{"id":1226,"date":"1999-02-01T00:00:00","date_gmt":"1999-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-temps-de-l-individu1226\/"},"modified":"1999-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-01-31T23:00:00","slug":"le-temps-de-l-individu1226","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1226","title":{"rendered":"Le temps de l&#8217;individu"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Robert Hue <\/p>\n<p>Voir aussi Dix chantiers<strong> Dans son nouveau livre, Communisme, un nouveau projet, Robert Hue, le secr\u00e9taire national du PCF, ouvre ce qu&#8217;il appelle les 10 chantiers d&#8217;un commu-nisme de notre temps. <\/strong><\/p>\n<p>Au fil des pages, on rencontre un dirigeant politique qui semble n&#8217;avoir que deux a priori. Le premier, c&#8217;est qu&#8217;il faut absolument transformer ce monde et cette soci\u00e9t\u00e9, brutalis\u00e9s et bless\u00e9s par la dictature des march\u00e9s financiers, pour les rendre simplement humains. Le second, c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment qu&#8217;il ne faut pas en avoir d&#8217;autres que le premier dans la recherche de solutions si on veut avoir les meilleures chances de r\u00e9ussir.De ce fait, pour l&#8217;auteur, aucune question n&#8217;est taboue, chacune doit \u00eatre examin\u00e9e dans tous les sens, il en va ainsi de celles du travail et de sa fin, du plein emploi, de l&#8217;individu et du partage, de l&#8217;exercice du pouvoir, de l&#8217;invention d&#8217;une nouvelle d\u00e9mocratie de l&#8217;Europe, ou encore de l&#8217;organisation communiste du XXIe si\u00e8cle.Robert Hue, dans cet entretien accord\u00e9 \u00e0 Regards, esquisse quelques-unes des pistes qu&#8217;il approfondit dans ce livre pour tous ceux qui veulent non seulement combattre l&#8217;ultra lib\u00e9ralisme mais imaginer et construire du neuf.<\/p>\n<p><strong> Les enqu\u00eates d&#8217;opinion montrent qu&#8217;une majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais per\u00e7oit le PCF comme &#8220;constructif&#8221; mais ne sait pas pour autant ce qu&#8217;il veut construire. Est-ce pour cette raison que vous avez \u00e9crit ce livre ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Robert Hue : <\/strong> Je rencontre en effet des personnes qui m&#8217;interrogent : &#8220;\u00e0 quoi sert le PCF ? Quelle soci\u00e9t\u00e9 voulez-vous ?&#8221; Et dans la presse, je vois parfois cette id\u00e9e : &#8220;Les communistes n&#8217;ont plus d&#8217;id\u00e9es depuis l&#8217;effondrement de l&#8217;URSS, ils ne sont plus qu&#8217;un aiguillon plac\u00e9 \u00e0 la gauche du gouvernement&#8221;. J&#8217;ai donc en effet voulu m&#8217;expliquer et montrer que le PCF avait un projet. Un projet nouveau. Un projet qui n&#8217;est pas \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser, mais qui est une invitation au d\u00e9bat, \u00e0 l&#8217;initiative. Un projet qui n&#8217;est pas &#8220;tout ficel\u00e9&#8221;, livr\u00e9 clef en main, mais qui est constitu\u00e9 de &#8220;chantiers&#8221; o\u00f9 il y a \u00e0 inventer et \u00e0 construire.Car notre si\u00e8cle a vu s&#8217;effondrer bien des rep\u00e8res, bien des mod\u00e8les. Le mod\u00e8le sovi\u00e9tique a \u00e9chou\u00e9. Le mod\u00e8le social-d\u00e9mocrate, d\u00e9fini dans les ann\u00e9es cinquante comme une &#8220;troisi\u00e8me voie&#8221; entre le capitalisme et le socialisme, n&#8217;a pas apport\u00e9 les transformations qu&#8217;il avait promises. Et voil\u00e0 qu&#8217;\u00e0 travers les monstrueuses in\u00e9galit\u00e9s qui se creusent dans le monde et les effondrements boursiers en cascade : le Br\u00e9sil actuellement apr\u00e8s l&#8217;Asie du Sud-Est, le Japon et la Russie : ce sont aujourd&#8217;hui les dogmes ultralib\u00e9raux qui sont mis en cause \u00e0 leur tour. Il faut donc bien innover, d\u00e9gager le terrain de l&#8217;avenir, montrer ce qu&#8217;il pourrait \u00eatre, ouvrir la voie \u00e0 une transformation sociale audacieuse.J&#8217;ai donc essay\u00e9 de r\u00e9unir les pistes d&#8217;un nouveau projet communiste de plain-pied avec notre temps, correspondant bien \u00e0 l&#8217;\u00e9poque nouvelle o\u00f9 nous sommes et au si\u00e8cle qui vient, apportant des r\u00e9ponses novatrices aux aspirations qui grandissent. Je l&#8217;\u00e9cris : &#8220;ce monde est dur, violent, injuste. Mais comme on me l&#8217;a affirm\u00e9 un jour, \u00ab nous ne sommes pas sur le Titanic \u00bb. Et l&#8217;on peut transformer le cours des choses. En prenant appui sur les possibilit\u00e9s neuves qui apparaissent&#8221;.<\/p>\n<p><strong> Vous vous expliquez donc avec l&#8217;h\u00e9ritage du communisme ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.H. : <\/strong> Oui. Le probl\u00e8me n&#8217;est \u00e9videmment pas d&#8217;affadir le &#8220;communisme&#8221;, de mettre de l&#8217;eau dans le vin du combat pour la transformation sociale. Mais il n&#8217;est pas non plus de rester immobile, de camper sur des certitudes surann\u00e9es. C&#8217;est en s&#8217;inscrivant dans les r\u00e9alit\u00e9s de son temps, dans le mouvement m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 telle qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui que peut se construire une nouvelle chance pour un projet communiste moderne. Alors, de fait, je m&#8217;efforce de revoir certaines id\u00e9es, de rompre non seulement avec le mod\u00e8le sovi\u00e9tique mais avec une certaine culture communiste &#8220;classique&#8221; datant d&#8217;auparavant, du XIXe si\u00e8cle. Par exemple avec l&#8217;\u00e9tatisme, avec le productivisme, avec l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une &#8220;prise du pouvoir&#8221;, pr\u00e9alable \u00e0 une &#8220;socialisation des grands moyens de production et d&#8217;\u00e9change&#8221;. De m\u00eame, notre \u00e9poque est celle o\u00f9 l&#8217;individu appara\u00eet, \u00e0 la diff\u00e9rence de celle qui l&#8217;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e et qui \u00e9tait celle &#8220;des masses&#8221;. Ou bien encore nous sommes : que cela plaise ou non : \u00e0 l&#8217;heure de la &#8220;mondialisation&#8221;. J&#8217;essaie d&#8217;en tirer des cons\u00e9quences. Il s&#8217;agit de penser le communisme non du XIXe si\u00e8cle, non de l&#8217;\u00e2ge industriel, mais de l&#8217;\u00e2ge informationnel.<\/p>\n<p><strong> Vous faites de la libert\u00e9 de chaque individu de choisir et ma\u00eetriser sa vie l&#8217;axe de ce projet. Autonomie et solidarit\u00e9 ne s&#8217;opposent-elles pas ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.H. : <\/strong> Il est vrai que &#8220;l&#8217;individu&#8221;, comme aspiration qui marque notre \u00e9poque, peut \u00eatre &#8220;tir\u00e9&#8221; dans tous les sens. On peut, comme les lib\u00e9raux, le livrer au march\u00e9 et \u00e0 sa concurrence sauvage. On peut, sur la ruine d&#8217;anciennes formes de socialisation, l&#8217;inscrire dans des formes de communaut\u00e9 frustes le r\u00e9duisant \u00e0 ce qu&#8217;il est sans l&#8217;avoir choisi (le sexe, la couleur de peau, l&#8217;\u00e2ge, l&#8217;ethnie, la communaut\u00e9, le territoire de r\u00e9sidence&#8230;). Je le con\u00e7ois pour ma part comme vivant avec d&#8217;autres dans une collectivit\u00e9 humaine solidaire et choisissant les formes de sa sociabilit\u00e9, au lieu de la subir. En ce sens, le probl\u00e8me m&#8217;appara\u00eet bien de permettre \u00e0 chaque individu de s&#8217;approprier la ma\u00eetrise de tout ce qui fait sa vie, et qui lui permet de l&#8217;am\u00e9liorer et de la r\u00e9ussir : travail, logement, sexualit\u00e9, droits et pouvoirs nouveaux&#8230; Et je crois que le communisme d&#8217;aujourd&#8217;hui doit r\u00e9pondre \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 neuve des aspirations individuelles en leur proposant la voie d&#8217;une transformation progressiste de la soci\u00e9t\u00e9. Cela implique en effet de concevoir la politique de fa\u00e7on diff\u00e9rente : comme une appropriation de pouvoirs dont les individus-citoyens sont aujourd&#8217;hui dessaisis.<\/p>\n<p><strong> Il y a aujourd&#8217;hui des ministres communistes au gouvernement de la France, et vous parlez cependant de vis\u00e9es fondamentalement diff\u00e9rentes entre communistes et socialistes. <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.H. : <\/strong> Je constate des r\u00e9alit\u00e9s. La social-d\u00e9mocratie d&#8217;aujourd&#8217;hui inscrit son action dans le cadre du capitalisme, dont elle veut &#8220;encadrer&#8221; les ravages, &#8220;\u00e9quilibrer&#8221; les exc\u00e8s. Les communistes : ce n&#8217;est pas un &#8220;scoop&#8221; : ne consid\u00e8rent pas quant \u00e0 eux que le capitalisme est la fin de la partie, la fin de l&#8217;histoire, un horizon ind\u00e9passable. Ils agissent pour en mettre en cause la domination et en faire reculer la logique. Pour faire pr\u00e9valoir les priorit\u00e9s humaines sur celles des capitaux, une logique de d\u00e9veloppement humain sur celle de la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re. C&#8217;est cela qu&#8217;exprime la vis\u00e9e communiste. Et ce n&#8217;est pas d&#8217;aujourd&#8217;hui que ces deux courants se retrouvent au sein de la gauche fran\u00e7aise ; ils participent \u00e0 son pluralisme constructif, ce qui explique le d\u00e9bat men\u00e9 en toute franchise au sein de la majorit\u00e9 plurielle.<\/p>\n<p><strong> De l\u00e0 vos appels \u00e0 aller plus vite et plus loin et &#8220;l&#8217;alerte&#8221; que vous avez lanc\u00e9e r\u00e9cemment au Premier ministre ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.H. : <\/strong> Oui. Et le probl\u00e8me n&#8217;est pas essentiellement celui de la vitesse, mais celui de la profondeur des mesures \u00e0 prendre, de leur &#8220;radicalit\u00e9&#8221; entendue au sens de l&#8217;\u00e9tymologie : s&#8217;attaquer aux &#8220;racines&#8221; du mal. Et, \u00e0 nos yeux, les racines du mal, ce sont les structures m\u00eames du capitalisme, les m\u00e9canismes par lesquels il blesse la soci\u00e9t\u00e9, provoque souffrance et r\u00e9gression. Et je crains en effet que, faute d&#8217;entreprendre des r\u00e9formes en profondeur en ce sens, le gouvernement ne se donne plus les moyens de r\u00e9pondre aux attentes des hommes et des femmes qui ont port\u00e9 la gauche au pouvoir. Tandis que, par ailleurs, s&#8217;engagent d&#8217;autres r\u00e9formes o\u00f9 l&#8217;on peut reconna\u00eetre une inspiration venue du lib\u00e9ralisme, qui a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 en 1997.<\/p>\n<p><strong> Si l&#8217;on consid\u00e8re que la crise de la politique exprime non seulement ce qui meurt mais aussi ce qui cherche \u00e0 na\u00eetre, quelles sont vos id\u00e9es pour la r\u00e9habiliter et lui redonner ce que vous appelez &#8220;la dimension de la volont\u00e9 et l&#8217;ambition du projet&#8221;? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.H. : <\/strong> De toutes parts, on nous r\u00e9p\u00e8te aujourd&#8217;hui que la politique est &#8220;impuissante&#8221; face aux &#8220;march\u00e9s&#8221;, aux &#8220;contraintes de l&#8217;\u00e9conomie&#8221;, et \u00e0 la &#8220;mondialisation&#8221; ; qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;autre politique possible ; qu&#8217;il faut laisser faire &#8220;ceux qui savent&#8221; : les experts, l&#8217;\u00e9lite, etc. Comment les citoyens pourraient-ils s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 ce qui est ainsi d\u00e9valoris\u00e9 et s&#8217;y impliquer ? Un nouveau projet communiste : qui, par d\u00e9finition, ne s&#8217;inscrit pas dans ces pr\u00e9tendues &#8220;fatalit\u00e9s&#8221;, mais cherche \u00e0 ouvrir un nouvel horizon : constitue d\u00e9j\u00e0 en lui-m\u00eame un appel \u00e0 la volont\u00e9 et au d\u00e9bat. Et j&#8217;ai mis en exergue \u00e0 la deuxi\u00e8me partie de mon livre cette phrase, extraite de Sartoris de Faulkner : &#8220;le supr\u00eame degr\u00e9 de la sagesse, c&#8217;est d&#8217;avoir des r\u00eaves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue pendant qu&#8217;on les poursuit&#8221;. En ce sens : c&#8217;est le troisi\u00e8me chantier du projet : je montre ce qu&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9prouvant non la soumission quotidienne devant le travail mais sa capacit\u00e9 \u00e0 le ma\u00eetriser, \u00e0 y d\u00e9cider, trouverait comme ressort pour entreprendre, comme confiance en elle, comme volont\u00e9. J&#8217;essaie de pr\u00e9ciser les pistes d&#8217;un nouvel essor de la d\u00e9mocratie : la d\u00e9mocratie de participation. L&#8217;abandon de l&#8217;\u00e9tatisme va \u00e9galement dans le sens d&#8217;une promotion du d\u00e9bat et de l&#8217;intervention citoyenne. Tout cela pour dessiner un visage neuf de la politique par une ambition nouvelle, \u00e0 la fois visionnaire et concr\u00e8te.<\/p>\n<p><strong> On aurait pu s&#8217;attendre \u00e0 ce que la question du PCF lui-m\u00eame, de ce qu&#8217;il est et surtout de ce qu&#8217;il doit \u00eatre, reste &#8220;interne&#8221;. Et pourtant vous n&#8217;h\u00e9sitez pas \u00e0 la mettre sur la table&#8230;. <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.H. : <\/strong> J&#8217;ai tenu \u00e0 changer l&#8217;habituelle mani\u00e8re de voir : d&#8217;abord le projet, les id\u00e9es, le &#8220;contenu&#8221;, ensuite le Parti comme &#8220;moyen&#8221; de faire avancer le projet. Car les choses ne m&#8217;apparaissent pas s\u00e9par\u00e9es ni s\u00e9parables : l&#8217;avanc\u00e9e de la mutation des communistes, de leur fa\u00e7on de se rassembler, de s&#8217;organiser, de discuter, de d\u00e9cider, d&#8217;agir constitue le dixi\u00e8me chantier du nouveau projet communiste. Et si l&#8217;on ne bouge pas dans ce domaine : et s\u00e9rieusement : on ne bougera pas non plus dans les neuf autres. Je dresse donc un &#8220;\u00e9tat des lieux&#8221; sans concession, et je rapporte ce qu&#8217;en pensent toutes celles et tous ceux que j&#8217;ai consult\u00e9s : beaucoup de communistes de tous \u00e2ges, mais particuli\u00e8rement de nombreux jeunes, des amis du Parti, des observateurs attentifs \u00e0 l&#8217;\u00e9couter. En ce sens, la question n&#8217;est pas seulement interne.<\/p>\n<p><strong> Vous \u00e9voquez, dans votre livre, un temps fondateur d&#8217;une organisation communiste du XXIe si\u00e8cle. Comment pourraient s&#8217;y associer des communistes non membres du parti d&#8217;aujourd&#8217;hui ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.H. : <\/strong> Cette question concerne au premier chef bien s\u00fbr les adh\u00e9rents, mais aussi celles et ceux qui nous regardent, et qui sont int\u00e9ress\u00e9s pour aller en ce sens. C&#8217;est tr\u00e8s important pour nous de savoir ce qu&#8217;ils pensent de ce que doit \u00eatre une organisation des communistes du XXIe si\u00e8cle. A l&#8217;\u00e9vidence, la question de la modernisation du Parti communiste est pos\u00e9e. Aucune question n&#8217;est taboue. J&#8217;\u00e9bauche dans le livre quelques pistes auxquelles j&#8217;ai r\u00e9fl\u00e9chi sur la base de ce que j&#8217;ai entendu. Je sens que nombre de ceux qui se vivent comme &#8220;d&#8217;id\u00e9es communistes&#8221; : adh\u00e9rents ou pas : souhaitent que \u00e7a change l\u00e0 aussi. Il faut les entendre et surtout ne pas les d\u00e9cevoir.<\/p>\n<p><strong> Revenons \u00e0 l&#8217;actualit\u00e9 imm\u00e9diate, celle de l&#8217;euro et du trait\u00e9 d&#8217;Amsterdam qui se mettent en place et que le PCF a combattus. Vous semblez optimiste pour une construction diff\u00e9rente de l&#8217;Europe. <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.H. : <\/strong> Optimisme n&#8217;est pas le mot qui convient. Disons plut\u00f4t confiance dans la possibilit\u00e9 de changer le cours des choses. Je consacre effectivement une place importante \u00e0 l&#8217;Europe dans le livre. C&#8217;est un des chantiers du projet communiste.J&#8217;insiste sur ce qui est au coeur du projet : une soci\u00e9t\u00e9 de partage, &#8220;une nouvelle aventure de la citoyennet\u00e9&#8221;. Qu&#8217;est-ce que cela signifie pour l&#8217;Europe ? Quand je dis l&#8217;Europe, ce n&#8217;est pas une Europe abstraite. C&#8217;est l&#8217;Union europ\u00e9enne, c&#8217;est l&#8217;Europe telle qu&#8217;elle se structure avec les trait\u00e9s, les institutions, des choix politiques, \u00e9conomiques, sociaux&#8230; C&#8217;est l&#8217;Europe menac\u00e9e par la crise financi\u00e8re, c&#8217;est l&#8217;Europe secou\u00e9e par le besoin de changement et les mouvements sociaux, la contestation de l&#8217;ultralib\u00e9ralisme&#8230; Ce qui m&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est de poursuivre le d\u00e9bat sur la fa\u00e7on dont une vision alternative, antilib\u00e9rale, de gauche, anticapitaliste, peut peser sur les choix europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat am\u00e8ne forc\u00e9ment \u00e0 se confronter avec les choix lib\u00e9raux actuels, pour les mettre en cause. Il se croise avec celui que nous avons avec les socio-d\u00e9mocrates : qui n&#8217;ont certes pas tous la m\u00eame vision : avec les autres forces progressistes sur les conditions du changement.Il y a aussi ce d\u00e9bat sur le f\u00e9d\u00e9ralisme, c&#8217;est-\u00e0-dire sur la perspective d&#8217;une &#8220;super nation&#8221; se substituant aux nations existantes, ou, tout au moins, vidant les souverainet\u00e9s de leur contenu. \u00e7a ne peut pas marcher. Il n&#8217;y a pas de mod\u00e8le pour construire l&#8217;Europe. Ni mod\u00e8le am\u00e9ricain : des &#8220;Etats-Unis&#8221; dont, il est vrai, presque plus personne ne parle :, ni mod\u00e8le f\u00e9d\u00e9ral allemand des L\u00e4nder. On ne fera pas l&#8217;Europe en niant le fait et le cadre national. Ce qui ne veut pas dire qu&#8217;il n&#8217;y ait pas besoin d&#8217;institutions communes, y compris politiques.Mais une telle union ne peut se faire que sur le r\u00e9sultat d&#8217;un processus, de choix souverainement d\u00e9cid\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour moi, un des objectifs de la gauche, ce devrait \u00eatre de &#8220;rendre l&#8217;Europe aux citoyens&#8221;. On imagine ce que cela peut signifier en termes de reconqu\u00eate de pouvoirs d\u00e9mocratiques face \u00e0 des institutions comme la Commission ou la Banque centrale, en termes de transparence dans les processus de d\u00e9cision quant aux pr\u00e9rogatives nouvelles \u00e0 accorder au parlement national&#8230;L&#8217;Europe a quelque chose \u00e0 dire au monde aujourd&#8217;hui, face \u00e0 la puissance des march\u00e9s financiers, face aux pr\u00e9tentions des Etats-Unis&#8230; et pour proposer un mod\u00e8le social moderne, \u00e9cologique, solidaire, d\u00e9mocratique. Pour que cela ne soit pas un voeu pieux, il faut en faire l&#8217;affaire des citoyens. Et je pense que ce que nous pourrons faire bouger \u00e0 gauche, en France, peut beaucoup y contribuer.Je parle dans le livre d&#8217;un choix &#8220;europrogressiste&#8221;. On est loin de l&#8217;image &#8220;euron\u00e9gative&#8221; que parfois on veut donner de nous. Je parle d&#8217;une ambition pour l&#8217;Europe, et m\u00eame &#8220;d&#8217;une ambition d&#8217;Europe&#8221;. C&#8217;est fondamentalement parce que je pense qu&#8217;aujourd&#8217;hui &#8220;il est impossible de consid\u00e9rer d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 la nation, de l&#8217;autre le reste du monde&#8221;. <\/p>\n<p>Robert Hue, Communisme. Un nouveau projet, \u00e9ditions Stock, 400 p., janvier 1999.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Robert Hue <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1226","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1226","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1226"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1226\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1226"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1226"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1226"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}