{"id":12317,"date":"2020-05-29T09:37:38","date_gmt":"2020-05-29T07:37:38","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-le-pouvoir-est-mort-le-capital-est-une-fiction\/"},"modified":"2023-06-23T23:57:37","modified_gmt":"2023-06-23T21:57:37","slug":"article-le-pouvoir-est-mort-le-capital-est-une-fiction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12317","title":{"rendered":"\u00ab\u2009Le  pouvoir  est mort,  le capital  est une fiction !\u2009\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c0 l&#8217;occasion du 190\u00e8me anniversaire de la naissance de Louise Michel, nous publions ici son interview posthume men\u00e9e par Mathilde Larr\u00e8re, historienne des mouvements sociaux. Elles ont parl\u00e9 des luttes pass\u00e9es et actuelles, de l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire, de la d\u00e9mocratie, des hilets jaunes ou du f\u00e9minisme.  <\/p>\n<p><strong> <em>Regards<\/em>. D\u2019abord, pour celles et ceux qui ne te conna\u00eetraient pas, peux-tu rapidement nous retracer ton parcours ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Louise Michel.<\/strong> Rapidement ? (elle sourit). Je m\u2019appelle Cl\u00e9mence-Louise Michel et je suis n\u00e9e le 29 mai 1830, dans la Haute-Marne. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 institutrice, mais dans des \u00e9coles libres, car j\u2019ai refus\u00e9 de pr\u00eater le serment de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur. \u00c0 Paris, j\u2019ai fr\u00e9quent\u00e9 les milieux blanquistes, particip\u00e9 au journal de Jules Vall\u00e8s, discut\u00e9 avec Eug\u00e8ne Varlin, Raoul Rigault et \u00c9mile Eudes, correspondu sous le pseudonyme d\u2019Enjolras avec Hugo. Pendant le si\u00e8ge de Paris, j\u2019ai organis\u00e9 des cantines populaires. J\u2019ai aussi fait le coup de feu devant l\u2019H\u00f4tel de ville, le 22 janvier 1871, contre le gouvernement d\u00e9faitiste. Le 18 mars 1871, j\u2019\u00e9tais de celles qui ont emp\u00each\u00e9 les soldats de Thiers de saisir les canons du peuple de Paris.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees-culture\/article\/la-gauche-peut-elle-encore-convertir-la-tristesse-en-colere\">La gauche peut-elle encore convertir la tristesse en col\u00e8re ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Et pendant la Commune elle-m\u00eame ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 nouveau cantini\u00e8re, mais aussi ambulanci\u00e8re, animatrice du club de la R\u00e9volution. Lors de la Semaine sanglante, je me suis battue \u00e0 Neuilly, Clamart et Issy, puis sur diff\u00e9rentes barricades parisiennes et notamment sur celle de la chauss\u00e9e Clignancourt, que j\u2019ai tenue avec seulement deux camarades d\u2019armes. \u00ab Les balles faisaient le bruit de gr\u00eale des orages d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00bb, je me souviens. Comme ils avaient arr\u00eat\u00e9 ma m\u00e8re, je me suis rendue. Devant le conseil de guerre, j\u2019ai d\u00e9fendu la Sociale, et \u00e9cop\u00e9 d\u2019une peine de d\u00e9portation. J\u2019y ai rencontr\u00e9 Nathalie Le Mel, qui m\u2019a fait passer du blanquisme \u00e0 l\u2019anarchisme. En Nouvelle Cal\u00e9donie o\u00f9 j\u2019\u00e9tais d\u00e9port\u00e9e, j\u2019ai ouvert des \u00e9coles pour les Kanaks, les ai soutenus lors de leur r\u00e9volte en 1878. Amnisti\u00e9e comme mes s\u0153urs et fr\u00e8res de combat, je suis rentr\u00e9e en France et n\u2019ai jamais abandonn\u00e9 le combat, soutenant les gr\u00e8ves, les r\u00e9voltes, faisant moult conf\u00e9rences (je fus bless\u00e9e \u00e0 l\u2019une d\u2019elles. J\u2019ai toujours le morceau de balle fich\u00e9 dans mon cr\u00e2ne). Cela m\u2019a valu de nombreux passages en prison !<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Toi qui ne poss\u00e8des rien, tu n\u2019as que deux routes \u00e0 choisir, \u00eatre dupe ou fripon, rien entre les deux, rien au-del\u00e0, pas plus qu\u2019avant \u2013 rien que la r\u00e9volte. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui te met en col\u00e8re, aujourd\u2019hui ?<\/strong><\/p>\n<p>S\u2019il y a des mis\u00e9reux dans la soci\u00e9t\u00e9, des gens sans asile, sans v\u00eatements et sans pain, c\u2019est que la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons est mal organis\u00e9e. On ne peut pas admettre qu\u2019il y ait encore des gens qui cr\u00e8vent la faim quand d\u2019autres ont des millions \u00e0 d\u00e9penser en turpitudes. C\u2019est cette pens\u00e9e qui me r\u00e9volte.<\/p>\n<p><strong>On le voit, partout dans le monde, les peuples se soul\u00e8vent : c\u2019est la fin d\u2019un monde ? C\u2019est ce qui motive ton combat ?<\/strong><\/p>\n<p>Toi qui ne poss\u00e8des rien, tu n\u2019as que deux routes \u00e0 choisir, \u00eatre dupe ou fripon, rien entre les deux, rien au-del\u00e0, pas plus qu\u2019avant \u2013 rien que la r\u00e9volte. J\u2019ignore o\u00f9 se livrera le combat entre le vieux monde et le nouveau, mais peu importe : j\u2019y serai. Que ce soit \u00e0 Rome, \u00e0 Berlin, \u00e0 Moscou, je n\u2019en sais rien, j\u2019irai et sans doute bien d\u2019autres aussi. Je (suis) plus que jamais communeuse et pr\u00eate \u00e0 recommencer la lutte contre tout ce qui doit dispara\u00eetre d\u2019erreurs et d\u2019injustice. Nous r\u00eavons au bonheur universel, nous voulons l\u2019humanit\u00e9 libre et fi\u00e8re, sans entrave, sans castes, sans fronti\u00e8res, sans religions, sans gouvernements, sans institutions.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e8s de cent cinquante ans apr\u00e8s la Commune de Paris, aujourd\u2019hui, les mouvements y font r\u00e9f\u00e9rence. Sur les murs, on peut lire : \u00ab Vive la Commune\u00a0!\u00a0\u00bb, \u00ab 1871 raisons de niquer Macron ! \u00bb, \u00ab On ne veut pas mai 68, on veut 1871 \u00bb. Comment l\u2019expliques-tu ?<\/strong><\/p>\n<p>Si un pouvoir quelconque pouvait faire quelque chose, c\u2019\u00e9tait bien la Commune, compos\u00e9e d\u2019hommes d\u2019intelligence, de courage, d\u2019une incroyable honn\u00eatet\u00e9, et qui avaient donn\u00e9 d\u2019incontestables preuves de d\u00e9vouement et d\u2019\u00e9nergie. Le pouvoir les annihila, ne leur laissant plus d\u2019implacable volont\u00e9 que pour le sacrifice. C\u2019est que le pouvoir est maudit, et c\u2019est pour cela que je suis anarchiste.<\/p>\n<p><strong>Tu ne crois pas dans la d\u00e9mocratie \u00e9lectorale ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y avait longtemps que les urnes s\u2019engorgeaient et se d\u00e9gorgeaient p\u00e9riodiquement, sans qu\u2019il f\u00fbt possible de prouver d\u2019une fa\u00e7on aussi incontestable que ces bouts de papier charg\u00e9s \u2013 disait-on \u2013 de la volont\u00e9 populaire, et qu\u2019on pr\u00e9tendait porter la foudre, ne portent rien du tout. La volont\u00e9 du peuple ! Avec cela qu\u2019on s\u2019en soucie, de la volont\u00e9 du peuple ! Si elle g\u00eane, on ne la suit pas. Votre vote, c\u2019est la pri\u00e8re aux dieux sourds de toutes les mythologies, quelque chose comme le mugissement du b\u0153uf flairant l\u2019abattoir. Il faudrait \u00eatre bien niais pour y compter encore, de m\u00eame qu\u2019il ne faudrait pas \u00eatre d\u00e9go\u00fbt\u00e9 pour garder des illusions sur le pouvoir\u00a0: le voyant \u00e0 l\u2019\u0153uvre, il se d\u00e9voile. Tant mieux. <\/p>\n<p><strong>Quand m\u00eame, quand Jean-Luc M\u00e9lenchon a fr\u00f4l\u00e9 le second tour de la pr\u00e9sidentielle en 2017, tu as bien d\u00fb esquisser un petit sourire de joie, non ?<\/strong><\/p>\n<p>Sans l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un seul, il y aurait la lumi\u00e8re, il y aurait la v\u00e9rit\u00e9, il y aurait la justice. L\u2019autorit\u00e9 d\u2019un seul, c\u2019est un crime. Ce que nous voulons, c\u2019est l\u2019autorit\u00e9 de tous. Le pouvoir est mort, s\u2019\u00e9tant comme les scorpions tu\u00e9 lui-m\u00eame ; le capital est une fiction, puisque sans le travail il ne peut exister, et ce n\u2019est pas souffrir pour la R\u00e9publique qu\u2019il faut, mais faire la R\u00e9publique sociale. <\/p>\n<p><strong>Que penses-tu de la mobilisation des \u00ab gilets jaunes \u00bb ?<\/strong><\/p>\n<p>Chacun cherche sa route ; nous cherchons la n\u00f4tre et nous pensons que le jour o\u00f9 le r\u00e8gne de la libert\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 sera arriv\u00e9, le genre humain sera heureux. C\u2019est une chose \u00e9trange, les ouvriers n\u2019ont pas plut\u00f4t pris, o\u00f9 que ce soit, leur propre cause en main, que, sur-le-champ, on entend retentir toute la phras\u00e9ologie apolog\u00e9tique des porte-parole de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle avec ses deux p\u00f4les, capital et esclavage salari\u00e9. Ce n\u2019est pas une miette de pain, c\u2019est la moisson du monde entier qu\u2019il faut \u00e0 la race humaine, sans exploiteur et sans exploit\u00e9. Sc\u00e9l\u00e9rats que nous sommes ! Nous r\u00e9clamons le pain pour tous, la science pour tous ; pour tous aussi l\u2019ind\u00e9pendance et la justice ! Oui, chacals, nous irons vous chercher dans vos palais, ces antres de tous les crimes, et nos poignards justiciers sauront trouver vos c\u0153urs f\u00e9roces.<\/p>\n<p><strong>En France, le monde de la sant\u00e9 est en lutte, l\u2019h\u00f4pital se meurt. Qu\u2019aurais-tu \u00e0 dire, toi l\u2019ancienne ambulanci\u00e8re de la Commune, \u00e0 la ministre de la Sant\u00e9, Agn\u00e8s Buzyn \u2013 en charge aussi de la (contre) r\u00e9forme des retraites ?<\/strong><\/p>\n<p>Je vous remercie Madame, mais votre Dieu est vraiment trop du c\u00f4t\u00e9 des Versaillais.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Notre plus grande erreur fut de n\u2019avoir pas plant\u00e9 le pieu au c\u0153ur du vampire : la finance. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Et l\u2019institutrice que tu \u00e9tais, que pense-t-elle de l\u2019\u00e9volution du m\u00e9tier d\u2019enseignant ? Comment vois-tu sa place aujourd\u2019hui ?<\/strong><\/p>\n<p>La t\u00e2che des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se r\u00e9volter. <\/p>\n<p><strong>Finalement, quelle a \u00e9t\u00e9 notre plus grande erreur, d\u2019apr\u00e8s toi ? Depuis 1871, \u00e7a n\u2019est pas la lutte qui a manqu\u00e9 pourtant\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Notre plus grande erreur fut de n\u2019avoir pas plant\u00e9 le pieu au c\u0153ur du vampire : la finance.<\/p>\n<p><strong>Nombreux d\u00e9noncent les \u00ab violences \u00bb commises au c\u0153ur des mobilisations en cours, ce qui fait les choux gras des cha\u00eenes d\u2019information en continu. Que leur r\u00e9ponds-tu ?<\/strong><\/p>\n<p>Que la R\u00e9volution est terrible ; mais son but \u00e9tant le bonheur de l\u2019humanit\u00e9, elle a des combattants audacieux, des lutteurs impitoyables, il le faut bien. La r\u00e9volution sera la floraison de l\u2019humanit\u00e9 comme l\u2019amour est la floraison du c\u0153ur. Je n\u2019ai qu\u2019une passion, la r\u00e9volution.<\/p>\n<p><strong>Le mouvement social actuel est la cible d\u2019une terrible r\u00e9pression polici\u00e8re et judiciaire. Les gilets jaunes se succ\u00e8dent devant les pr\u00e9toires et \u00e9copent de peines lourdes. Tu ne t\u2019es pas vraiment d\u00e9fendue lors de ton proc\u00e8s, tu as contre-attaqu\u00e9. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n<p>Mais pourquoi me serais-je d\u00e9fendue ? Je leur ai d\u00e9clar\u00e9 que je me refusais \u00e0 le faire. Ils \u00e9taient des hommes, qui allaient me juger ; ils \u00e9taient devant moi \u00e0 visage d\u00e9couvert ; ils \u00e9taient des hommes et moi je ne suis qu\u2019une femme, et pourtant je les regardais en face. Je savais bien que tout ce que j\u2019aurais pu leur dire n\u2019aurait rien chang\u00e9 \u00e0 leur sentence. Donc je leur ai dit un seul et dernier mot avant de m\u2019asseoir : <em>\u00ab Nous n\u2019avons jamais voulu que le triomphe de la R\u00e9volution ; je le jure par nos martyrs tomb\u00e9s sur le champ de Satory, par nos martyrs que j\u2019acclame encore ici hautement, et qui un jour trouveront bien un vengeur. Encore une fois, je vous appartiens ; faites de moi ce qu\u2019il vous plaira. Prenez ma vie si vous la voulez ; je ne suis pas femme \u00e0 vous la disputer un seul instant. (\u2026) Si vous n\u2019\u00eates pas des l\u00e2ches, tuez-moi\u2026 \u00bb<\/em><\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Nous sommes pas mal de r\u00e9volt\u00e9es, prenant tout simplement notre place \u00e0 la lutte, sans la demander. Vous parlementeriez jusqu\u2019\u00e0 la fin du monde ! \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Apr\u00e8s #MeToo, Balance ton porc ou la ligue du LOL, dirais-tu que \u2013 enfin \u2013 les femmes font leur r\u00e9volution ?<\/strong><\/p>\n<p>La question des femmes est, surtout \u00e0 l\u2019heure actuelle, ins\u00e9parable de la question de l\u2019humanit\u00e9. Les femmes sont le b\u00e9tail humain qu\u2019on \u00e9crase et qu\u2019on vend. Notre place dans l\u2019humanit\u00e9 ne doit pas \u00eatre mendi\u00e9e, mais prise. <\/p>\n<p><strong>\u00c7a veut dire, pour toi, que l\u2019\u00e9galit\u00e9 femmes \/ hommes est \u00e0 notre port\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les deux sexes \u00e9tait reconnue, ce serait une fameuse br\u00e8che dans la b\u00eatise humaine. En attendant, la femme est toujours, comme le disait le vieux Moli\u00e8re, le potage de l\u2019homme. Le sexe fort descend jusqu\u2019\u00e0 flatter l\u2019autre en le qualifiant de beau. Il y a fichtre longtemps que nous avons fait justice de cette force-l\u00e0, et nous sommes pas mal de r\u00e9volt\u00e9es, prenant tout simplement notre place \u00e0 la lutte, sans la demander. Vous parlementeriez jusqu\u2019\u00e0 la fin du monde ! Pour ma part, camarades, je n\u2019ai pas voulu \u00eatre le potage de l\u2019homme, et je m\u2019en suis all\u00e9e \u00e0 travers la vie, avec la vile multitude, sans donner d\u2019esclaves aux C\u00e9sars. <\/p>\n<p><strong>Comment vois-tu la place des femmes dans la lutte ?<\/strong><\/p>\n<p>Parmi les plus implacables lutteurs qui combattirent l\u2019invasion et d\u00e9fendirent la R\u00e9publique comme l\u2019aurore de la libert\u00e9, les femmes sont en nombre. On a voulu faire des femmes une caste et, sous la force qui les \u00e9crase \u00e0 travers les \u00e9v\u00e9nements, la s\u00e9lection s\u2019est faite ; on ne nous a pas consult\u00e9es pour cela, et nous n\u2019avons \u00e0 consulter personne. Le monde nouveau nous r\u00e9unira \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 libre dans laquelle chaque \u00eatre aura sa place.<\/p>\n<p><strong>Depuis peu, se dressent aussi des luttes contre les violences faites aux animaux, pour reconna\u00eetre leurs droits. Pourquoi est-ce un combat important\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas nouveau\u00a0! Au fond de ma r\u00e9volte contre les forts, je trouve du plus loin qu\u2019il me souvienne l\u2019horreur des tortures inflig\u00e9es aux b\u00eates. Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se tra\u00eener au soleil la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants cherchant \u00e0 s\u2019enfouir sous la terre, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oie dont on cloue les pattes, jusqu\u2019au cheval qu\u2019on fait \u00e9puiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la b\u00eate subit, lamentable, le supplice inflig\u00e9 par l\u2019homme. Et plus l\u2019homme est f\u00e9roce envers la b\u00eate, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent. (\u2026) C\u2019est que tout va ensemble, depuis l\u2019oiseau dont on \u00e9crase la couv\u00e9e jusqu\u2019aux nids humains d\u00e9cim\u00e9s par la guerre. (\u2026) Et le c\u0153ur de la b\u00eate est comme le c\u0153ur humain, son cerveau est comme le cerveau humain, susceptible de sentir et de comprendre.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi pr\u00e9f\u00e8res-tu le drapeau noir au rouge ?<\/strong><\/p>\n<p>Plus de drapeau rouge mouill\u00e9 du sang de nos soldats ! J\u2019arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions.<\/p>\n<p><strong>Que reste-t-il de toi depuis que tu nous as quitt\u00e9s ?<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019est pas d\u00e9fendu de ne vouloir vivre qu\u2019autant qu\u2019on est utile et de pr\u00e9f\u00e9rer mourir debout \u00e0 mourir couch\u00e9. Il me para\u00eet malheureusement impossible que quelque chose survive de nous apr\u00e8s la mort, pas plus que de la flamme quand la bougie est souffl\u00e9e ; et si la partie qui pense peut dispara\u00eetre, parcelle par parcelle, quand on enl\u00e8ve, les uns apr\u00e8s les autres, les lobes du cerveau, nul doute que la mort, en grillant le cerveau, n\u2019\u00e9teigne la pens\u00e9e. Ne croyant ni au diable ni \u00e0 dieu, je crois en vous.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>Mathilde Larr\u00e8re<\/strong><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12317 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/l-3-6ba.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/l-3-6ba-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"l-3.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l&#8217;occasion du 190\u00e8me anniversaire de la naissance de Louise Michel, nous publions ici son interview posthume men\u00e9e par Mathilde Larr\u00e8re, historienne des mouvements sociaux. Elles ont parl\u00e9 des luttes pass\u00e9es et actuelles, de l\u2019id\u00e9al r\u00e9volutionnaire, de la d\u00e9mocratie, des hilets jaunes ou du f\u00e9minisme.  <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":29308,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[293,346],"class_list":["post-12317","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","tag-entretien","tag-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12317","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12317"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12317\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/29308"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12317"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12317"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12317"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}