{"id":12273,"date":"2020-05-04T09:24:27","date_gmt":"2020-05-04T07:24:27","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-idir-le-chasseur-de-lumiere-s-eclipse\/"},"modified":"2023-06-23T23:56:37","modified_gmt":"2023-06-23T21:56:37","slug":"article-idir-le-chasseur-de-lumiere-s-eclipse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12273","title":{"rendered":"Idir, le chasseur de lumi\u00e8re, s&#8217;\u00e9clipse"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le chanteur est mort, samedi 2 mai, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 70 ans, succombant \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital d&#8217;une maladie pulmonaire. <em>\u00ab Nous avons le regret de vous annoncer le d\u00e9c\u00e8s de notre p\u00e8re (\u00e0 tous), Idir le samedi 2 mai \u00e0 21h30. Repose en paix papa. \u00bb<\/em>, est-il \u00e9crit dans un message publi\u00e9 sur la page Facebook officielle du chanteur.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne se passe \u00e0 la MC93, \u00e0 Bobigny, le 19 mars 2004. Le directeur du lieu, Patrick Sommier \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, avait organis\u00e9 \u00ab L&#8217;An kabyle \u00bb. Le programme pr\u00e9cisait : <em>\u00ab Minoritaire en Alg\u00e9rie, mais majoritaire en France o\u00f9 elle s&#8217;est \u00e9tablie d\u00e8s la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, la communaut\u00e9 kabyle est tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 ses racines plusieurs fois mill\u00e9naires. \u00bb<\/em> Ce soir-l\u00e0, deux de ses repr\u00e9sentants montaient sur sc\u00e8ne pour interpr\u00e9ter leurs morceaux dans la langue amazighe ou en fran\u00e7ais, parfois en m\u00ealant les deux langues. D&#8217;abord, Akli D. ; ce chanteur avait eu un joli succ\u00e8s avec son album <em>Anef as Trankil<\/em> et notamment une chanson <em>C facile<\/em>. Puis vint Idir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees-culture\/culture\/article\/al-akhareen-une-musique-pour-reconcilier-les-autres\">Al Akhareen : une musique pour r\u00e9concilier les Autres<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quelques notes, et d&#8217;embl\u00e9e une v\u00e9ritable ovation surgit pour l&#8217;ambassadeur de la chanson kabyle . Dans la salle pleine \u00e0 craquer, le public m\u00e9lang\u00e9 ma\u00eetrisait les airs, voire les paroles qui \u00e9manaient de sa voix douce, quasi envo\u00fbtante. Des youyous retentissaient souvent. L&#8217;ambiance allait croissante. \u00c0 la fin, tout le monde, debout, se mit \u00e0 danser. Cette sc\u00e8ne s&#8217;est produite \u00e0 Bobigny. Elle s&#8217;est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e souvent l\u00e0 o\u00f9 Idir passait en concert. Il avait, entre autre, cet art : celui d&#8217;entra\u00eener, en musique ; celui de donner en partage sa langue.<\/p>\n<p>C&#8217;est avec <em>A Vava Inouva (Papa Inouva)<\/em> qu&#8217;il a commenc\u00e9 \u00e0 le faire, en 1973, un peu par hasard. De son vrai nom Hamid Cheriet, Idir \u00e9tait n\u00e9 le 25 octobre 1949 \u00e0 A\u00eft Lahc\u00e8ne, pr\u00e8s de Tizi-Ouzou, capitale de la Kabylie. Ce fils de berger se destinait \u00e0 \u00eatre g\u00e9ologue quand il est appel\u00e9 pour remplacer au pied lev\u00e9 la chanteuse Nouara sur Radio Alger, en 1973. Il y interpr\u00e8te donc lui-m\u00eame, avec une autre chanteuse, Mila, sa chanson en langue berb\u00e8re. Elle \u00e9voque les veill\u00e9es dans les villages kabyles. Il fait son service militaire. Sa chanson fait le tour du monde. Et le cours de sa vie en est chang\u00e9.<\/p>\n<p>Car son tube, plan\u00e9taire, est en r\u00e9alit\u00e9 le premier grand tube venu directement d&#8217;Afrique du Nord. Alors, sa maison de disque, Path\u00e9 Marconi, lui propose de venir \u00e0 Paris enregistrer un 33 tours. En 1975, DEA de g\u00e9ologie en poche, Idir quitte donc l&#8217;Alg\u00e9rie et son parti unique. Il s&#8217;installe en France, enregistre un album, dont le titre porte le nom de son tube. Cheveux boucl\u00e9s qui tombent sur les \u00e9paules et lunettes carr\u00e9es, le jeune homme conna\u00eet un nouveau succ\u00e8s avec les 12 titres de l&#8217;album. Sa popularit\u00e9 d\u00e9passe la communaut\u00e9 kabyle. Le sociologue Pierre Bourdieu, qui a beaucoup travaill\u00e9 sur la Kabylie, disait de lui : <em>\u00ab Ce n&#8217;est pas un chanteur comme les autres. C&#8217;est un membre de chaque famille. \u00bb<\/em> Impr\u00e9gn\u00e9 d\u00e8s son enfance par les chants qui rythmaient tous les moments de la vie quotidienne, homme humble et pos\u00e9, Idir livre \u00e0 l&#8217;AFP, en 2013 : <em>\u00ab Je suis arriv\u00e9 au moment o\u00f9 il fallait, avec les chansons qu&#8217;il fallait. \u00bb<\/em> <em>A Vava Inouva<\/em> est traduit en quinze langues, diffus\u00e9 dans 77 pays. En 1979, il enregistre un deuxi\u00e8me album, <em>Ayarrach Negh (\u00c0 nos enfants)<\/em>.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/8qcSdqc7QYo\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces succ\u00e8s semblent \u00e9clipser l&#8217;homme qui ne se reconna\u00eet pas dans le monde du show biz. Idir dispara\u00eet de la sc\u00e8ne entre 1981 et 1991. Il renoue avec la sc\u00e8ne en 1993, apr\u00e8s la parution de son album <em>Chasseurs de lumi\u00e8re<\/em>. Mais c&#8217;est surtout en 1999 qu&#8217;Idir revient au c\u0153ur de l&#8217;actualit\u00e9 musicale avec l&#8217;album <em>Identit\u00e9s<\/em>. Chantre de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9, il chante avec Manu Chao, Dan Ar Braz, Maxime Le Forestier, Gnawa Diffusion, Zebda, Gilles Servat, Geoffrey Oryema et l&#8217;Orchestre national de Barb\u00e8s. Ces duos donnent \u00e0 ses tubes de nouvelles colorations parfois inattendues. En 2002, la plume de Jean-Jacques Goldman accompagne la musique d&#8217;Idir pour un un magnifique titre, <em>Pourquoi cette pluie ?<\/em><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/zlShQr3yO-E\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 2007, Idir sort l&#8217;album tr\u00e8s politique, <em>La France des couleurs<\/em>, compos\u00e9 pendant la campagne pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise o\u00f9 les question d&#8217;immigration et d&#8217;identit\u00e9 \u00e9taient au c\u0153ur des d\u00e9bats. <em>\u00ab En musique, j&#8217;ai voulu dire merci \u00e0 ce pays qui m&#8217;a adopt\u00e9 \u00bb<\/em>, expliquait alors Idir. Ajoutant : <em>\u00ab \u00c0 l&#8217;heure o\u00f9 l&#8217;on m\u00eale immigration et identit\u00e9 nationale, o\u00f9 l&#8217;on propose de mettre des drapeaux pour affirmer que l&#8217;on est fran\u00e7ais, je fais passer l&#8217;id\u00e9e que la France d&#8217;aujourd&#8217;hui, dans sa diversit\u00e9, est un acquis irr\u00e9versible. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/StKv8TBsTWc\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il d\u00e9clinait inlassablement ce point de vue en musique, m\u00ealant \u00e0 la musique kabyle rap, slam, pop, reggae ou R&#8217;n&#8217;B, m\u00e9langeant les langues ensuite et jouant avec des artistes de toutes les g\u00e9n\u00e9rations. De Tiken Jah Fakoly \u00e0 Grand Corps Malade en passant par Jean-Jacques Goldman, N\u00e2diya, Leslie, Disiz la Peste, ou Yannick Noah&#8230; plus d&#8217;une trentaine d&#8217;artistes viennent m\u00ealer leurs voix ou leurs instruments \u00e0 ceux d&#8217;Idir.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/_A7yjmR8088\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sur le programme de \u00ab L&#8217;An kabyle \u00bb, il y avait aussi cette pr\u00e9cision : <em>\u00ab Au pluriel, &#8220;berb\u00e8res&#8221; se traduit par Imazigh\u00e8ne : &#8220;les hommes libres&#8221;. En Kabylie, la langue et la tradition berb\u00e8res survivent dans un contexte conflictuel. Loun\u00e8s Matoub, chantre de l&#8217;identit\u00e9 berb\u00e8re, est mort pour elle, d&#8217;autres, comme Ferhat ou A\u00eft Menguellet, ont connu la prison pour leurs id\u00e9es, leurs po\u00e8mes. \u00bb<\/em> Idir, porte-parole du peuple kabyle, avait r\u00e9ussi \u00e0 faire sortir sa langue de ses fronti\u00e8res g\u00e9ographiques, \u00e0 diffuser une tranche de cette culture \u00e0 travers le monde, \u00e0 lui donner une forme de libert\u00e9.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/I9HDvrWfyUc\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/fabien-perrier\"><strong>Fabien Perrier<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12273 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/befunky-collage-241-7aa-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/befunky-collage-241-7aa-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-241.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le chanteur est mort, samedi 2 mai, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 70 ans, succombant \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital d&#8217;une maladie pulmonaire. <em>\u00ab Nous avons le regret de vous annoncer le d\u00e9c\u00e8s de notre p\u00e8re (\u00e0 tous), Idir le samedi 2 mai \u00e0 21h30. Repose en paix papa. \u00bb<\/em>, est-il \u00e9crit dans un message publi\u00e9 sur la page Facebook officielle du chanteur.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":29198,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[296],"class_list":["post-12273","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-idees-culture","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12273","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12273"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12273\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/29198"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12273"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12273"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12273"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}