{"id":12124,"date":"2020-03-13T15:25:45","date_gmt":"2020-03-13T14:25:45","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-escalade-militaire-a-la-frontiere-greco-turque\/"},"modified":"2020-03-13T15:25:45","modified_gmt":"2020-03-13T14:25:45","slug":"article-escalade-militaire-a-la-frontiere-greco-turque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12124","title":{"rendered":"Escalade militaire \u00e0 la fronti\u00e8re gr\u00e9co-turque"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Entre la Gr\u00e8ce et la Turquie, le torchon br\u00fble. La bataille de communication qui se fait sur le dos des migrants se double, d\u00e9sormais, d&#8217;une escalade militaire.<\/p>\n<p>Des tirs sur un v\u00e9hicule militaire grec stationn\u00e9 sur la rive occidentale du fleuve Evros qui d\u00e9limite la fronti\u00e8re avec la Turquie, des avions de combat F-16 violant l&#8217;espace a\u00e9rien au nord de la Gr\u00e8ce, ou encore un navire turc enfon\u00e7ant un bateau des garde-c\u00f4tes hell\u00e9niques au large de Kos, \u00eele de la mer \u00c9g\u00e9e orientale : ces informations des deux derniers jours sont pass\u00e9s quasiment inaper\u00e7ues dans les m\u00e9dias europ\u00e9ens focalis\u00e9s par la guerre contre le coronavirus. Pourtant, tout au long de la fronti\u00e8re gr\u00e9co-turque, terrestre comme maritime, la tension ne cesse de cro\u00eetre. L&#8217;escalade militaire prend le pas sur la bataille de communication qui se joue depuis deux semaines avec, comme seule constante, l&#8217;utilisation d&#8217;\u00eatres humains comme chair \u00e0 n\u00e9gociation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/monde\/article\/lesbos\">Lesbos, la plus grande prison du monde<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tout a commenc\u00e9 fin f\u00e9vrier quand le Pr\u00e9sident turc Recep Tayyip Erdogan a annonc\u00e9 ouvrir les fronti\u00e8res avec la Gr\u00e8ce. Or, 3,5 millions de migrants vivent actuellement en Turquie et nombre d&#8217;entre eux esp\u00e8rent franchir la porte d&#8217;entr\u00e9e de l&#8217;Union europ\u00e9enne. Fin f\u00e9vrier, au poste frontalier d&#8217;Ipsala, en Turquie, des centaines de r\u00e9fugi\u00e9s sont ainsi regroup\u00e9s sur un parking aux allures de terrain vague. Parmi eux, un Afghan de 20 ans, Mohamad, explique : <em>\u00ab Erdogan a dit que nous pouvions passer ! Nous sommes venus et nous sommes bloqu\u00e9s. Les Grecs ont ferm\u00e9 les fronti\u00e8res. \u00bb <\/em> Le jeune homme est d\u00e9pit\u00e9. Il est l\u00e0 avec 14 autres membres de sa famille. Tous sont arriv\u00e9s le matin m\u00eame. Mais \u00e0 Ipsala, juste avant le pont permettant de franchir l&#8217;Evros, leur chemin s&#8217;est transform\u00e9 en impasse. Auparavant, dans l&#8217;Afghanistan natal qu&#8217;ils ont fui, pourchass\u00e9s par les talibans, ils vivaient un calvaire. D\u00e9sormais, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, Mohamad se demande quand lui et sa famille pourront gagner l&#8217;Europe. Et surtout l&#8217;Allemagne o\u00f9 son oncle est arriv\u00e9 il y a <em>\u00ab quelques ann\u00e9es \u00bb<\/em>. Mohamad r\u00e9p\u00e8te : <em>\u00ab Pourquoi le gouvernement turc a-t-il dit que la fronti\u00e8re \u00e9tait ouverte ? C&#8217;est un myst\u00e8re ! \u00bb<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 midi, une rumeur se r\u00e9pand : \u00ab La fronti\u00e8re est ouverte au nord \u00bb. Pour ces exil\u00e9s en d\u00e9tresse appara\u00eet une nouvelle lueur d&#8217;espoir. Comme dans un ballet bien orchestr\u00e9, pick-up et bus d\u00e9boulent sur le parking. Les migrants n\u00e9gocient avec leurs conducteurs pour \u00eatre conduits \u00e0 Pazarkule, dans la province d&#8217;Edirne \u00e0 une centaine de kilom\u00e8tres. L\u00e0-bas, les sc\u00e8nes sont identiques. Des migrants arrivent, en bus, en taxi, en tracteur, \u00e0 pied. Pourtant, leur espoir \u00e9chouera sur les m\u00eames portes closes. Aujourd&#8217;hui, nul ne sait combien de migrants attendent \u00e0 Pazarkule \u2013 journalistes et humanitaires sont interdits de se rendre sur la rive \u2013 mais le lieu semble transformer en camp \u00e0 ciel ouvert. que les migrants ne peuvent pas quitter, bloqu\u00e9s l\u00e0 par les autorit\u00e9s turques selon diff\u00e9rents t\u00e9moignages. Elles font, ainsi, monter la pression sur l&#8217;Union europ\u00e9enne, via la Gr\u00e8ce.<\/p>\n<h2>La peur des migrants<\/h2>\n<p>De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de Pazarkule, dans le village grec de Kastani\u00e8s, le ras-le-bol est \u00e0 son comble. Il m\u00eale sentiment de solitude \u2013 voire d&#8217;abandon \u2013 sur la question migratoire et craintes d\u00e9multipli\u00e9es sur les motivations r\u00e9elles du Pr\u00e9sident turc. Vangelis tient une sup\u00e9rette dans le village frontalier : <em>\u00ab Le probl\u00e8me, c&#8217;est la Turquie. Nous ne pouvons pas accueillir tous ces migrants. Mais que peut faire le gouvernement grec ? Pas grand chose \u00bb<\/em>, encha\u00eene le cinquantenaire. Pour lui, <em>\u00ab c&#8217;est un probl\u00e8me europ\u00e9en, or, la Gr\u00e8ce doit se d\u00e9brouiller seule \u00bb<\/em>. \u00c0 quelques pas, la patronne d&#8217;une taverne, elle, veut <em>\u00ab renvoyer ces migrants chez eux \u00bb<\/em>. Elle se f\u00e9licite que militaires et policiers grecs aient renforc\u00e9 leurs patrouilles. En effet, tout au long du fleuve Evros d\u00e9filent des jeeps militaires grecs dont les hauts-parleurs crachent l&#8217;interdiction de p\u00e9n\u00e9trer le territoire <em>\u00ab aux envahisseurs \u00bb<\/em> \u2013 ce sont les mots de la patronne de la taverne. <em>\u00ab Il \u00e9tait temps d&#8217;agir \u00bb<\/em>, lance-t-elle tout en se f\u00e9licitant que son fils, \u00e2g\u00e9 de 16 ans, ait rejoint les <em>\u00ab patrouilles de citoyens qui d\u00e9fendent la patrie \u00bb<\/em>. Officiellement, ces groupes d&#8217;hommes aux allures de milices apportent leur soutien \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e et \u00e0 la police en leur divulguant leur connaissance de ce terrain frontalier et mar\u00e9cageux, en distribuant du caf\u00e9 et de la nourriture. Dans la pratique, ils sont sur les rives, armes \u00e0 la main, repoussant les migrants <em>\u00ab de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 \u00bb<\/em> et suppl\u00e9ant un \u00c9tat qu&#8217;ils jugent d\u00e9faillant. Pour la tenanci\u00e8re du lieu, des ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 perdues : celles pendant lesquelles le parti de la gauche grecque, Syriza, a \u00e9t\u00e9 au gouvernement de janvier 2015 \u00e0 juillet 2019.<\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs, <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/monde\/article\/en-grece-l-onde-de-choc-des-elections-europeennes\">le successeur d&#8217;Alexis Tsipras, Kyriakos Mitsotakis<\/a>, de Nouvelle D\u00e9mocratie (droite), avait notamment surf\u00e9, pendant sa campagne, sur la peur des migrants. Il proposait la cr\u00e9ation de <em>\u00ab centres ferm\u00e9s \u00bb<\/em>, l&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration des renvois dans le pays d&#8217;origine. Sauf que quand il a voulu les \u00e9tablir sur les \u00eeles \u00e0 quelques encablures de la Turquie, comme sur le continent, il s&#8217;est heurt\u00e9 \u00e0 une farouche opposition de la population. <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/monde\/article\/lesbos\">Sur les \u00eeles de Lesbos<\/a> et de Chios, des manifestations violentes ont m\u00eame eu lieu.<\/p>\n<h2>Les migrants comme moyens de pression sur l&#8217;UE<\/h2>\n<p>D\u00e9stabilis\u00e9 sur les \u00eeles, le gouvernement grec est-il en proie d&#8217;une d\u00e9stabilisation \u00e0 sa fronti\u00e8re nord ? Il a, en tout cas, fonc\u00e9 t\u00eate baiss\u00e9e dans la bataille de chiffres engag\u00e9e par Recep Tayyip Erdogan. Les premiers jours de la crise, le gouvernement turc a annonc\u00e9 que pr\u00e8s de 80.000 migrants avaient pass\u00e9 les fronti\u00e8res, puis pr\u00e8s de 150.000. Tous les jours, les autorit\u00e9s grecques annoncent avoir <em>\u00ab emp\u00each\u00e9 \u00bb<\/em> des migrants d&#8217;entrer. Entre le 29 f\u00e9vrier et le 11 mars, 45.000 migrants auraient donc \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9s sur les pr\u00e8s de 200 kilom\u00e8tres de fronti\u00e8re terrestre ; seuls 348 ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s sur le sol hell\u00e8ne. Ces chiffres contribuent \u00e0 renforcer la peur de l&#8217;invasion. Pourtant, l&#8217;agence de l&#8217;ONU en charge de la question (HCR), estime \u00e0 20.000 le nombre de migrants attendant aux fronti\u00e8res turques, terrestres comme maritimes.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, <em>\u00ab Erdogan fait pression sur le gouvernement grec. Or celui-ci ne peut pas trouver, seul, une r\u00e9ponse \u00e0 cet enjeu \u00bb<\/em>, explique Menelaos Maltezos, un des responsables de Syriza pour la r\u00e9gion de l&#8217;Evros. Lui en appelle \u00e0 l&#8217;UE, \u00e0 une solidarit\u00e9 europ\u00e9enne et \u00e0 un partage des responsabilit\u00e9s entre les diff\u00e9rents \u00c9tats-membres. Car dans le fond, les migrants sont utilis\u00e9s comme outils par un pouvoir turc qui doit affronter une double crise, \u00e9conomique et social, qui risque d&#8217;\u00e9corcher sa l\u00e9gitimit\u00e9. Depuis plusieurs mois, <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/monde\/article\/grece-turquie-avis-de-tempete\">il utilise donc les questions g\u00e9opolitiques pour renforcer son assise dans la population<\/a> et a besoin des Europ\u00e9ens pour arriver \u00e0 ses fins sur diff\u00e9rents dossiers (Syrie, exploitation p\u00e9troli\u00e8re et gazi\u00e8re, etc.).<\/p>\n<p>Lors d&#8217;un discours \u00e0 Ankara, le 11 mars, Erdogan a d&#8217;ailleurs pr\u00e9venu : <em>\u00ab Nous maintiendrons les mesures actuellement mises en place \u00e0 la fronti\u00e8re jusqu&#8217;\u00e0 ce que les attentes de la Turquie [&#8230;] re\u00e7oivent une r\u00e9ponse concr\u00e8te \u00bb<\/em>. Conscient que laisser passer les migrants revient \u00e0 agiter une peur sur laquelle de nombreux dirigeants ont surf\u00e9 pendant des ann\u00e9es, et continuent de le faire. La r\u00e9ponse apport\u00e9e, avec le soutien des institutions europ\u00e9ennes, est une militarisation de la fronti\u00e8re. Reste que dans ce rapport de forces, les migrants sont pris en \u00e9tau. Au prix, parfois, de leur vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/fabien-perrier\"><strong>Fabien Perrier<\/strong><\/a>, envoy\u00e9 sp\u00e9cial \u00e0 la fronti\u00e8re Evros<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre la Gr\u00e8ce et la Turquie, le torchon br\u00fble. 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