{"id":12016,"date":"2020-01-31T07:30:00","date_gmt":"2020-01-31T06:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-brigitte-fontaine-l-irrattrapable\/"},"modified":"2023-06-23T23:50:46","modified_gmt":"2023-06-23T21:50:46","slug":"article-brigitte-fontaine-l-irrattrapable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=12016","title":{"rendered":"Brigitte Fontaine, l\u2019irrattrapable"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Avant de pouvoir cerner Brigitte Fontaine, artiste farouchement indisciplin\u00e9e, il faut la poursuivre longtemps \u2013 sans grande chance de la saisir tout enti\u00e8re. L&#8217;\u00e9t\u00e9 dernier, nous avions suivi ses pistes alors qu&#8217;elle pr\u00e9parait la sortie de son nouvel album, \u00ab Terre Neuve \u00bb, d\u00e9sormais disponible. <\/p>\n<p>Comment pr\u00e9senter Brigitte Fontaine\u00a0? Si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 un spectateur du th\u00e9\u00e2tre de La Huchette au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, je citerais sa participation \u00e0 \u00ab La Cantatrice chauve \u00bb d\u2019Eug\u00e8ne Ionesco, en tant que rempla\u00e7ante de la rempla\u00e7ante de la rempla\u00e7ante de la com\u00e9dienne interpr\u00e9tant habituellement le r\u00f4le de Mme Martin. Si j\u2019\u00e9tais une assidue des <em>talk-shows<\/em> de t\u00e9l\u00e9vision, j\u2019\u00e9voquerais ses passages chez Laurent Ruquier ou Marc-Olivier Fogiel, chez qui elle peut s\u2019\u00e9clipser de son si\u00e8ge lorsqu\u2019elle s\u2019ennuie, comme r\u00e9pondre avec un sens inimitable de l\u2019absurde \u00e0 de m\u00e9diocres questions \u00e0 vis\u00e9e promotionnelle. Si j\u2019\u00e9tais une f\u00e9ministe patent\u00e9e, je parlerais de sa signature du Manifeste des 343 en 1971 pour la d\u00e9p\u00e9nalisation et la l\u00e9galisation de l\u2019avortement\u00a0; de son premier livre <em>Chroniques du bonheur<\/em>, publi\u00e9 aux \u00c9ditions des femmes en 1975\u00a0; ou de son amiti\u00e9 avec la militante et vid\u00e9aste f\u00e9ministe Carole Roussopoulos. Si je suivais scrupuleusement l\u2019actualit\u00e9 des remises de m\u00e9dailles, je rel\u00e8verais qu\u2019elle a re\u00e7u en avril 2017 la L\u00e9gion d\u2019honneur, d\u00e9corant, au passage, Fran\u00e7ois Hollande d\u2019un \u00ab\u00a0Babar d\u2019honneur\u00a0\u00bb (soit un pin\u2019s du personnage). Si j\u2019\u00e9tais une passionn\u00e9e de musique, j\u2019\u00e9gr\u00e8nerais sa longue liste de chansons, collaborations, concerts. Car depuis le mitan des ann\u00e9es 60, la chanteuse et paroli\u00e8re fran\u00e7aise a publi\u00e9 pr\u00e8s d\u2019une vingtaine d\u2019albums (de \u00ab Comme \u00e0 la radio \u00bb enregistr\u00e9 avec Areski Belkacem et <em>The Art Ensemble of Chicago<\/em> en 1970, aux deux disques d\u2019or \u00ab K\u00e9k\u00e9land \u00bb et \u00ab Rue Saint Louis en l&#8217;\u00eele \u00bb en 2001 et 2004, jusqu\u2019\u00e0 son dernier \u00ab J\u2019ai l\u2019honneur d\u2019\u00eatre \u00bb, en 2013)\u00a0; a travaill\u00e9 ponctuellement ou r\u00e9guli\u00e8rement avec des musiciens tels qu\u2019Areski Belkacem (qui est \u00e9galement son compagnon \u00e0 la vie), Jacques Higelin, \u00c9tienne Daho, Alain Bashung, Philippe Katerine, Matthieu Chedid, Noir D\u00e9sir, Sonic Youth, Archie Shepp, Zebda, etc.\u00a0; comme a \u00e9crit pour d\u2019autres interpr\u00e8tes\u00a0: Zizi Jeanmaire, Vanessa Paradis, Juliette Gr\u00e9co, etc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/culture\/article\/la-politique-n-effraie-plus-les-actrices-francaises\">La politique n\u2019effraie plus les actrices fran\u00e7aises<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La liste des possibilit\u00e9s de pr\u00e9sentation de l\u2019artiste pourrait ainsi se prolonger \u00e0 loisir, tant cette artiste \u00e0 la jeunesse \u00e9ternelle \u2013 Brigitte Fontaine, sans \u00e2ge, ne s\u2019encombre jamais du pass\u00e9 \u2013 m\u00e8ne une carri\u00e8re \u00e9clectique. \u00c0 tel point que le bizarro\u00efde qui lui colle \u00e0 la peau serait presque devenu un clich\u00e9, son extravagance libertaire une caricature. D\u2019aucuns voient l\u00e0 une posture \u2013 fruit de la notori\u00e9t\u00e9 \u2013, l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres interpr\u00e8tent le signe d\u2019une folie non feinte. Et s\u2019il s\u2019agissait, plut\u00f4t, d\u2019un rapport au monde, radical dans ses choix comme dans sa pens\u00e9e, et dont l\u2019\u00e9tranget\u00e9 ne fait finalement que renvoyer \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 qui nous entoure\u00a0? En sc\u00e8nes et en coulisses, partons sur les pas de Brigitte Fontaine, artiste radicale et sinc\u00e8re.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-28679\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/02-2-37f.png\" alt=\"02-2.png\" align=\"left\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/02-2-37f.png 600w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/02-2-37f-300x200.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h2>Sc\u00e8nes\u00a0: au Caf\u00e9 de la Danse<\/h2>\n<p>Ce printemps, la salle parisienne accueille Brigitte Fontaine \u00e0 raison d\u2019un concert par mois. Un lieu que l\u2019on sait important pour elle, puisque c\u2019est l\u00e0 qu\u2019en 1988, elle joua apr\u00e8s dix ann\u00e9es loin des sc\u00e8nes musicales fran\u00e7aises. Ce choix s\u2019explique notamment par la jauge et, comme nous le pr\u00e9cise Caroline Teriipaia qui travaille chez son producteur Bleu Citron, <em>\u00ab\u00a0On lui avait propos\u00e9 le Bataclan, mais elle a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 une plus petite salle et plusieurs dates. \u00bb<\/em> Assister \u00e0 deux concerts (26 mars et 17 juin) suffit \u00e0 saisir \u00e0 quel point ce souhait, en favorisant l\u2019intimit\u00e9 avec le public, s\u2019accorde au plus juste avec la formule propos\u00e9e. Car depuis plusieurs mois, c\u2019est en duo avec Yan P\u00e9chin \u2013 fid\u00e8le et v\u00e9n\u00e9r\u00e9 guitariste d\u2019Alain Bashung, de Rachid Taha ou encore de Jacques Higelin, avec qui elle collabore depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 \u2013 que Brigitte Fontaine se produit. Cette configuration r\u00e9duite est n\u00e9e, raconte le musicien, il y a un peu plus d\u2019un an\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Un matin, Brigitte m\u2019a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 et m\u2019a dit\u00a0: &#8220;J\u2019ai envie qu\u2019on fasse un truc tous les deux&#8221;. Nous avions d\u00e9j\u00e0 fait une formule \u00e0 trois, avec Areski, assez proche de cette forme, mais c\u2019\u00e9tait pour des lectures de ses textes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Outre la proximit\u00e9 avec les spectateurs, la formule met l\u2019accent sur la complicit\u00e9 des deux artistes. Celle-ci n\u2019a rien de feinte, et d\u00e8s les balances \u2013 r\u00e9glages audio \u2013 de l\u2019apr\u00e8s-midi, les taquineries comme les marques d\u2019attention vont bon train, se prolongeant durant le concert. Tandis que Brigitte Fontaine est assise dans un fauteuil voltaire noir et or, Yan P\u00e9chin s\u2019agenouille aupr\u00e8s d\u2019elle et fredonne en mode chant lyrique quelques mesures de \u00ab La Bonne du cur\u00e9 \u00bb d\u2019Annie Cordy. Si la mise en sc\u00e8ne, pens\u00e9e par Fontaine, ainsi que nombre des morceaux (\u00ab Mon c\u0153ur est un m\u00e9got \u00bb, \u00ab Au Diable bleu \u00bb, \u00ab Lettre \u00e0 monsieur le chef de gare de la Tour de Carol \u00bb, etc.) demeurent d\u2019un concert \u00e0 l\u2019autre, les variations sont multiples et les atmosph\u00e8res contrast\u00e9es. Tandis que la soir\u00e9e de mars r\u00e9v\u00e8le une tonalit\u00e9 sombre, pessimiste \u2013 Brigitte Fontaine ponctuant certaines chansons de <em>\u00ab\u00a0Destroy nihilisme\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0Je vous d\u00e9teste\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0Nique love, fuck l\u2019amour\u00a0\u00bb<\/em> \u2013, celle de juin est joyeuse et combative. La chanteuse l\u00e2che diverses allusions piquantes au sexisme et au patriarcat et lance des adresses sagaces au public\u00a0: <em>\u00ab\u00a0De quelle mani\u00e8re envisagez-vous votre bonheur futur\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Dans cette ambiance m\u00e9lancolique et rebelle, les clins d\u2019\u0153il \u00e0 des po\u00e8tes tels qu\u2019Aragon (\u00e0 travers l\u2019\u00e9vocation du po\u00e8me d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Desnos\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Je pense \u00e0 toi, Desnos\u2026\u00a0\u00bb<\/em>) ou Arthur Rimbaud (<em>\u00ab\u00a0Nous serions bient\u00f4t \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, qui peut-\u00eatre nous entoure avec ses anges pleurant\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>) n\u2019en r\u00e9sonnent qu\u2019avec plus de force, rappelant au passage la pr\u00e9gnance de la po\u00e9sie dans son travail. Interrog\u00e9 sur ces variations, Yan P\u00e9chin souligne leur importance. <em>\u00ab\u00a0Il y a une structure, mais rien n\u2019est fig\u00e9, nous nous autorisons des libert\u00e9s, comme dans le jazz. Si les chansons sont connues, elles sont interpr\u00e9t\u00e9es diff\u00e9remment, et nous changeons parfois la tonalit\u00e9, la structure, le rythme, la dur\u00e9e. Dans une p\u00e9riode tr\u00e8s fig\u00e9e o\u00f9 les artistes jouent chaque soir la m\u00eame note, Brigitte est &#8220;la&#8221; personne, telle qu\u2019on n\u2019en trouve plus aujourd\u2019hui, qui n\u2019a pas peur de prendre des risques. C\u2019est quelqu\u2019un de totalement libre, qui se renouvelle perp\u00e9tuellement, et d\u00e9cide toujours d\u2019aller l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attend pas.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-28680\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/03-2-918.png\" alt=\"03-2.png\" align=\"left\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/03-2-918.png 600w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/03-2-918-300x200.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h2>Coulisses\u00a0: chez elle<\/h2>\n<p>Ce temp\u00e9rament impr\u00e9visible, tant\u00f4t r\u00e9fl\u00e9chi, tant\u00f4t spontan\u00e9, toujours baroque, est celui qui ressort de la rencontre dans son appartement de l\u2019\u00cele Saint-Louis, o\u00f9 elle vit depuis quelques d\u00e9cennies \u2013 qu\u2019on ne comptera pas. Dans la pi\u00e8ce o\u00f9 Brigitte Fontaine nous re\u00e7oit tr\u00f4ne un lit clos, meuble traditionnel breton h\u00e9rit\u00e9 de sa famille. Les \u00e9tag\u00e8res lourdes de livres c\u00f4toient quelques v\u00eatements, tandis qu\u2019une platine diffuse les Quatre chants s\u00e9rieux de Johannes Brahms. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on d\u00e9couvre une photographie de Serge Gainsbourg, qu\u2019elle n\u2019a fait que croiser et pour qui elle aurait aim\u00e9 \u00e9crire\u00a0; de l\u2019autre, une affiche de Billie Holiday \u2013 dont elle dit qu\u2019elle est <em>\u00ab\u00a0la plus grande. De tous les pays et de tous les temps.\u00a0\u00bb<\/em> Tranquillement attabl\u00e9e, s\u2019amusant avec une corde rouge nou\u00e9e autour de sa gorge, suspendant parfois une phrase pour allumer une cigarette ou une bougie, Fontaine n\u2019est pas de ces artistes poseurs aux mines compass\u00e9es. Et, qu\u2019elle aborde son actualit\u00e9 en cours et \u00e0 venir, son travail d\u2019\u00e9criture, ou encore son rapport distant au f\u00e9minisme, elle fait montre d\u2019une remarquable sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 commencer par le cin\u00e9ma\u00a0: elle \u00e9voque volontiers la joie d\u2019avoir tourn\u00e9 ce printemps \u00e0 Morlaix, ville o\u00f9 elle a grandi, et d\u2019avoir retravers\u00e9 des lieux de son enfance avec les r\u00e9alisateurs Beno\u00eet Del\u00e9pine et Gustave Kervern. <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai ressenti de la fiert\u00e9 et de la jubilation. Gustave et Beno\u00eet ont trouv\u00e9 des trucs fabuleux \u00e0 Morlaix et dans les environs imm\u00e9diats. Nous avons tourn\u00e9 un peu sauvagement \u2013 c\u2019\u00e9tait planifi\u00e9 et \u00e9galement improvis\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em> Cela ne l\u2019emp\u00eache pas de rejeter cet art en tant que com\u00e9dienne\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Au cin\u00e9ma, on ne peut pas jouer, il faut sans arr\u00eat reprendre, recommencer\u00a0\u00bb<\/em>. Il en va autrement du th\u00e9\u00e2tre, qu\u2019elle a pratiqu\u00e9 d\u00e8s son enfance dans des troupes amateurs. <em>\u00ab\u00a0Lorsque j\u2019\u00e9tais enfant, je savais que je jouerais au th\u00e9\u00e2tre et que j\u2019\u00e9crirais. Ce n\u2019est pas que je le voulais, je le savais. J\u2019\u00e9tais s\u00fbre qu\u2019il se passerait quelque chose tous les soirs, et \u00e7a devait \u00eatre important pour une enfant de se dire qu\u2019il se passe quelque chose, tous les soirs.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Passionn\u00e9e par cet art, elle regrette de n\u2019avoir pas int\u00e9gr\u00e9, adolescente, la troupe du Centre dramatique de l\u2019Ouest\u00a0; ses parents, sollicit\u00e9s par le metteur en sc\u00e8ne et directeur Hubert Gignoux, refuseront. Fontaine s\u2019y adonnera r\u00e9guli\u00e8rement au cours de sa carri\u00e8re, en tant que com\u00e9dienne et auteur (avec Higelin, Areski, ou encore Rufus). Au sujet de la sc\u00e8ne lorsqu\u2019elle y chante, l\u2019artiste \u00e9voque une m\u00eame \u00e9motion. <em>\u00ab\u00a0Sur sc\u00e8ne je suis performeuse, \u00e9crivain, po\u00e9tesse. Le plaisir est le m\u00eame qu\u2019au th\u00e9\u00e2tre. D\u2019ailleurs, c\u2019est toujours un peu th\u00e9\u00e2tral quand je joue \u2013 et je ne dis pas que je vais &#8220;chanter&#8221;, mais &#8220;jouer&#8221;.\u00a0\u00bb<\/em> Elle qui se dit phobique, se sent dans cet espace <em>\u00ab\u00a0un peu libre. Jamais compl\u00e8tement, mais un peu, quand m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-28681\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/04-2-542.png\" alt=\"04-2.png\" align=\"left\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/04-2-542.png 600w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/04-2-542-300x200.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h2>Pages\u00a0: d\u00e9rision et gravit\u00e9<\/h2>\n<p>La litt\u00e9rature est \u00e9galement centrale chez Brigitte Fontaine\u00a0: l\u2019un de ces lieux o\u00f9 sa libert\u00e9 et ses fulgurances se d\u00e9ploient. \u00c0 travers ses vingt-cinq ouvrages publi\u00e9s, Brigitte Fontaine travaille un art du <em>nonsense<\/em> et de l\u2019absurde qui suscite une forte jubilation \u00e0 la lecture. C\u2019est le cas de <em>Paroles d\u2019\u00e9vangile<\/em>, nouvel opus de po\u00e9sie publi\u00e9 aux \u00e9ditions Le Tripode. Ce livre, dont la couverture est sign\u00e9e par le dessinateur Enki Bilal, offre une succession de courts textes, comme autant d\u2019images saisies du monde et de ses al\u00e9as. De l\u2019\u00cele Saint-Louis devenue bonbonni\u00e8re pour touristes aux tics de langage contaminant les conversations, l\u2019ouvrage, avec son titre rappelant que <em>\u00ab\u00a0tout ce qui est \u00e9crit doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme vrai et sans r\u00e9pliques\u00a0\u00bb<\/em>, dessine <em>\u00ab\u00a0une sorte de petite philosophie burlesque et pas toujours, quelquefois un peu \u00e9mouvante, pas souvent\u00a0\u00bb<\/em>. Il y a dans le go\u00fbt de manier la langue et dans l\u2019usage des mots-valises (<em>\u00ab\u00a0l\u2019assimulation\u00a0\u00bb<\/em>) une parent\u00e8le avec Lewis Caroll.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9e sur les auteurs importants pour elle, outre ce dernier, Jean Cocteau et Colette \u2013 trois auteurs marquants de son enfance \u2013, Fontaine cite Anton Tchekhov, Tennessee Williams et Stefan Zweig. Les \u00e9crivains et dramaturges russe, am\u00e9ricain et autrichien constituent par leur esprit une <em>\u00ab\u00a0fraternit\u00e9, dont [elle se sent] proche\u00a0\u00bb<\/em>. Aux c\u00f4t\u00e9s de ces r\u00e9f\u00e9rences composant une culture tr\u00e8s classique, Fr\u00e9d\u00e9ric Martin, \u00e9diteur de <em>Paroles d\u2019\u00e9vangile<\/em>, en \u00e9voque d\u2019autres. <em>\u00ab\u00a0Je l\u2019associe \u00e0 des figures comme Alfred Jarry, Raymond Roussel, ces \u00e9crivains \u00e0 l\u2019humour tr\u00e8s anglais, tel Edward Lear.\u00a0\u00bb<\/em> N\u00e9anmoins, manier comme elle le fait <em>\u00ab\u00a0l\u2019humour de la pataphysique, des dada\u00efstes\u00a0\u00bb<\/em> n\u2019exclut ni la gravit\u00e9, ni la conscience des travers de notre monde. <em>\u00ab\u00a0Son sens de l\u2019humour et son rapport \u00e0 la litt\u00e9rature sont compl\u00e8tement d\u00e9complex\u00e9s. Elle n\u2019est pas r\u00e9v\u00e9rencieuse, pas plus qu\u2019obs\u00e9d\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre un grand \u00e9crivain, et c\u2019est ce qui fait que ces textes sont tr\u00e8s forts. Elle aime beaucoup la d\u00e9rision, mais il y a derri\u00e8re cela quelque chose de s\u00e9rieux. Sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 lui permet d\u2019aborder des questions de fond cruciales pour l\u2019existence.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Difficile, ici, de ne pas songer \u00e0 la tonalit\u00e9 du texte perform\u00e9 par l\u2019artiste au Centquatre, \u00e0 Paris, lors de la soir\u00e9e du 25 octobre 2018 accompagnant le <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/150-personnalites-signent-le-manifeste-pour-l-accueil-des-migrants\">Manifeste pour l\u2019accueil des migrants<\/a> adress\u00e9 \u00e0 la classe politique (et port\u00e9 par onze r\u00e9dactions de journaux, dont <em>Regards<\/em>). Derri\u00e8re son apparente na\u00efvet\u00e9 et sa cocasserie, le propos \u00e9tait travers\u00e9 d\u2019un engagement fort. Ce militantisme l\u2019a amen\u00e9e \u00e0 s\u2019investir dans diverses luttes politiques et sociales (les r\u00e9fugi\u00e9s, le sida, par exemple), sans jamais se ranger derri\u00e8re une barri\u00e8re. Les luttes f\u00e9ministes en sont un bel exemple\u00a0: signataire du Manifeste des 343 parce que <em>\u00ab\u00a0c\u2019\u00e9tait bien normal et la moindre des choses\u00a0\u00bb<\/em>, n\u2019ayant pas rat\u00e9 l\u2019une des manifestations de l\u2019\u00e9poque <em>\u00ab\u00a0parce [qu\u2019elle ne voulait] pas que les potes subissent ce [qu\u2019elle avait] subi\u00a0\u00bb<\/em>, Fontaine s\u2019est toujours tenue \u00e0 distance du Mouvement de lib\u00e9ration des femmes. <em>\u00ab\u00a0Je n\u2019ai jamais fait partie d\u2019un mouvement. J\u2019avais des copines qui y \u00e9taient, pas moi. Je faisais autrement.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 la fin de l\u2019entretien, Brigitte Fontaine confie un regret\u00a0: <em>\u00ab\u00a0\u00c0 part &#8220;Le Nougat&#8221; ou &#8220;L\u2019Amour c\u2019est du pipeau&#8221;, je n\u2019ai pas trop r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre populaire. J\u2019aimerais bien ne pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e seulement par une \u00e9lite. Je n\u2019aime pas tellement l\u2019\u00e9lite&#8230;\u00a0\u00bb<\/em> Devant ce sentiment, on ne peut qu\u2019\u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se que si son travail n\u2019est connu que de mani\u00e8re parcellaire, c\u2019est en raison d\u2019un syst\u00e8me t\u00e9l\u00e9visuel et m\u00e9diatique qui impose des produits culturels standardis\u00e9s. Face \u00e0 cela, sa position int\u00e8gre, ses textes parfois \u00e2pres, sa voix ne cherchant jamais \u00e0 s\u00e9duire l\u2019auditeur, ses r\u00e9parties cinglantes la rendent inassimilables. Ce qui ne signifie pas que ses \u00e9crits, chansons, actions, ne perturbent pas, m\u00eame de fa\u00e7on souterraine, le champ dans lequel ils s\u2019inscrivent\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/caroline-chatelet-780\"><strong>Caroline Ch\u00e2telet<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-12016 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/01-3-634.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/01-3-634-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"01-3.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/02-2-6fc.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/02-2-6fc-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"02-2.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/03-2-c9b.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/03-2-c9b-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"03-2.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/04-2-0c1.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/04-2-0c1-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"04-2.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant de pouvoir cerner Brigitte Fontaine, artiste farouchement indisciplin\u00e9e, il faut la poursuivre longtemps \u2013 sans grande chance de la saisir tout enti\u00e8re. L&#8217;\u00e9t\u00e9 dernier, nous avions suivi ses pistes alors qu&#8217;elle pr\u00e9parait la sortie de son nouvel album, \u00ab Terre Neuve \u00bb, d\u00e9sormais disponible. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":28679,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[296],"class_list":["post-12016","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","tag-musique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12016","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12016"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12016\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/28679"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12016"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12016"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12016"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}