u00e9conomie efficace est battu en br\u00e8che<\/em>, <a href=\"https:\/\/www.xerficanal.com\/economie\/emission\/Olivier-Passet-La-faillite-financiere-de-la-pensee-progressiste_3748530.html\">souligne l\u2019\u00e9conomiste Olivier Passet<\/a>, <em>de l\u2019abolition des distances \u00e0 l\u2019allongement des cha\u00eenes de valeur, de la division toujours plus pouss\u00e9e du travail au z\u00e9ro stock et aux flux tendus \u00bb<\/em>. Et inversement, <em>\u00ab tout ce qui faisait figure d\u2019archa\u00efsme, revient en force \u00bb<\/em> : des circuits courts, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des approvisionnements, de la planification et la coordination strat\u00e9gique par la puissance publique, \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de la socialisation physique par le travail et <em>\u00ab \u00e0 l\u2019importance du salariat dans la gestion du partage des risques au moment o\u00f9 les freelance, les ind\u00e9pendants se retrouvent sans filet \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le confinement a aussi montr\u00e9 que le consum\u00e9risme n\u2019est pas la panac\u00e9e. La d\u00e9monstration est aussi faite que la hi\u00e9rarchie des salaires et des revenus et les in\u00e9galit\u00e9s des conditions de vie sont injustifiables et insupportables. <em>\u00ab Tout ceci<\/em>, conclut Michel Husson, <em>concourt \u00e0 faire na\u00eetre de redoutables interrogations quant aux bienfaits de l\u2019ordre social existant et \u00e0 son caract\u00e8re immuable \u00bb<\/em>. Les <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-midinale\/article\/sandra-regol-en-9-mois-150-citoyens-ont-fait-plus-que-la-majorite\">r\u00e9sultats de la convention citoyenne sur le climat<\/a> sont \u00e0 de ce point de vue significatives. Au-del\u00e0 de l\u2019objectif initial de r\u00e9duction des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, les 150 citoyens et citoyennes tir\u00e9s au sort ne se sont pas tenus enferm\u00e9s dans les r\u00e8gles de fonctionnement du syst\u00e8me actuel. Ils croient possible d\u2019aller vers un nouveau mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Le <a href=\"https:\/\/france.attac.org\/IMG\/pdf\/le_plan_de_sortie_de_crise.pdf\">plan de sortie de crise<\/a> propos\u00e9 par un ensemble in\u00e9dit d\u2019organisations syndicales et sociales est un autre signe que les aspirations \u00e0 des transformations radicales s\u2019\u00e9largissent socialement, culturellement et qu\u2019elles peuvent se rassembler. <em>\u00ab On peut parier<\/em>, affirme Philippe L\u00e9g\u00e9, s<em>ur un changement culturel li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9composition de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie n\u00e9olib\u00e9rale. Ce fiasco est l\u2019occasion d\u2019attirer une part de &#8220;l\u2019\u00e9lite&#8221; et des cadres vers des organisations associatives, syndicales ou politiques portant un autre projet de soci\u00e9t\u00e9. L\u2019alliance des cadres et des classes populaires est une des nombreuses conditions n\u00e9cessaires pour &#8220;en finir avec le n\u00e9olib\u00e9ralisme&#8221; et bifurquer vers la voie du progr\u00e8s social \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>Un motif d\u2019optimisme. Sans doute. Une occasion \u00e0 ne pas rater. \u00c0 coup s\u00fbr !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/bernard-marx\"><strong>Bernard Marx<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12382 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/marx-42-e25.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/marx-42-e25-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"marx-42.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette semaine, dans ses \u00ab choses lues \u00bb, Monsieur Marx d\u00e9cortique la politique \u00e9conomique pr\u00e9vue pour la sortie de crise du Covid-19. 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