{"id":12106,"date":"2020-03-06T17:35:41","date_gmt":"2020-03-06T16:35:41","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-tribune-pour-une-universite-ouverte-emancipatrice-et-internationale\/"},"modified":"2020-03-06T17:35:41","modified_gmt":"2020-03-06T16:35:41","slug":"article-tribune-pour-une-universite-ouverte-emancipatrice-et-internationale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12106","title":{"rendered":"TRIBUNE. Pour une universit\u00e9 ouverte, \u00e9mancipatrice et internationale"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Un groupe d&#8217;universitaires signent cette tribune pour combattre la r\u00e9forme des retraites, la destruction des services publics et la marchandisation de l&#8217;enseignement et des savoirs.<\/p>\n<p>Nous, \u00e9tudiant.e.s, doctorant.e.s, ing\u00e9nieur.e.s, technicien.e.s, personnels administratifs, enseignant.e.s et chercheur.e.s, \u00e9tranger.e.s et fran\u00e7ais.e.s, combattons, avec tous les autres secteurs actuellement en lutte, la r\u00e9forme des retraites et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, la destruction des services publics et des syst\u00e8mes de solidarit\u00e9 qui touchent les travailleuses et travailleurs du public comme du priv\u00e9. Nous revendiquons une universit\u00e9 ouverte, \u00e9mancipatrice et internationale. Nous nous mobilisons contre la marchandisation de l&#8217;enseignement et des savoirs, la concurrence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et la pr\u00e9carisation des conditions de travail, que consacre le projet de loi de Programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/societe\/article\/e3c-le-bac-blanquer-au-bruit-des-bottes\">E3C : le bac Blanquer au bruit des bottes<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette lutte est internationale pour plusieurs raisons. D&#8217;abord, parce que c&#8217;est la m\u00eame approche n\u00e9olib\u00e9rale, sous-tendue par les logiques du capitalisme acad\u00e9mique, qui sont impos\u00e9es \u00e0 des degr\u00e9s divers dans les diff\u00e9rents pays du monde. Dans de nombreux pays, les communaut\u00e9s universitaires, \u00e9tudiant.e.s en premier lieu, s&#8217;opposent aux logiques manag\u00e9riales, concurrentielles et financi\u00e8res qui r\u00e9gissent leurs \u00e9tablissements d\u00e9sormais g\u00e9r\u00e9s comme des entreprises. Les effets de ces politiques &#8211; aggravation des in\u00e9galit\u00e9s, pr\u00e9carisation, autoritarisme &#8211; sont bien connus. Le secteur de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur et de la recherche devient un march\u00e9 globalis\u00e9 et concurrentiel, objet de pr\u00e9dation de grandes entreprises et fonds d&#8217;investissement, mena\u00e7ant \u00e0 la fois les \u00e9tudiant.e.s et l&#8217;ensemble des personnels universitaires. Ceci ne fait qu&#8217;accentuer la division internationale du travail scientifique, dans un monde d\u00e9j\u00e0 domin\u00e9 par les pays et les universit\u00e9s les plus riches. Enfin, le champ acad\u00e9mique fran\u00e7ais est l&#8217;un des plus internationalis\u00e9s du monde. La France figure depuis des d\u00e9cennies parmi les cinq premi\u00e8res destinations des \u00e9tudiants internationaux[[<strong>CHIFFRES (source : <a href=\"https:\/\/ressources.campusfrance.org\/publications\/chiffres_cles\/fr\/chiffres_cles_2019_fr.pdf\">Campus France, 2019<\/a>) : <\/strong><br \/>\n&#8211; 343 000 \u00e9tudiant.e.s \u00e9tranger.e.s \u00e9tudient en France<br \/>\n&#8211; Environ 240 000 \u00e9tudiant.e.s \u00e9tranger.e.s accueilli.e.s chaque ann\u00e9e<br \/>\n&#8211; Les premiers pays d\u2019origine des \u00e9tudiant.e.s \u00e9tranger.e.s en France sont, pour un tiers : Alg\u00e9rie, Maroc, Chine, Italie.<br \/>\n&#8211; Les \u00c9tudiantes et les \u00c9tudiants \u00e9tranger.e.s repr\u00e9sentent 13% de l\u2019ensemble des inscrits de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur en France<br \/>\n&#8211; 42% des doctorant.e.s en France sont \u00e9tranger.e.s.]]. Or, les personnes \u00e9trang\u00e8res pr\u00e9sentes dans l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur et la recherche en France &#8211; \u00e9tudiant.e.s et travailleur.e.s &#8211; subissent la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique et administrative organis\u00e9es depuis des ann\u00e9es par les gouvernements successifs, et caract\u00e9ris\u00e9es par des contrats courts, des t\u00e2ches ingrates, des proc\u00e9dures juridiques angoissantes et humiliantes conditionnant la demande et le renouvellement des titres de s\u00e9jours, la stigmatisation et les discriminations. Le plan \u00ab Bienvenue en France \u00bb[[Le 19 novembre 2018, le Premier ministre annonce une nouvelle strat\u00e9gie <em>\u00ab d&#8217;attractivit\u00e9 des \u00e9tudiants internationaux \u00bb<\/em>, ironiquement appel\u00e9e \u00ab Bienvenue en France \u00bb, dont la mesure phare est l\u2019augmentation drastique des frais d\u2019inscription, qui sont multipli\u00e9s par plus de dix (2770 euros au lieu de 170 euros pour la licence, et 3770 euros pour une formation en master ou en doctorat \u2013 contre 243 euros et 380 euros actuellement). L\u2019augmentation exponentielle pour les \u00e9tranger\u2219es non europ\u00e9en\u00b7ne\u00b7s inscrits en licence et en master y est act\u00e9e  alors que les doctorant\u2219es sont, pour l&#8217;instant, \u00e9pargn\u00e9\u2219es. Si les gouvernements pr\u00e9c\u00e9dents ont trac\u00e9 la voie des r\u00e9formes actuelles dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, le plan \u00ab Bienvenue en France \u00bb institue un changement de paradigme en faisant le choix de la marchandisation de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, \u00e0 la fois \u00e0 travers l\u2019instauration de droits d\u2019inscription diff\u00e9renci\u00e9s selon l\u2019origine g\u00e9ographique mais aussi \u00e0 travers la promotion de la d\u00e9localisation des formations fran\u00e7aises payantes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en particulier dans les pays d\u2019Afrique francophone. Ce plan ne menace donc pas uniquement les conditions d\u2019acc\u00e8s aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures des \u00e9tudiants \u00e9trangers, mais constitue une \u00e9tape de plus vers une hausse g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des frais d\u2019inscription et un changement radical du paysage de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur en France. Sa mise en place, si jamais elle devait se faire, va \u00e9galement accentuer les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur dans les pays d\u2019origine des \u00e9tudiants internationaux. Voir le <a href=\"https:\/\/www.snesup.fr\/sites\/default\/files\/fichier\/vrs416_low_res.pdf\">dossier du SNESUP sur le sujet<\/a>.]] institutionnalise ainsi une politique s\u00e9lective et discriminatoire qui s&#8217;est mise progressivement en place depuis les ann\u00e9es 90. Les \u00e9tudiant.e.s \u00e9tranger.e.s en France sont les premier.e.s \u00e0 en subir les cons\u00e9quences, et \u00e0 y r\u00e9sister.<\/p>\n<p>Parce que l&#8217;Universit\u00e9 doit \u00eatre le lieu du partage international des savoirs, parce qu&#8217;elle est le lieu d&#8217;\u00e9tudes de nombreuses personnes \u00e9trang\u00e8res sous des statuts multiples, les revendications que nous portons en tant qu&#8217;\u00e9tudiant.e.s, doctorant.e.s, ing\u00e9nieur.e.s, technicien.e.s, personnels administratifs, enseignant.e.s et chercheur.e.s, \u00e9tranger.e.s et fran\u00e7ais.e.s, ne peuvent donc se limiter \u00e0 un cadre national.<\/p>\n<p><strong>Nous rappelons que :<\/strong><\/p>\n<h2>I\/ L\u2019Enseignement sup\u00e9rieur est un service public, gratuit et accessible \u00e0 tou.te.s sans discrimination<\/h2>\n<p>Le service public de l&#8217;universit\u00e9 et de la recherche est un principe fondamental inscrit dans la loi[[Loi n\u00b084-52 du 26 janvier 1984 sur l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur, dit \u00ab Loi Savary \u00bb, article 3 : le service public de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur <em>\u00ab doit garantir \u00e0 l&#8217;enseignement et \u00e0 la recherche leurs possibilit\u00e9s de libre d\u00e9veloppement scientifique, cr\u00e9ateur et critique \u00bb<\/em>.]], garantissant non seulement l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur sur titre d&#8217;acc\u00e8s, sans s\u00e9lection, sans discrimination, mais \u00e9galement la gratuit\u00e9 et l&#8217;\u00e9galit\u00e9 de valeur du dipl\u00f4me sur le territoire fran\u00e7ais. Les politiques de marchandisation s\u00e9vissant dans l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur et la recherche depuis une quinzaine d&#8217;ann\u00e9es mettent \u00e0 mal ce principe, en augmentant les frais pour les \u00e9tranger.e.s non europ\u00e9en.e.s, en cr\u00e9ant des p\u00f4les d&#8217;excellence contre la logique \u00e9galitaire du cadre national du dipl\u00f4me. En cons\u00e9quence, nous exigeons le retrait du Plan Bienvenue en France et la garantie d&#8217;un traitement \u00e9gal de tou.te.s les \u00e9tudiant.e.s, quelles que soient leur nationalit\u00e9 ou leur situation administrative. Nous d\u00e9non\u00e7ons le racisme dans les proc\u00e9dures de recrutement en France, ainsi que les discriminations qui nuisent \u00e0 l&#8217;inscription de certain.e.s \u00e9tudiant.e.s, notamment exil\u00e9.e.s ou sans-papiers.<\/p>\n<p>Parce que l&#8217;universit\u00e9 est un service public, toutes les activit\u00e9s (formation, recherche, appuis et soutiens \u00e0 la recherche, maintien du cadre de vie) au sein de l\u2019Universit\u00e9 doivent \u00eatre r\u00e9-internalis\u00e9es. La pr\u00e9carisation des travailleurs et travailleuses de l&#8217;universit\u00e9 fragilise nos institutions publiques : elle passe par une hausse de l&#8217;emploi contractuel et vacataire, mais \u00e9galement par le recours massif \u00e0 des op\u00e9rateurs de sous-traitance qui exploitent cette main-d\u2019\u0153uvre bonne march\u00e9, souvent immigr\u00e9e, parfois sans-papiers, pour assurer les missions de nettoyage, de s\u00e9curit\u00e9 et de restauration \u00e0 l&#8217;universit\u00e9. Nous exigeons la r\u00e9internalisation des activit\u00e9s sous-trait\u00e9es, et la r\u00e9gularisation et la titularisation de tous les travailleurs et travailleuses du service public.<\/p>\n<h2>II\/ L\u2019universit\u00e9 est un lieu sanctuaire et non pas une succursale pr\u00e9fectorale<\/h2>\n<p>Le service public de l&#8217;universit\u00e9 fran\u00e7aise s&#8217;est historiquement construit dans une ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des pouvoirs, notamment ex\u00e9cutifs et policiers. Nous rappelons que les services d&#8217;inscription de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur n&#8217;ont pas comp\u00e9tence \u00e0 contr\u00f4ler la r\u00e9gularit\u00e9 des titres de s\u00e9jour de leurs \u00e9tudiant.e.s[[R\u00e9ponse minist\u00e9rielle de Val\u00e9rie P\u00e9cresse n\u00b095797 du 14 d\u00e9cembre 2010 : <em>\u00ab Il n&#8217;entre pas dans les missions de l&#8217;universit\u00e9 de proc\u00e9der au contr\u00f4le de la situation des \u00e9tudiants \u00e9trangers au regard de leur droit au s\u00e9jour en France, la d\u00e9livrance et le renouvellement d&#8217;un titre de s\u00e9jour relevant de la seule comp\u00e9tence de l&#8217;autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale \u00bb<\/em>. Circulaire n\u00b02002-214 du 15 octobre 2002 relative aux conditions d&#8217;inscription des \u00e9tudiants \u00e9trangers dans les \u00e9tablissements d&#8217;enseignement sup\u00e9rieur : <em>\u00ab La situation du demandeur [doit] toujours \u00eatre prise en compte, nonobstant les conditions d&#8217;entr\u00e9e en France \u00bb<\/em>.]]. Or, nombre d&#8217;universit\u00e9s multiplient les mesures restrictives \u00e0 l&#8217;inscription, notamment via un contr\u00f4le irr\u00e9gulier des titres de s\u00e9jour. Avec effroi, nous avons vu ces derni\u00e8res ann\u00e9es des pr\u00e9sidences d&#8217;universit\u00e9 autoriser voire appeler la police \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans nos locaux.<\/p>\n<p>C&#8217;est pourquoi nous exigeons le respect des franchises universitaires, condition de l&#8217;ind\u00e9pendance de la production des savoirs. Nous nous opposons aux contr\u00f4les des titres de s\u00e9jours des \u00e9tudiant.e.s dans les universit\u00e9s et rappelons que l&#8217;universit\u00e9 n&#8217;a comp\u00e9tence \u00e0 contr\u00f4ler que les dipl\u00f4mes d&#8217;acc\u00e8s, les projets acad\u00e9miques et les niveaux de langues des candidat.e.s \u00e0 l&#8217;inscription. Il est urgent de garantir \u00e0 tout\u00b7e \u00e9tudiant\u00b7e \u00e9tranger\u00b7e le droit d\u2019\u00e9tudier en s\u00e9curit\u00e9 administrative et juridique, en assurant le renouvellement du titre de s\u00e9jour pendant toute la dur\u00e9e des \u00e9tudes. Toute inscription dans des \u00e9tudes sup\u00e9rieures doit conduire \u00e0 un titre de s\u00e9jour stable. Les \u00e9tudiant.e.s \u00e9tranger.e.s ont droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019\u00e9tudier au m\u00eame titre que tout.e.s les autres \u00e9tudiant.e.s.<\/p>\n<h2>III\/ L&#8217;enseignement sup\u00e9rieur et la recherche est un lieu de partage des savoirs, ind\u00e9pendant de la loi concurrentielle des march\u00e9s<\/h2>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ralisation des \u00e9valuations de la recherche sur la base de crit\u00e8res arbitraires, indexant la qualit\u00e9 scientifique \u00e0 une concurrence internationale entre les \u00e9tablissements de grande envergure, incarn\u00e9e par le \u00ab classement de Shanghai \u00bb, conduit \u00e0 imposer des conditions de travail nocives pour la cr\u00e9ativit\u00e9 des chercheur.e.s et d\u00e9truit les sources collectives de la production des connaissances. Aujourd&#8217;hui, les connaissances transform\u00e9es en valeur marchande sont encadr\u00e9es, appropri\u00e9es et soumises \u00e0 la sph\u00e8re marchande.<\/p>\n<p>Au niveau international, ces logiques marchandes de production des connaissances provoquent l\u2019accaparement des financements, accroissant ainsi la polarisation et les asym\u00e9tries dans les collaborations scientifiques entre universit\u00e9s et chercheur.e.s des Nords et des Suds. La demande internationale r\u00e8gle d\u00e9sormais les march\u00e9s de la science. Nous nous \u00e9loignons toujours davantage des conditions de possibilit\u00e9 de collaborations scientifiques \u00e9galitaires, et de reconnaissance de la pluralit\u00e9 des savoirs bas\u00e9es sur la mise en place d\u2019une coop\u00e9ration scientifique internationale juste et solidaire. Cette \u00e9volution entra\u00eene, dans de nombreuses communaut\u00e9s scientifiques des Suds, la migration des \u00e9tudiant.e.s et des chercheur.e.s, notamment les plus hautement qualifi\u00e9.e.s, et poussent les personnels rest\u00e9s sur place \u00e0 pratiquer des activit\u00e9s dans les r\u00e9seaux mondiaux initi\u00e9s et contr\u00f4l\u00e9s par les Nords. Ceux-ci sont soumis \u00e0 des conditions drastiques pour l\u2019octroi de visa quand ils veulent participer \u00e0 la vie scientifique internationale (congr\u00e8s, s\u00e9jours scientifiques, etc.).<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 2000, la participation croissante des chercheurs des Suds dans les Grands projets soutenus par des financeurs internationaux \u2013 firmes (pharmaceutiques, informatiques, \u00e9lectroniques), organisations internationales (OMS, FAO, PNUD) \u2013 accentuent davantage la fragmentation, la d\u00e9pendance et la marginalisation des ESR des pays des Suds. Les chercheur.e.s des Suds sont en effet rarement chef.fe.s de projet, iels sont avant tout associ\u00e9.e.s \u00e0 la collecte des donn\u00e9es, \u00e0 des activit\u00e9s de routine, \u00e0 des t\u00e2ches de v\u00e9rification triviales et non sur les fronts de la science ou ses grands enjeux. Leurs m\u00e9tiers sont exerc\u00e9s dans le cadre de la commande et non de la carri\u00e8re r\u00e9gl\u00e9e par les pairs. Il s\u2019ensuit une d\u00e9sinstitutionalisation des ESR dans les pays les plus fragiles. Les m\u00e9tiers de la recherche sont d\u00e9qualifi\u00e9s, les universitaires deviennent des prestataires de services ou au mieux des experts internationaux, la mission recherche dispara\u00eet des ESR laissant place \u00e0 un enseignement d\u00e9connect\u00e9 de la recherche. Cette d\u00e9possession scientifique des Suds g\u00e9n\u00e8re d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 des situations d&#8217;exploitation et de subalternisation des ressources de production scientifique dans les Suds, et de l&#8217;autre des monopoles de domination et d\u2019h\u00e9g\u00e9monie \u00e9pist\u00e9mique. Nous d\u00e9non\u00e7ons cet extractivisme scientifique et appelons \u00e0 un v\u00e9ritable mouvement de d\u00e9colonisation des connaissances et des enseignements.<\/p>\n<blockquote><p>Pour la production de savoirs \u00e9mancipateurs : non \u00e0 la d\u00e9possession des sources collectives de la production des connaissances ! non, \u00e0 l\u2019extactivisme scientifique des Suds !<\/p><\/blockquote>\n<p>Aujourd\u2019hui, au quotidien et dans des mouvements de mobilisation visibles au niveau international comme au Chili, au Liban, au Br\u00e9sil, en Inde, au S\u00e9n\u00e9gal, en France, en Angleterre ou encore aux \u00c9tats-Unis, pour ne citer que quelques pays, nous luttons contre les m\u00eames logiques n\u00e9olib\u00e9rales. \u00c0 rebours de ces transformations inqui\u00e9tantes, nous voulons des relations scientifiques et universitaires fond\u00e9es \u00e0 la fois sur le partage et la co-existence d\u2019une pluralit\u00e9 des savoirs. Nous nous affirmons donc solidaires de tou\u00b7te\u00b7s les \u00e9tudiant.e.s et travailleur.e.s dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et la recherche en lutte \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<blockquote><p>Nous demandons la libert\u00e9 de circulation des savoirs et des personnes et non pas celle des capitaux et des marchandises. Nous demandons une universit\u00e9 publique ouverte \u00e0 toutes et \u00e0 tous, \u00e9mancipatrice et internationale.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>Les Malvenu.e.s de l\u2019Universit\u00e9 \u2013 collectif \u00ab Etranger.e.s et Division Internationale du travail scientifique \u00bb de la coordination des Facs et Labos en lutte (universiteouverte.org)<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un groupe d&#8217;universitaires signent cette tribune pour combattre la r\u00e9forme des retraites, la destruction des services publics et la marchandisation de l&#8217;enseignement et des savoirs.<\/p>\n","protected":false},"author":666,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[278],"tags":[394],"class_list":["post-12106","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-tribunes","tag-universite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12106","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/666"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12106"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12106\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12106"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12106"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12106"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}