{"id":12101,"date":"2020-03-05T06:00:00","date_gmt":"2020-03-05T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-social-democratie-le-retour\/"},"modified":"2023-07-03T14:33:03","modified_gmt":"2023-07-03T12:33:03","slug":"article-social-democratie-le-retour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12101","title":{"rendered":"Social-d\u00e9mocratie, le retour ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Cette semaine, pour le 16\u00e8me \u00e9pisode de ses \u00ab choses lues \u00bb, Bernard Marx a lu pour vous le livre de l\u2019\u00e9conomiste Anton Brender qui \u00ab milite \u00bb pour une r\u00e9ponse social d\u00e9mocrate \u00e0 la crise.<\/p>\n<p>Dans <em>Capitalisme et progr\u00e8s social<\/em>[[Anton Brender : <em>Capitalisme et progr\u00e8s social<\/em>. La D\u00e9couverte, f\u00e9vrier 2020]], l\u2019\u00e9conomiste Anton Brender, sp\u00e9cialiste d\u2019\u00e9conomie financi\u00e8re et de l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine, plaide pour un retour du projet social-d\u00e9mocrate. Il n\u2019est pas le seul. Daron Acemoglu, \u00e9conomiste turco-am\u00e9ricain et professeur au c\u00e9l\u00e8bre <em>Massachusetts Institute of Technology<\/em> (MIT), a r\u00e9cemment <a href=\"https:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/social-democracy-beats-democratic-socialism-by-daron-acemoglu-2020-02\/french\">publi\u00e9 une tribune<\/a> sur le choix du candidat d\u00e9mocrate pour les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles am\u00e9ricaines. Il prend position contre Bernie Sanders et affirme : <em>\u00ab La social-d\u00e9mocratie vaut mieux que le socialisme d\u00e9mocratique \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/archives\/l-humeur-du-jour\/article\/ou-va-la-social-democratie-europeenne\">O\u00f9 va la social-d\u00e9mocratie europ\u00e9enne ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le livre d\u2019Anton Brender, assez court et constamment p\u00e9dagogique, se lit avec facilit\u00e9. Sa th\u00e8se centrale est que le capitalisme et le progr\u00e8s social peuvent tout \u00e0 fait faire bon m\u00e9nage. Mais \u00e0 condition de ne pas laisser faire le capitalisme, de l\u2019y pousser, voire de l\u2019y contraindre. C\u2019est ce qu\u2019aurait r\u00e9alis\u00e9 le projet social-d\u00e9mocrate mis en \u0153uvre dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, selon des modalit\u00e9s nationales diff\u00e9rentes, dans les pays capitalistes d\u00e9velopp\u00e9s. Et c\u2019est avec cela qu\u2019il faudrait aujourd\u2019hui renouer dans un contexte et d\u2019une fa\u00e7on diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Avec Anton Brender on n\u2019est pas sur du n\u00e9olib\u00e9ralisme. La soci\u00e9t\u00e9 ne doit pas se soumettre aux lois naturelles de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 et du capitalisme. La puissance publique et la politique n\u2019ont pas pour mission de les faire respecter. Mais on n\u2019est pas non plus sur le besoin ou la possibilit\u00e9 de leurs d\u00e9passements. Non seulement \u00ab on peut \u00bb mais \u00ab il faut \u00bb continuer de faire avec. <em>\u00ab Si chercher \u00e0 d\u00e9passer le capitalisme est hasardeux<\/em>, \u00e9crit l\u2019\u00e9conomiste, <em>redonner vigueur et consistance \u00e0 l\u2019approche sociale-d\u00e9mocrate reste la voie la plus s\u00fbre pour avancer. En utilisant plus activement et plus judicieusement les leviers dont elles disposent, en exer\u00e7ant sur le capitalisme une pression plus forte, nos soci\u00e9t\u00e9s peuvent, comme elles ont su le faire hier, mettre \u00e0 nouveau son \u00e9nergie au service du progr\u00e8s social. \u00bb<\/em> Il y a au contraire quelques bonnes raisons d\u2019en douter. <\/p>\n<p>Anton Brender utilise sa grille de lecture pour faire un r\u00e9cit \u00e0 grands traits de l\u2019\u00e9volution du capitalisme. \u00c0 la ma\u00eetrise \u00ab social-d\u00e9mocrate \u00bb, r\u00e9alis\u00e9e apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale, succ\u00e8de depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es le desserrement des contraintes qui conduisent \u00e0 la double d\u00e9gradation actuelle, sociale et \u00e9cologique. La ma\u00eetrise sociale-d\u00e9mocrate a \u00e9t\u00e9, explique-t-il, l\u2019aboutissement d\u2019une longue et tumultueuse histoire dans laquelle ce sont les forces sociales organis\u00e9es \u2013 et souvent oppos\u00e9es au capitalisme \u2013 qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminantes. Ces forces ont lutt\u00e9 au travers de conflits sociaux ou par l\u2019interm\u00e9diaire de ceux qui les repr\u00e9sentaient dans la sph\u00e8re du politique. Elles n\u2019ont pas d\u00e9truit le capitalisme, mais elles ont obtenu les lois et les institutions qui ont conduit \u00e0 la r\u00e9duction de la dur\u00e9e du travail, \u00e0 l\u2019augmentation des salaires, aux institutions de la protection sociale, aux politiques mon\u00e9taires et budg\u00e9taires mises au service du plein-emploi. Le compromis obtenu a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s positif. Les r\u00e9formes valaient mieux que la r\u00e9volution. Elles ont permis, dit Anton Brender, <em>\u00ab une hausse du prix du travail \u00bb<\/em> et du <em>\u00ab prix de la vie individuelle \u00bb<\/em>, cependant que la dynamique capitaliste de l\u2019accumulation pouvait produire une hausse de la productivit\u00e9. Dans ce vieux monde, on pouvait avoir en m\u00eame temps le profit et la consommation de masse, la rentabilit\u00e9 et le financement des m\u00e9decins et des h\u00f4pitaux, des profs, des \u00e9coles, des infrastructures. Cela permettait d\u2019\u00e9largir le droit \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 la justice, \u00e0 la mobilit\u00e9 ou au logement. Le cercle \u00e9tait vertueux, puisque cela permettait en retour la qualification du travail, et les gains de productivit\u00e9.<\/p>\n<h2>Globalisation, r\u00e9volution informatique et politique mon\u00e9taire<\/h2>\n<p>Dans son r\u00e9cit du desserrement des contraintes jusqu\u2019au capitalisme laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame actuel, Anton Brender insiste particuli\u00e8rement sur trois points.<\/p>\n<p>Le premier est la globalisation. L\u2019ancrage national du capitalisme ma\u00eetrise favorisait l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat keyn\u00e9sien ou social-national. Il s\u2019est consid\u00e9rablement att\u00e9nu\u00e9 avec la lib\u00e9ralisation financi\u00e8re, le libre-\u00e9changisme et le relatif apaisement de la d\u00e9colonisation. Le capitalisme a mis les territoires en concurrence et mis\u00e9 sur une \u00e9mergence \u00e9conomique de nouveaux territoires \u2013 notamment de la Chine \u2013 fond\u00e9e au d\u00e9part sur le prix tr\u00e8s bas de leur travail. Le maintien du plein-emploi a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment compromis et avec lui la capacit\u00e9 des salari\u00e9s d\u2019obtenir une \u00e9volution des salaires qui suive les gains de la productivit\u00e9.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me est la r\u00e9volution informatique. Elle agit dans le m\u00eame sens que la globalisation. S\u2019appliquant non seulement \u00e0 la production mat\u00e9rielle, mais aussi \u00e0 la production et au traitement des informations qui guide celle-ci, elle permet la suppression de nombreux emplois et modifie en profondeur le travail. Il aurait fallu, dit Anton Brender, des politiques publiques ambitieuses de redistribution et de formation. Faute de quoi l\u2019on a une polarisation des emplois et des r\u00e9mun\u00e9rations.<\/p>\n<p>Enfin, la politique budg\u00e9taire de soutien \u00e0 la demande a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e au profit de la seule politique mon\u00e9taire. Mais celle-ci <em>\u00ab s\u2019av\u00e8re incapable d\u2019engendrer une demande suffisamment soutenue pour stimuler l\u2019investissement des entreprises et engendrer des gains de productivit\u00e9 plus rapides \u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>Pas de crise du capitalisme ?<\/h2>\n<p>Le r\u00e9cit d\u2019Anton Brender cible bien s\u00fbr des enjeux pertinents, mais pas tous et notamment pas celui de la surexploitation de la nature qui, en r\u00e9alit\u00e9, n\u2019a pas commenc\u00e9 avec ce qu\u2019il nomme le capitalisme laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. Mais surtout, l\u2019analyse critique du capitalisme et de ses contradictions syst\u00e9miques, me semblent tr\u00e8s insuffisantes. Et du coup ses pr\u00e9conisations le seront aussi. Anton Brender utilise continuellement les notions de <em>\u00ab prix du travail \u00bb<\/em>, de <em>\u00ab prix des vies individuelles \u00bb<\/em>, <em>\u00ab d\u2019accumulation de capital humain \u00bb<\/em> et <em>\u00ab d\u2019accumulation de capital social \u00bb<\/em>, qui auraient \u00e9t\u00e9 \u00e0 la base du progr\u00e8s social dans le cadre du capitalisme ma\u00eetris\u00e9. Le langage comme sympt\u00f4me ! Alors que d\u2019aucuns cherchent \u00e0 faire passer en force le projet d\u2019extension infinie du capital et de la marchandisation y compris dans l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, la recherche, ce langage-l\u00e0 est source de confusion et d\u2019illusion. En fait pour Anton Brender, il n\u2019y a pas en r\u00e9alit\u00e9 actuellement de crise du capitalisme. Il n\u2019est pas le seul \u00e9conomiste critique \u00e0 le dire. <a href=\"http:\/\/annotations.blog.free.fr\/index.php?post\/2020\/02\/13\/Capitalisme\">Branko Milanovic affirme<\/a> que la situation actuelle <em>\u00ab n\u2019est pas une crise du capitalisme en soi, mais une crise provoqu\u00e9e par les r\u00e9percussions in\u00e9gales de la mondialisation et par l\u2019expansion du capitalisme aux domaines qui n\u2019\u00e9taient traditionnellement pas consid\u00e9r\u00e9s comme commercialisables. Autrement dit, le capitalisme est devenu trop puissant et est entr\u00e9 dans certains cas en collision avec nos plus intimes croyances. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Cela m\u00e9rite de s\u2019y arr\u00eater.<\/p>\n<p>Dans <em>Le Trou noir du capitalisme<\/em>, l\u2019universitaire Jean-Marie Harribey[[Jean-Marie Harribey : <em>Le trou noir du capitalisme<\/em>. Le Bord de l\u2019Eau, f\u00e9vrier 2020]], un des animateurs d\u2019Attac, de la fondation Copernic et membre des \u00c9conomistes atterr\u00e9s, affirme le contraire. Il souligne les deux dimensions de la question qu\u2019il d\u00e9veloppe longuement dans son livre : le syst\u00e8me capitaliste effectivement globalis\u00e9 peut-il repr\u00e9senter une voie d\u2019\u00e9mancipation pour l\u2019humanit\u00e9 ? <em>\u00ab Rien n\u2019est moins s\u00fbr. \u00bb<\/em> Peut-il emprunter une voie pour lui-m\u00eame ? <em>\u00ab Le doute est permis. \u00bb<\/em> Mais en tout cas, explique-t-il, il y a bien crise du capitalisme en ce sens que <em>\u00ab les limites sociales et \u00e9cologiques de l\u2019accumulation du capital sapent la capacit\u00e9 \u00e0 produire du profit \u00e0 la hauteur voulue par ceux qui tiennent les cordons\u2026 de la Bourse \u00bb<\/em>. Est-ce \u00e0 dire que c\u2019est la crise finale du capitalisme ? Jean-Marie Harribey se veut prudent. Il affiche son scepticisme vis-\u00e0-vis des analyses qui annoncent la proximit\u00e9 de la fin du syst\u00e8me, son autodestruction ou son effondrement, et reprend \u00e0 son compte <a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/capitalisme-jeune-eternel\/00090160\">la formule <em>\u00ab s\u00e9rieuse et humoristique \u00bb<\/em> de l\u2019\u00e9conomiste Robert Boyer<\/a> : <em>\u00ab Le capitalisme est encore jeune mais pas \u00e9ternel \u00bb<\/em>. Il n\u2019en reste pas moins que son diagnostic en termes de crise du capitalisme incite \u00e0 un triple devoir de lucidit\u00e9 que l\u2019analyse d\u2019Anton Brender ne facilite pas.<\/p>\n<p>Il ne faut pas tergiverser sur l\u2019ampleur des contradictions \u00e0 l\u2019\u0153uvre : la nature d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e et menac\u00e9e, les in\u00e9galit\u00e9s et la polarisation sociale ou encore la productivit\u00e9 stagnante malgr\u00e9 les innovations technologiques r\u00e9volutionnaires du num\u00e9rique et de l\u2019intelligence artificielle. Il ne faut pas se leurrer sur la nature des tentatives de r\u00e9ponses qui vient de son sein et restent soumises \u00e0 ses r\u00e8gles essentielles. Elles ne se contentent pas de laisser faire le capitalisme. Comme l\u2019analyse Etienne Balibar[[Etienne Balibar : <em>Histoire interminable d\u2019un si\u00e8cle \u00e0 l\u2019autre<\/em>. \u00c9crits I. La D\u00e9couverte, f\u00e9vrier 2020]], non seulement celui-ci <em>\u00ab est incapable de construire ou d\u2019imaginer une nouvelle h\u00e9g\u00e9monie globale \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019\u00e9conomie monde, telle que l\u2019ont exerc\u00e9e successivement les villes de G\u00e8nes au XVI\u00e8me si\u00e8cle, les Pays Bas du si\u00e8cle d\u2019or, l\u2019Angleterre du XIX\u00e8me si\u00e8cle ou les USA au XX\u00e8me si\u00e8cle \u00bb<\/em>. Mais il fait au contraire un retour en arri\u00e8re dans l\u2019affrontement de puissances d\u00e9clinantes et de puissances montantes tout en assuj\u00e9tissant de fa\u00e7on croissante les \u00c9tats, y compris les plus puissants \u00e0 la logique sp\u00e9culative des march\u00e9s financiers. Ces forces sociales dominantes semblent ainsi tout \u00e0 fait pr\u00eates \u00e0 transformer une crise \u00e9pid\u00e9mique mondiale en crise financi\u00e8re et \u00e9conomique majeure au moment m\u00eame o\u00f9 les dirigeants des \u00c9tats en appellent \u00e0 l\u2019Union nationale contre le fl\u00e9au sanitaire. Il ne faut pas minimiser les enjeux et les transformations anticapitalistes n\u00e9cessaires pour d\u00e9passer ces contradictions et pour que les soci\u00e9t\u00e9s retrouvent la voie du progr\u00e8s social et d\u2019\u00e9mancipation. C\u2019est certainement le plus probl\u00e9matique dans la proposition d\u2019un retour \u00e0 la social-d\u00e9mocratie. <\/p>\n<h2>\u00ab C\u2019est cela, oui ! \u00bb<\/h2>\n<p>Pour Anton Brender, le capitalisme peut retrouver la voie du progr\u00e8s social et prendre en m\u00eame temps le tournant de l\u2019\u00e9cologie en mobilisant principalement quatre leviers : la d\u00e9mocratie et de ses supports historiques que sont les partis, les syndicats et la presse ; les budgets publics qui doivent prendre le relais de la politique mon\u00e9taire dont l\u2019efficacit\u00e9 s\u2019est us\u00e9e \u00e0 force d\u2019avoir servi ; la finance verte et le pouvoir des individus comme salari\u00e9s et comme consommateurs qui constituent selon lui des leviers plus puissants encore que les lois, les droits \u00e0 polluer et la taxe carbone, pour pousser le capitalisme \u00e0 se mettre au vert. <em>\u00ab Si les salari\u00e9s sont r\u00e9ticents \u00e0 travailler dans les entreprises brunes<\/em>, \u00e9crit-il, <em>les co\u00fbts salariaux de ces derni\u00e8res vont s\u2019\u00e9lever. Si la demande sociale vire au vert, la recherche du profit conduira le capitalisme \u00e0 s\u2019y adapter. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ecologie\/article\/faut-il-sonner-le-glas-de-l-ecologie-politique\">Faut-il sonner le glas de l\u2019\u00e9cologie politique ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 franchement parler, on se demande o\u00f9 se situe l\u2019utopie irr\u00e9aliste. D\u2019autant plus qu\u2019Anton Brender revendique haut et fort le maintien de la rentabilit\u00e9 au poste de pilotage. Il rejette aussi bien la proposition de Thomas Piketty de dissocier la propri\u00e9t\u00e9 du capital du pouvoir de d\u00e9cision que celle affich\u00e9e par de grands patrons am\u00e9ricains de vouloir assumer une responsabilit\u00e9 sociale et de donner \u00e0 leurs entreprises des objectifs autres que la seule recherche du profit. <em>\u00ab La puissance du capitalisme<\/em>, affirme-t-il, <em>r\u00e9sulte pourtant, pr\u00e9cis\u00e9ment, pour le meilleur, comme pour le pire, de l\u2019unicit\u00e9 \u2013 et donc de la coh\u00e9rence \u2013 de son objectif. \u00bb<\/em> On touche ici, au contraire, aux limites d\u2019un projet social-d\u00e9mocrate qui ne chercherait pas \u00e0 bifurquer des r\u00e8gles syst\u00e9miques du capitalisme pour s\u2019extraire de la nasse de ses contradictions et retrouver le chemin du progr\u00e8s social.<\/p>\n<p>Jean-Marie Harribey et Etienne Balibar utilisent l\u2019un comme l\u2019autre le terme appropri\u00e9 de <em>\u00ab bifurcation \u00bb<\/em> : non pas l&#8217;encha\u00eenement m\u00e9canique d\u2019une certitude de l\u2019avenir d\u00e9j\u00e0 inscrite dans le pr\u00e9sent mais un besoin de transformations syst\u00e9mique et un champ de possibles dont l\u2019issue est impr\u00e9visible[[Voir le texte Michael Lowy : <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/michael-lowy\/blog\/230220\/daniel-bensaid-un-marxisme-de-la-bifurcation\">\u00ab Daniel Bensa\u00efd: un marxisme de la bifurcation \u00bb<\/a>. Mediapart, 23 f\u00e9vrier 2020]]. Et, selon Etienne Balibar, il s\u2019agit bien de bifurquer <em>\u00ab pour un socialisme du XXI\u00e8me si\u00e8cle \u00bb<\/em> et pour Jean-Marie Harribey de bifurquer vers <em>\u00ab un socialisme \u00e9cologique \u00bb<\/em>. Bien s\u00fbr le terme de socialisme est lui-m\u00eame probl\u00e9matique. Mais l\u2019un et l\u2019autre l\u2019utilisent non pas simplement pour d\u00e9finir un horizon mais pour affirmer \u00e9galement l\u2019ampleur des transformations v\u00e9ritablement anticapitalistes qu\u2019il s\u2019agit d\u2019entreprendre.<\/p>\n<p>Jean-Marie Harribey explore ainsi pour sa part trois principes sur le chemin de la bifurcation : la r\u00e9habilitation du travail, l\u2019institution des biens et services publics et l\u2019institution de biens communs, et la socialisation de la monnaie. Trois principes non fragmentables, souligne-t-il. Bien entendu, le chemin de la bifurcation n\u2019est pas une voie royale trac\u00e9e par avance. Il faut y planter des jalons. Ainsi selon lui, <em>\u00ab un premier ancrage pour instituer les communs serait de rendre, par la loi, inappropriables l\u2019ensemble des ressources naturelles d\u00e9cisives pour la vie humaine, c\u2019est-\u00e0-dire par exemple de fa\u00e7on \u00e0 emp\u00eacher que soient vers\u00e9s des dividendes sur la distribution de l\u2019eau ; et de rendre aussi non marchandisables tous les services collectifs essentiels \u00e0 une bonne vie sociale \u00bb<\/em>. Ainsi \u00e9galement il ne s\u2019agirait pas seulement de suppl\u00e9er l\u2019inefficacit\u00e9 croissante des politiques mon\u00e9taires par les politiques budg\u00e9taires, mais de sortir la monnaie de l\u2019enfermement n\u00e9olib\u00e9ral avec des jalons tels que <em>\u00ab la socialisation des banques, le d\u00e9veloppement d\u2019une banque publique d\u2019investissements et de transitions , la gouvernance d\u00e9mocratique de la banque centrale dont la politique devrait \u00eatre orient\u00e9e vers la stabilit\u00e9 financi\u00e8re, mais aussi et de plus en plus, vers la facilitation de la transition sociale et \u00e9cologique \u00bb<\/em>. Pas vraiment le m\u00eame menu\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/bernard-marx\"><strong>Bernard Marx<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12101 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/marx-26-c18.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/marx-26-c18-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"marx-26.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette semaine, pour le 16\u00e8me \u00e9pisode de ses \u00ab choses lues \u00bb, Bernard Marx a lu pour vous le livre de l\u2019\u00e9conomiste Anton Brender qui \u00ab milite \u00bb pour une r\u00e9ponse social d\u00e9mocrate \u00e0 la crise.<\/p>\n","protected":false},"author":1240,"featured_media":28841,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[186],"tags":[357,340,359],"class_list":["post-12101","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-les-choses-lues-par-monsieur-marx","tag-chronique","tag-etats-unis","tag-exclure-de-la-home"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12101","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1240"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12101"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12101\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/28841"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12101"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12101"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12101"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}