{"id":1194,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/musique1194\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"musique1194","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1194","title":{"rendered":"Musique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Dr\u00f4le d&#8217;histoire au fond, le rock. Le rock&#8217;n roll, la pop, le punk, peu importe le d\u00e9tail, ce qu&#8217;on appelle, pour faire bref, le rock.  <\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait la musique des &#8221; jeunes &#8220;, des ados, de ceux qui n&#8217;ont pas encore de &#8221; responsabilit\u00e9s &#8220;, comme disent les grands, et qui profitaient de ce temps fastueux o\u00f9 on prend la vie au s\u00e9rieux, et m\u00eame au tragique, pour sautiller comme de petits kangourous sur une musique de sauvages, et d\u00e9clarer qu&#8217;il fallait changer le monde. Mais, bizarrement, si les rockers ont vieilli, ils ne se sont pas assagis, et ils ont beau \u00eatre quinquag\u00e9naires, ils ne se sentent port\u00e9s ni sur les charmes douteux de la pr\u00e9retraite, ni sur les s\u00e9ductions de la r\u00e9signation. Oui, dr\u00f4le d&#8217;histoire. Les jeunes gens d&#8217;aujourd&#8217;hui s&#8217;\u00e9panouissent dans le message, ou dans le recyclage, mais il est peu question de changer le monde, seulement, parfois de l&#8217;am\u00e9liorer.<\/p>\n<p>Signe des temps ? S\u00fbrement. \u00c7a n&#8217;emp\u00eache pas le duo de NTM de faire un travail souvent extr\u00eamement prenant, \u00e9tonnamment noir, et assez obs\u00e9dant; ou Stomy Bugsy de d\u00e9cliner son identit\u00e9, r\u00e9elle ou fantasm\u00e9e, peu importe, d&#8217;une fa\u00e7on \u00e9l\u00e9gante, rigolarde, et charmeuse. Entre autres. Mais dans l&#8217;ensemble hip hop, il s&#8217;agit avant tout de d\u00e9noncer la mis\u00e8re des banlieues, l&#8217;injustice du racisme, et l&#8217;absence d&#8217;horizon, sur fond de &#8220;sampling&#8221;, donc de recyclage de fragments retravaill\u00e9s, en bref de pratiquer l&#8217;agit-prop, pour &#8220;sensibiliser&#8221;: de la chanson &#8220;citoyenne&#8221;, pour reprendre un terme \u00e0 la mode, m\u00e9lancolique, f\u00e2ch\u00e9e ou ludique, qui r\u00eave davantage de dignit\u00e9 que de la jubilation d&#8217;exister.<\/p>\n<p>(Un mot au lecteur \u00e9nerv\u00e9 qui a tr\u00e8s attentivement \u00e9cout\u00e9 NTM, ou qui raffole de &#8221; Motiv\u00e9 &#8220;: bien s\u00fbr qu&#8217;il faudrait nuancer. Mais l&#8217;id\u00e9e, ici, est d&#8217;appr\u00e9cier les grands courants, les dominantes. Et m\u00eame si les chants r\u00e9volutionnaires de Motiv\u00e9 sont enti\u00e8rement shocking-r\u00e9jouissants, m\u00eame s&#8217;il y a de la radicalit\u00e9 brute chez NTM, dans l&#8217;ensemble on trouve surtout des d\u00e9nonciations d&#8217;une situation brutale, plus qu&#8217;une aspiration \u00e0 une vie bouleversante. Ce qui se traduit \u00e9galement dans la musique, qui bricole ce qui existe, plus qu&#8217;elle n&#8217;invente du nouveau).<\/p>\n<p> <strong> Rap, techno, rock, les d\u00e9tours d&#8217;une coexistence <\/strong><\/p>\n<p>La techno, elle, occupe un territoire compl\u00e8tement diff\u00e9rent. Si le rap et ses cousins ont permis \u00e0 ceux qui n&#8217;avaient pas la parole de la prendre, tout en affirmant une identit\u00e9 orgueilleusement revendiqu\u00e9e en marge de la culture officielle, la techno cherche si bien l&#8217;officialisation qu&#8217;elle se fait parrainer, et reconna\u00eetre comme un &#8220;art&#8221; contemporain, et que les D. J., responsables des montages musicaux, sont d\u00e9sormais lab\u00e9lis\u00e9s auteurs. Or, la techno, la dance, la house-music, etc., n&#8217;ont, elles, aucun message: elles sont des embrayeurs de plaisir, des supports \u00e0 la f\u00eate, des ambiances qui permettent de &#8221; s&#8217;\u00e9clater &#8220;. Ce qui n&#8217;est pas tout \u00e0 fait sans rappeler l&#8217;\u00e9poque &#8221; disco &#8220;, le corps en transe et la t\u00eate vid\u00e9e des soucis de la semaine. Les mots en sont que rythme, la musique na\u00eet de l&#8217;organisation de citations bidouill\u00e9es de l&#8217;immense r\u00e9pertoire de s\u00e9quences sonores dont nous disposons aujourd&#8217;hui, l&#8217;invention est dans le choix, le montage, la mise sous tension.<\/p>\n<p>Et le rock, dans tout \u00e7a ? Imperturbable, il pers\u00e9v\u00e8re. La chanson &#8221; rive gauche &#8220;, comme la chanson &#8221; de charme &#8221; avaient souffert de l&#8217;irruption du twist. Le rock coexiste avec le rap et la techno. Il peut m\u00eame utiliser le rap (Prince) ou la techno (Bowie): quoi qu&#8217;il en semble, ni le rap ni la techno ne sont tout \u00e0 fait nouveaux, ni \u00e9trangers aux grands courants qui ont fait le rock. Mais surtout, le rock a son public. Vieillissant ? Oui, partiellement. C&#8217;est un peu plus compliqu\u00e9. A se demander s&#8217;il n&#8217;y aurait pas une nostalgie des r\u00eaves rock&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Gouaille, brio et panache, de la vie qui se r\u00e9veille <\/strong><\/p>\n<p>Parce que, par exemple, Manset, Arno, Thi\u00e9faine, non seulement sont toujours l\u00e0, mais jouissent d&#8217;un succ\u00e8s \u00e9patant. Hubert-F\u00e9lix, le Jurassien, repli\u00e9 sur ses terres, qui passe rarement \u00e0 la radio, quasi jamais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, affiche complet \u00e0 ses concerts, myst\u00e8re&#8230; Manset, l&#8217;ermite, dont les entretiens sont si rares qu&#8217;ils font \u00e9v\u00e9nement, et dont les chansons ne passent jamais sur les ondes, parce qu&#8217;elles sont bien trop longues, vend ses albums comme une star&#8230; Et Arno, le merveilleux, bafouillant, b\u00e9gayant, insolent Arno, a enfin conquis un public \u00e0 sa mesure. Les quinquas sont flamboyants. Et ils n&#8217;ont renonc\u00e9 \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Hubert-F\u00e9lix f\u00eate ses vingt ans de carri\u00e8re &#8221; officielle &#8221; &#8211; officielle, parce qu&#8217;il a \u00e9videmment commenc\u00e9 avant &#8211; par un album-anthologie, et par des concerts, dont un \u00e0 Bercy, illico complet, tant et si bien qu&#8217;il en refera un autre petit en mars. Hubert-F\u00e9lix est un bouffon lyrique, un romantico-cynique aux blagues de potache dou\u00e9, qui a toujours su saisir l&#8217;air du temps en petites phrases saisissantes: de &#8220;tout corps branch\u00e9 sur le secteur est appel\u00e9 \u00e0 s&#8217;\u00e9mouvoir&#8221; \u00e0 &#8220;Soleil cherche futur&#8221; en passant par &#8220;Derni\u00e8res balises avant mutations&#8221;, ses chroniques &#8220;bluesymentales&#8221; naissent de l&#8217;intimit\u00e9 pour articuler un malaise plus g\u00e9n\u00e9ral, avec une ironie rigolarde, cass\u00e9e, et joueuse. Thi\u00e9faine a mauvais esprit (&#8221; c&#8217;est pas parce qu&#8217;on aime pas les gens qu&#8217;on doit aimer les chiens &#8220;), une audace t\u00eatue \u00e0 dire ce qui (le) coince et une vitalit\u00e9 dans la mise en bo\u00eete sophistiqu\u00e9e qui en font un h\u00e9ros de nos \u00e2ges d\u00e9pressifs. Or, Thi\u00e9faine a un public juv\u00e9nile, o\u00f9 se m\u00ealent ses vieux admirateurs. Sa gouaille, son brio, son panache, port\u00e9s par un rock bien carr\u00e9 et une voix qui scande sarcastiquement donnent \u00e0 son go\u00fbt anar de la d\u00e9rision et \u00e0 sa col\u00e8re moqueuse devant les idioties du monde un \u00e9lan joyeux, une vigoureuse sant\u00e9, qui transforment la mise en pi\u00e8ces en d\u00e9sir que \u00e7a&#8230; d\u00e9m\u00e9nage. Et c&#8217;est peut-\u00eatre \u00e7a, le rock: de la vie qui se r\u00e9veille, et qui r\u00e9clame qu&#8217;on soit magnifique.<\/p>\n<p>Arno, c&#8217;est un autre monde, entre punk et blues, Arno, c&#8217;est une voix incroyable, cass\u00e9e, rauque, de travers, splendide d&#8217;\u00e9motion &#8221; deans &#8220;, lyrisme retenu, et qui cr\u00e9e \u00e0 elle toute seule une sc\u00e8ne, qui nous met \u00e0 elle toute seule dans la confidence dandy, provo, insolente, d&#8217;un homme qui marche sur un fil et se demande si au prochain pas il ne va pas tomber, Arno le Flamand d&#8217;Ostende, un peu anglais, un peu russe, attaque le fran\u00e7ais comme une langue qu&#8217;il r\u00e9invente et l&#8217;anglais comme une langue int\u00e9rieure, il mart\u00e8le, il arrache, il embrouille, c&#8217;est le chant du d\u00e9sordre qui trouve paradoxalement son harmonie en se mettant \u00e0 l&#8217;unisson de ce qui vibre d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 dans les r\u00eaves, sans sentimentalit\u00e9, sans chercher la s\u00e9duction: \u00e2pre, crissant, n\u00e9cessaire, port\u00e9 par une section rythmique impitoyable, il chante ce luxe indispensable que sont les contradictions, et les b\u00eatises, et la bagarre pour non pas survivre, mais vivre, surtout quand on ne sait pas comment s&#8217;y prendre. Arno, c&#8217;est pas propre, c&#8217;est pas correct, c&#8217;est pas &#8220;tendance&#8221;, Arno, c&#8217;est d\u00e9glingu\u00e9, c&#8217;est insolent, c&#8217;est le chant bouleversant, h\u00e9naurme, de ceux qui ne comprennent vraiment pas pourquoi il faut &#8221; s&#8217;adapter &#8220;.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Manset&#8230; c&#8217;est un cas. Jamais de sc\u00e8ne, un minimum de promo, et une voix unique, bizarre, incantatoire, improbable, sur des musiques de transe lente, en boucle, hypnotiques, extraordinairement travaill\u00e9es et d&#8217;apparence toutes simples, pour des chants prenants comme des pri\u00e8res, o\u00f9 se dit la folie du monde, et le d\u00e9sir d&#8217;une paix int\u00e9rieure impossible.<\/p>\n<p> <strong> La musique des adultes turbulents, insoumis et inquiets <\/strong><\/p>\n<p>Manset, qui a longtemps v\u00e9cu \u00e0 Saint-Denis (tiens, comme NTM) dit la mis\u00e8re et les vies fracass\u00e9es, et le chemin vers des \u00eeles lumineuses, et la d\u00e9rision des compromissions, et les f\u00ealures de ceux qui ont connu la br\u00fblure de l&#8217;id\u00e9al, et ne veulent pas l&#8217;oublier. Manset, c&#8217;est lent, d\u00e9cal\u00e9, inefficace, et c&#8217;est une splendeur-rock; qui donne, \u00e9tincelant, poignant, le go\u00fbt de rendre la terre habitable, le besoin de ne pas se satisfaire de ce qui est, l&#8217;envie que le d\u00e9sir &#8211; d&#8217;aimer, de faire, de susciter, de repousser les fronti\u00e8res, le d\u00e9sir, quoi &#8211; circule et resplendisse, nourri par la douleur de ce qui est. Rock.<\/p>\n<p>On a cru que c&#8217;\u00e9tait la musique de la jeunesse turbulente. C&#8217;est aujourd&#8217;hui la musique des adultes turbulents; et insoumis; et inquiets; et qui ne veulent pas renoncer \u00e0 l&#8217;inqui\u00e9tude, et \u00e0 ce qui brille en elle d&#8217;horizons. Ce fut une g\u00e9n\u00e9ration chanceuse, qui eut le bonheur de ne pas avoir \u00e0 se battre contre l&#8217;absence d&#8217;esp\u00e9rance. C&#8217;est sa responsabilit\u00e9 de continuer ainsi \u00e0 faire entendre ses contradictions, et ses aspirations.<\/p>\n<p>Hubert-F\u00e9lix Thi\u00e9faine, Thi\u00e9faine, 78-98, Sony.<\/p>\n<p>Manset, Jadis et nagu\u00e8re, EMI,.<\/p>\n<p>Arno, Charles and the White trash, european blues connection, Dela.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Dr\u00f4le d&#8217;histoire au fond, le rock. 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