{"id":12029,"date":"2020-02-06T08:30:00","date_gmt":"2020-02-06T07:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-et-si-la-gauche-essayait-a-nouveau\/"},"modified":"2023-07-03T14:33:03","modified_gmt":"2023-07-03T12:33:03","slug":"article-et-si-la-gauche-essayait-a-nouveau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12029","title":{"rendered":"Et si la gauche essayait \u00e0 nouveau ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Bernard Marx a lu pour vous le dernier livre de l\u2019\u00e9conomiste Fran\u00e7ois Morin sur les nationalisations de 1981 et les le\u00e7ons qu\u2019il en tire pour maintenant. Les choses lues de Monsieur Marx, saison 2 \u00e9pisode 14, c&#8217;est maintenant !<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Morin, professeur d\u2019\u00e9conomie \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toulouse, a \u00e9t\u00e9 en 1981-1982 membre du cabinet de Jean Le Garrec et secr\u00e9taire d\u2019Etat charg\u00e9 de l\u2019extension du secteur public. Il publie aux \u00e9ditions LUX <em>Quand la gauche essayait encore<\/em>.[[Fran\u00e7ois Morin : <em>Quand la gauche essayait encore. Le r\u00e9cit in\u00e9dit des nationalisations de 1981 et quelques le\u00e7ons que l\u2019on peut en tirer.<\/em> \u00c9ditions Lux, sortie le 6 f\u00e9vrier 2020.]] Le livre instructif et stimulant est divis\u00e9 en deux parties. D\u2019abord le r\u00e9cit de la bataille des nationalisations, telle qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e en 1981 au sein du gouvernement de Pierre Mauroy et entre les ministres concern\u00e9s, puis un essai sur des enseignements que l\u2019on peut en tirer pour aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/economie\/les-choses-lues-par-monsieur-marx\/article\/reforme-des-retraites-couvrez-cette-capitalisation\">R\u00e9forme des retraites : couvrez cette capitalisation<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est assez impressionnant de penser que Fran\u00e7ois Morin nous parle d\u2019un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas conna\u00eetre. Ce qui fait quand m\u00eame 60% de la population fran\u00e7aise. La diff\u00e9rence est frappante avec les autres fois o\u00f9 \u00ab la gauche a essay\u00e9 \u00bb, en 1936 ou en 1945. Trente ans apr\u00e8s, ces dates avaient \u00e9t\u00e9 transmises comme des \u0153uvres \u00e0 poursuivre, comme des sources d\u2019inspiration pour essayer \u00e0 nouveau. Pas seulement pour le meilleur, il est vrai. Car, \u00e0 situation diff\u00e9rente, il aurait fallu s\u2019ouvrir davantage \u00e0 des id\u00e9es nouvelles.<\/p>\n<p>Mais, en tout cas, rien de tel avec les nationalisations de 1981 et les autres grandes r\u00e9formes men\u00e9es en m\u00eame temps.[[La cinqui\u00e8me semaine de cong\u00e9s pay\u00e9s ; la retraite \u00e0 60 ans ; les lois Auroux sur le droit du travail ; le premier acte de la d\u00e9centralisation ; la loi Savary sur le grand service public de l\u2019\u00e9ducation nationale ; la r\u00e9forme Lepors du statut de la fonction publique int\u00e9rieurs; la loi d\u2019Orientation sur les transports int\u00e9rieurs (LOTI) qui donna naissance \u00e0 une nouvelle SNCF ayant pour objet d\u2019exploiter, d\u2019am\u00e9nager et de d\u00e9velopper le r\u00e9seau ferr\u00e9 national selon les principes du service public.]] Partout la marche arri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 plus ou moins vite enclench\u00e9e. Et plus rien de cela ou presque ne fait aujourd\u2019hui r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<h2>Rupture ou petits pas<\/h2>\n<p>Fran\u00e7ois Morin livre le r\u00e9cit <em>\u00ab de l\u2019int\u00e9rieur \u00bb<\/em> de la bataille des nationalisations. Selon sa grille de lecture, elle a oppos\u00e9 au sein m\u00eame du gouvernement les tenants de la rupture et les tenants des petits pas. Le camp de la politique des petits pas (Jacques Delors, Michel Rocard, Robert Badinter, le ministre de l\u2019industrie Pierre Dreyfus, appuy\u00e9s par la technocratie du minist\u00e8re de l&#8217;\u00c9conomie) \u00e9tait plus puissant que celui de la rupture (le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019extension du secteur public Jean Le Garrec, les quatre ministres communistes, Jean Pierre Chev\u00e8nement de fa\u00e7on intermittente). Pierre Mauroy qui soutenait assez fortement le camp de la rupture et Fran\u00e7ois Mitterrand rendaient les arbitrages. Mais rupture vers quoi ? Et petits pas vers o\u00f9 ? Face \u00e0 la mondialisation qui s\u2019affirmait alors dans le monde capitaliste, les partisans des petits pas, explique Fran\u00e7ois Morin, pr\u00e9tendaient promouvoir un changement social <em>\u00ab compatible avec l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, sans rupture brutale avec elle, pour aller \u00e0 la limite vers une \u00e9conomie sociale de march\u00e9 \u00e0 l\u2019Allemande \u00bb<\/em>. L\u2019orientation politique de la rupture d\u00e9fendait au contraire <em>\u00ab l\u2019id\u00e9e qu\u2019un changement profond ne pouvait venir que par une transformation radicale de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 qui impliquait une rupture de logique au sein du syst\u00e8me \u00e9conomique. Cette ligne croyait qu\u2019un changement majeur pouvait encore s\u2019op\u00e9rer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays sans tenir compte r\u00e9ellement de l\u2019influence du contexte international. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit des batailles sur chaque point telles qu\u2019elles se sont d\u00e9roul\u00e9es au sein de l\u2019appareil gouvernemental apporte des informations pr\u00e9cieuses. Le bilan semble avoir pench\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du camp de la rupture qui s\u2019est impos\u00e9 sur <em>\u00ab trois points consid\u00e9r\u00e9s comme cruciaux : le seuil de nationalisation des banques [&#8230;] l\u2019appropriation \u00e0 100% des capitaux et le dossier des r\u00e9trocessions industrielles \u00bb<\/em>. Le camp des petits pas ayant obtenu l\u2019abandon de la nationalisation des assurances et des Compagnies des eaux et la non-nationalisation de fait de Dassault et de Matra. Mais au total, les lois de nationalisations ont int\u00e9gr\u00e9 simultan\u00e9ment dans le secteur public les cinq premiers groupes industriels fran\u00e7ais (Compagnie g\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, P\u00e9chiney, Rh\u00f4ne-Poulenc, Saint-Gobain et Thomson), c\u2019est-\u00e0-dire des segments cl\u00e9s de l\u2019appareil productif et l\u2019essentiel du secteur financier (trente-neuf banques et deux compagnies financi\u00e8res).<\/p>\n<p>Le programme de rupture avait sembl\u00e9 marqu\u00e9 des points. Cela fut \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et s\u2019est vite transform\u00e9, \u00e0 partir de 1983, en \u00e9chec et en amertume puis en contre-r\u00e9formes des privatisations par vagues successives de droite et de gauche. Le \u00ab\u202ftournant de la rigueur\u202f\u00bb, est pris en 1983. Jacques Delors proclame l\u2019autonomie de gestion des entreprises publiques, dont les directions en profitent pour revenir \u00e0 une gestion classique. Les \u00ab\u202fcontrats de plan\u202f\u00bb entre les entreprises et l\u2019\u00c9tat sont vid\u00e9s de l\u2019essentiel de leur contenu puis oubli\u00e9s. De leur c\u00f4t\u00e9, les nationalisations dans le secteur bancaire ne g\u00e9n\u00e8rent pas une nouvelle politique du cr\u00e9dit et de l\u2019\u00e9pargne qui aurait \u00e9t\u00e9 possible compte tenu de la large ma\u00eetrise publique des banques. Au contraire, la r\u00e9forme bancaire mise en \u0153uvre \u00e0 partir de 1984 aligne progressivement son fonctionnement sur celle de la finance anglo-saxonne. L\u2019id\u00e9e qui l\u2019a emport\u00e9 a finalement \u00e9t\u00e9 que les nationalisations \u00e9taient un programme politique d\u00e9pass\u00e9 et que la seule voie possible \u00e9tait celle de l\u2019adaptation au \u00ab nouveau monde \u00bb du capitalisme mondialis\u00e9 et financiaris\u00e9.<\/p>\n<h2>Des tentatives novatrices refoul\u00e9es<\/h2>\n<p>Dans son r\u00e9cit, Fran\u00e7ois Morin n\u2019\u00e9voque pas les tentatives des \u00e9conomistes communistes et de certains courants de la CGT pour une conception renouvel\u00e9e des nationalisations et plus g\u00e9n\u00e9ralement de la politique \u00e9conomique de la gauche.[[Actes du colloque de la Fondation Gabriel P\u00e9ri : <em>Les politiques \u00e9conomiques de la gauche en France (1936-2002)<\/em> (20-21 mai 2011). \u00c9ditions de la Fondation Gabriel P\u00e9ri, juin 2012. L\u2019intervention de Paul Boccara et celle de Philippe Herzog sont disponibles <a href=\"http:\/\/www.economie-politique.org\/26827\">ici<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.slate.fr\/tribune\/57303\/herzog-gauche-autre-politique-economique-1980\">l\u00e0<\/a>.]] Une strat\u00e9gie politique originale fut esquiss\u00e9e par le Section \u00e9conomique du PCF \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, reposant sur l\u2019id\u00e9e d\u2019une <em>\u00ab d\u00e9mocratie pouss\u00e9e jusqu\u2019au bout \u00bb<\/em>, notamment dans l\u2019entreprise. Elle pr\u00e9tendait <em>\u00ab utiliser les armes des nationalisations pour introduire une nouvelle logique \u00e9conomique dans une \u00e9conomie capitaliste mixte mais \u00e9volutive, utiliser la nouvelle r\u00e9volution technologique pour \u00e9conomiser massivement le capital mat\u00e9riel et financier, gr\u00e2ce \u00e0 de nouveaux crit\u00e8res de gestion \u00bb<\/em>.[[Jean Lojkine : <em>La construction du Programme Commun de la Gauche et le mouvement de Mai-1968<\/em>.]]<\/p>\n<p><em>\u00ab Nous avons cherch\u00e9<\/em>, a expliqu\u00e9 l\u2019\u00e9conomiste Paul Boccara \u00e0 l\u2019initiative de ces tentatives, <em>\u00e0 d\u00e9border les visions traditionnelles, notamment dans la CGT, le PCF, ou la gauche du PS insistant sur les propositions industrielles et techniques. Nous demandions d\u2019articuler les propositions sur le &#8220;produire fran\u00e7ais&#8221; ou sur la reconqu\u00eate du march\u00e9 int\u00e9rieur, aux questions du financement, aux crit\u00e8res de gestion d\u2019efficacit\u00e9 sociale, \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e de coop\u00e9rations internationales. \u00bb<\/em> Ces id\u00e9es novatrices ont \u00e9t\u00e9 vite refoul\u00e9es. <em>\u00ab Leur d\u00e9ploiement<\/em>, analyse Jean Lojkine, <em>impliquait une prise de conscience politique dans le salariat qu\u2019il \u00e9tait r\u00e9ellement possible d\u2019intervenir concr\u00e8tement dans la gestion des entreprises et de la cit\u00e9 pour contrer la logique lib\u00e9rale dominante \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience est une dimension importante de l\u2019histoire des nationalisations de 1981 et des le\u00e7ons qu\u2019il faut en tirer pour ici et maintenant. Je regrette que Fran\u00e7ois Morin l\u2019ait laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9. Ceci d\u2019autant plus, qu\u2019il soutient lui aussi que l\u2019ambition d\u2019une d\u00e9mocratie \u00e9conomique constituait bien le c\u0153ur du projet politique des nationalisations ; que cela vaut plus que jamais face aux enjeux essentiels de notre pays et de notre monde ; et qu\u2019il faut d\u2019urgence refaire vivre le projet politique d\u2019une <em>\u00ab d\u00e9mocratie \u00e9conomique radicale \u00bb<\/em> sous des formes renouvel\u00e9es.<\/p>\n<h2>Pour une <em>\u00ab d\u00e9mocratie \u00e9conomique radicale \u00bb<\/h2>\n<p><\/em><\/p>\n<p>Deux propositions principales devraient, selon Fran\u00e7ois Morin, en constituer les piliers : <em>\u00ab Un contr\u00f4le citoyen de la monnaie et du cr\u00e9dit, d\u2019une part, et le partage du pouvoir dans les entreprises, d\u2019autre part \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le projet de nationalisations bancaires reposait sur l\u2019id\u00e9e que le pouvoir de cr\u00e9ation mon\u00e9taire devait relever de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. C\u2019est, explique-t-il, encore plus vrai aujourd\u2019hui alors que les choses se sont consid\u00e9rablement d\u00e9grad\u00e9es depuis le d\u00e9bat des ann\u00e9es 1980 et que le pouvoir de cr\u00e9er de la monnaie et de faire cr\u00e9dit est enti\u00e8rement domin\u00e9 par les puissances financi\u00e8res priv\u00e9es.[[Voir un livre pr\u00e9c\u00e9dent de Fran\u00e7ois Morin : <em>L&#8217;hydre mondiale &#8211; l&#8217;oligopole bancaire<\/em>. Les Belles lettres, 2015.]] En m\u00eame temps, explique-t-il, bien qu\u2019au fait de sa puissance, ce pouvoir est \u00e0 bout de souffle : le temps long des activit\u00e9s humaines et celui plus long encore de notre plan\u00e8te ne sont pas compatibles avec les exigences de rentabilit\u00e9 \u00e0 court terme qu\u2019exigent les march\u00e9s et l\u2019oligopole bancaire qui domine, en particulier sur les march\u00e9s des changes, les march\u00e9s obligataires et les produits financiers les plus sp\u00e9culatifs.[[Thomas Piketty : <em>Capital et id\u00e9ologie<\/em>. Seuil, septembre 2019.]]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>VOIR AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-long-regards\/article\/thomas-piketty-quand-je-parle-de-depassement-du-capitalisme-je-pourrais-dire\">Thomas Piketty : \u00ab Quand je parle de d\u00e9passement du capitalisme, je pourrais dire abolition \u00bb<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a donc urgence \u00e0 <em>\u00ab refaire de la monnaie un bien public \u00bb<\/em>. Une nationalisation-d\u00e9mocratisation du cr\u00e9dit est plus que jamais n\u00e9cessaire : <em>\u00ab L\u2019\u00e9mission de la monnaie doit revenir \u00e0 des pouvoirs citoyens \u00bb<\/em>. L\u2019enjeu est le contr\u00f4le d\u00e9mocratique de la distribution du cr\u00e9dit, autrement dit la souverainet\u00e9 \u00e9conomique, sans laquelle il n\u2019y a pas de v\u00e9ritable d\u00e9mocratie. Tenant compte de l\u2019exp\u00e9rience pass\u00e9e, l\u2019id\u00e9e centrale de cette nouvelle nationalisation-d\u00e9mocratisation est que des pouvoirs \u00e9lus soient au c\u0153ur de la d\u00e9cision de cr\u00e9dit, et par l\u00e0, de l\u2019\u00e9mission de monnaie nouvelle. <em>\u00ab \u00c0 chaque niveau, des assembl\u00e9es \u00e9lues doivent d\u00e9finir les crit\u00e8res d\u2019attribution des pr\u00eats, la nature des attributaires et les montants allou\u00e9es, non pas de fa\u00e7on individuelle, mais par grande cat\u00e9gorie d\u2019activit\u00e9 \u00bb<\/em>. Le but \u00e9tant notamment de promouvoir le financement des investissements nouveaux n\u00e9cessaires \u00e0 la transition \u00e9cologique et le retour des services publics. Cette nouvelle nationalisation-d\u00e9mocratisation du cr\u00e9dit ne saurait donc \u00eatre seulement nationale. Fran\u00e7ois Morin assume explicitement sa dimension europ\u00e9enne : les statuts de la BCE devraient \u00eatre modifi\u00e9s. <em>\u00ab Dans l\u2019urgence actuelle<\/em>, \u00e9crit-il, <em>il conviendrait que le Parlement europ\u00e9en se saisisse de ce pouvoir essentiel en faisant de la Banque centrale europ\u00e9enne un outil privil\u00e9gi\u00e9 dans le financement d\u2019investissements collectifs, notamment en faveur de la transition \u00e9cologique. \u00bb<\/em> Ce qui est tout \u00e0 fait compatible avec la mission de pr\u00e9server la valeur de la monnaie. Mais ce qui exige parall\u00e8lement l\u2019existence d\u2019un budget europ\u00e9en et la conjugaison d\u00e9mocratique du pouvoir budg\u00e9taire et du pouvoir mon\u00e9taire. Quant aux grandes banques privatis\u00e9es et devenues syst\u00e9miques, on pourra les nationaliser pour pas cher en cas de crise financi\u00e8re, et sans attendre cette \u00e9ch\u00e9ance tr\u00e8s vraisemblable, il faudrait en modifier profond\u00e9ment la gouvernance au m\u00eame titre que pour les grandes entreprises des autres secteurs.<\/p>\n<p>Le repartage du pouvoir dans les entreprises est en effet le deuxi\u00e8me piler permettant d\u2019instituer une d\u00e9mocratie \u00e9conomique. Fran\u00e7ois Morin pr\u00e9conise une cod\u00e9termination des d\u00e9cisions au sein des entreprises entre les actionnaires et les salari\u00e9s. Il n\u2019est pas le seul. D\u2019autres, comme Thomas Piketty ou Michel Aglietta[[Michel Aglietta (sous la direction de) : <em>Capitalisme. Le temps des ruptures<\/em>. Odile Jacob, novembre 2019.]], la pr\u00f4nent. Et, comme on le sait, c\u2019est une des institutions du capitalisme rh\u00e9nan dont Fran\u00e7ois Morin souligne les limites. Il s\u2019agirait d\u2019aller beaucoup plus loin. Une v\u00e9ritable parit\u00e9 serait institu\u00e9e entre les actionnaires et les salari\u00e9s. La cod\u00e9termination devrait concerner les d\u00e9cisions de gestion aussi bien que les d\u00e9cisions strat\u00e9giques de l\u2019entreprise. Elle devrait s\u2019appliquer aux organes de d\u00e9lib\u00e9rations qu\u2019aux organes de directions. Aux entreprises priv\u00e9es comme aux entreprises publiques ou aux entreprises priv\u00e9es qui g\u00e8rent par d\u00e9l\u00e9gations les services publics. Pour Fran\u00e7ois Morin, <em>\u00ab avec un tel syst\u00e8me de parit\u00e9 dans la gouvernance, nul besoin de nationaliser des entreprises ou de renationaliser des entreprises qui g\u00e8rent les services publics \u00bb<\/em>. La d\u00e9mocratie \u00e9conomique par la cod\u00e9termination, selon Fran\u00e7ois Morin, <em>\u00ab ouvrirait la voie \u00e0 un mod\u00e8le progressiste des relations sociales dans l\u2019activit\u00e9 productive face aux enjeux plan\u00e9taires qui nous attendent \u00bb<\/em>. Elle constituerait <em>\u00ab une vraie r\u00e9volution \u00bb<\/em>. Cela m\u00e9rite d\u00e9bat. Thomas Piketty pour sa part qui mise beaucoup sur la cod\u00e9termination et ne pr\u00e9conise pas les nationalisations, n\u2019enterre pas cependant l\u2019enjeu de la propri\u00e9t\u00e9 et mise sur la fiscalit\u00e9 pour le traiter. Et les enjeux soulev\u00e9s par les \u00e9conomistes communistes il y a 40 ans, au moment des nationalisations, sont toujours incontournables pour pr\u00e9tendre <em>\u00ab essayer \u00e0 nouveau \u00bb<\/em>. Pour l\u2019emporter, cette fois-ci durablement, la d\u00e9mocratie \u00e9conomique doit se construire sur un vaste mouvement social d\u2019intervention dans les gestions des entreprises et des cit\u00e9s, et pas seulement sur une d\u00e9mocratie d\u2019\u00e9lections de repr\u00e9sentants dans les instances de gouvernance des entreprises ou de contr\u00f4le de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire. Et elle doit pouvoir s\u2019appuyer sur des crit\u00e8res directement opposables \u00e0 la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/bernard-marx\"><strong>Bernard Marx<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12029 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/marx-24-bb4.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/marx-24-bb4-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"marx-24.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bernard Marx a lu pour vous le dernier livre de l\u2019\u00e9conomiste Fran\u00e7ois Morin sur les nationalisations de 1981 et les le\u00e7ons qu\u2019il en tire pour maintenant. Les choses lues de Monsieur Marx, saison 2 \u00e9pisode 14, c&#8217;est maintenant !<\/p>\n","protected":false},"author":1240,"featured_media":28713,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[186],"tags":[357,359],"class_list":["post-12029","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-les-choses-lues-par-monsieur-marx","tag-chronique","tag-exclure-de-la-home"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12029","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1240"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12029"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12029\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/28713"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12029"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12029"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12029"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}