{"id":12376,"date":"2020-06-22T10:06:46","date_gmt":"2020-06-22T08:06:46","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-il-faut-ouvrir-le-debat-sur-la-question-du-passe-colonial-raciste-de-l-europe\/"},"modified":"2023-06-24T00:00:04","modified_gmt":"2023-06-23T22:00:04","slug":"article-il-faut-ouvrir-le-debat-sur-la-question-du-passe-colonial-raciste-de-l-europe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12376","title":{"rendered":"\u00ab Il faut ouvrir le d\u00e9bat sur la question du pass\u00e9 colonial, raciste, de l&#8217;Europe \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Quelle m\u00e9moire de la colonisation et de l&#8217;esclavage quand le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique refuse toute discussion ? Que penser des mobilisations antiracistes, des statues que l&#8217;on d\u00e9boulonne ? On a caus\u00e9 avec Karfa Diallo.<\/p>\n<p><em>Place de la Bourse, Bordeaux. Sous une pluie battante, on devine les mascarons aux visages d&#8217;esclaves qui ornent les fa\u00e7ades des b\u00e2timents. Alors que le d\u00e9bat sur la place des statues et autres symboles de la colonisation dans l&#8217;espace public fait rage, cette place, majestueuse, raconte \u00e9galement sa petite histoire. En son centre, la fontaine des Trois Gr\u00e2ces. Longtemps cet endroit fut appel\u00e9 place royale, au milieu de laquelle chevauchait Louis XV. En 1792, elle devint place de la Libert\u00e9, la statue du roi est fondu pour devenir canons. Avec Napol\u00e9on, elle fut place imp\u00e9rial, puis place royale en 1815. \u00c7a n&#8217;est qu&#8217;en 1848 qu&#8217;elle sera baptis\u00e9e place de la Bourse et en 1869 que les trois filles de Zeus s&#8217;y install\u00e8rent. Et c&#8217;est juste derri\u00e8re cette place que nous allons \u00e0 la rencontre de <strong>Karfa Diallo<\/strong>, directeur fondateur de M\u00e9moires et Partages.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong> <em>Regards<\/em>. Avant de commencer, pouvez-vous nous dire ce qu&#8217;est M\u00e9moires et Partages ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Karfa Diallo.<\/strong> C&#8217;est une association internationale bas\u00e9e \u00e0 Bordeaux depuis 2011, mais aussi \u00e0 Dakar au S\u00e9n\u00e9gal. Cette association travaille sur la m\u00e9moire de l&#8217;esclavage, la traite, le racisme, avec une r\u00e9sonance au S\u00e9n\u00e9gal bien s\u00fbr, mais aussi au B\u00e9nin et en Guin\u00e9e, ainsi que sur toute la c\u00f4te Atlantique, de Bordeaux jusqu&#8217;au Havre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/deboulonner-statues-totems-et-tabous-francais\">D\u00e9boulonner statues, totems et tabous fran\u00e7ais&#8230; ou pas ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le travail que vous menez est-il diff\u00e9rent en France et en Afrique ?<\/strong><\/p>\n<p>La diff\u00e9rence essentielle, c&#8217;est sur la question du racisme. Le faire en Afrique est important pour nous parce que c&#8217;est ce continent qui a subi la saign\u00e9e humaine pendant quatre si\u00e8cles. En 2010, nous \u00e9tions effar\u00e9s de constater qu&#8217;aucun pays africain n&#8217;avait qualifi\u00e9 cette histoire, n&#8217;avait inscrit cette trag\u00e9die dans son corpus l\u00e9gislatif pour dire que ce qu&#8217;il s&#8217;est pass\u00e9 pendant cette p\u00e9riode est un crime contre l&#8217;humanit\u00e9. En 2010, nous avions profit\u00e9 du cinquanti\u00e8me anniversaire des ind\u00e9pendances africaines pour sensibiliser l&#8217;ancien pr\u00e9sident du S\u00e9n\u00e9gal Abdoulaye Wade sur cet anachronisme. C&#8217;est qu&#8217;en Afrique, on a aussi des ph\u00e9nom\u00e8nes de collaboration qui sont tr\u00e8s tenaces, qui ont constitu\u00e9 aujourd&#8217;hui une sorte d&#8217;\u00e9lite, descendante de ceux qui participaient \u00e0 ce commerce. Ce qui fait que les chefs d&#8217;\u00c9tat, pris par les urgences du d\u00e9veloppement, ont toujours eu peur d&#8217;aborder cette question. L&#8217;esclavage en Afrique n&#8217;est pas un esclavage racialis\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire d&#8217;explication, de construction de la sup\u00e9riorit\u00e9 d&#8217;un certain peuple sur l&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9 des autres. La diff\u00e9rence est l\u00e0, c&#8217;est un esclavage de captivit\u00e9 \u2013 qui est aussi condamnable puisqu&#8217;il y a d\u00e9possession de l&#8217;identit\u00e9 de la personne \u2013 et, comme l&#8217;esclavage occidental, il y a transmissibilit\u00e9 : c&#8217;est un esclavage h\u00e9r\u00e9ditaire. En Occident, la question du racisme en fait une sp\u00e9cificit\u00e9 \u2013 et le fait qu&#8217;il y ait une diaspora qui subit ce racisme. En cela, ce travail est important sur les deux versants de l&#8217;Atlantique.<\/p>\n<p><strong> <em>\u00ab La R\u00e9publique n\u2019effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. La R\u00e9publique ne d\u00e9boulonnera pas de statue. \u00bb<\/em>  Comment ces mots d&#8217;Emmanuel Macron ont-ils r\u00e9sonn\u00e9 en vous ?<\/strong><\/p>\n<p>Une sorte de col\u00e8re&#8230; J&#8217;ai vraiment eu l&#8217;impression que le pr\u00e9sident Macron nous a vendu une posture qui de plus en plus ne tient plus face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Qu&#8217;un pr\u00e9sident de son \u00e2ge, de sa g\u00e9n\u00e9ration, qu&#8217;on aurait suppos\u00e9 pouvoir comprendre les exigences contemporaines de v\u00e9rit\u00e9 et de justice, qu&#8217;un pr\u00e9sident comme cela ferme la porte \u00e0 toute discussion sur un sujet aussi important, qui mobilise aussi fortement des jeunes du monde entier, oui, il y avait un sentiment de col\u00e8re, mais aussi un sentiment de d\u00e9ception. Il me semble que, si sa position est de fermer la discussion, de refuser le d\u00e9bat, de ne pas admettre qu&#8217;on puisse faire justice \u2013 c&#8217;est-\u00e0-dire r\u00e9parer un crime contre l&#8217;humanit\u00e9 en enlevant la trace de l&#8217;honneur qui a \u00e9t\u00e9 rendu \u00e0 ceux qui l&#8217;ont commis \u2013, on aurait esp\u00e9rer qu&#8217;il d\u00e9finisse un cap, une vision, qu&#8217;il donne une r\u00e9ponse. On n&#8217;a eu qu&#8217;une fermeture, pas une pens\u00e9e de ce qu&#8217;il s&#8217;est pass\u00e9 ces derni\u00e8res semaines. La mort de George Floyd r\u00e9v\u00e8le cela, provoque ces mobilisations importantes que le pr\u00e9sident n&#8217;a pas su comprendre, ou qu&#8217;il n&#8217;a pas voulu comprendre.<\/p>\n<p><strong>C&#8217;est pourtant bien Emmanuel Macron qui avait parl\u00e9 de \u00ab crime contre l&#8217;humanit\u00e9 \u00bb \u00e0 propos de la colonisation&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Absolument, c&#8217;\u00e9tait un contexte \u00e9lectoral, il fallait donner une image moderniste et humaniste \u00e0 son projet. M\u00eame sur cette d\u00e9claration il s&#8217;\u00e9tait r\u00e9tract\u00e9 apr\u00e8s la lev\u00e9e de boucliers qu&#8217;elle avait provoqu\u00e9e. La R\u00e9publique et les institutions semblent tourner autour de ce triptyque : <em>freiner<\/em> d&#8217;abord, <em>r\u00e9cup\u00e9rer<\/em> quand on ne peut plus freiner ou alors <em>\u00e9dulcorer<\/em>. Face \u00e0 des mobilisations sociales qui bousculent la repr\u00e9sentation que ces hommes se font d&#8217;eux-m\u00eames et de ce qu&#8217;ils croient \u00eatre l&#8217;histoire de France, le pr\u00e9sident Macron est tout \u00e0 fait fid\u00e8le \u00e0 cette tradition r\u00e9publicaine.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ce qui est tr\u00e8s int\u00e9ressant, c&#8217;est de noter le lien qui est fait par ces militants entre l&#8217;histoire du racisme que les gens peuvent vivre concr\u00e8tement \u2013 dans l&#8217;emploi, dans le logement, dans les liens avec la police \u2013 et le fait de laisser subsister des honneurs qui ont \u00e9t\u00e9 rendus \u00e0 des gens qui \u00e9taient racistes par le pass\u00e9. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, quel regard posez-vous sur la situation actuelle, des manifestations antiracistes au d\u00e9bat sur les d\u00e9boulonnements de statues ?<\/strong><\/p>\n<p>Je trouve que c&#8217;est une p\u00e9riode extr\u00eamement stimulante dans la mesure o\u00f9, de fa\u00e7on assez paradoxale, la mort d&#8217;un homme r\u00e9v\u00e8le la mort d&#8217;autres hommes, d&#8217;autres morts ces derni\u00e8res ann\u00e9es dont on n&#8217;avait pas suffisamment compris la port\u00e9e : ce sont des jeunes Fran\u00e7ais qui sont morts des violences polici\u00e8res, Steve Maia Cani\u00e7o, Adama Traor\u00e9, Lamine Dieng. Il y en a beaucoup. Mais \u00e7a restait une histoire assez marginale. On peut regretter les formes de l&#8217;influence am\u00e9ricaine mais pour autant, sur cette question-l\u00e0, on peut se f\u00e9liciter que la capacit\u00e9 de l&#8217;Am\u00e9rique \u00e0 imposer cette th\u00e9matique au monde puisse rejoindre des combats qui ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s pendant tr\u00e8s longtemps en solitaire, ici en France. C&#8217;est une p\u00e9riode qui peut permettre d&#8217;ouvrir le d\u00e9bat sur la question du pass\u00e9 colonial, raciste, de l&#8217;Europe et de l&#8217;Occident d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, adoss\u00e9e \u00e0 des mobilisations pluri-raciales. Nous n&#8217;avons pas une mobilisation de membres d&#8217;une communaut\u00e9, ce qui montre que cette question, on commence \u00e0 la concevoir non plus comme une question identitaire mais comme une question politique. Ces mobilisations ont pris une forme assez violente, radicale : d\u00e9boulonner ces statues, qui est une forme d&#8217;interrogation, de remise en cause de symboles qui ornent les villes am\u00e9ricaines et europ\u00e9ennes. Avant, tr\u00e8s peu de gens connaissaient la port\u00e9e de ces symboles. Ce qui est tr\u00e8s int\u00e9ressant, c&#8217;est de noter le lien qui est fait par ces militants entre l&#8217;histoire du racisme que les gens peuvent vivre concr\u00e8tement \u2013 dans l&#8217;emploi, dans le logement, dans les liens avec la police \u2013 et le fait de laisser subsister des honneurs qui ont \u00e9t\u00e9 rendus \u00e0 des gens qui \u00e9taient racistes par le pass\u00e9. On avait l&#8217;impression que cette histoire \u00e9tait derri\u00e8re nous et c&#8217;est pour cela que ces statues ne choquaient pas. Brutalement, on se rend compte qu&#8217;il y a beaucoup de d\u00e9clarations d&#8217;intention mais tr\u00e8s peu de mesures. Ces jeunes, on a pu les laisser encore aujourd&#8217;hui \u00eatre victimes de ce racisme, de ce d\u00e9lit de faci\u00e8s. Le rapport qui est fait avec l&#8217;histoire est, pour beaucoup, \u00e9vident : interroger l&#8217;espace public et pouvoir symboliquement marquer la col\u00e8re, marquer aussi une possible justice puisque cette question du racisme, de l&#8217;esclavage, de la traite, n&#8217;est pas une question morale mais une question \u00e9minemment politique : comment est-ce qu&#8217;on am\u00e9nage des conditions d&#8217;\u00e9panouissement social, \u00e9conomique, culturel des gens qui vivent ensemble et qui sont oblig\u00e9s de vivre ensemble ? Cette exigence est d&#8217;abord une exigence de v\u00e9rit\u00e9. En d\u00e9boulonnant des statues, ces gens disent \u00ab Ce sont des mensonges ces personnages que vous nous pr\u00e9sentez-l\u00e0 comme \u00e9tant des mod\u00e8les ! Ce sont des personnages qui se sont nourris d&#8217;une id\u00e9ologie raciste, violente, qui a tu\u00e9 des millions de personnes et qui continue de g\u00e9n\u00e9rer beaucoup de violence. \u00bb L&#8217;autre exigence, c&#8217;est la justice. Cette histoire de la traite et de l&#8217;esclavage \u2013 et donc du racisme \u2013 a nourri l&#8217;Occident du XV\u00e8me au XIX\u00e8me si\u00e8cle. Lorsque l&#8217;abolition est arriv\u00e9e, les r\u00e9sistances des esclaves ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisives. La R\u00e9publique l&#8217;a souvent oubli\u00e9. En France, on a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 Sch\u0153lcher qui, c&#8217;est vrai, est un homme qui a port\u00e9 un d\u00e9cret extr\u00eamement difficile dans les conditions de l&#8217;\u00e9poque. Mais on a fait de Sch\u0153lcher le sauveur des Noirs, m\u00e9connaissant les autres Noirs qui se sont battus pour l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage. Et puis l&#8217;abolition n&#8217;a pas r\u00e9alis\u00e9 l&#8217;\u00e9galit\u00e9. \u00c7a n&#8217;est pas parce qu&#8217;on est sorti de l&#8217;esclavage que brusquement les gens sont devenus \u00e9gaux. Par rapport \u00e0 Ha\u00efti par exemple, qui \u00e9tait la colonie la plus riche d&#8217;Am\u00e9rique, la France a exig\u00e9 qu&#8217;elle paye son ind\u00e9pendance enti\u00e8rement et Ha\u00efti a pay\u00e9 jusqu&#8217;en 1952 ! Pour les d\u00e9partements d&#8217;Outre-Mer, les Antilles fran\u00e7aise, c&#8217;est pareil : l&#8217;abolition, avec le d\u00e9cret de Victor Sch\u0153lcher, a pr\u00e9vu une indemnisation des esclavagistes. Il y a quand m\u00eame une question de r\u00e9paration qui se pose \u00e0 ce niveau-l\u00e0 et dont on ne parle pas. La revendication aujourd&#8217;hui, je crois qu&#8217;elle arrive \u00e0 un moment o\u00f9 il peut y avoir une maturit\u00e9 des mobilisations, dans une convergence sur les questions sociales, d\u00e9coloniales, \u00e9cologiques. Achille Mbembe r\u00e9fl\u00e9chit beaucoup ces questions dans la perspective de dire que <em>de la condition des Noirs d\u00e9pend aussi la survie de notre plan\u00e8te<\/em>. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, on a eu beaucoup de mouvements : le mouvement <em>#MeToo<\/em> qui a mis au jour les souffrances dont les femmes sont victimes ; la forme que prend les mobilisations antiraciales est une forme \u00e0 qui nous pouvons donner une certaine continuit\u00e9, une certaine r\u00e9sonnance.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 ces histoires de statues que l&#8217;on veut d\u00e9boulonner, quelle issue donnez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p>La tradition r\u00e9publicaine fran\u00e7aise, c&#8217;est de d\u00e9baptiser. Depuis sa R\u00e9volution, la France s&#8217;est amus\u00e9e \u00e0 chaque changement de r\u00e9gime \u00e0 effacer toutes les traces des r\u00e9gimes qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Au fond, les mobilisations actuelles n&#8217;inventent rien. Sous les r\u00e9volutions fran\u00e7aises, c&#8217;\u00e9tait une forme de justice populaire de faire tomber les statues. Ce qui est nouveau ici, c&#8217;est l&#8217;objet, l&#8217;objectif : c&#8217;est quand m\u00eame les Noirs. C&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;on d\u00e9boulonne des statues de gens qui ont brutalis\u00e9 des Noirs. Puisque c&#8217;est nouveau, il faut trouver de nouvelles r\u00e9ponses. Depuis 2009, nous avons lanc\u00e9 une campagne nationale sur toute la fa\u00e7ade Atlantique : Bordeaux, La Rochelle, Nantes, Le Havre, mais aussi \u00e0 Marseille. On est all\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement dans ces cinq villes \u00e0 la rencontre des habitants, et des \u00e9lus qui voulaient bien nous accorder de l&#8217;attention, pour dire \u00ab c&#8217;est une question importante, on ne peut pas passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la n\u00e9cessit\u00e9, sur l&#8217;espace public, de laisser un message, de montrer qu&#8217;on r\u00e9pare une injustice \u00bb. Sur toutes ces villes, les hommes qui organisaient et ex\u00e9cutaient cette activit\u00e9 criminelle sont des hommes qui \u00e9taient prot\u00e9g\u00e9s, d&#8217;abord par Dieu puisque les \u00e9glises \u00e9taient complices, mais aussi par la loi et par la science qui est venue justifier le racisme. On a une conjonction d&#8217;intelligence dans un but : l&#8217;exploitation des Noirs. C&#8217;est l&#8217;histoire de l&#8217;accumulation du capital, ces hommes ont constitu\u00e9 des capitaux, sont devenus notables, maires, pr\u00e9sidents de chambre de commerce. Des hommes influents, qui ont laiss\u00e9 une trace \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la conscience que nous avons aujourd&#8217;hui n&#8217;\u00e9tait pas la m\u00eame \u2013 m\u00eame si \u00e0 l&#8217;\u00e9poque il y avait des gens qui comprenaient et qui avertissaient. Soit on reste fid\u00e8le \u00e0 la tradition fran\u00e7aise et r\u00e9publicaine et on d\u00e9boulonne, on purifie l&#8217;espace public \u2013 \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience on voit bien que \u00e7a ne r\u00e8gle pas les probl\u00e8mes : on a d\u00e9boulonn\u00e9 les statues des collabos apr\u00e8s la Seconde guerre mondiale et \u00e7a n&#8217;a pas emp\u00each\u00e9 la pens\u00e9e d&#8217;extr\u00eame droite d&#8217;\u00eatre influente \u2013, soit on appose des panneaux explicatifs. Je soutiens la proposition de Jean-Marc Ayrault de d\u00e9baptiser la salle Colbert de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale, mais peut-\u00eatre ne faut-il pas enlever sa statue. Symboliquement, si la salle est d\u00e9baptis\u00e9e, je crois que c&#8217;est un acte fort malgr\u00e9 tout. Notre d\u00e9marche, c&#8217;est de toujours rester dans la p\u00e9dagogie, parce que c&#8217;est beaucoup plus efficace et parce que l&#8217;espace public est l&#8217;espace d\u00e9mocratique par excellence \u2013 c&#8217;est ce qui nous r\u00e9unit. Les mus\u00e9es, les livres, ne sont pas des espaces d\u00e9mocratiques. L&#8217;espace public, c&#8217;est le lieu o\u00f9 on peut laisser un t\u00e9moignage de notre conscience, de la r\u00e9alit\u00e9 humaine d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne dont on se demandera dans un si\u00e8cle ou deux si \u00e7a a vraiment exist\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Bordeaux a consacr\u00e9 r\u00e9cemment plusieurs salles sur la colonisation dans son mus\u00e9e d&#8217;Aquitaine, Nantes a inaugur\u00e9 en 2012 le M\u00e9morial de l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage. Que diriez-vous d&#8217;un Mus\u00e9e national de la colonisation ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a la Cit\u00e9 nationale de l&#8217;histoire de l&#8217;immigration qui existe\u2026<\/p>\n<p><strong>\u2026 mais est-ce que immigration et colonisation, c&#8217;est la m\u00eame chose ?<\/strong><\/p>\n<p>Quand on regarde ce qu&#8217;on a fait de ce projet, on peut se poser la question. L&#8217;id\u00e9e d&#8217;avoir un lieu de connaissance, un lieu scientifique aussi, o\u00f9 les chercheurs se retrouvent, un lieu qui permette de d\u00e9coloniser les imaginaires en France, \u00e7a pourrait \u00eatre une solution qui accompagnerait d&#8217;autres choses. La position que nous avons sur les rues aujourd&#8217;hui, c&#8217;est de dire que, symboliquement, il faudrait qu&#8217;une rue soit d\u00e9baptis\u00e9e dans chaque ancien port n\u00e9grier, et des panneaux explicatifs mis dans les autres rues. \u00c0 Bordeaux, il y a vingt rues de n\u00e9griers \u2013 ceux qui ont arm\u00e9 les bateaux, ceux qui \u00e9taient capitaines, ceux qui avaient des plantations coloniales, ceux qui \u00e9taient esclavagistes \u2013, il n&#8217;y a pas de statue, pas de monument qui honore les n\u00e9griers. La tradition bordelaise n&#8217;est pas verticale, elle est sur les murs. La ville de Bordeaux, <a href=\"https:\/\/www.france24.com\/fr\/20200611-bordeaux-ancien-port-n%C3%A9grier-poursuit-dans-ses-rues-son-travail-de-m%C3%A9moire\">en catimini il y a quelques jours<\/a>, a pos\u00e9 cinq panneaux dans cinq rues, en ne faisant pas la p\u00e9dagogie aupr\u00e8s des gens qui habitent dans ces rues \u2013 il y a un respect \u00e0 avoir, ces gens n&#8217;ont pas choisi de vivre sp\u00e9cifiquement dans ces rues, il faut les associer et \u00e7a n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 fait. Nous \u00e9tions tr\u00e8s en col\u00e8re. Cette main tendue, cette solution p\u00e9dagogique d&#8217;avenir que nous avons essay\u00e9 de trouver a \u00e9t\u00e9 sabot\u00e9e, ce qui n&#8217;a pas emp\u00eacher que le monde entier per\u00e7oive la port\u00e9e de cette solution possible. Bordeaux a toujours frein\u00e9 et \u00e9dulcor\u00e9 ces histoires. Ils ont peur. La bourgeoisie qui est issue de cette histoire de l&#8217;esclavage est encore tr\u00e8s influente \u00e0 Bordeaux. En d\u00e9cembre, la ville de Bordeaux a annonc\u00e9 que six rues auraient des panneaux explicatifs : Gramont, Desse, Gradis, Mareilhac, Feger-Latour et Journu-Auber. Au final, ils ont retir\u00e9 de l&#8217;op\u00e9ration Journu-Auber \u2013 une des plus longues rues de Bordeaux \u2013 parce que la famille s&#8217;est plainte. Les autres familles doivent \u00eatre moins influentes aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab On nous reproche souvent de vouloir transposer le mod\u00e8le am\u00e9ricain en France. C&#8217;est vrai que \u00e7a n&#8217;est pas la m\u00eame histoire, mais l&#8217;esclavage a eu aussi lieu sur le sol de France. \u00c0 Bordeaux, au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, il y avait un d\u00e9p\u00f4t de Noirs, une l\u00e9gislation et une police des Noirs. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Les grandes villes portuaires de la fa\u00e7ade Atlantiques sont bien connues pour leur pass\u00e9 colonial, mais certaines ont aussi effectu\u00e9 un travail de m\u00e9moire important. Ces municipalit\u00e9s ont-elles bien fait les choses selon vous ? Et qu&#8217;est-ce qui serait transposable \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle nationale ?<\/strong><\/p>\n<p>Nantes est la locomotive m\u00e9morielle. Bordeaux a frein\u00e9 des quatre fers. Jean-Marc Ayrault a fait un travail colossal, m\u00eame si ce travail a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vertical politiquement. \u00c9lu maire, il comprends tr\u00e8s vite la port\u00e9e de cette affaire, s&#8217;en saisit et notabilise les associations. Il ma\u00eetrise, tout est d\u00e9cid\u00e9 du haut vers le bas, il n&#8217;y a pas de travail dans la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 Bordeaux c&#8217;est l&#8217;inverse : les r\u00e9sistances de la ville et de l&#8217;\u00e9lite nous ont oblig\u00e9 \u00e0 inventer des outils, \u00e0 avoir ce dialogue, sans animosit\u00e9, ce qui nous a rendu ind\u00e9pendant de l&#8217;action de la municipalit\u00e9, quoi qu&#8217;elle fasse. Ce travail a surv\u00e9cu \u00e0 Alain Jupp\u00e9, rien que \u00e7a c&#8217;est une victoire ! Nantes nous a beaucoup servi ici, pour que l&#8217;on puisse dire aux \u00e9lus \u00ab regardez ce qu&#8217;ils font, de quoi avez-vous peur ? \u00bb \u00c0 Nantes, il y a le M\u00e9morial de l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage sur les quais de Loire. C&#8217;est une bonne initiative, m\u00eame si encore une fois, c&#8217;est la m\u00e9moire de l&#8217;abolition, pas celle de la r\u00e9sistance. La R\u00e9publique a tendance \u00e0 s&#8217;auto-glorifier, plut\u00f4t que d&#8217;avoir une vision de l&#8217;histoire qui mettent les acteurs sur un pied d&#8217;\u00e9galit\u00e9 dans leur capacit\u00e9 humaniste, dans leur capacit\u00e9 de se battre aussi. \u00c0 Bordeaux, on a des salles du mus\u00e9e d&#8217;Aquitaine. Le r\u00e9cit qui y est fait n&#8217;est pas tr\u00e8s satisfaisant. Par exemple la pol\u00e9mique qu&#8217;il y a eu en 2019, lorsque l&#8217;\u00e9crivaine Anne-Marie Garat \u2013 Bordelaise de naissance \u2013 tombe sur <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2019\/05\/21\/le-musee-d-aquitaine-affiche-un-cartel-aux-relents-revisionnistes-sur-la-traite-negriere_5464839_3232.html\">un cartel dans le mus\u00e9e sur la pr\u00e9sence des Noirs \u00e0 Bordeaux<\/a> : des <em>\u00ab domestiques suivant leurs ma\u00eetres \u00bb<\/em>, <em>\u00ab envoy\u00e9s apprendre un m\u00e9tier, parfaire leur formation \u00bb<\/em>. On nous reproche souvent de vouloir transposer le mod\u00e8le am\u00e9ricain en France. C&#8217;est vrai que \u00e7a n&#8217;est pas la m\u00eame histoire, mais l&#8217;esclavage a eu aussi lieu sur le sol de France. \u00c0 Bordeaux, au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, il y avait un d\u00e9p\u00f4t de Noirs, une l\u00e9gislation et une police des Noirs. Mais ces salles ont le m\u00e9rite d&#8217;exister. \u00c0 La Rochelle, ne serait-ce qu&#8217;avoir une salle comme celles-l\u00e0, ce serait tr\u00e8s bien. Pour l&#8217;heure, c&#8217;est dans le Mus\u00e9e du Nouveau monde qu&#8217;on aborde la question de l&#8217;esclavage, avec l&#8217;histoire de l&#8217;Am\u00e9rique, des Am\u00e9rindiens. La question du racisme est noy\u00e9e. Au Havre c&#8217;est encore pire : tout se raconte au Mus\u00e9e de l&#8217;Armateur. Une histoire de bateaux, de bon-go\u00fbt, d&#8217;art de la d\u00e9coration. Un mode de vie qui repose sur un crime. Et la mairie s&#8217;est dit qu&#8217;on allait parler d&#8217;esclavage l\u00e0\u2026 Mais oui, des choses sont transposables \u00e0 l&#8217;\u00e9chelon national. Les visites guid\u00e9es par exemple, que nous avons mis en place \u00e0 Bordeaux. On les a cr\u00e9\u00e9es il y a dix ans maintenant, on les d\u00e9veloppe dans d&#8217;autres villes et \u00e7a fonctionne. \u00c7a permet aux gens de s&#8217;approprier cette question, \u00e7a cr\u00e9e du d\u00e9bat, du dialogue, et \u00e7a permet de sortir de l&#8217;activisme et donc d&#8217;attirer un autre public. Le fait qu&#8217;on raconte simplement une histoire, \u00e7a court-circuite les peurs. Mais au-del\u00e0 de \u00e7a, il manque en France un lieu, une oeuvre qui r\u00e9concilie les m\u00e9moires, qui rappelle que des r\u00e9volutionnaires comme l&#8217;abb\u00e9 Gr\u00e9goire \u00e9taient abolitionnistes, ou encore Condorcet, qu&#8217;ils n&#8217;ont pas r\u00e9ussi en 1789, mais que cela a appuy\u00e9 la r\u00e9volte des Ha\u00eftiens. Il faut r\u00e9concilier ces m\u00e9moires et mettre en avant ceux gr\u00e2ce \u00e0 qui cette abolition s&#8217;est faite et qui en ont \u00e9t\u00e9 victimes : les Noirs. C&#8217;est ce qui manque encore \u00e0 notre r\u00e9cit. Tout ceci est une question de volont\u00e9 politique, de courage. Qui mieux que Bordeaux pour accueillir un tel lieu, une telle oeuvre ?<\/p>\n<p><strong>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la capitale girondine a inaugur\u00e9 une \u00ab promenade Martin Luther King \u00bb mais refus\u00e9 une \u00ab rue Frantz Fanon \u00bb. D&#8217;ailleurs, tous les Fran\u00e7ais connaissent le pasteur am\u00e9ricain mais peu de gens connaissent le psychiatre fran\u00e7ais. Comment expliquez-vous cela ?<\/strong><\/p>\n<p>La promenade Martin Luther King a \u00e9t\u00e9 <a href=\"https:\/\/france-amerique.com\/fr\/inauguration-dune-promenade-martin-luther-king-a-bordeaux\/\">inaugur\u00e9e sous le pont de pierre en 2012<\/a> par Alain Jupp\u00e9. D&#8217;ailleurs, quand vous y allez aujourd&#8217;hui, je crois qu&#8217;il n&#8217;y a plus de panneau qui indique le nom de cette promenade. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 et ils ne l&#8217;ont pas remis. Frantz Fanon est moins connu, mais il est plus pr\u00e9sent dans une certaine m\u00e9moire de l&#8217;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise \u2013 tr\u00e8s grand psychiatre, auteur de textes remarquables et ind\u00e9pendantiste alg\u00e9rien. Quand on regarde le processus qui a abouti au refus de lui donner une ruelle \u2013 m\u00eame pas une rue \u2013, on voit comment une certaine bourgeoisie arrive \u00e0 influer sur les d\u00e9cisions. C&#8217;\u00e9tait une proposition d&#8217;Alain Jupp\u00e9 en d\u00e9cembre 2018. Je savais que c&#8217;\u00e9tait en r\u00e9ponse \u00e0 nos revendications, mais j&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s surpris. J&#8217;ai assist\u00e9 \u00e0 ce conseil municipal o\u00f9 la majorit\u00e9 l&#8217;a pr\u00e9sent\u00e9, tr\u00e8s maladroitement, puis le Front national s&#8217;y est fortement oppos\u00e9, en disant de Fanon qu&#8217;il \u00e9tait un criminel, un terroriste. La d\u00e9lib\u00e9ration est quand m\u00eame pass\u00e9e, puisque la droite est majoritaire. En janvier 2019, Alain Jupp\u00e9 fait un communiqu\u00e9 pour dire que finalement, ils allaient r\u00e9fl\u00e9chir mais que Fanon n&#8217;\u00e9tait peut-\u00eatre pas une bonne id\u00e9e. On a cette ignorance et cet opportunisme politique de bas \u00e9tage. On compte les voix. J&#8217;\u00e9tais effar\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2019\/02\/15\/a-bordeaux-la-rue-frantz-fanon-attendra_5423968_823448.html\">quand ils ont refus\u00e9 Fanon<\/a>. Je pensais quand m\u00eame qu&#8217;on avait r\u00e9ussi \u00e0 faire comprendre les choses. Je m&#8217;\u00e9tais dit qu&#8217;une ville qui \u00e0 des salles dans son principal mus\u00e9e qui parlent de l&#8217;esclavage, une ville qui a une statue de Toussaint Louverture, c&#8217;est une ville qui pourrait honorer Fanon. Mais ce n&#8217;est pas le cas. Vous savez, la ville fran\u00e7aise o\u00f9 l&#8217;esclavage, la traite, le racisme, la colonisation a \u00e9t\u00e9 la plus longue et la plus influente, c&#8217;est Bordeaux. Les Bordelais n&#8217;ont pas fait pas seulement la traite \u2013 \u00eatre armateur, c&#8217;est court, c&#8217;est un an le temps de faire le commerce triangulaire \u2013, mais ils \u00e9taient aussi esclavagistes \u2013 ils avaient des plantations \u2013 et colonialistes \u2013 les Bordelais ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 exploiter les richesses africaines. Donc \u00e7a n&#8217;est pas tr\u00e8s \u00e9tonnant que ce pass\u00e9-l\u00e0 ait g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des r\u00e9sistances aussi importantes aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-29499\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_2_-18-fb7-scaled.jpg\" alt=\"befunky-collage_2_-18.jpg\" align=\"left\" width=\"1564\" height=\"2560\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_2_-18-fb7-scaled.jpg 1564w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_2_-18-fb7-183x300.jpg 183w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_2_-18-fb7-626x1024.jpg 626w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_2_-18-fb7-768x1257.jpg 768w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_2_-18-fb7-938x1536.jpg 938w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_2_-18-fb7-1251x2048.jpg 1251w\" sizes=\"auto, (max-width: 1564px) 100vw, 1564px\" \/><br \/>\n<em>Buste de Toussaint Louverture, \u00e0 Bordeaux.<\/em><\/p>\n<p><strong>Le 3 d\u00e9cembre prochain, vous serez au tribunal de Bayonne pour avoir d\u00e9nonc\u00e9 le nom donn\u00e9 \u00e0 un des quartiers de Biarritz : la N\u00e9gresse. Vous \u00eates <a href=\"https:\/\/www.mediabask.eus\/eu\/info_mbsk\/20200612\/poursuivi-pour-avoir-denonce-le-nom-du-quartier-la-negresse\">poursuivi pour r\u00e9bellion<\/a>. Apr\u00e8s tout ce qu&#8217;on vient de se dire\u2026 Le chemin est encore long ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Ce quartier est une absurdit\u00e9 politique, territoriale, institutionnelle, qui a trop dur\u00e9. Historiquement, il y avait un nom basque : Harrausta. Une femme noire s&#8217;y serait install\u00e9e, aurait eu un bar \u2013 qui existe toujours. Le quartier \u00e9tait alors appel\u00e9 Harrausta la N\u00e9gresse, jusqu&#8217;en 1986 o\u00f9 le conseil municipal d\u00e9cide de sortir le nom basque pour ne garder que La N\u00e9gresse. On tue le Basque et on choisit un nom raciste, un double meurtre. Quand vous allez dans ce quartier, qui est le plus grand de Biarritz, vous avez d&#8217;abord le p\u00e9age La N\u00e9gresse, \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e de la ville, puis la gare La N\u00e9gresse, la rue La N\u00e9gresse, la pharmacie La N\u00e9gresse, la zone d&#8217;activit\u00e9s La N\u00e9gresse, etc. En 2019, on a fait une action d&#8217;\u00e9clat, qui n&#8217;aurait eu aucun \u00e9clat sans la b\u00eatise et l&#8217;agressivit\u00e9 des policiers. On n&#8217;\u00e9tait pas tr\u00e8s nombreux, on savait que c&#8217;\u00e9tait tr\u00e8s tendu\u2026 S&#8217;ils avaient attendu un peu, on serait partis ! L&#8217;arrestation a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement violente, suivie d&#8217;une garde \u00e0 vue et d&#8217;une convocation au tribunal report\u00e9e deux fois \u2013 ce qui est tr\u00e8s stressant m\u00eame si, finalement, je me dis que c&#8217;est une bonne chose avec ce qui est entrain de se passer. Le 3 d\u00e9cembre, on peut esp\u00e9rer une attention plus importante autour de ces questions. Le fait que notre travail soit tr\u00e8s ancien, soit en phase avec l&#8217;actualit\u00e9 mais surtout qu&#8217;il y ait cette possibilit\u00e9 de rebondir en d\u00e9cembre, \u00e7a peut permettre d&#8217;y mettre l&#8217;accent et d&#8217;esp\u00e9rer que le gouvernement apporte des r\u00e9ponses pr\u00e9cises sur les mesures qu&#8217;il est incapable de prendre, sur les violences polici\u00e8res par exemple. Le pari que fait Macron c&#8217;est qu&#8217;en fermant la porte, on d\u00e9vitalise cette revendication que l&#8217;espace public soit plus d\u00e9mocratique, plus respectueux des libert\u00e9s. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\nPropos recueillis par <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/loic-le-clerc\"><strong>Lo\u00efc Le Clerc<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12376 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_2_-18-d80-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_2_-18-d80-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage_2_-18.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_1_-61-f19-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_1_-61-f19-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage_1_-61.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelle m\u00e9moire de la colonisation et de l&#8217;esclavage quand le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique refuse toute discussion ? Que penser des mobilisations antiracistes, des statues que l&#8217;on d\u00e9boulonne ? 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