{"id":1216,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/moyen-orient1216\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"moyen-orient1216","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1216","title":{"rendered":"Moyen-Orient"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> &#8220;Objectifs atteints&#8221;, annoncent Londres et Washington, &#8220;Victoire&#8221; pour Bagdad&#8230; Apr\u00e8s quatre jours de bombardements intenses contre l&#8217;Irak, le bilan \u00e9tait bien difficile \u00e0 \u00e9tablir. Washington et Londres parlent de &#8220;cibles militaires&#8221; et de &#8220;mission accomplie&#8221;. Bagdad \u00e9voque de son c\u00f4t\u00e9 73 morts, des centaines de bless\u00e9s, et la destruction de sites civils &#8211; tels des h\u00f4pitaux et des maternit\u00e9s &#8211; et \u00e9conomiques. L&#8217;ambassadeur d&#8217;Irak aux Nations unies \u00e9voque, lui, des milliers de victimes. Qu&#8217;en est-il pr\u00e9cis\u00e9ment ? Et qu&#8217;en est-il des bilans politique, diplomatique, militaire, de la strat\u00e9gie des Etats-Unis et de leurs alli\u00e9s britanniques ? Mesurer le sens et les cons\u00e9quences de l&#8217;op\u00e9ration &#8220;Renard du D\u00e9sert&#8221; implique de s&#8217;interroger sur les objectifs r\u00e9els et multiples de Washington en Irak et dans la r\u00e9gion. Au-del\u00e0 de l&#8217;avenir de l&#8217;Irak, celui des relations entre les Etats-Unis et le monde arabe est en jeu, comme celui du processus de paix isra\u00e9lo-arabe, et \u00e9galement du mode de d\u00e9cision internationale d\u00e8s lors qu&#8217;il s&#8217;agit de s\u00e9curit\u00e9. <\/p>\n<p>Les raids am\u00e9ricains s&#8217;inscrivent dans une s\u00e9rie de co\u00efncidences de calendrier. L&#8217;agenda de politique int\u00e9rieure am\u00e9ricaine, comme l&#8217;a soulign\u00e9 la presse quasi unanimement, et les menaces de destitution pesant sur le pr\u00e9sident William Clinton; mais aussi et surtout l&#8217;agenda des Nations unies et de son conseil de s\u00e9curit\u00e9; celui du processus de paix isra\u00e9lo-palestinien, puisque l&#8217;annonce des bombardements contre l&#8217;Irak est intervenue au lendemain du voyage du pr\u00e9sident am\u00e9ricain en Isra\u00ebl et en Palestine; celui du monde arabe et plus g\u00e9n\u00e9ralement musulman, alors qu&#8217;a d\u00e9but\u00e9 le 19 d\u00e9cembre le mois de Ramadan.<\/p>\n<p>Les Nations unies, tout d&#8217;abord. Son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Kofi Annan, n&#8217;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 \u00e9voquer, \u00e0 l&#8217;annonce des raids am\u00e9ricano-britanniques, &#8221; un triste jour pour les Nations unies et le monde &#8220;. C&#8217;est en effet alors que le conseil de s\u00e9curit\u00e9 se r\u00e9unissait le 16 d\u00e9cembre pour analyser le rapport du chef de la Commission sp\u00e9ciale des Nations unies (Unscom) charg\u00e9e du d\u00e9sarmement de l&#8217;Irak, Richard Butler, que ses membres ont appris incidemment, sur CNN, le choix unilat\u00e9ral et sans consultation de Washington et de son alli\u00e9 britannique. Un choix qui fait fi de la r\u00e9union \u00e0 venir du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, de ses d\u00e9lib\u00e9rations et de ses \u00e9ventuelles d\u00e9cisions, et qui fait fi \u00e9galement de la voie diplomatique pr\u00e9serv\u00e9e par la communaut\u00e9 internationale.<\/p>\n<p> <strong> Un choix qui fait fi de la r\u00e9union \u00e0 venir du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est sur la base des conclusions du rapport de Richard Butler que William Clinton a d\u00e9cid\u00e9 de bombarder l&#8217;Irak. Un rapport que Richard Butler, au m\u00e9pris de son statut et de ses mandants, aurait remis au pr\u00e9sident am\u00e9ricain deux jours avant de le transmettre au conseil de s\u00e9curit\u00e9. Faut-il voir dans cette primeur peu conventionnelle un signe d&#8217;all\u00e9geance ? Toujours est-il que nombre d&#8217;inspecteurs accusent Richard Butler, nomm\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;Unscom en juillet 1997, de faire de longue date le jeu de Washington qui annonce depuis plusieurs mois le recours \u00e0 la force comme in\u00e9luctable, et de pr\u00e9f\u00e9rer l&#8217;arrogance du vainqueur au dialogue et \u00e0 la persuasion dans la gestion des relations avec les autorit\u00e9s irakiennes. Son dernier rapport, \u00e9crit sans aucune consultation avec ses collaborateurs, met en avant une absence totale de coop\u00e9ration de l&#8217;Irak avec les repr\u00e9sentants des Nations unies, depuis la derni\u00e8re crise, \u00e0 la mi-novembre. En fait, de quoi s&#8217;agit-il ? De la mise en exergue de trois incidents sur cent trente inspections. Cela suffit-il \u00e0 justifier des bombardements ?<\/p>\n<p>Oui, a r\u00e9pondu William Clinton, qui affirme s&#8217;appuyer sur une pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9solution du conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies autorisant l&#8217;usage de la force et les frappes a\u00e9riennes. Curieuse r\u00e9f\u00e9rence au droit international, puisque le pr\u00e9sident am\u00e9ricain a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9viter de solliciter l&#8217;opinion et l&#8217;aval des membres du m\u00eame conseil de s\u00e9curit\u00e9 sur la validit\u00e9 actuelle d&#8217;une telle r\u00e9solution. Quant aux r\u00e9alit\u00e9s militaires de ce choix, elles demeurent \u00e0 d\u00e9montrer.<\/p>\n<p> <strong> Cr\u00e9dibilit\u00e9, int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques, installation durable dans le Golfe <\/strong><\/p>\n<p>Car les inspecteurs de l&#8217;Unscom le soulignent: l&#8217;Irak, quelles que soient les vell\u00e9it\u00e9s guerri\u00e8res et expansionnistes du r\u00e9gime militaire au pouvoir, est l&#8217;un des pays les moins arm\u00e9s, les moins mena\u00e7ants et les plus contr\u00f4l\u00e9s de la r\u00e9gion. En six ans, le pr\u00e9d\u00e9cesseur de Richard Butler, le Su\u00e9dois Rolf Ekeus, est parvenu \u00e0 un r\u00e9sultat remarquable. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;Irak ne poss\u00e8de plus de possibilit\u00e9s d&#8217;armement nucl\u00e9aire; l&#8217;Unscom a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9manteler son potentiel d&#8217;armes de destruction massive. Quel est donc le &#8221; succ\u00e8s &#8221; militaire dont se r\u00e9jouissent Washington et Londres apr\u00e8s quatre nuits de bombardements en quatre cents missiles officiellement tir\u00e9s sur les sites contr\u00f4l\u00e9s par les inspecteurs ? Et quels \u00e9taient les r\u00e9els objectifs am\u00e9ricains, au-del\u00e0, donc, des r\u00e9f\u00e9rences de William Clinton \u00e0 la r\u00e9solution onusienne ?<\/p>\n<p>D&#8217;abord, la cr\u00e9dibilit\u00e9. Un diplomate am\u00e9ricain le souligne, \u00e0 force de crier au loup et de menacer de frapper l&#8217;Irak sans passer \u00e0 l&#8217;acte, la superpuissance am\u00e9ricaine risquait de passer pour un &#8221; tigre de papier &#8220;. Il fallait donc que le tigre, qui entretient dans la r\u00e9gion plus de 20 000 hommes et plusieurs b\u00e2timents de guerre, montr\u00e2t ses griffes. Mais il ne s&#8217;agit pas que de cr\u00e9dibilit\u00e9, par ailleurs mise \u00e0 mal par l&#8217;afflux des critiques. Au moins aussi fondamentaux pour Washington: ses importants int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques dans la r\u00e9gion. Des int\u00e9r\u00eats clairement apparus en janvier 1991 lors de la derni\u00e8re guerre du Golfe. Six mois plus t\u00f4t, le 2 ao\u00fbt 1990, apr\u00e8s huit ann\u00e9es de guerre contre l&#8217;Iran dont il sortait \u00e9puis\u00e9, l&#8217;Irak envahissait le territoire de son voisin kowe\u00eftien. Esp\u00e9rant s&#8217;assurer un d\u00e9bouch\u00e9 maritime dans le Golfe, Bagdad entendait \u00e9galement affirmer son leadership r\u00e9gional et peser sur les orientations de l&#8217;OPEP. Saddam Hussein, qui avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du soutien de son alli\u00e9 sovi\u00e9tique comme de ses alli\u00e9s occidentaux dans sa guerre contre l&#8217;Iran, et, au passage, du silence complice de la communaut\u00e9 internationale lors des massacres &#8211; et gazages &#8211; des populations kurdes, ne s&#8217;attendait \u00e9videmment pas \u00e0 devenir le premier coupable d\u00e9sign\u00e9 par les nouveaux promoteurs du nouvel &#8221; ordre international &#8221; de l&#8217;apr\u00e8s-guerre froide, au nom d&#8217;un nouveau &#8221; droit international &#8220;. C&#8217;\u00e9tait compter sans les r\u00e9orientations de la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine. Tout d&#8217;abord, Washington ne voulait pas d&#8217;une r\u00e9\u00e9valuation de la politique de l&#8217;OPEP, et surtout pas au profit des pays producteurs fortement peupl\u00e9s qui, comme l&#8217;Irak, ont besoin d&#8217;exporter au plus fort taux. Sept ans et demi plus tard, cette option am\u00e9ricaine est toujours en vigueur, et concerne tout sp\u00e9cialement cette r\u00e9gion du monde qui rec\u00e8le environ les deux tiers des r\u00e9serves mondiales de brut. Mais de plus, Washington envisageait alors d&#8217;investir largement le march\u00e9 r\u00e9gional et en particulier de trouver des d\u00e9bouch\u00e9s pour son industrie d&#8217;armement. Les vell\u00e9it\u00e9s expansionnistes du dictateur de Bagdad lui en avaient alors fourni le pr\u00e9texte: la guerre du Golfe avait permis \u00e0 Washington de faire financer par les riches Etats du Golfe &#8211; notamment le Kowe\u00eft et l&#8217;Arabie Saoudite &#8211; le co\u00fbt de son engagement militaire, de leur imposer l&#8217;achat d&#8217;armement dont ils n&#8217;ont par ailleurs aucun besoin puisque, troisi\u00e8me gain de la guerre du Golfe, les forces am\u00e9ricaines se sont install\u00e9es de mani\u00e8re durable dans la r\u00e9gion. Autant d&#8217;objectifs qui demeurent aujourd&#8217;hui. Les r\u00e9centes manoeuvres isra\u00e9lo-turco-am\u00e9ricaines en M\u00e9diterran\u00e9e, permises par les accords de coop\u00e9ration militaire isra\u00e9lo-turcs et auxquels les Etats-Unis ont tenu \u00e0 associer la Jordanie, t\u00e9moignent aussi de cette ma\u00eetrise militaire. Mais l&#8217;ensemble de ces objectifs imposent d&#8217;autres imp\u00e9ratifs.<\/p>\n<p>D&#8217;une part, la n\u00e9cessit\u00e9 de donner des gages \u00e0 ces Etats arabes, tout en assurant une relative s\u00e9curit\u00e9 de la r\u00e9gion. C&#8217;est l&#8217;un des principaux objectifs des n\u00e9gociations isra\u00e9lo-arabes qui se sont engag\u00e9es en octobre 1991, m\u00eame si celles-ci s&#8217;\u00e9puisent aujourd&#8217;hui sans perspective. D&#8217;autre part, la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;\u00e9touffer toute vell\u00e9it\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique de l&#8217;ancien alli\u00e9 irakien. Saddam Hussein g\u00eane \u00e9videmment Washington. Non pas tant du fait de son r\u00e9gime de dictature, dont les d\u00e9mocraties occidentales se sont accommod\u00e9es quand Bagdad guerroyait contre l&#8217;Iran, ou s&#8217;accommodent sans complexes dans d&#8217;autres r\u00e9gions du monde. Mais parce qu&#8217;il est incontr\u00f4lable. D&#8217;o\u00f9 la volont\u00e9 d&#8217;affaiblir co\u00fbte que co\u00fbte l&#8217;Irak. Plus de sept ann\u00e9es d&#8217;embargo et de sanctions ont en effet asphyxi\u00e9 l&#8217;\u00e9conomie du pays et \u00e9puis\u00e9 toute la population, seule punie des crimes reproch\u00e9s au r\u00e9gime. Mais ces ann\u00e9es n&#8217;ont pas pour autant affaibli Saddam Hussein. Les cons\u00e9quences dramatiques des sanctions impos\u00e9es apr\u00e8s la guerre ont au contraire renforc\u00e9 le consensus national.<\/p>\n<p> <strong> La population seule punie des crimes reproch\u00e9s au r\u00e9gime  <\/strong><\/p>\n<p>Les r\u00e9cents raids de Washington visaient-ils \u00e0 d\u00e9stabiliser Saddam Hussein ? Apparemment, cet objectif n&#8217;est pas atteint: au lendemain des bombardements, Saddam Hussein crie victoire et rend hommage au courage de sa population et \u00e0 la solidarit\u00e9 des peuples voisins. L&#8217;opposition irakienne elle-m\u00eame a condamn\u00e9 les raids. Les Etats-Unis envisagent-ils l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un nouvel homme fort plus favorable \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats ? Ils le savent: l&#8217;opposition chi&#8217;ite, au Sud, et kurde, au Nord, de m\u00eame que ses repr\u00e9sentants en exil, est affaiblie et divis\u00e9e. M\u00eame si Londres et Washington continuent \u00e0 la financer massivement, ils savent qu&#8217;elle a perdu une grande part de sa cr\u00e9dibilit\u00e9. En partie d&#8217;ailleurs pour cette raison. En revanche, sans renoncer \u00e0 cette carte, multiplier les repr\u00e9sailles contre l&#8217;Irak, frapper la garde rapproch\u00e9e de Saddam Hussein en mettant en accusation la politique de l&#8217;homme fort de Bagdad, c&#8217;est peut-\u00eatre aussi faire le pari de la division au sein des proches du r\u00e9gime et au sein de l&#8217;arm\u00e9e, pour que se r\u00e9v\u00e8le, \u00e0 terme, l&#8217;homme &#8221; providentiel &#8220;. Pari \u00e0 haut risque. Pour l&#8217;Irak et sa population, bien s\u00fbr. Mais aussi pour toute la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>L&#8217;avenir de l&#8217;Irak est on ne peut plus incertain. Washington et Londres continuent \u00e0 faire peser sur Bagdad la menace de nouvelles frappes a\u00e9riennes. Certes, ils sont loin d&#8217;avoir fait l&#8217;unanimit\u00e9, loin de rassembler le consensus qui s&#8217;\u00e9tait op\u00e9r\u00e9 en 1990-91. A cette \u00e9poque, les Etats-Unis avaient obtenu du conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies une s\u00e9rie de r\u00e9solutions ouvrant la voie \u00e0 la fois \u00e0 l&#8217;embargo et \u00e0 l&#8217;option militaire. Affirmant leur h\u00e9g\u00e9monie, ils \u00e9taient parvenus pour la premi\u00e8re fois \u00e0 coaliser autour d&#8217;eux la quasi-totalit\u00e9 des Etats arabes, y compris la Syrie &#8211; et \u00e0 l&#8217;exception notable de la Jordanie. La Chine, quelques mois apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements de Tian Anmen, \u00e9tait trop affaiblie sur le plan politique sur la sc\u00e8ne internationale pour faire pr\u00e9valoir son opposition. L&#8217;URSS avait trop besoin de soutien \u00e9conomique et financier pour faire entendre une voie dissidente. La France, favorable a priori \u00e0 l&#8217;option diplomatique, avait fini par se rallier \u00e0 la coalition, dans l&#8217;espoir d&#8217;obtenir une place dans la gestion politique de l&#8217;apr\u00e8s-guerre, notamment dans le cadre d&#8217;un \u00e9ventuel processus de n\u00e9gociations. On sait ce qu&#8217;il en a \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les divisions sont apparues cette fois beaucoup plus clairement. La condamnation, f\u00fbt-elle \u00e0 mots couverts et diplomatiques, est d&#8217;abord venue du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies lui-m\u00eame. Au conseil de s\u00e9curit\u00e9, la Chine a condamn\u00e9. La Russie aussi, qui r\u00e9clame le d\u00e9part de Richard Butler, et dont la Douma menace par ailleurs de ne pas ratifier le trait\u00e9 de d\u00e9sarmement Start II qui devait \u00eatre examin\u00e9 en janvier prochain sous la pression du premier ministre Evgeni Primakov. La France, enfin, a s\u00e9v\u00e8rement critiqu\u00e9 les cons\u00e9quences des bombardements, m\u00eame si elle a accus\u00e9 Saddam Hussein de porter la responsabilit\u00e9 premi\u00e8re de la spirale qui y a conduit. En Grande-Bretagne m\u00eame, une partie de la presse qualifie le gouvernement de &#8221; caniche &#8221; des Etats-Unis, alors qu&#8217;une majorit\u00e9 de l&#8217;opinion, selon les sondages, se d\u00e9gage contre les raids. L&#8217;Europe est divis\u00e9e. Certes, le nouveau ministre allemand des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Joschka Fischer, fait preuve d&#8217;un &#8221; r\u00e9alisme &#8221; opportun en montrant sa compr\u00e9hension \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des Etats-Unis. Mais l&#8217;Italie, la Gr\u00e8ce, les Pays-Bas, ou m\u00eame le Vatican ont critiqu\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement l&#8217;option am\u00e9ricaine. Les Etats arabes, et notamment l&#8217;Egypte, contrairement \u00e0 1990-91, mettent en avant la politique am\u00e9ricaine de &#8221; deux poids, deux mesures &#8221; qui pr\u00e9vaut dans la r\u00e9gion et condamnent majoritairement le recours \u00e0 la force au d\u00e9triment de la voie diplomatique.<\/p>\n<p>Pour autant, les br\u00e8ches massives, pr\u00e8s de huit ans plus tard, dans le consensus \u00e9tabli en 1990-91, n&#8217;ont pu emp\u00eacher Washington de bombarder. Et un constat s&#8217;impose, certes gu\u00e8re nouveau: c&#8217;est la politique qui fait le droit, et non l&#8217;inverse. En la mati\u00e8re, la force n&#8217;est pas une variable totalement n\u00e9gligeable. D&#8217;o\u00f9 les interrogations mais aussi les propositions de compromis qui s&#8217;expriment d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 dans ce que la France, notamment, appelle pudiquement &#8220;l&#8217;apr\u00e8s-crise&#8221;. Sur l&#8217;Unscom, tout d&#8217;abord, que Richard Butler a largement contribu\u00e9 \u00e0 suicider: quel pourra \u00eatre son r\u00f4le renouvel\u00e9 ? Quel nouveau mandat ? Plus g\u00e9n\u00e9ralement, quels m\u00e9canismes nouveaux non plus de d\u00e9sarmement mais de contr\u00f4le de la production d&#8217;armement de l&#8217;Irak est-il possible d&#8217;imaginer ? Sur l&#8217;avenir de l&#8217;Irak ensuite. La question de la fin de l&#8217;embargo semble \u00e0 nouveau \u00e0 l&#8217;ordre du jour. Mais Washington continue \u00e0 faire savoir qu&#8217;il n&#8217;en veut pas. De plus, de quelles contreparties un tel changement s&#8217;accompagnerait-il ? D&#8217;aucuns parlent d\u00e9j\u00e0 d&#8217;un renforcement de la r\u00e9solution dite &#8220;p\u00e9trole contre nourriture&#8221; et du contr\u00f4le de la rente p\u00e9troli\u00e8re. La communaut\u00e9 internationale, incapable d&#8217;aider une v\u00e9ritable opposition d\u00e9mocratique, a-t-elle l&#8217;intention de placer durablement l&#8217;Irak sous tutelle ?<\/p>\n<p>Au-del\u00e0, l&#8217;option militaire am\u00e9ricaine en Irak risque de g\u00e9n\u00e9rer des cons\u00e9quences graves \u00e0 court et long termes dans toute la r\u00e9gion. D\u00e9cid\u00e9s au lendemain de son s\u00e9jour en Palestine et en Isra\u00ebl, les raids sur Bagdad minent la cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s approximative de William Clinton et, avec elle, les espoirs t\u00e9nus de reprise, m\u00eame partielle, des pourparlers isra\u00e9lo-arabes ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment isra\u00e9lo-palestiniens. Plus encore, bien s\u00fbr, ceux d&#8217;une paix n\u00e9goci\u00e9e pouvant garantir la s\u00e9curit\u00e9 des peuples de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p> <strong> Les cons\u00e9quences de l&#8217;option am\u00e9ricaine dans la r\u00e9gion  <\/strong><\/p>\n<p>Entam\u00e9es \u00e0 Madrid fin octobre 1991, ces n\u00e9gociations se sont d&#8217;embl\u00e9e inscrites non pas dans le cadre des Nations unies et du respect du droit international, mais dans une approche fond\u00e9e sur le rapport de forces. En m\u00eame temps, de m\u00eame que la D\u00e9claration de principes n\u00e9goci\u00e9e secr\u00e8tement \u00e0 Oslo et sign\u00e9e \u00e0 Washington en septembre 1993, l&#8217;ensemble du processus se fonde sur le principe de &#8221; l&#8217;\u00e9change de la paix contre les territoires &#8220;. Reste \u00e0 faire respecter ce principe. On est l\u00e0 au coeur des approches dissemblables de la communaut\u00e9 internationale, et en particulier des Etats-Unis, vis-\u00e0-vis de l&#8217;Irak et d&#8217;Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Le refus de Benyamin Netanyahou de renoncer \u00e0 construire une nouvelle colonie \u00e0 la lisi\u00e8re de J\u00e9rusalem avait abouti \u00e0 la suspension de tout le processus durant plus d&#8217;un an et demi. La n\u00e9gociation de Wye Plantation, en octobre dernier, avait relanc\u00e9 la machine. Mais une machine bien gripp\u00e9e. Champion d&#8217;une orientation ultranationaliste, prisonnier de ses alliances \u00e0 l&#8217;extr\u00eame droite, le premier ministre isra\u00e9lien fait du refus le ma\u00eetre mot de sa politique: refus d&#8217;un Etat palestinien, sinon limit\u00e9 \u00e0 quelques enclaves sans pouvoir ni viabilit\u00e9, refus d&#8217;un partage de souverainet\u00e9 \u00e0 J\u00e9rusalem, refus de restitution des territoires arabes occup\u00e9s depuis 1967&#8230; Sur le terrain, il multiplie les faits accomplis de la colonisation et les provocations, \u00e9touffant la population palestinienne de bouclage en bouclage. En m\u00eame temps, Benyamin Netanyahou tient, \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur et en particulier \u00e0 son partenaire am\u00e9ricain, un discours de paix qui ne peut passer que par la mise en accusation de l&#8217;autre partie \u00e0 la n\u00e9gociation, la partie palestinienne. Cette contradiction de moins en moins tenable est apparue clairement lors de la n\u00e9gociation de Wye River, elle-m\u00eame n\u00e9goci\u00e9e depuis de longs mois par l&#8217;administration am\u00e9ricaine, au prix de lourdes concessions pr\u00e9alables de l&#8217;Autorit\u00e9 nationale palestinienne. Il aura fallu \u00e0 William Clinton lui-m\u00eame et \u00e0 son \u00e9quipe neuf jours d&#8217;investissement total et le recours au roi Hussein de Jordanie pour que le premier ministre isra\u00e9lien se r\u00e9signe enfin, apr\u00e8s plusieurs faux d\u00e9parts, \u00e0 signer un texte qui ne constitue quasiment rien d&#8217;autre que la reprise d&#8217;engagements ant\u00e9rieurs. A une exception majeure pr\u00e8s: au nom de la s\u00e9curit\u00e9 isra\u00e9lienne, Washington officialise les liens entre la CIA et les services palestiniens. S&#8217;il ne faut en esp\u00e9rer aucun gage de d\u00e9mocratie, cet arrangement revient en m\u00eame temps \u00e0 imposer \u00e0 Tel-Aviv ce dont il ne voulait pas: la m\u00e9diation d&#8217;un tiers sur le terrain. Quant aux difficult\u00e9s m\u00eames des n\u00e9gociations de Wye River, elles ont ali\u00e9n\u00e9, partiellement du moins, l&#8217;inconditionnelle sympathie am\u00e9ricaine pour son alli\u00e9 isra\u00e9lien. Le voyage de William Clinton en Isra\u00ebl et en Palestine t\u00e9moigne de cette \u00e9volution. Arrivant par le tout nouvel &#8221; a\u00e9roport international &#8221; (sic) de Gaza contre l&#8217;avis de Benyamin Netanyahou, pr\u00e9sent au Centre des congr\u00e8s lorsque les \u00e9lus de l&#8217;OLP ont r\u00e9it\u00e9r\u00e9 l&#8217;amendement des articles de la Charte palestinienne qui pr\u00e9voyaient la destruction de l&#8217;Etat d&#8217;Isra\u00ebl, le pr\u00e9sident Clinton a critiqu\u00e9 la politique de colonisation isra\u00e9lienne et a fait r\u00e9f\u00e9rence aux droits l\u00e9gitimes du peuple palestinien. Un premier tournant.<\/p>\n<p>Reste qu&#8217;il a quitt\u00e9 le sol de la Palestine historique sans obtenir la moindre garantie isra\u00e9lienne quant \u00e0 l&#8217;application de l&#8217;accord de Wye River, dont la seule ratification a pourtant \u00e9t\u00e9 plusieurs fois ajourn\u00e9e. Pire encore: il a promis une aide, toujours sans garantie, de 1,2 milliard de dollars \u00e0 Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Absence de garanties d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, option militaire de l&#8217;autre ? C&#8217;est en tout cas, co\u00efncidence pr\u00e9cise de calendrier aidant, la perception qu&#8217;en ont les Palestiniens. A tout le moins, ceux de la rue, \u00e0 qui l&#8217;Autorit\u00e9 nationale demandait la veille de brandir des drapeaux am\u00e9ricains&#8230; L&#8217;attitude adopt\u00e9e depuis lors par le gouvernement de Netanyahou ne peut que renforcer une telle lecture. Pour sauver une majorit\u00e9 en difficult\u00e9, ce dernier donne de nouveaux gages \u00e0 son aile droite la plus extr\u00e9miste. Il menace d&#8217;\u00e9lections anticip\u00e9es, en avril ou en mai prochains, et a fait voter par son gouvernement le gel de l&#8217;application de l&#8217;accord de Wye River. Jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, outre l&#8217;ouverture de l&#8217;a\u00e9roport de Gaza, seuls 2% de territoires sur les 13% pr\u00e9vus par l&#8217;accord ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9s. Pas de d\u00e9but de construction du port, pas de voie de passage entre la Cisjordanie et Gaza, pas de lib\u00e9ration des prisonniers politiques. En outre, Benyamin Netanyahou pr\u00e9tend ajouter de nouvelles conditions \u00e0 l&#8217;application de cet accord d&#8217;\u00e9tape. Parmi celles-ci: que le Pr\u00e9sident Yasser Arafat renonce \u00e0 proclamer un Etat palestinien ind\u00e9pendant en mai 1999.<\/p>\n<p>Cependant, alors que Yasser Arafat a montr\u00e9, au prix de bien des concessions que le choix de la paix et du compromis historique avec Isra\u00ebl constituent bien une option strat\u00e9gique, la proclamation de cet Etat demeure, dans le rapport des forces impos\u00e9, l&#8217;une des rares cartes dont dispose la partie palestinienne. De plus, elle s&#8217;inscrit dans la logique m\u00eame des accords d&#8217;Oslo: l&#8217;\u00e9change de la paix contre les territoires, une paix fond\u00e9e sur la reconnaissance des droits de chacune des parties et la reconnaissance de l&#8217;ind\u00e9pendance de l&#8217;Etat palestinien, les perspectives de d\u00e9veloppement et de coop\u00e9ration garantissant tellement plus s\u00fbrement la s\u00e9curit\u00e9 de tous que le r\u00e9gime de la terreur impos\u00e9 par l&#8217;occupation. Les plus farouches opposants isra\u00e9liens \u00e0 ces accords d&#8217;Oslo n&#8217;ont-ils pas mis en avant, pr\u00e9cis\u00e9ment, leur rejet d&#8217;un Etat palestinien auquel ceux-ci conduisaient ? Or, les n\u00e9gociations sur le statut final du territoire palestinien devraient aboutir au plus tard en mai 1999.<\/p>\n<p> <strong> Les difficult\u00e9s de l&#8217;application des accords de Wye River <\/strong><\/p>\n<p>Entre le r\u00e9cent rapprochement avec Washington et la col\u00e8re de la rue qui se sent trahie, la marge de manoeuvre du pr\u00e9sident Arafat est donc fort \u00e9troite. Et c&#8217;est \u00e0 Sa\u00ebb Erakat, en charge des n\u00e9gociations au sein du gouvernement palestinien, qu&#8217;est revenu le soin de condamner les raids sur Bagdad et d&#8217;en appeler \u00e0 une solution politique.<\/p>\n<p>Washington, croyant pouvoir dissocier les dossiers, fait une grossi\u00e8re erreur politique. Certes, il affaiblit l\u00e0 Yasser Arafat de son soutien populaire, esp\u00e9rant retarder la proclamation d&#8217;un Etat dont il craint les cons\u00e9quences sur le terrain en cas de pr\u00e9tentions annexionnistes isra\u00e9liennes. Mais, dans un cas comme dans l&#8217;autre, tout montre que seule une solution politique et diplomatique a quelque chance d&#8217;aboutir \u00e0 une solution durable.<\/p>\n<p>L&#8217;Europe peut encore intervenir, pour favoriser une solution pacifique o\u00f9 le droit aurait encore sa place. Divis\u00e9e quant \u00e0 l&#8217;option militaire en Irak, elle doit surmonter ses divergences dans l&#8217;approche de l&#8217;apr\u00e8s-crise: sortir l&#8217;Irak du sous-d\u00e9veloppement o\u00f9 le maintient l&#8217;embargo, tout en d\u00e9veloppant le contr\u00f4le des productions d&#8217;armement; conditionner son aide \u00e0 Isra\u00ebl (notamment l&#8217;application des accords \u00e9conomiques pr\u00e9f\u00e9rentiels) \u00e0 l&#8217;application par Tel-Aviv des accords sign\u00e9s. De tels signes seraient un gage d&#8217;espoir pour tous ceux qui, dans la r\u00e9gion, veulent encore croire la paix possible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> &#8220;Objectifs atteints&#8221;, annoncent Londres et Washington, &#8220;Victoire&#8221; pour Bagdad&#8230; Apr\u00e8s quatre jours de bombardements intenses contre l&#8217;Irak, le bilan \u00e9tait bien difficile \u00e0 \u00e9tablir. Washington et Londres parlent de &#8220;cibles militaires&#8221; et de &#8220;mission accomplie&#8221;. Bagdad \u00e9voque de son c\u00f4t\u00e9 73 morts, des centaines de bless\u00e9s, et la destruction de sites civils &#8211; tels des h\u00f4pitaux et des maternit\u00e9s &#8211; et \u00e9conomiques. L&#8217;ambassadeur d&#8217;Irak aux Nations unies \u00e9voque, lui, des milliers de victimes. Qu&#8217;en est-il pr\u00e9cis\u00e9ment ? Et qu&#8217;en est-il des bilans politique, diplomatique, militaire, de la strat\u00e9gie des Etats-Unis et de leurs alli\u00e9s britanniques ? Mesurer le sens et les cons\u00e9quences de l&#8217;op\u00e9ration &#8220;Renard du D\u00e9sert&#8221; implique de s&#8217;interroger sur les objectifs r\u00e9els et multiples de Washington en Irak et dans la r\u00e9gion. Au-del\u00e0 de l&#8217;avenir de l&#8217;Irak, celui des relations entre les Etats-Unis et le monde arabe est en jeu, comme celui du processus de paix isra\u00e9lo-arabe, et \u00e9galement du mode de d\u00e9cision internationale d\u00e8s lors qu&#8217;il s&#8217;agit de s\u00e9curit\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1216","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1216","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1216"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1216\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1216"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1216"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1216"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}