{"id":12203,"date":"2020-04-06T00:01:54","date_gmt":"2020-04-05T22:01:54","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-depasses-faisons-table-rase\/"},"modified":"2023-06-23T23:54:58","modified_gmt":"2023-06-23T21:54:58","slug":"article-depasses-faisons-table-rase","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12203","title":{"rendered":"D\u00e9pass\u00e9s, faisons table rase"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La crise actuelle li\u00e9e au Covid-19 r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 de nos soci\u00e9t\u00e9s. Mais rien n\u2019indique qu\u2019au <em>jour d\u2019apr\u00e8s<\/em>, tout ne recommencera pas comme auparavant. Pour s\u2019en assurer, les propositions ne peuvent \u00eatre des demi-mesures. C\u2019est en tous les cas l\u2019avis de Pablo Pillaud-Vivien et Paul Elek.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les alertes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de la communaut\u00e9 scientifique devenues de plus en plus pressantes ces derni\u00e8res ann\u00e9es, nous perp\u00e9trons, avec une grisante mais criminelle insouciance, la destruction de notre \u00e9cosyst\u00e8me. Las, tous les indicateurs de la pollution atmosph\u00e9rique, de la qualit\u00e9 de la biodiversit\u00e9 ou de la sant\u00e9 des biotopes et des bioc\u00e9noses, sont dans le rouge. Aucun horizon d\u2019am\u00e9lioration ou m\u00eame de limitation du d\u00e9sastre ne semblent poindre. Le transport, notamment a\u00e9rien, ne cesse de s\u2019accro\u00eetre et ne devrait pas conna\u00eetre de baisse de r\u00e9gime de sit\u00f4t, la demande \u00e9nerg\u00e9tique mondiale ne conna\u00eet aucun fl\u00e9chissement, l\u2019arrogance extractiviste continue, perdue dans ses illusions d\u2019abondance.<\/p>\n<p>\u00c0 cela, s\u2019ajoute cette incroyable propension des humains \u00e0 vivre dans des soci\u00e9t\u00e9s qui n\u2019ont aucunement r\u00e9solu la question de leur vivre-ensemble harmonieux, qui ploient sous des in\u00e9galit\u00e9s et des dominations de tout ordre qui cr\u00e9ent de terribles fractures. Dans leur cort\u00e8ge viennent jaillir haine et ressentiment, pr\u00eatant main forte aux projets autoritaires et x\u00e9nophobes, toujours en embuscade. Dans ce sombre tableau, la vie continue <em>nolens volens<\/em>, sous le diktat de l&#8217;appartenance sociale, du lieu de naissance, des dispositions psychologiques et de la capacit\u00e9 &#8211; ou l\u2019incapacit\u00e9 &#8211; \u00e0 se projeter dans un avenir. Dans ce maelstrom de paradoxes et d\u2019absurdit\u00e9s volontaires imbriqu\u00e9s les uns dans les autres, quel sens donner au progr\u00e8s lorsque, englouti dans l&#8217;effroyable essor du capitalisme mondialis\u00e9, il menace aujourd\u2019hui tout \u00e0 la fois le vivant et l\u2019humanit\u00e9 ? <\/p>\n<h2>Crise sanitaire ou crise du syst\u00e8me ?<\/h2>\n<p>L&#8217;av\u00e8nement de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19 montre aujourd\u2019hui, qu\u2019au-del\u00e0 de la crise sanitaire mondiale qu\u2019il provoque, nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines sont des colosses aux pieds d\u2019argiles dont le d\u00e9raillement \u00e9branle l\u2019ensemble des constructions humaines. Au m\u00eame moment, le vivant menac\u00e9 d&#8217;extinction fait preuve d\u2019une r\u00e9silience loin d\u2019\u00eatre \u00e0 toute \u00e9preuve. Pendant qu\u2019une partie de l\u2019humanit\u00e9 se confine, le ciel chinois se d\u00e9gage, les dauphins jouent \u00e0 nouveau dans les ports en Sardaigne, les sangliers rentrent dans Ajaccio, les coyotes se baladent \u00e0 San Francisco, l\u2019eau de Venise retrouve sa diaphan\u00e9it\u00e9. Nos avenirs se joueront dans la disparition de l\u2019un ou l\u2019autre ? <\/p>\n<p>Syst\u00e8mes politiques et d\u00e9mocratiques, \u00e9quilibres \u00e9conomiques et financiers pr\u00e9caires, rapports genr\u00e9s, raciaux et de domination, tout est mis \u00e0 nu et se transforme par l\u2019action d\u2019une particule microscopique. Mais si tous peuvent en \u00eatre frapp\u00e9s, nous ne sommes pas \u00e0 \u00e9galit\u00e9 face \u00e0 cette pand\u00e9mie : la bourgeoisie est d\u2019ailleurs bien la seule \u00e0 pouvoir proclamer la fallacieuse unit\u00e9 de toutes et de tous. Aux premiers rangs des exempt\u00e9s de confinement, les personnels de supermarch\u00e9, les \u00e9boueurs, les routiers, les personnels soignants, <a href=\"https:\/\/start.lesechos.fr\/travailler-mieux\/flexibilite-au-travail\/coronavirus-la-gronde-sintensifie-contre-amazon-1189067\">les livreurs, les travailleurs des multinationales cupides<\/a>, restent en poste. Double peine donc pour ceux qui subissent la contrainte \u00e9conomique ou plut\u00f4t pour celles, les femmes \u00e9tant surrepr\u00e9sent\u00e9es dans les services et les activit\u00e9s d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9es comme essentielles. Dans la <em>reductio ad residentiam<\/em> des nouveaux l\u00e9gionnaires du t\u00e9l\u00e9travail, les m\u00eames in\u00e9galit\u00e9s et les m\u00eames oppressions subsistent. Entre vivre \u00e0 cinq dans un deux pi\u00e8ces de 28m2 en rez-de-chauss\u00e9e ou dans un penthouse \u00e0 terrasses de 130m2, le bonheur se calcule-t-il au prix du m\u00e8tre carr\u00e9 ? A l\u2019heure du r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019espace vital accessible, <a href=\"https:\/\/www.euractiv.fr\/section\/lactu-en-capitales\/news\/en-france-les-violences-conjugales-explosent-pendant-le-confinement\/\">les violences conjugales explosent <\/a>, et le domestique, d\u00e9barrass\u00e9 de sa fa\u00e7ade priv\u00e9e, ressurgit comme politique. Quant aux <em>usual suspects<\/em>, leur confinement aura la m\u00eame saveur. Pour les habitant.e.s des quartiers populaires, il rime encore avec matraque. Dans son sillage, le Covid-19, invisible objet, provoque un d\u00e9voilement in\u00e9galable des persistances et des transformations de l\u2019enfer des structures humaines.  <\/p>\n<h2>La puissance d\u2019hier, l\u2019impuissance d\u2019aujourd\u2019hui<\/h2>\n<p>Si l\u2019inqui\u00e9tude des populations face \u00e0 la pand\u00e9mie est l\u00e9gitime eu \u00e9gard \u00e0 sa gestion catastrophique, elle s\u2019\u00e9gare dans des affects d\u00e9vastateurs bien au-del\u00e0 du raisonnable. Pourquoi <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/sante\/environnement-et-sante\/pollution-de-l-air-une-nouvelle-etude-revoit-le-nombre-de-morts-a-la-hausse_3229709.html\">les plus de huit millions de personnes qui meurent chaque ann\u00e9e de la pollution<\/a> dans le monde, r\u00e9alit\u00e9 comptable bien plus cons\u00e9quente que l\u2019adversaire invisible du jour, n\u2019ont pas suscit\u00e9 un quart de la r\u00e9action actuelle dans les d\u00e9mocraties occidentales ? N\u2019adviennent-elles pourtant pas du fait de la m\u00eame dramatique organisation mondiale ? C\u2019est que le tragique de la situation se renforce par l\u2019apparition sur le devant de la sc\u00e8ne de deux contradictions majeures qui viennent fracasser la mythologie occidentale.<\/p>\n<p>Dans sa projection sur la sc\u00e8ne internationale, l\u2019Occident n\u2019a cess\u00e9 de faire l\u2019\u00e9talage de sa puissance. Voil\u00e0 qu\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9tat de crise laisse deviner sa fragilit\u00e9. Pire, c\u2019est le mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral que le vieux continent et ses alli\u00e9s outre-Atlantique n\u2019ont cess\u00e9 de vouloir exporter qui semblent responsables de cette pr\u00e9carit\u00e9 qu\u2019annonce le recours \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, au registre de l\u2019exception. Fallait-il un lot quotidien de d\u00e9c\u00e8s pour que nous prissions la mesure de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9liquescence de notre syst\u00e8me de sant\u00e9, et ce malgr\u00e9 les alertes, elles aussi nombreuses ? Le drame survient finalement dans ce sc\u00e9nario d\u2019apparence apocalyptique car l&#8217;infiniment petit est venu bouleverser l\u2019immensit\u00e9 de la production culturelle humaine, r\u00e9v\u00e9lant au passage l\u2019artificielle s\u00e9paration entre nature et culture sur laquelle repose nos soci\u00e9t\u00e9s. Le virus a frapp\u00e9 dans un angle mort de notre pens\u00e9e. <\/p>\n<h2>Le Covid-19, hybride latourien par excellence<\/h2>\n<p>A ce titre, le Covid-19 n\u2019est-il pas un redoutable exemple d\u2019hybride tel que l\u2019entend Bruno Latour dans <em>Nous n\u2019avons jamais \u00e9t\u00e9 modernes<\/em> (publi\u00e9 aux \u00e9ditions La D\u00e9couverte en 1991) ? Ni enti\u00e8rement politique, ni totalement scientifique, le voil\u00e0 objet inclassable ! Mieux : il est un double hybride puisque l\u2019appartenance m\u00eame des virus au monde du vivant est toujours d\u00e9battu &#8211; ni totalement vivant, ni totalement inerte en somme. Ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019apparence naturelle \u00e9chappant subitement \u00e0 la science et la technique, le virus mobilise aujourd\u2019hui des ressources \u00e9conomiques, politiques et culturelles exceptionnelles. En quelques mois, cette particule infectieuse a ainsi d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 provoqu\u00e9 les plus d\u00e9mentielles prises de d\u00e9cisions politiques et \u00e9conomiques (confinement, fermetures des fronti\u00e8res, arr\u00eat partiel de l\u2019\u00e9conomie, report voire annulation du second tour des \u00e9lections municipales\u2026) depuis les derni\u00e8res guerres mondiales. \u00c0 ce titre, elle offre une d\u00e9monstration fulgurante de la ruine de notre mod\u00e8le et il ne faut pas regretter qu\u2019elle ait forc\u00e9 la main des dirigeants comme aucun mouvement social ou politique jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Qui pouvait appr\u00e9hender jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent l\u2019improbable lien qui semble unir aujourd\u2019hui le pangolin, la salive, l\u2019Asie du sud-est, le gel hydroalcoolique, l\u2019Italie du nord, l\u2019\u00e9conomie mondiale, les violences sexistes et sexuelles et les in\u00e9galit\u00e9s sociales ? Dans l\u2019expression enfin visible du r\u00e9seau complexe d\u2019interconnections qu\u2019humains et non humains partagent, <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/jean-marc-b\/blog\/300320\/b-latour-imaginer-les-gestes-barrieres-contre-le-retour-la-production-avant-crise\">se trouve la condition de possibilit\u00e9 d\u2019un <em>jour d\u2019apr\u00e8s<\/em> sans pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>. <\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 la crise et s\u2019assurer que demain ne ressemble pas \u00e0 hier, la soci\u00e9t\u00e9 civile organis\u00e9e, les syndicats et notre camp social multiplient les contributions salutaires. D\u00e9faire celles et ceux qui voudraient nous faire payer les ann\u00e9es d\u2019errements de leur idylle n\u00e9olib\u00e9rale est, avec raison, le premier pas dans cette d\u00e9marche. Reconna\u00eetre notre \u00e9garement productiviste et les angles morts de notre pens\u00e9e de l\u2019\u00e9mancipation en constitue, sans aucun doute possible, le second. Pour que s\u2019\u00e9clipsent les eaux glac\u00e9es du calcul \u00e9go\u00efste et l\u2019h\u00e9g\u00e9monie qu\u2019elles conservent, l\u2019alternative propos\u00e9e doit relever du spectaculaire. Les relances keyn\u00e9siennes, le rafistolage de l\u2019h\u00f4pital public et l\u2019assouplissement de la dictature du march\u00e9 ne suffiront pas. Dans la perspective d\u2019un nouveau rapport au vivant, la situation actuelle d\u2019arr\u00eat partiel des nombreuses activit\u00e9s \u00e9nergivores et polluantes, impos\u00e9e par la force des choses, n\u2019est d\u2019ailleurs pas un mod\u00e8le d\u2019avenir d\u00e9sirable. Emp\u00eacher les individus de se d\u00e9placer, leur interdire de pratiquer des activit\u00e9s de groupe ou de foule, d\u2019aller au th\u00e9\u00e2tre ou au cin\u00e9ma, d\u2019aller boire un verre ou de partager un repas en famille, fermer des pans entiers de l\u2019\u00e9conomie limitent certes notre impact sur les \u00e9cosyst\u00e8mes mais ne peut en aucun cas constituer une fin en soi. La situation actuelle n\u2019est pas le r\u00e9sultat de l\u2019intervention d\u2019un choix politique r\u00e9fl\u00e9chi, interrog\u00e9, et d\u00e9cid\u00e9 d\u00e9mocratiquement. Si cette crise est donc la d\u00e9monstration d\u2019un possible, \u00e0 la vue des respirations \u00e9cologiques provoqu\u00e9es par le coronavirus, tout reste \u00e0 conqu\u00e9rir pour l\u2019imposer au moyen de tris, d\u2019\u00e9valuations, d\u2019exp\u00e9rimentations et de propositions qui seront difficiles \u00e0 faire \u00e9merger. Les thurif\u00e9raires du progr\u00e8s r\u00e9actionnaire, ceux qui nous expliquent que l\u2019on peut se prot\u00e9ger d\u2019une avalanche avec un parapluie, s\u2019arc-boutent d\u2019ailleurs sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un rebond post-confinement, d\u2019un retour \u00e0 la croissance, faisant \u00e9tat de la r\u00e9silience de la <em>doxa<\/em> capitaliste dans les pens\u00e9es.<\/p>\n<h2>Effondrons-nous ?<\/h2>\n<p>Pour engager cette bataille sur la red\u00e9finitions des besoins <em>authentiques<\/em> ou <em>radicaux<\/em> chers \u00e0 Andr\u00e9 Gortz et Agn\u00e8s Heller [[Voir \u00e0 ce propos l\u2019excellent livre de Razmig Keucheyan, <em>Les besoins artificiels, Comment sortir du consum\u00e9risme<\/em>, Editions Zones, 2019]], il faut aussi douter que l&#8217;av\u00e8nement d\u2019un nouveau genre humain, lib\u00e9r\u00e9 de la marchandise et des dominations, et plus soucieux de son rapport \u00e0 l&#8217;environnement suffira \u00e9galement \u00e0 r\u00e9soudre notre \u00e9pineuse situation. Face \u00e0 cet immense d\u00e9fi, nous avons besoin d\u2019un nouveau pari anthropologique qui questionne l\u2019ensemble de nos conceptions scientifiques, politiques et sociales et des barri\u00e8res que l\u2019on dresse entre elles. Naufrag\u00e9s sur notre radeau, notre premier r\u00e9flexe est de se raccrocher aux concepts forg\u00e9s par l\u2019immense histoire sociale et politique dont nous avons h\u00e9rit\u00e9. Si ranger au placard le productivisme appara\u00eet enfin comme essentiel pour de plus en plus nombreuses organisations, ce que nous ne r\u00e9alisons pas encore, c\u2019est que pour \u00e9viter la reproduction d&#8217;\u00e9v\u00e9nements cataclysmiques et pour fonder le renouvellement id\u00e9ologique qui nous sera n\u00e9cessaire, il faut r\u00e9aliser l\u2019effondrement de toutes nos vieilles structures de pens\u00e9es. Emprisonn\u00e9s dans un anthropocentrisme \u00e9troit, les r\u00e8gnes du positivisme et du mat\u00e9rialisme vulgaires nous ont condamn\u00e9s jusque l\u00e0 \u00e0 n\u00e9gliger la question m\u00eame de l\u2019habitabilit\u00e9 de notre environnement. Ne r\u00e9sonnant qu\u2019au travers d\u2019un <em>logos<\/em> excluant les r\u00e9alit\u00e9s non dot\u00e9es de paroles, nous avons fond\u00e9 notre propre aveuglement \u00e0 ces ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019hybridation qui ne se r\u00e9sument pas au Covid-19.<\/p>\n<p>La proposition de Bruno Latour d\u2019un <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-ecologie-et-politique-2018-1-page-47.htm\">\u00ab Parlement des choses \u00bb <\/a> qui permettrait de repr\u00e9senter les quasi-objets, c\u2019est-\u00e0-dire les r\u00e9alit\u00e9s non-humaines qui existent d\u00e9j\u00e0 comme acteurs de nos interactions sociales et comme produits de la parole scientifique, doit \u00eatre r\u00e9fl\u00e9chie et r\u00e9appropri\u00e9e. Ambitieuse, elle repose sur le d\u00e9passement de la coupure \u00e9pist\u00e9mologique actuelle entre science et politique. C\u2019est une des nombreuses r\u00e9volutions mentales dont nous avons besoin pour renouveler notre conception du monde et notre projection en son sein. De ces transformations peuvent na\u00eetre l\u2019opportunit\u00e9 de repenser ce qu\u2019il est n\u00e9cessaire de satisfaire ou d\u2019abandonner. \u00c0 la lumi\u00e8re de cette int\u00e9gration d\u2019un nouveau rapport nature\/culture que peuvent \u00e9merger de v\u00e9ritables nouvelles propositions.<\/p>\n<p>Karl Marx annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019<em>\u00ab une r\u00e9volution radicale ne peut \u00eatre que la r\u00e9volution des besoins radicaux \u00bb<\/em> [[Karl Marx, <em>Contribution \u00e0 la critique de la philosophie du droit de Hegel, Introduction<\/em>, 1844]]; reste donc \u00e0 les d\u00e9finir collectivement, sans opposer faits scientifiques et valeurs politiques, sans effacer les besoins particuliers \u00e0 la faveur d\u2019un d\u00e9sir majoritaire aveugle, sans qu\u2019ils redonnent lieu \u00e0 une domination de la nature par l\u2019humanit\u00e9. \u00c0 nous \u00e9galement de faire des propositions qui viennent \u00e9branler les traditions de la lutte politique. Quels proc\u00e9d\u00e9s d\u00e9mocratiques pour harmoniser int\u00e9r\u00eats humains et int\u00e9r\u00eats naturels ? Qui pour porter la parole pour les seconds ? Repenser nos certitudes nous am\u00e8nera in\u00e9vitablement \u00e0 questionner par exemple d\u2019autres couples forg\u00e9s dans la pratique. Comment peut-on r\u00e9concilier la figure du producteur et celle du consommateur, aujourd\u2019hui monades s\u00e9par\u00e9es ? Les nouvelles pratiques \u00e9cologiques de mobilisation et de consommation mettent d\u00e9j\u00e0 en cause ce schisme incapacitant. Enfin, puisque que seul un travail collectif pourrait affronter l\u2019ampleur du chantier de l\u2019avenir imm\u00e9diat, posons-nous la question : peut-on continuer \u00e0 lutter diminu\u00e9, frapp\u00e9 par l&#8217;h\u00e9mipl\u00e9gie que produit la division factice entre action sociale, action politique et action de solidarit\u00e9 concr\u00e8te ? <\/p>\n<p>Bruno Latour a raison : <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2019\/05\/31\/bruno-latour-l-apocalypse-c-est-enthousiasmant_5469678_3232.html\"><em>\u00ab L\u2019apocalypse, c\u2019est enthousiasmant ! \u00bb<\/em><\/a>, surtout quand, loin des sc\u00e9narios cauchemardesques que l\u2019on nous promet, elle est une occasion inesp\u00e9r\u00e9e de se r\u00e9inventer. <em>Sic incipit gloria mundi<\/em>. <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12203 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/img_4784-c13.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/img_4784-c13-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"img_4784.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise actuelle li\u00e9e au Covid-19 r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 de nos soci\u00e9t\u00e9s. Mais rien n\u2019indique qu\u2019au <em>jour d\u2019apr\u00e8s<\/em>, tout ne recommencera pas comme auparavant. Pour s\u2019en assurer, les propositions ne peuvent \u00eatre des demi-mesures. C\u2019est en tous les cas l\u2019avis de Pablo Pillaud-Vivien et Paul Elek.<\/p>\n","protected":false},"author":1204,"featured_media":29034,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[517],"class_list":["post-12203","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-idees-culture","tag-covid-19"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1204"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12203"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12203\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/29034"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}