{"id":1227,"date":"1999-02-01T00:00:00","date_gmt":"1999-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ni-laxistes-ni-securitaires1227\/"},"modified":"1999-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-01-31T23:00:00","slug":"ni-laxistes-ni-securitaires1227","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1227","title":{"rendered":"Ni laxistes, ni s\u00e9curitaires"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Jean-Louis Bargero <\/p>\n<p><strong> L&#8217;ordonnance de 1945 qui sanctionne la d\u00e9linquance des mineurs consid\u00e8re que chacun a droit \u00e0 une chance, \u00e0 une place dans la soci\u00e9t\u00e9. C&#8217;est cette conception humaniste qui est mise en cause aujourd&#8217;hui : r\u00e9duire la &#8220;fracture sociale&#8221; para\u00eet infaisable \u00e0 certains. Fatalit\u00e9 ? Inqui\u00e9tude des \u00e9lus&#8230; Rencontre avec l&#8217;un d&#8217;eux. <\/strong><\/p>\n<p><strong> L&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 compte parmi les pr\u00e9occupations des \u00e9lus. Comment avez-vous re\u00e7u les d\u00e9clarations successives et passablement contradictoires du gouvernement sur ce point ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Louis Bargero : <\/strong> La complexit\u00e9 des questions de s\u00e9curit\u00e9 suppose des r\u00e9ponses adapt\u00e9es et multiples, des interventions diverses dans des secteurs g\u00e9ographiques divers pour agir sur des causes diverses. Chacun r\u00e9fl\u00e9chit et fait des propositions, qui ne seront pas n\u00e9cessairement partag\u00e9es par tous, m\u00eame parmi des \u00e9lus de sensibilit\u00e9 identique et m\u00eame chez des \u00e9lus qui appartiennent \u00e0 une formation politique repr\u00e9sent\u00e9e au gouvernement.<\/p>\n<p>Reste que je partage les lignes de force gouvernementales, au moins dans les d\u00e9clarations, en ce qu&#8217;elles accordent de l&#8217;importance \u00e0 la pr\u00e9vention et \u00e0 l&#8217;essor de la citoyennet\u00e9 et de la vie associative. Le renforcement de la r\u00e9pression si les conditions l&#8217;exigent n&#8217;est pas scandaleux, \u00e0 condition de ne pas faire de la r\u00e9pression une fin, et de toujours l&#8217;articuler \u00e0 une d\u00e9marche \u00e9ducative. C&#8217;est d&#8217;ailleurs cette philosophie qui forme la trame des contrats locaux de s\u00e9curit\u00e9. Je consid\u00e8re aussi comme tr\u00e8s positive la notion de proximit\u00e9. L&#8217;ensemble des intervenants doit \u00eatre tr\u00e8s li\u00e9 au terrain. Je pense \u00e0 la police, dont le r\u00f4le pr\u00e9ventif m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre renforc\u00e9, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;\u00eelotage ; et \u00e0 la justice.<\/p>\n<p>La mise en oeuvre de ces id\u00e9es exige des moyens, en particulier des moyens humains, qui ne sont pas consentis pour l&#8217;instant. C&#8217;est connu pour la police. La justice \u00e9galement manque cruellement de moyens. Concernant la suppression brutale des allocations familiales aux familles dont les enfants se conduisent en fauteurs de troubles, je ne partage pas cette proposition. Je ne repousse pas n\u00e9anmoins une intervention sur ce point, dans la mesure o\u00f9 l&#8217;ordonnance de 1945 la permet dans un certain nombre de cas (1) mais jamais en privil\u00e9giant ce genre de mesure et toujours en l&#8217;inscrivant dans une d\u00e9marche \u00e9ducative en direction non seulement des jeunes mais aussi de leurs familles.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9loignement de mineurs d\u00e9linquants peut \u00eatre positif \u00e0 condition que cela ne revienne pas \u00e0 incarc\u00e9rer ces jeunes : ce serait pire que la situation actuelle. Ces mesures exigent des structures adapt\u00e9es, de petites structures qui jouent un r\u00f4le \u00e9ducatif et re\u00e7oivent un petit nombre de jeunes. Elles n&#8217;existent qu&#8217;en nombre tr\u00e8s limit\u00e9 actuellement.<\/p>\n<p><strong> Les \u00e9lus sont-ils majoritairement tr\u00e8s inquiets ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.-L. B. : <\/strong> Oui, car les motifs d&#8217;inqui\u00e9tude sont r\u00e9els. En beaucoup d&#8217;endroits, mais surtout dans les zones urbaines, on constate une situation tr\u00e8s fragile qui peut entra\u00eener des explosions. L&#8217;\u00e9conomie souterraine existe, le plus souvent li\u00e9e \u00e0 la drogue.<\/p>\n<p>On a cependant assist\u00e9 ces derniers temps (2) \u00e0 une dramatisation importante de ces risques, et les m\u00e9dias jouent en cela un r\u00f4le non n\u00e9gligeable. Je le regrette profond\u00e9ment, c&#8217;est un encouragement \u00e0 la d\u00e9linquance. L&#8217;intervention en direction d&#8217;un certain nombre de jeunes, oui, la dramatisation, non, parce qu&#8217;elle cr\u00e9e une dynamique de l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>La mani\u00e8re dont la t\u00e9l\u00e9vision met en sc\u00e8ne ces probl\u00e8mes, notamment les violences dans les \u00e9tablissements scolaires me met un peu en col\u00e8re. Il y a vingt-cinq ans j&#8217;\u00e9tais enseignant et on connaissait parfois des tensions aussi fortes. Les motifs d&#8217;inqui\u00e9tude existent, je le r\u00e9p\u00e8te. Il ne faut surtout pas qu&#8217;ils masquent les r\u00e9sultats obtenus sur le terrain.<\/p>\n<p><strong> Qu&#8217;est-ce que vous pensez de certaines mises en garde contre les analyses purement \u00e9conomiques et sociales de la d\u00e9linquance ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.-L. B. : <\/strong> Il est certain qu&#8217;on ne peut excuser des exactions par des motifs purement sociaux et \u00e9conomiques. La responsabilit\u00e9 individuelle est importante. Mais dire cela ne peut constituer une mani\u00e8re d&#8217;\u00e9carter les probl\u00e8mes fondamentaux que sont la formation et l&#8217;insertion \u00e9conomique des jeunes, donc la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er de l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>Des sociologues soulignent, \u00e0 juste titre \u00e0 mon avis, le manque de perspective politique, de perception d&#8217;une possibilit\u00e9 de changement social. C&#8217;est un \u00e9l\u00e9ment fondamental \u00e0 prendre en compte.<\/p>\n<p>Enfin, comment ne pas voir que, dans un monde qui semble rejeter une partie de la jeunesse, ceux qui &#8220;r\u00e9ussissent&#8221; le mieux sont souvent les moins attach\u00e9s \u00e0 des valeurs morales ? Comment convaincre alors les jeunes de respecter des r\u00e8gles ? Cela m&#8217;ennuie beaucoup qu&#8217;ils ne le fassent pas mais je trouve qu&#8217;ils n&#8217;ont pas tort de s&#8217;interroger sur ces r\u00e8gles, sans pour autant suivre certains d&#8217;entre eux qui les ignorent purement et simplement. On ne peut se contenter de dire qu&#8217;il y a des lois \u00e0 respecter : il faut le faire ! Il faut que tout le monde le fasse. Et \u00eatre sur ce point plus intransigeant avec les puissants.<\/p>\n<p><strong> Comment analysez-vous l&#8217;ab\u00eeme entre la mani\u00e8re dont la soci\u00e9t\u00e9 actuelle rejette une partie des jeunes et la philosophie de l&#8217;ordonnance de 1945, qui admettait tous les jeunes comme susceptibles d&#8217;\u00eatre \u00e9duqu\u00e9s et d&#8217;avoir une place dans la soci\u00e9t\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.-L. B. : <\/strong> Je me suis replong\u00e9 dans la lecture de l&#8217;ordonnance de 1945 pour pr\u00e9parer l&#8217;invitation aux \u00e9lus organis\u00e9e par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en 1998. Ce texte est humaniste pour les raisons que vous dites et plus largement parce qu&#8217;il consid\u00e8re que tout homme se transforme, qu&#8217;on ne peut \u00eatre condamn\u00e9 toute sa vie pour s&#8217;\u00eatre rendu coupable d&#8217;exactions \u00e0 un moment. Cette conception, \u00e0 laquelle je souscris enti\u00e8rement, est \u00e0 mes yeux totalement valable aujourd&#8217;hui. Or certains la remettent en cause. Pourquoi ? Ils partent du constat que la soci\u00e9t\u00e9 a chang\u00e9 et en concluent qu&#8217;on ne peut plus r\u00e9soudre ce que Jacques Chirac appelle la &#8220;fracture sociale&#8221;, qu&#8217;on ne peut donner du travail \u00e0 tout le monde, que le ch\u00f4mage fait partie de la soci\u00e9t\u00e9, pour longtemps et m\u00eame peut-\u00eatre pour toujours. Ce manque d&#8217;emploi et cette cassure sociale formant pr\u00e9cis\u00e9ment le terreau de l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 : tout le monde s&#8217;accorde \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 le dire, il faudrait prendre acte que le probl\u00e8me n&#8217;a pas de solution. Il faudrait donc mettre en oeuvre d&#8217;autres mesures : des mesures s\u00e9curitaires.<\/p>\n<p>C&#8217;est la diff\u00e9rence fondamentale qui s\u00e9pare les \u00e9lus de droite de ceux de gauche, bien que certaines initiatives regroupent les \u00e9lus, quelle que soit leur appartenance politique. Fondamentalement, les \u00e9lus communistes pensent que rien n&#8217;est fatal et que cette situation \u00e9conomique peut changer. Que la r\u00e9pression vis \u00e0 vis d&#8217;un certain nombre d&#8217;individus constitue le dernier recours, mais pas la solution globale. Que les mesures s\u00e9curitaires seules ne pourront rien r\u00e9soudre. Qu&#8217;il faut donc travailler aussi et surtout sur la transformation de la soci\u00e9t\u00e9, pour donner aux jeunes des emplois et une perspective d&#8217;avenir, parall\u00e8lement aux programmes d&#8217;\u00e9ducation et de pr\u00e9vention.<\/p>\n<p>* Maire de Champigny (Val de Marne), secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;Association des \u00e9lus r\u00e9publicains et communistes (ANECR).<\/p>\n<p>1. La suspension des allocations familiales est utilis\u00e9e quand certaines familles ont des comportements qui nuisent \u00e0 l&#8217;int\u00e9r\u00eat de l&#8217;enfant.<\/p>\n<p>2. Cet entretien a lieu le 15 janvier 1999.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Jean-Louis Bargero <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1227","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1227","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1227"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1227\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1227"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1227"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1227"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}