{"id":12372,"date":"2020-06-19T14:19:23","date_gmt":"2020-06-19T12:19:23","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-deboulonner-statues-totems-et-tabous-francais\/"},"modified":"2023-06-23T23:59:48","modified_gmt":"2023-06-23T21:59:48","slug":"article-deboulonner-statues-totems-et-tabous-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12372","title":{"rendered":"D\u00e9boulonner statues, totems et tabous fran\u00e7ais&#8230; ou pas ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La vague antiraciste fait peur. Mais lorsqu&#8217;elle s&#8217;en prend \u00e0 des symboles du pouvoir glorifi\u00e9s dans l&#8217;espace public, la peur se mue en intol\u00e9rance. Si Emmanuel Macron refuse tout dialogue, la soci\u00e9t\u00e9, elle, s&#8217;est empar\u00e9e de ce d\u00e9bat. Tour d&#8217;horizon des arguments.<\/p>\n<p><em>\u00ab La R\u00e9publique n\u2019effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. La R\u00e9publique ne d\u00e9boulonnera pas de statue. \u00bb<\/em> De m\u00e9moire d&#8217;historien, jamais chef de l&#8217;\u00c9tat fran\u00e7ais n&#8217;avait mis son nez dans une telle affaire. Encore moins pour dire pareilles sottises. Car <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2020\/06\/15\/pour-emmanuel-macron-pas-question-de-deboulonner-les-statues_6042872_3224.html\">Emmanuel Macron a doublement tort<\/a> \u2013 en plus de n&#8217;avoir <a href=\"https:\/\/www.nouvelobs.com\/editos-et-chroniques\/20200615.OBS30082\/jupiter-et-les-statues.html\">aucune autorit\u00e9 en la mati\u00e8re<\/a>. Il a tort sur le fond : depuis 1789, la R\u00e9publique fran\u00e7aise n&#8217;a jamais cess\u00e9 de \u00ab d\u00e9boulonner \u00bb ses statues. Des rois sont tomb\u00e9s, des nobles, des collabos, etc. Il a tort sur la forme : d\u00e9boulonner une statue, cela n&#8217;\u00e9quivaut pas \u00e0 effacer un nom de l&#8217;histoire. Ou alors, cela reviendrait \u00e0 consid\u00e9rer que l&#8217;inverse peut \u00eatre vrai : celles et ceux qui n&#8217;ont pas de statues ne sont pas entr\u00e9s dans l&#8217;histoire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees-culture\/article\/on-etait-a-l-operation-on-a-bache-gallieni\">On \u00e9tait \u00e0 l\u2019op\u00e9ration \u00ab On a b\u00e2ch\u00e9 Gallieni \u00bb<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut bien garder \u00e0 l&#8217;esprit ce qu&#8217;est une statue : l&#8217;exaltation, la glorification, l&#8217;honorification d&#8217;un personnage. Rien de moins, rien de plus. Figurez-vous nos voisins espagnols. Depuis que la gauche est au pouvoir, le pays a entrepris de d\u00e9loger le dictateur Franco de son mausol\u00e9e, puis envisage de faire interdire l&#8217;apologie du franquisme dans l&#8217;espace public (statues et noms de rue comprises). Parmi les nombreux contre-arguments, il y avait celui-ci : \u00ab Vous n&#8217;allez pas effacer de l&#8217;histoire celui qui fit la S\u00e9curit\u00e9 sociale \u00bb \u2013 <a href=\"https:\/\/www.eldiario.es\/rastreador\/Franco-seguridad-vacaciones-desmonta-dictador_6_809179080.html\">affirmation plus que discutable au demeurant<\/a>. 35 ans de dictature fasciste et l&#8217;Espagne peine encore \u00e0 en parler. En ce qui nous concerne, 400 ans d&#8217;esclavage, de traite n\u00e9gri\u00e8re, de colonisation, \u00e7a m\u00e9rite bien un d\u00e9bat.<\/p>\n<h2>D\u00e9boulonner les statues, oui, mais pour quoi faire ?<\/h2>\n<p>Avant toute chose, il s&#8217;agit de d\u00e9dramatiser la situation. La France n&#8217;est pas en p\u00e9ril. D&#8217;autant que s&#8217;en prendre \u00e0 une statue s&#8217;apparente plus \u00e0 un geste de d\u00e9sespoir politique qu&#8217;\u00e0 une volont\u00e9 insurrectionnelle. <a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/2020\/06\/09\/actualite\/societe\/le-deboulonnage-de-statues-une-longue-tradition-revolutionnaire\/\">Comme l&#8217;explique l&#8217;historien Emmanuel Fureix<\/a> dans un entretien aux <em>Inrocks<\/em>, <em>\u00ab l\u2019id\u00e9e est d\u2019obtenir une r\u00e9paration symbolique face \u00e0 des statues ou des monuments publics qui blessent l\u2019\u0153il et offensent des m\u00e9moires. [&#8230;] Les gestes que l\u2019on observe sont surtout des gestes d\u2019interpellation de l\u2019opinion publique. On cherche \u00e0 cr\u00e9er des actes spectaculaires [&#8230;] plus qu\u2019on ne cherche \u00e0 renverser une souverainet\u00e9. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>En 2017 d\u00e9j\u00e0, Louis-George Tin, alors pr\u00e9sident du Conseil repr\u00e9sentatif des associations noires de France (CRAN), <a href=\"https:\/\/histoirecoloniale.net\/Faut-il-debaptiser-les-lieux-publics-Colbert.html\">\u00e9crivait ces lignes<\/a> :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab La question des embl\u00e8mes esclavagistes dans l\u2019espace public [&#8230;] est formul\u00e9e depuis au moins trente ans par des citoyens \u2013 qu\u2019ils viennent de l\u2019outre-mer ou non \u2013 qui demandent que ces symboles soient retir\u00e9s. [&#8230;] Cette exigence suscite chez certains de nos compatriotes une certaine angoisse : jusqu\u2019o\u00f9, disent-ils, faudra-t-il aller ? La r\u00e9ponse est claire : on ne pourra sans doute pas modifier tous les symboles li\u00e9s \u00e0 l\u2019esclavage dans l\u2019espace public, tant ils sont nombreux et intimement li\u00e9s \u00e0 notre histoire nationale. Mais on ne peut pas non plus ne rien faire, en restant dans le d\u00e9ni et dans le m\u00e9pris, comme si le probl\u00e8me n\u2019existait pas. Entre ceux qui disent qu\u2019il faut tout changer et ceux qui disent qu\u2019il ne faut rien changer, il y a probablement une place pour l\u2019action raisonnable. On pourrait, par exemple, se concentrer sur les coll\u00e8ges et les lyc\u00e9es Colbert [&#8230;] Pourquoi Colbert ? Parce que le ministre de Louis XIV est celui qui jeta les fondements du Code noir, monstre juridique qui l\u00e9galisa ce crime contre l\u2019humanit\u00e9. Par ailleurs, Colbert est aussi celui qui fonda la Compagnie des Indes occidentales, compagnie n\u00e9gri\u00e8re de sinistre m\u00e9moire. En d\u2019autres termes, en mati\u00e8re d\u2019esclavage, Colbert symbolise \u00e0 la fois la th\u00e9orie et la pratique [&#8230;] Comment peut-on sur un m\u00eame fronton inscrire le nom de &#8220;Colbert&#8221;, et juste au-dessous, &#8220;Libert\u00e9, Egalit\u00e9, Fraternit\u00e9&#8221; ? Comment peut-on enseigner le vivre-ensemble et les valeurs r\u00e9publicaines \u00e0 l\u2019ombre de Colbert ? [&#8230;] les noms de b\u00e2timents ne servent pas \u00e0 garder la m\u00e9moire des criminels, ils servent en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 garder la m\u00e9moire des h\u00e9ros. C\u2019est pour cela qu\u2019il n\u2019y a pas en France de rue Pierre-Laval, alors qu\u2019il y a de nombreuses rues Jean-Moulin \u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Jean-Marc Ayrault, pr\u00e9sident de la Fondation pour la m\u00e9moire de l\u2019esclavage, a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s investi par ces questions. Dans une <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2020\/06\/13\/racisme-et-esclavage-il-y-a-des-symboles-que-la-republique-ne-saurait-plus-tolerer_6042711_3232.html\">tribune publi\u00e9e par <em>Le Monde<\/em><\/a>, il interroge lui aussi la place de Colbert : <em>\u00ab Comment comprendre [&#8230;] que dans les locaux de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, le c\u0153ur battant de notre d\u00e9mocratie, une salle porte encore le nom de Colbert, qu\u2019on ne savait pas \u00eatre une figure de notre vie parlementaire ni de la R\u00e9publique ? \u00bb<\/em> \u00c0 la <a href=\"https:\/\/www.ouest-france.fr\/pays-de-la-loire\/nantes-44000\/entretien-je-ne-demande-pas-qu-demonte-toutes-les-statues-de-colbert-6869667\">question pos\u00e9e par <em>Ouest France<\/em><\/a> <em>\u00ab changer le nom d\u2019une salle, est-ce vraiment cela qui va faire cesser le racisme ? \u00bb<\/em>, l&#8217;ancien Premier ministre socialiste r\u00e9torque <em>\u00ab oui, car les pr\u00e9jug\u00e9s viennent de l\u00e0. \u00bb<\/em> Et si Colbert ne convient plus, prenons le contre-pied : <em>\u00ab Des nouvelles rues et des nouvelles places pourraient voir le jour, en France, en donnant le nom \u00e0 ceux qui ont combattu l\u2019esclavage, comme Lamartine, Condorcet, Aim\u00e9 C\u00e9saire. Je n\u2019oublie pas non plus les tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais. Je veux qu\u2019on pr\u00e9sente toute l\u2019histoire, pas seulement une partie \u00bb<\/em>, ajoute Jean-Marc Ayrault.<\/p>\n<p>L&#8217;historienne <a href=\"https:\/\/www.bfmtv.com\/societe\/antiracisme-statues_AN-202006100099.html\">Fran\u00e7oise Verg\u00e8s propose<\/a> pour sa part de d\u00e9placer ces statues qui d\u00e9rangent tant : <em>\u00ab En France cela fait longtemps que des statues sont d\u00e9plac\u00e9es et pas des moindres, la statue de La Fayette a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e, Victor Hugo a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9, Gambetta a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 \u00e0 Paris, donc \u00e7a se fait. Il n&#8217;y a pas de raison de les garder parce qu&#8217;il y a 300 ans c&#8217;\u00e9tait ainsi. L&#8217;histoire change, la mani\u00e8re dont on per\u00e7oit, la mani\u00e8re dont on pense la ville, elle change. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9boulonnage \u00e0 Fort-de-France de la statue de Victor Sch\u0153lcher, <a href=\"https:\/\/twitter.com\/EmmanuelMacron\/status\/1264233749501358081\">Emmanuel Macron avait condamn\u00e9<\/a> <em>\u00ab avec fermet\u00e9 les actes qui [&#8230;] salissent sa m\u00e9moire et celle de la R\u00e9publique \u00bb<\/em>. Pour la chercheuse Maboula Soumahoro, <a href=\"https:\/\/www.politis.fr\/articles\/2020\/06\/le-deboulonnage-des-statues-interroge-le-deni-de-la-france-face-au-colonialisme-42030\/\">interview\u00e9e par <em>Politis<\/em><\/a>, l&#8217;explication de ce geste est moins caricaturale que ne le souhaite le Pr\u00e9sident : <em>\u00ab Ce n&#8217;est pas seulement la figure de ce personnage qui \u00e9tait vis\u00e9e, mais plus largement le &#8220;sch\u0153lcherisme&#8221;, c&#8217;est-\u00e0-dire le point de vue adopt\u00e9 dans le r\u00e9cit de la d\u00e9colonisation et de l&#8217;abolition de l&#8217;esclavagisme aux Antilles. Car enfin, qui valorise-t-on pour cela via le mobilier urbain ? Une figure blanche et paternaliste de &#8220;grand sauveur&#8221;. C&#8217;est un parti pris. N&#8217;existe-t-il donc pas d&#8217;autre mani\u00e8re de c\u00e9l\u00e9brer ces actes ? Les r\u00e9voltes d&#8217;esclaves ont pourtant \u00e9t\u00e9 pr\u00e9curseuses ! \u00bb<\/em> Le d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en LFI <a href=\"https:\/\/www.parismatch.com\/Actu\/Societe\/Younous-Omarjee-La-memoire-des-esclaves-a-ete-1689851\">Younous Omarjee le dit<\/a> d&#8217;une fa\u00e7on plus directe : <em>\u00ab Si nous consid\u00e9rons que l\u2019esclavage est un voyage de l\u2019humanit\u00e9 au bout de la nuit, qu\u2019on s\u2019abstienne d\u2019\u00e9riger \u00e0 la gloire et en pleine lumi\u00e8re des n\u00e9griers qui sont des criminels contre l\u2019humanit\u00e9. Il ne viendrait \u00e0 l\u2019esprit de personne de d\u00e9fendre que soit \u00e9rig\u00e9 une statue \u00e0 la gloire d\u2019un nazi non ? Dans le r\u00e9cit national, on op\u00e8re des choix. Ceux qui sont faits en disent longs. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Changer le nom d&#8217;une rue, c&#8217;est facile. <a href=\"https:\/\/www.lacapitale.be\/345860\/article\/2019-02-12\/forest-la-statue-de-leopold-ii-remplacee-par-un-buste-de-mandela?fbclid=IwAR3T8fSOQL9inPi4BGrKDMkLxNBkbssrAjmHRaKQjIzypUk3UE-2Iomgujs\">Remplacer une statue par une autre<\/a>, \u00e7a peut ais\u00e9ment s&#8217;envisager \u2013 le <a href=\"https:\/\/twitter.com\/search?q=%23JeVeuxUneStatueDe&#038;src=typed_query\">hashtag <em>#JeVeuxUneStatueDe<\/em><\/a> vous offrira l&#8217;embarras du choix. On pourrait aussi faire comme ces militants antiracistes qui, jeudi 18 juin, ont <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees-culture\/article\/on-etait-a-l-operation-on-a-bache-gallieni\">recouvert d\u2019un drap noir une statue de Joseph Gallieni<\/a>. Mais la symbolique, qui d\u00e9j\u00e0 perturbe tant le pouvoir \u2013 <a href=\"https:\/\/mobile.twitter.com\/EPhilippePM\/status\/1273262127621554177?s=19\">\u00c9douard Philippe parle<\/a> d&#8217;<em>\u00ab \u00e9puration m\u00e9morielle \u00bb <\/em> \u2013, ne suffit pas. Maboula Soumahoro continue : <em>\u00ab Apr\u00e8s avoir \u00e9limin\u00e9 ses statues de l&#8217;espace public, va-t-on toucher \u00e0 la fortune accumul\u00e9e par L\u00e9opold II de Belgique ? Le pays envisagera-t-il des r\u00e9parations au Congo ? \u00bb<\/em><\/p>\n<p>En France, le 10 mai, journ\u00e9e comm\u00e9morative du souvenir de l&#8217;esclavage et de son abolition, mis en oeuvre par la loi Taubira de 2001, a \u00e9t\u00e9 une \u00e9tape majeure. Mais admettons que l&#8217;on enl\u00e8ve la statue de Colbert, que faisons-nous d&#8217;elle alors si sa place n&#8217;est plus dans l&#8217;espace public ? D\u00e9sormais, la question de la cr\u00e9ation d&#8217;un mus\u00e9e de la colonisation devient plus qu&#8217;essentielle. <a href=\"https:\/\/mobile.twitter.com\/Offenstadt\/status\/1273128664897650689?s=19\">Sur Twitter<\/a>, l&#8217;historien Nicolas Offenstadt explique qu&#8217;\u00e0 Berlin, <em>\u00ab il y a un mus\u00e9e, r\u00e9cemment ouvert (2016), sp\u00e9cialement d\u00e9di\u00e9 aux statues de la ville qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9boulonn\u00e9es au XXe si\u00e8cle. Il est tr\u00e8s bien fait, avec beaucoup d&#8217;explications dans des bornes num\u00e9riques. \u00bb<\/em> \u00c0 Paris, nous avons le Mus\u00e9e national de l&#8217;histoire de l&#8217;immigration, nous avons le Mus\u00e9e du quai Branly, \u00e0 Nantes nous avons le M\u00e9morial de l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage, mais nous n&#8217;avons rien sur cette p\u00e9riode longue et sp\u00e9cifique qu&#8217;est la colonisation. La France tourne autour de la question depuis des ann\u00e9es, sans vouloir la saisir bien en face. Manque la volont\u00e9.<\/p>\n<h2>Laisser les statues, oui, mais pour faire quoi ?<\/h2>\n<p>Ne nous attardons pas sur ces esprits jupit\u00e9riens pour lesquels il faut laisser toutes les statues \u00e0 leur place et ne rien c\u00e9der aux \u00ab communautaristes \u00bb. Prenant l&#8217;exemple de Jules Ferry, les propos de Mona Ozouf sont des plus \u00e9loquents et ne peuvent laisser indiff\u00e9rent quant \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que cette histoire \u2013 l&#8217;histoire de l&#8217;humanit\u00e9 \u2013 ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 des appr\u00e9ciation simplistes. <a href=\"https:\/\/twitter.com\/cavousf5\/status\/1271495304551030785\">L&#8217;historienne d\u00e9veloppe<\/a>, le 12 juin sur France 5 :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Je ne suis pas absolument s\u00fbre que d\u00e9meubler notre espace des statues anciennes soit une tr\u00e8s bonne id\u00e9e. D&#8217;abord parce que je n&#8217;aimerais pas du tout vivre dans un pays o\u00f9 les rues n&#8217;auraient pas de nom et simplement des num\u00e9ros. Je crois qu&#8217;on ne se rend pas compte assez souvent de la profondeur historique que donne \u00e0 un peuple le fait de se promener \u00e0 travers des statues et dans des rues qui portent des noms. Par ailleurs, le probl\u00e8me, s&#8217;il faut absolument purifier tout notre pass\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire ne garder sur nos places que des \u00eatres absolument parfaits, il va y avoir un d\u00e9m\u00e9nagement consid\u00e9rable. Je suis hostile \u00e0 ce que nous devenions un peuple sans image, sans statue. \u00c9videmment, il y a une c\u00e9l\u00e9bration dans le fait de poser une statue dans un endroit. Il y a aussi un hommage. L&#8217;hommage peut \u00eatre justifi\u00e9, il peut \u00eatre corrig\u00e9, il peut \u00eatre contest\u00e9. L&#8217;exemple qui m&#8217;est constamment propos\u00e9, c&#8217;est bien entendu l&#8217;exemple de mon cher Jules Ferry, \u00e0 qui on doit non seulement l&#8217;\u00e9cole primaire gratuite, obligatoire et la\u00efque, mais auquel nous devons toutes les libert\u00e9s sur lesquelles nous vivons. Dans les six petites ann\u00e9es o\u00f9 il a exerc\u00e9 le pouvoir, nous lui devons la libert\u00e9 de la presse, la libert\u00e9 syndicale, l&#8217;\u00e9lection des maires \u2013 point capital de la vie fran\u00e7aise. Il a \u00e9t\u00e9, nous dit-on, un colonisateur. Il a \u00e9t\u00e9, en effet, un colonisateur sans \u00e9tat d&#8217;\u00e2me. Il n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 un colonialiste. Ce colonisateur, maintenant pourfendu, est quelqu&#8217;un qui a fait des \u00e9coles partout en Alg\u00e9rie. Des \u00e9coles qu&#8217;il appelait tendrement &#8220;mes filles&#8221;. C&#8217;est quelqu&#8217;un qui, assistant \u00e0 une interrogation d&#8217;un petit Mohamed par une ma\u00eetresse qui avait fait venir \u00e9videmment son meilleur \u00e9l\u00e8ve, et qui lui demande devant les autorit\u00e9s, Jules Ferry, l&#8217;inspecteur d&#8217;acad\u00e9mie : &#8220;Mohamed, peux-tu dire \u00e0 ces messieurs ce que c&#8217;est que la France ?&#8221;, et Mohamed r\u00e9pond : &#8220;C&#8217;est notre m\u00e8re&#8221;. Et Jules Ferry note dans son carnet : &#8220;Pauvre petit perroquet, dis plut\u00f4t notre mar\u00e2tre&#8221;. Voil\u00e0 le colonialiste. Avec les \u00e9crits de Ferry, judicieusement d\u00e9coup\u00e9s, on peut faire un magnifique pamphlet anticolonialiste. D&#8217;ailleurs, il a comme ennemis principaux les colons, arc-bout\u00e9s contre les \u00e9coles aux petits musulmans, \u00e9coles o\u00f9 Jules Ferry veut introduire l&#8217;enseignement de la culture et de l&#8217;histoire arabe. Les gens sont plus compliqu\u00e9s, il faut essayer de mettre de la complication et de la complexit\u00e9 dans nos existences, parce qu&#8217;elles deviennent brutalement sommaires et binaires. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>S&#8217;il est des argumentaires qui virent \u00e0 l&#8217;extr\u00e9misme \u2013 appr\u00e9ciez donc <a href=\"https:\/\/www.atlantico.fr\/decryptage\/3590365\/pourquoi-il-ne-faut-pas-toucher-aux-statues-de-colbert-philippe-pichot\">celui-ci<\/a> \u2013, l\u00e0 encore, \u00e9coutons Jean-Marc Ayrault : <em>\u00ab Je ne demande pas qu\u2019on d\u00e9monte toutes les statues, par exemple, mais qu\u2019on y appose une plaque rappelant qui est Colbert et ce qu\u2019il a fait. Que ce fut, certes, un grand administrateur de l\u2019\u00c9tat, mais aussi qu\u2019il fut un colonisateur, \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ation de la Compagnie des indes, et qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9 le Code noir. \u00bb<\/em> L&#8217;historien Emmanuel Fureix expose, lui, d&#8217;autres pistes : <em>\u00ab Je voudrais insister en r\u00e9alit\u00e9 sur la gamme des gestes possibles. On n\u2019est pas r\u00e9duits \u00e0 l\u2019alternative entre tout d\u00e9truire ou tout conserver. On peut tout \u00e0 fait d\u00e9placer un monument qui est devenu insupportable, et le transformer en une pi\u00e8ce historique enclose dans un mus\u00e9e, on peut ajouter une plaque explicative pour montrer les ombres du personnage comm\u00e9mor\u00e9, on peut envisager la construction d\u2019un contre-monument \u00e0 proximit\u00e9 du monument contest\u00e9 pour cr\u00e9er un autre espace, on peut m\u00eame conserver une statue &#8220;vandalis\u00e9e&#8221;, comme la statue de Jos\u00e9phine de Beauharnais d\u00e9capit\u00e9e depuis 1991\u2009! Bien des solutions sont possibles pour \u00e0 la fois pr\u00e9server des traces qui font partie d\u2019une histoire, et en m\u00eame temps montrer que cette histoire est derri\u00e8re nous et que les blessures pr\u00e9sentes et pass\u00e9es sont prises en compte par la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. \u00bb<\/em> L&#8217;\u00c9lys\u00e9e, dans une man\u0153uvre pour rattraper la pr\u00e9sidentielle parole, a fait cette proposition d&#8217;\u00e9riger des contre-monuments, le 15 juin : <em>\u00ab Il ne s\u2019agit pas de d\u00e9baptiser l\u2019avenue Bugeaud mais pourquoi pas un monument adress\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mir Abdelkader \u00bb<\/em> ou puis aussi <em>\u00ab pourquoi pas une statue d\u2019\u00c9mile Zola en face de celle de Paul D\u00e9roul\u00e8de<\/em> [un antidreyfusard, NDLR]<em> \u00bb<\/em>&#8230; <a href=\"https:\/\/www.valeursactuelles.com\/societe\/guerre-dalgerie-lelysee-nenvisage-pas-deriger-une-statue-de-lemir-abdelkader-paris-120591\">Lev\u00e9e de boucliers \u00e0 droite<\/a> et l&#8217;\u00c9lys\u00e9e r\u00e9trop\u00e9dale vitesse grand V. Il faut dire que l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un face-\u00e0-face fig\u00e9 pour l&#8217;\u00e9ternit\u00e9 entre deux ennemis est saugrenue, un \u00ab en m\u00eame temps \u00bb morbide qui ne ferait qu&#8217;ajouter de la confusion \u00e0 la discorde.<\/p>\n<p>D\u00e9boulonner ou ne pas d\u00e9boulonner, quitte \u00e0 choisir, les sorties par le haut de ce d\u00e9bat sont nombreuses. Pour faire ce travail de m\u00e9moire n\u00e9cessaire aux citoyens \u2013 \u00e0 tous les citoyens \u2013 il est peut-\u00eatre temps que le pays suivent l&#8217;exemple de Bordeaux ou de Nantes, qui ont notamment appos\u00e9 des <a href=\"https:\/\/www.france24.com\/fr\/20200611-bordeaux-ancien-port-n%C3%A9grier-poursuit-dans-ses-rues-son-travail-de-m%C3%A9moire\">plaques explicatives dans les rues au nom d&#8217;anciens n\u00e9griers<\/a>. Avec les limites que chacune ont rencontr\u00e9es, <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/il-faut-ouvrir-le-debat-sur-la-question-du-passe-colonial-raciste-de-l-europe\">comme nous l&#8217;explique Karfa Diallo dans cet entretien<\/a>.<\/p>\n<h2>La question de l&#8217;espace public<\/h2>\n<p><a href=\"https:\/\/www.sciencesetavenir.fr\/archeo-paleo\/francois-xavier-fauvelle-le-terme-de-communautarisme-est-un-epouvantail_145165\">\u00c0 <em>Sciences et Avenir<\/em><\/a>, l&#8217;historien Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle \u00e9voque <em>\u00ab une \u00e9motion politique, c&#8217;est-\u00e0-dire publique, et qui exprime toujours une certaine conflictualit\u00e9 entre le collectif qui se mobilise (pour ou contre) au sujet de la statue en question et le public qui a cette statue sous les yeux tous les jours [&#8230;] Il n&#8217;y a pas \u00e0 \u00eatre effray\u00e9 par ce ph\u00e9nom\u00e8ne, totalement inh\u00e9rent \u00e0 ce qu&#8217;est l&#8217;espace public, c&#8217;est-\u00e0-dire un lieu de conflictualit\u00e9 n\u00e9cessaire, pour autant qu&#8217;il s&#8217;exprime de fa\u00e7on l\u00e9gale \u00bb<\/em>. En fait, cette affaire de statues est double : d\u00e9mocratique et locale. H\u00e9las, lorsqu&#8217;Emmanuel Macron donne sa fin de non-recevoir, le d\u00e9bat est-il cl\u00f4t sans avoir commenc\u00e9. On reconna\u00eet bien s\u00fbr l\u00e0 la patte de notre cher Pr\u00e9sident absolutiste. S&#8217;il a ferm\u00e9 la porte \u00e0 tout d\u00e9bat, la soci\u00e9t\u00e9, elle, s&#8217;en est saisi. Qu&#8217;ils soient pour ou contre le \u00ab d\u00e9boulonnage \u00bb, nombreux ont \u00e9t\u00e9 les participants, encore plus les arguments. Mais la d\u00e9mocratie ne saurait s&#8217;arr\u00eater aux portes des lieux de d\u00e9cisions, de pouvoir. Nous parlons justement-l\u00e0 d&#8217;une statue de Colbert \u2013 symbole des symboles \u2013 qui tr\u00f4ne devant le Palais-Bourbon !<\/p>\n<p>La question n&#8217;est pas seulement celle de l&#8217;histoire, de l&#8217;identit\u00e9 de chacun, ni celle du racisme pass\u00e9 et pr\u00e9sent. C&#8217;est bien la question de l&#8217;espace public qui se pose. Cet espace qui devrait appartenir \u00e0 tout le monde et \u00e0 personne. Or, sans d\u00e9mocratie, cet espace ne peut \u00eatre qu&#8217;un lieu o\u00f9 se r\u00e8glent les conflictualit\u00e9s.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle continue : <em>\u00ab Nous vivons au milieu de ce r\u00e9seau de symboles, qui fait l&#8217;objet, par d\u00e9finition, d&#8217;une gestion publique permanente : on en ajoute, en en retire \u00bb. Mais surtout, l&#8217;historien rappelle ce qui semble \u00eatre m\u00e9connu de tous aujourd&#8217;hui : \u00ab La majorit\u00e9 des symboles historiques pr\u00e9sents dans l&#8217;espace public ne sont nullement les produits d&#8217;un programme comm\u00e9moratif national, comme le sont les monuments aux morts pr\u00e9sents sur tout le territoire ou les plaques comm\u00e9moratives de la d\u00e9portation des juifs de France. Les noms de rues et beaucoup de monuments sont le fruit de d\u00e9cisions prises en conseil municipal pour rendre compte d&#8217;une m\u00e9moire locale. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>En prenant position, Emmanuel Macron emp\u00eache les choses de se passer normalement : par le d\u00e9bat, \u00e0 une \u00e9chelle locale, de fa\u00e7on apais\u00e9e \u2013 ou pour le moins apaisante.<\/p>\n<h2>Histoire d&#8217;une domination<\/h2>\n<p>Invoquer la d\u00e9mocratie comme solution \u00e0 tous les probl\u00e8mes \u2013 et donc \u00e0 celui qui nous int\u00e9resse ici \u2013 est chose facile. La d\u00e9mocratie est le r\u00e9sultat de jeux de pouvoir et donc de domination. Cette question des statues, ils la posent en tant que jeunes citoyens, contemporains, l\u00e0 o\u00f9 les statues ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es dans l&#8217;espace public en des temps o\u00f9 la question coloniale ou celle du racisme ne se posaient pas, ou si peu. Emmanuel Fureix \u00e9voque <em>\u00ab la volont\u00e9 d\u2019\u00e9manciper la soci\u00e9t\u00e9 en \u00e9mancipant l\u2019espace public commun \u00bb<\/em>. Or, le groupe social dominant domine aussi l&#8217;espace public. Il choisit ses h\u00e9ros et, de fait, tait les h\u00e9ros des domin\u00e9s. Jeunes, femmes, noirs, arabes, etc., etc. Tous ceux qui n&#8217;ont pas voix au chapitre s&#8217;indignent de cette situation, <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/linvite-des-matins\/mouvements-antiracistes-un-tournant-dans-lhistoire\">comme l&#8217;\u00e9voque Fran\u00e7oise Verg\u00e8s<\/a> : <em>\u00ab On compte environ 30 femmes pour 350 statues. C&#8217;est un univers tr\u00e8s masculin, tr\u00e8s blanc, qui n&#8217;est pas du tout dans l&#8217;\u00e9galit\u00e9. Il n&#8217;y a pas d&#8217;\u00e9galit\u00e9 m\u00e9morielle [&#8230;] Quels sont les statues que je vois quand je me prom\u00e8ne \u00e0 Paris ? Essentiellement des hommes, blancs, tr\u00e8s souvent guerriers, des g\u00e9n\u00e9raux, des mar\u00e9chaux ; quelques po\u00e8tes, \u00e9crivains et philosophes, je vois tr\u00e8s peu de femmes \u00bb<\/em>, et pour cause, 2% des rues fran\u00e7aises portent le nom d&#8217;une femme ! <\/p>\n<p>Ainsi Fran\u00e7ois-Xavier Fauvelle trouve que <em>\u00ab la quasi absence des femmes parmi les symboles historiques pr\u00e9sents dans l&#8217;espace public est un scandale, comme l&#8217;est l&#8217;insensibilit\u00e9 de certains monuments \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de ceux d&#8217;entre nous qui sont descendants d&#8217;esclaves ou de colonis\u00e9s. Ce n&#8217;est pas du communautarisme que de le dire, seulement la prise en consid\u00e9ration du fait que l&#8217;espace public n&#8217;appartient pas exclusivement \u00e0 ceux auxquels il appartenait quand ces statues et monuments ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9es. L&#8217;espace public n&#8217;est pas hors de l&#8217;histoire. Il \u00e9volue comme la soci\u00e9t\u00e9. \u00bb<\/em> Penser l&#8217;histoire de cette fa\u00e7on-l\u00e0, comme un bien pr\u00e9sent et changeant, cela m\u00e9rite un effort d&#8217;empathie non-n\u00e9gligeable.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/international\/article\/2020\/06\/12\/du-sud-des-etats-unis-a-la-france-des-statues-deboulonnees-pour-une-histoire-partagee_6042614_3210.html\">Dans <em>Le Monde<\/em><\/a>, Fr\u00e9d\u00e9ric R\u00e9gent, ma\u00eetre de conf\u00e9rences en histoire \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris-I, a r\u00e9agi \u00e0 cette affaire : <em>\u00ab Mettre Schoelcher sur le m\u00eame plan qu\u2019un esclavagiste rel\u00e8ve de la confusion et d\u2019une inqui\u00e9tante racialisation de l\u2019histoire. On ne voit plus la lutte entre dominants et domin\u00e9s, entre d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et partisans de l\u2019esclavage. Voir tout \u00e0 travers le seul prisme racial, c\u2019est faux, et cela nous promet de tristes lendemains. \u00bb<\/em> Dominique Taffin, directrice de la Fondation pour la m\u00e9moire de l\u2019esclavage, abonde dans le m\u00eame sens <a href=\"https:\/\/www.la-croix.com\/France\/Statues-vandalisees-Seul-dialogue-permettra-lapaisement-memoires-2020-06-09-1201098291\">aupr\u00e8s du journal <em>La Croix<\/em><\/a> : <em>\u00ab Les personnages historiques vis\u00e9s ne sont pas tous comparables. La destruction de deux statues de Victor Sch\u0153lcher en Martinique a fait r\u00e9agir notre Fondation car, certes il croyait en la colonisation civilisatrice, mais c\u2019est surtout un grand abolitionniste \u00bb<\/em>, ajoutant que <em>\u00ab\u2009seul le dialogue permettra l\u2019apaisement des m\u00e9moires\u2009\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, dire tout cela, \u00e7a ne suffit pas. Il faut savoir qui parle, \u00ab d&#8217;o\u00f9 \u00bb cette personne s&#8217;exprime, et surtout savoir l&#8217;\u00e9couter. L\u00e0, nous assistons \u00e0 une sc\u00e8ne de l&#8217;histoire o\u00f9 une partie de la population exprime un d\u00e9saccord quant \u00e0 l&#8217;utilisation de l&#8217;espace public. Elle nous dit \u00e0 nous tous : cette statue, ce nom de rue, m&#8217;offense, m&#8217;insulte en tant qu&#8217;\u00eatre. Une telle remarque ne saurait \u00eatre balay\u00e9e avec d\u00e9dain. Les \u00ab Colbert, \u00e7a n&#8217;est pas que le Code Noir \u00bb ne suffisent pas.<\/p>\n<p>Sur Facebook, le s\u00e9nateur PS de Guadeloupe et ancien ministre des Outre-Mer Victorin Lurel pose finalement les termes exacts du d\u00e9bat politique qui n&#8217;a pas lieu : <em>\u00ab Dans un \u00c9tat r\u00e9publicain, d\u00e9mocratique et libre, il n\u2019appartient ni au Parlement ni \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 judiciaire de d\u00e9finir la v\u00e9rit\u00e9 historique. Pourtant, parce que l\u2019Histoire fonde nos consciences, parce que les m\u00e9moires \u2013 longtemps honteuses \u2013 restent douloureuses, parce que face \u00e0 l\u2019occultation et au d\u00e9ni encore vivaces, l\u2019honneur de la R\u00e9publique est d\u2019\u0153uvrer pour la r\u00e9conciliation des m\u00e9moires \u00bb<\/em>. Manque la volont\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/loic-le-clerc\"><strong>Lo\u00efc Le Clerc<\/strong><\/a><br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12372 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_1_-60-ccf-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/befunky-collage_1_-60-ccf-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage_1_-60.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vague antiraciste fait peur. Mais lorsqu&#8217;elle s&#8217;en prend \u00e0 des symboles du pouvoir glorifi\u00e9s dans l&#8217;espace public, la peur se mue en intol\u00e9rance. Si Emmanuel Macron refuse tout dialogue, la soci\u00e9t\u00e9, elle, s&#8217;est empar\u00e9e de ce d\u00e9bat. Tour d&#8217;horizon des arguments.<\/p>\n","protected":false},"author":1203,"featured_media":29485,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[378,346,350],"class_list":["post-12372","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","tag-colonialisme","tag-histoire","tag-racisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1203"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12372"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12372\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/29485"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}