{"id":12263,"date":"2020-04-30T08:00:00","date_gmt":"2020-04-30T06:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-bataille-de-la-dette\/"},"modified":"2023-07-03T14:33:02","modified_gmt":"2023-07-03T12:33:02","slug":"article-la-bataille-de-la-dette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12263","title":{"rendered":"La bataille de la dette"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Face aux causes de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du Covid-19 et \u00e0 ses cons\u00e9quences \u00e9conomiques, Jean-Luc M\u00e9lenchon et La France insoumise font de la question de la dette un enjeu politique majeur. Ils ne sont pas les seuls. Les \u00ab choses lues par Monsieur Marx \u00bb, saison 2, \u00e9pisode 25, c&#8217;est maintenant !<\/p>\n<p>Des \u00e9conomistes et des responsables politiques d\u2019horizon divers r\u00e9clament, selon des modalit\u00e9s diff\u00e9rentes, un all\u00e8gement de la dette. La bataille de la dette qui devra \u00eatre \u00e9galement de dimensions europ\u00e9enne et mondiale peut \u00eatre rassembleuse et victorieuse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/economie\/les-choses-lues-par-monsieur-marx\/article\/planifier-le-mot-et-la-chose\">Planifier : le mot et la chose<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En juin 2015, Fran\u00e7ois Villeroy de Galhau \u2013 qui a quitt\u00e9 depuis peu la direction de la banque BNP-Paribas \u2013 n\u2019est pas encore Gouverneur de la Banque de France. Il est une des figures des \u00ab Gracques \u00bb, influent think tank du social-lib\u00e9ralisme. Alors que le gouvernement d\u2019Alexis Tsipras se bat encore pour une annulation de la dette grecque, les Gracques, qui se prennent plut\u00f4t pour Brutus, <a href=\"http:\/\/lesgracques.fr\/grece-ne-laissons-pas-m-tsipras-braquer-les-banques\">publient une tribune<\/a> dans le journal <em>Les \u00c9chos<\/em>, sobrement intitul\u00e9e \u00ab Ne laissons pas M. Tsipras braquer l\u2019Europe ! \u00bb. On sait ce qu\u2019il est advenu.<\/p>\n<h2>\u00ab Il faudra rembourser cet argent \u00bb<\/h2>\n<p>Cinq ans plus tard, face aux cons\u00e9quences \u00e9conomiques de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19, le Gouverneur de la Banque de France a soutenu le plan de la Banque Centrale Europ\u00e9enne pour refinancer massivement les dettes des \u00c9tats de la zone euro et des banques. Mais il n\u2019a pas chang\u00e9. Il annonce clairement la couleur, le 19 avril, <a href=\"https:\/\/www.banque-france.fr\/intervention\/le-journal-du-dimanche-cette-bataille-nous-la-gagnerons-tous-ensemble\">dans une interview au <em>Journal du Dimanche<\/em><\/a> : <em>\u00ab La France va sortir de ce choc avec une dette publique accrue d&#8217;au moins 15 points de PIB, \u00e0 115%. Dans la dur\u00e9e, il faudra rembourser cet argent. Le retour de la croissance par notre travail y contribuera. Les pr\u00e9c\u00e9dents dans l&#8217;histoire peuvent aussi conduire \u00e0 cantonner la dette li\u00e9e au coronavirus, pour ne la rembourser que dans plus longtemps. Mais nous devrons \u00e9galement, sans freiner la reprise \u00e0 court terme, traiter ensuite ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 notre probl\u00e8me avant la crise : pour le m\u00eame mod\u00e8le social que nos voisins europ\u00e9ens, nous d\u00e9pensons beaucoup plus. Donc il faudra viser une gestion plus efficace, d\u2019autant que les Fran\u00e7ais ne souhaitent pas payer plus d\u2019imp\u00f4ts. L&#8217;Allemagne peut r\u00e9pondre massivement au choc actuel parce qu&#8217;elle a su diminuer sa dette quand cela allait mieux. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le ministre de comptes publics G\u00e9rald Darmanin a eu t\u00f4t fait de <a href=\"http:\/\/www.economiematin.fr\/news-retablir-isf-iimpot-darmanin-grouvernement-argent-crise-covid19\">lui embo\u00eeter le pas<\/a>. <em>\u00ab La reprise \u00e9conomique va cr\u00e9er des recettes pour rembourser la dette<\/em>, a-t-il affirm\u00e9 le 21 avril. Et ce remboursement devra se faire sans taxer les plus riches : <em>\u00ab Rrevenir en arri\u00e8re ne fait pas aller de l&#8217;avant. On a besoin que ceux qui poss\u00e8dent de l&#8217;argent puissent le mettre dans les entreprises. Il n&#8217;est pas raisonnable de r\u00e9tablir l&#8217;ISF. \u00bb<\/em> Le message est clair : on ne repassera pas par la case d\u00e9part. Les cartes de la Caisse de communaut\u00e9 seront vite \u00e9puis\u00e9es. <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/il-n-y-a-pas-d-argent-magique-disent-ils\">L\u2019argent magique<\/a> est un pistolet \u00e0 un coup. Ce sera \u00ab Rendez-vous directement sur la case Aust\u00e9rit\u00e9 \u00bb.<br \/>\nLes questions de la monnaie, de la doctrine de politique mon\u00e9taire et de la dette s\u2019annoncent donc, une fois de plus en temps de crise \u00e9conomique majeure, comme une bataille politique essentielle.<\/p>\n<h2>Rep\u00e8res sur trois <em>Pourquoi<\/em> ? et <em>Comment<\/em> ?<\/h2>\n<p><strong>1. Ceci n\u2019est pas une crise conjoncturelle<\/strong><br \/>\nLe capital financier dominant l\u2019\u00e9conomie, les Banquiers centraux qui n\u2019en sont pas ind\u00e9pendants et les dirigeants politiques qui ne le sont pas non plus, s\u2019accrochent, comme des berniques \u00e0 leur rocher, \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la crise est grave mais pas tant que cela. Ils con\u00e7oivent la sortie de pand\u00e9mie comme un retour au r\u00e9gime de croissance d\u2019avant. Mais c\u2019est se bercer d\u2019illusions et surtout nous berner. Le r\u00e9cit \u00e9conomique qui sert de support \u00e0 cette th\u00e8se est celui d\u2019un recul tr\u00e8s brutal de la production mais conjoncturel. Il serait suivi d\u2019un rebond massif permettant un retour finalement assez rapide \u00e0 la normale. Le besoin de d\u00e9ficits et d\u2019endettements suppl\u00e9mentaires serait rapidement jugulable.<\/p>\n<p>Certes, dit Fran\u00e7ois Villeroy de Galhau, <em>\u00ab la France devrait connaitre en 2020 une chute du PIB d&#8217;au moins 8% et le choc \u00e9conomique est tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re partout, y compris dans les pays moins touch\u00e9s par la pand\u00e9mie comme le Japon, le Canada ou l\u2019Allemagne \u00bb<\/em>. Mais, ajoute-t-il, <em>\u00ab si nous g\u00e9rons bien la suite, le choc peut rester temporaire. Il faut \u00eatre prudent mais le FMI pr\u00e9voit que la France pourrait retrouver l&#8217;an prochain une croissance forte \u00e0 +4,5% \u00bb<\/em>. Le pire serait sans doute que le Gouverneur croit lui-m\u00eame \u00e0 ce qu\u2019il nous raconte. D\u2019une part la crise \u00e9conomique est mondiale. Elle est particuli\u00e8rement brutale et cruelle dans les pays \u00e9mergents et les pays en d\u00e9veloppement, d\u2019Afrique et d\u2019Am\u00e9rique latine. Dans les pays du Nord, en l\u2019absence de m\u00e9dicaments efficaces et de vaccins, les mesures dites barri\u00e8res devront \u00eatre appliqu\u00e9es durablement apr\u00e8s un d\u00e9confinement qui sera lent et progressif. On n\u2019est pas \u00e0 l\u2019abri d\u2019une nouvelle vague de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Le FMI lui-m\u00eame relativise beaucoup son hypoth\u00e8se d\u2019une reprise soutenue et durable de la croissance d\u00e8s 2021. Il a produit trois autres sc\u00e9narios plus sombres. <a href=\"https:\/\/www.ofce.sciences-po.fr\/pdf\/pbrief\/2020\/OFCEpbrief66.pdf\">L\u2019OFCE nous dit<\/a> que les revenus distribu\u00e9s en ce moment alors que la consommation forc\u00e9ment restreinte g\u00e9n\u00e8re une augmentation massive de l\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages (55 milliards en 8 semaines de confinement). Si l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de cette \u00e9pargne \u00e9tait consomm\u00e9e, la perte annuelle d\u2019activit\u00e9 serait alors de deux points de PIB au lieu de cinq points. Mais l\u2019institut de conjoncture prend bien soin de pr\u00e9ciser qu\u2019il avance ces chiffres <em>\u00ab pour donner un ordre de grandeur \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>En fait, cela a bien peu de chance d\u2019arriver. Le chiffre global d\u2019augmentation de l\u2019\u00e9pargne masque l\u2019aggravation des in\u00e9galit\u00e9s. La reprise de l\u2019offre et de la demande dans de nombreuses activit\u00e9s comme le tourisme, la restauration, les transports a\u00e9riens, le cin\u00e9ma et le spectacle vivant sera au mieux tr\u00e8s progressive. Il serait bien hasardeux de pr\u00e9voir une ru\u00e9e sur l\u2019achat de voitures et une reprise de l\u2019investissement des entreprises. S\u2019il y a de l\u2019argent disponible il servira plut\u00f4t \u00e0 racheter pour pas cher des entreprises en difficult\u00e9. Les crises produisent en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale des concentrations. On l\u2019a vu dans le secteur bancaire et financier en 2008-2009 \u00e9picentre de la crise de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Certes, <a href=\"https:\/\/www.xerficanal.com\/economie\/emission\/Olivier-Passet-Le-rattrapage-apres-crise-les-illusions-perdues_3748568.html\">analyse Olivier Passet<\/a>, directeur de recherches de Xerfi, <em>\u00ab la normalisation des niveaux de production dans nombre de secteurs va cr\u00e9er l\u2019illusion d\u2019un rebond. Mais derri\u00e8re ce trompe l\u2019\u0153il, il y aura un emploi, un pouvoir d\u2019achat et des niveaux de dette d\u00e9grad\u00e9s qui p\u00e8seront sur la dynamique de la croissance \u00e0 moyen terme. Pour \u00e9chapper \u00e0 cette fatalit\u00e9<\/em>, conclut-il, <em>il nous faudra quelque chose d\u2019extraordinaire. Et cette chose extraordinaire ne peut \u00eatre que l\u2019annulation des &#8220;dettes Covid&#8221;. Alors ne tardons pas \u00e0 le dire pour agir sur les anticipations, car plus on attend en la mati\u00e8re, plus on laisse jouer les effets r\u00e9cessifs de second tour, plus la note sera sal\u00e9e et moins cette mesure de la derni\u00e8re chance sera efficace. \u00bb<\/em> Bien entendu, les \u00ab dettes covid \u00bb qu\u2019\u00e9voque Olivier Passet ne sont pas uniquement des dettes publiques. Loin de l\u00e0. Les dettes et les reports de charges de nombreuses entreprises vont vite \u00eatre insupportables. Mais si l\u2019on ne veut pas que toute la m\u00e9canique du cr\u00e9dit ne s\u2019enraye et se transforme en crise bancaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, ce sera \u00e0 l\u2019Etat de prendre en charge ces annulations indispensables. C\u2019est du reste ce qui est largement pr\u00e9vu avec les 300 milliards de garanties publiques accord\u00e9es pour maintenir \u00e0 flot le cr\u00e9dit bancaire pendant la pand\u00e9mie. Assez vite c\u2019est donc la question de la dette publique qui se trouvera pos\u00e9e. Ajoutons que le d\u00e9ficit du budget n\u2019est pas seul en cause. Celui de la S\u00e9curit\u00e9 Sociale va se chiffrer par dizaines de milliards. Il faudra bien acter une prise en charge par les finances publiques. A moins de recommencer la com\u00e9die tragique d\u2019une \u00ab conf\u00e9rence de financement du retour \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre \u00bb convoqu\u00e9e \u00e0 la lev\u00e9e du confinement, comme elle l\u2019avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 la vieille de celui-ci. <\/p>\n<p><strong>2. Un all\u00e8gement de la dette est indispensable pour les pays en d\u00e9veloppement, notamment d\u2019Afrique<\/strong><br \/>\nL\u2019organisation des Nations Unis sur le commerce et le d\u00e9veloppement, la CNUCED, <a href=\"https:\/\/news.un.org\/fr\/story\/2020\/03\/1065422\">a alert\u00e9<\/a> d\u00e8s la fin du mois de mars : la pand\u00e9mie de Covid est en train d\u2019engendrer des <em>\u00ab dommages \u00e9conomiques sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00bb<\/em> pour les deux tiers de la population mondiale vivant dans les pays en d\u00e9veloppement. L\u2019organisation plaidait, d\u00e8s ce moment, pour la mise en place d\u2019un programme de soutien d\u2019un montant de 2500 milliards de dollars. Le FMI et la Banque Mondiale ont pris des initiatives. Mais on est encore tr\u00e8s loin du compte. Pour leur part, les ministres des finances du G20 et les dirigeants des principales Banques centrales du monde ont d\u00e9cid\u00e9, le 15 avril, de suspendre, jusqu\u2019au 1er avril 2021, le service de la dette des 76 pays les plus pauvres du monde dont 40 africains. Ce n\u2019est m\u00eame pas une suppression des \u00e9ch\u00e9ances, juste un report. Selon les dirigeants fran\u00e7ais qui se sont volontiers montr\u00e9s \u00e0 l\u2019initiative de la d\u00e9cision, celle-ci lib\u00e9rera 14 milliards de dollars au profit des pays concern\u00e9s. C\u2019est un pas. Mais tr\u00e8s insuffisant pour y endiguer la d\u00e9ferlante de la crise sanitaire, \u00e9conomique et sociale. Il n\u2019est m\u00eame pas acquis qu\u2019elle arrive \u00e0 emp\u00eacher une vague de d\u00e9fauts sur les dettes souveraines. Alors que les cr\u00e9anciers priv\u00e9s sont devenus les principaux bailleurs de fonds de ces Etats, rien n\u2019est acquis en ce qui concerne leur participation \u00e0 ce moratoire.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/debt-relief-most-effective-covid19-assistance-by-gordon-brown-and-lawrence-h-summers-2020-04\/french\">Comme l\u2019expliquent<\/a> l\u2019ancien premier ministre britannique Gordon Brown et l\u2019ancien conseiller de Bill Clinton, Lawrence Summers : <em>\u00ab Il serait inadmissible que tous les fonds d\u00e9bloqu\u00e9s par nos institutions multilat\u00e9rales pour aider les pays les plus d\u00e9favoris\u00e9s ne soient pas utilis\u00e9s aux fins de la sant\u00e9 et de la lutte contre la pauvret\u00e9, et qu\u2019ils finissent dans les poches de cr\u00e9anciers priv\u00e9s, notamment de ceux qui, \u00e0 l\u2019instar de grandes banques am\u00e9ricaines, continuent de verser des dividendes en p\u00e9riode de crise \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>En fait, la m\u00e9canique \u00e0 l\u2019\u0153uvre est doublement perverse. Elle ne profite pas seulement aux cr\u00e9anciers priv\u00e9s. Les pays riches et notamment les Etats Unis bien install\u00e9s sur le privil\u00e8ge du dollar sont en mesure de lever des fonds \u00e9normes \u00e0 des taux d\u00e9fiant toute concurrence. Mais <a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/covid19-debt-standstill-must-include-all-private-creditors-by-patrick-bolton-et-al-2020-04\/french\">comme le soulignent<\/a> d\u2019autres \u00e9conomistes universitaires de diff\u00e9rents pays <em>\u00ab ces fonds proviennent en partie des pays \u00e9mergents en qu\u00eate de s\u00e9curit\u00e9, et d&#8217;investisseurs am\u00e9ricains qui liquident leurs avoirs \u00e9trangers. En d&#8217;autres termes, une partie du financement dont d\u00e9pendent les \u00c9tats-Unis et d&#8217;autres \u00e9conomies avanc\u00e9es provient d&#8217;\u00e9conomies \u00e9mergentes qui ont pourtant des besoins financiers beaucoup plus pressants \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Au reste, il ne s\u2019agit pas seulement de s\u2019inqui\u00e9ter de cette situation par esprit de solidarit\u00e9 et par philanthropie, mais parce que le monde est un. Il serait totalement illusoire de pr\u00e9tendre que les pays d\u00e9velopp\u00e9s pourraient \u00eatre \u00e0 l\u2019abri des cons\u00e9quences de la catastrophe qui menace les pays en d\u00e9veloppement, notamment les pays d\u2019Afrique.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il y aurait deux grandes initiatives financi\u00e8res \u00e0 prendre. La CNUCED les a mises sur la table d\u00e8s la fin mars. Elles sont reprises par de nombreux \u00e9conomistes d\u2019horizons divers, parfois m\u00eame de courants assez orthodoxes. D\u2019une part des financements massifs par le FMI gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9affectation des droits de tirage sp\u00e9ciaux existants et par l\u2019\u00e9mission de nouveaux droits de tirages sp\u00e9ciaux. D\u2019autre part, arr\u00eat imm\u00e9diat des paiements de la dette souveraine qui devrait \u00eatre suivi d\u2019une n\u00e9gociation pour un all\u00e9gement significatif de la dette. La CNUCED propose ainsi l\u2019annulation de 1000 milliards de dollars cette ann\u00e9e sous la supervision d\u2019un organisme cr\u00e9\u00e9 de mani\u00e8re ind\u00e9pendante.[[Voir notamment sur le site Project Syndicate :<\/p>\n<p>Joseph Stiglitz : <a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/covid19-impact-on-developing-emerging-economies-by-joseph-e-stiglitz-2020-04\/french\">Les aspects internationaux de la crise<\/a>. 6 avril 2020<\/p>\n<p>Pierre-Olivier Gourinchas, Chang-Tai Hsieh : <a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/covid19-sovereign-default-time-bomb-by-pierre-olivier-gourinchas-and-chang-tai-hsieh-2020-04\/french\">COVID-19 : une Bombe \u00e0 retardement de d\u00e9fauts souverains<\/a>. 9 avril 2020<\/p>\n<p>Ngozi Okonjo-Iweala , Brahima Coulibaly : <a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/africa-needs-debt-relief-to-fight-covid19-by-ngozi-okonjo-iweala-and-brahima-coulibaly-2020-04\/french\">La dette de l\u2019Afrique doit \u00eatre all\u00e9g\u00e9e pour lui permettre de lutter contre le Covid-19<\/a>. 9 avril 2020<\/p>\n<p>Carmen M. Reinhart , Kenneth Rogoff : <a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/suspend-emerging-and-developing-economies-debt-payments-by-carmen-reinhart-and-kenneth-rogoff-2020-04\/french\">Suspendre la dette des pays \u00e9mergents et en voie de d\u00e9veloppement<\/a>.13 avril 2020<\/p>\n<p>Mohamed A. El-Erian : <a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/covid19-aid-to-developing-countries-by-mohamed-a-el-erian-2020-04\/french\">Sauver les pays en voie de d\u00e9veloppement face au COVID-19<\/a>. 15 avril 2020<\/p>\n<p>Arkebe Oqubay : <a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/how-africa-can-fight-covid19-by-arkebe-oqubay-2020-04\/french\">Comment l\u2019Afrique peut combattre la pand\u00e9mie<\/a>. 17 avril 2020<\/p>\n<p>Bodo Ellmers : <a href=\"https:\/\/www.ips-journal.eu\/regions\/global\/article\/show\/the-global-south-needs-debt-relief-4286\">The Global South needs debt relief<\/a>. 21 avril 2020]]<\/p>\n<p><strong>3. Sortir de la crise li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie et en m\u00eame temps changer de mod\u00e8le \u00e9conomique<\/strong><br \/>\nLe sc\u00e9nario de 2008-2010 ne doit pas se r\u00e9p\u00e9ter. Les Etats et les Banques centrales ont sauv\u00e9 les banques. Ils ont financ\u00e9 une reprise de la croissance comme avant, c\u2019est-\u00e0-dire domin\u00e9e par le capitalisme financiaris\u00e9 avec son cort\u00e8ge de marchandisation sans limite, de d\u00e9gradation des services publics, de poursuite du r\u00e9chauffement climatique et de d\u00e9gradation de la biodiversit\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 Bruno Le Maire aligne les milliards \u00e0 Air France, \u00e0 Renault, \u00e0 la FNAC-Darty sans contreparties selon la m\u00eame r\u00e8gle de socialisation des pertes et de privatisations de gains. D\u00e9j\u00e0 le MEDEF, l&#8217;Association fran\u00e7aise des entreprises priv\u00e9es (AFEP) qui regroupe les 113 premiers groupes actifs en France, le Comit\u00e9 des constructeurs fran\u00e7ais d&#8217;automobiles (CCFA) ou l&#8217;Association internationale du transport a\u00e9rien (IATA) pr\u00e9sid\u00e9e par l\u2019ancien PDG d\u2019Air France, <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2020\/04\/21\/climat-le-patronat-s-active-pour-inflechir-les-normes_6037283_3234.html\">multiplient les pressions sur le gouvernement<\/a> et sur Bruxelles pour r\u00e9duire les normes environnementales et climatiques.<\/p>\n<p>C\u2019est tout le contraire qui est n\u00e9cessaire. Une reprise de l\u2019\u00e9conomie qui prenne franchement le cap de l\u2019\u00e9cologie politique et d\u2019un autre r\u00e9gime de d\u00e9veloppement. Les investissements publics doivent servir \u00e0 cela et non \u00e0 revenir au \u00ab <em>business as usual<\/em> \u00bb. Et ils devront \u00eatre massifs. Mais comment faire si d\u00e9j\u00e0 l\u2019argent public a \u00e9t\u00e9 massivement mobilis\u00e9 et doit continuer de l\u2019\u00eatre, comme il se doit, pour soutenir les revenus et \u00e9viter les faillites en cha\u00eene des PME et de plus grandes entreprises.<br \/>\nCela passe certainement par l\u2019Imp\u00f4t sur le patrimoine et les hauts revenus. Mais cela ne suffira pas. Il faut aussi un all\u00e8gement de la dette publique existante. Cela ne peut pas se r\u00e9soudre seulement au niveau national. La question est sans doute vitale pour l\u2019avenir de l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomiste atterr\u00e9 <a href=\"http:\/\/atterres.org\/sites\/default\/files\/Note%20EA%20Dettes%20publiques%20Coronavirus.pdf\">Henri Sterdyniak n\u2019est pas d\u2019accord<\/a>. Certes, admet-il, <em>\u00ab la crise sanitaire risque paradoxalement de retarder la mise en place d\u2019une grande politique \u00e9cologique, la technocratie pouvant arguer des d\u00e9s\u00e9quilibres des finances publiques pour annuler les investissements \u00e9cologiques et les grandes entreprises de la difficult\u00e9 de la reprise pour \u00e9chapper \u00e0 la mise en place de taxes et de normes \u00e9cologiques \u00bb<\/em>. Mais, selon lui, les r\u00e9ponses comme l\u2019annulation de la dette, la planche \u00e0 billets ou la mon\u00e9tisation rel\u00e8vent des solutions magiques. Afin de financer les investissements publics et la transition \u00e9cologique Henri Sterdyniak pr\u00e9conise \u00e0 la place le d\u00e9veloppement d\u2019un syst\u00e8me financier public offrant aux m\u00e9nages des placements sans risque mais prot\u00e9g\u00e9s de l\u2019inflation et une obligation impos\u00e9e aux banques de consacrer une partie de leurs d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 de tels emplois. Et pourquoi pas fromage et dessert ? De nombreuses exp\u00e9riences historiques, \u00e0 commencer par l\u2019effacement en 1953 de plus de la moiti\u00e9 de la dette allemande contract\u00e9e avant et apr\u00e8s- guerre attestent que cela peut faire partie des solutions.<\/p>\n<p>Henri Sterdyniak argumente \u00e9galement que la France peut se financer, sans limites, \u00e0 des taux extr\u00eamement faibles, n\u00e9gatifs m\u00eame souvent, tout comme l\u2019Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, <em>\u00ab de sorte qu\u2019il n\u2019est pas pertinent actuellement de r\u00e9clamer que la banque centrale finance directement les Etats \u00bb<\/em>. Par contre admet-il, des menaces des march\u00e9s financiers rench\u00e9rissant la dette p\u00e8sent sur l\u2019Europe du Sud et notamment l\u2019Italie. Mais pourquoi alors ne serait-il pas pertinent de r\u00e9clamer que la Banque centrale c\u2019est-\u00e0-dire la BCE finance directement les Etats du Sud ? Et La France restera-t-elle du bon cot\u00e9 de la force si les Etats Unis ou le Royaume Uni multiplie les dispositifs d\u2019attraction des capitaux ? Chacun peut constater que les plans de soutien de sauvetage de l\u2019\u00e9conomie sont dans la zone euro peu ou prou align\u00e9s sur ces diff\u00e9rences. L\u2019Allemagne a mis sur la table un plan de soutien public totalisant potentiellement pr\u00e8s de 28% du PIB de 2019. 10 points de plus que le plan fran\u00e7ais. Et encore plus que ceux de l\u2019Italie ou l\u2019Espagne. Elle peut esp\u00e9rer s\u2019en sortir mieux et plus dominante. Effectivement, <a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/240420\/economie-pourquoi-l-allemagne-semble-faire-mieux?onglet=full\">juge Romaric Godin<\/a>, <em>\u00ab comme souvent pour l\u2019Allemagne, le risque principal est que si cette r\u00e9cession de 2020 se r\u00e9v\u00e8le in fine moins forte qu\u2019ailleurs, cela la conforte dans ses choix \u00e9conomiques d\u00e9sastreux pour l\u2019ensemble de l\u2019Europe \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Bien entendu un all\u00e8gement de la dette ne saurait suffire. Dans l\u2019affrontement actuel autour du plan de relance europ\u00e9en on voit bien que ce qui fait le plus probl\u00e8me, ce n\u2019est pas tant la cr\u00e9ation d\u2019obligations europ\u00e9ennes, que le fait qu\u2019elles puissent servir non pas \u00e0 des pr\u00eats qui augmenteraient la dette des Etats emprunteurs mais \u00e0 des aides et des subventions qui leur seraient accord\u00e9es directement. Il faut un changement de la doctrine mon\u00e9taire et de la gouvernance de la Banque centrale europ\u00e9enne pour la mettre en capacit\u00e9 de financer directement les investissements publics des Etats europ\u00e9ens et financer les banques publiques de d\u00e9veloppement dont le r\u00f4le devrait \u00eatre syst\u00e9matiquement d\u00e9velopp\u00e9. La r\u00e9ponse doit \u00eatre fond\u00e9e sur une coop\u00e9ration explicite entre politique mon\u00e9taire et politiques budg\u00e9taires.<br \/>\nMais un all\u00e8gement de la dette reste indispensable pour diminuer la pression des capitaux financiers.<\/p>\n<p>Les \u00e9conomistes <a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/annulation-dettes-souveraines-bce-soyons-iconoclastes\/00092460\">Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau pr\u00e9conisent<\/a> une annulation partielle des dettes publiques d\u00e9tenues par la BCE, conditionn\u00e9e par un investissement des m\u00eames montants dans des investissements publics de transition \u00e9cologique. Jean-Luc M\u00e9lenchon pr\u00e9conise quant \u00e0 lui la transformation d\u2019une partie de la dette en emprunt perp\u00e9tuel, ce qui all\u00e8ge la charge de la dette puisque le capital emprunt\u00e9 n\u2019est plus \u00e0 rembourser. Mais il n\u2019est pas le seul. L\u2019\u00e9conomiste Daniel Cohen et le banquier mutualiste Nicolas Th\u00e9ry \u2013 r\u00e9put\u00e9s moins collectivistes \u2013 <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2020\/04\/21\/il-faut-financer-la-crise-et-les-investissements-climatiques-avec-une-dette-de-tres-longue-duree-a-50-ou-100-ans-voire-perpetuelle_6037265_3232.html\">affirment eux aussi<\/a> qu\u2019il faut <em>\u00ab financer la crise que nous traversons et les investissements climatiques avec une dette de tr\u00e8s longue dur\u00e9e \u2013 \u00e0 50 ou 100 ans, voire avec une dette perp\u00e9tuelle \u2013 et r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e \u00e0 un taux aussi bas que le permet la situation actuelle \u00bb<\/em>. Et <a href=\"https:\/\/english.elpais.com\/politics\/2020-04-20\/spain-proposes-a-15-trillion-coronavirus-recovery-fund-financed-through-perpetual-eu-debt.html\">le gouvernement espagnol a mis sur la table<\/a> du Conseil europ\u00e9en une proposition d\u2019\u00e9mission de dette perp\u00e9tuelle pour financer un plan europ\u00e9en de relance de 1500 milliards d\u2019euros.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but, continuons le combat !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/bernard-marx\"><strong>Bernard Marx<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12263 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/marx-35-4d7.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/marx-35-4d7-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"marx-35.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face aux causes de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du Covid-19 et \u00e0 ses cons\u00e9quences \u00e9conomiques, Jean-Luc M\u00e9lenchon et La France insoumise font de la question de la dette un enjeu politique majeur. Ils ne sont pas les seuls. 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