{"id":1193,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/etude1193\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"etude1193","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1193","title":{"rendered":"Etude"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> En cette fin de deuxi\u00e8me mill\u00e9naire, les enfants continuent d&#8217;\u00eatre exploit\u00e9s, viol\u00e9s, maltrait\u00e9s. Une volumineuse histoire leur est consacr\u00e9e qui permet de saisir leur statut, de l&#8217;Antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours. <\/p>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res pages de l&#8217;Histoire de l&#8217;enfance en Occident (en deux tomes) d&#8217;Egle Becchi et Dominique Julia, le ton est ainsi donn\u00e9: &#8221; l&#8217;Histoire de l&#8217;enfance ne saurait \u00eatre une histoire de progr\u00e8s. &#8221; Il est \u00e0 cela deux raisons, l&#8217;une th\u00e9orique et l&#8217;autre de simple observation. L&#8217;enfant n&#8217;est pas un \u00eatre doux, victime et bourreau impossible. Les deux assassins de Liverpool, en f\u00e9vrier 1993, n&#8217;avaient-ils pas dix ans ? Quant aux \u00e9tudes sur l&#8217;enfance, Ari\u00e8s en t\u00eate (l&#8217;Enfant et la vie familiale sous l&#8217;Ancien R\u00e9gime), ne sont-elles pas tributaires de l&#8217;\u00e9poque de leur composition ? Ne convient-il pas, du coup, de revisiter les archives d&#8217;un oeil neuf, \u00e0 l&#8217;aune de notre pr\u00e9sent ?<\/p>\n<p> <strong> Aujourd&#8217;hui, effritement des rites de passage \u00e0 l&#8217;adolescence&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>De nouveaux champs d&#8217;investigation, comme l&#8217;histoire de l&#8217;\u00e9ducation &#8211; en essor -, celle de la pens\u00e9e m\u00e9dicale, celle de la famille, permettent en effet d&#8217;exploiter des \u00e9l\u00e9ments jusqu&#8217;alors ensevelis. C&#8217;est pourquoi Ari\u00e8s et son obsession de dater l&#8217;origine du sentiment de l&#8217;enfance (encore absent, selon lui, au Moyen Age) doit \u00eatre, selon les auteurs, revu avec prudence, malgr\u00e9 le respect d\u00fb \u00e0 ce pionnier, compte tenu de nouvelles sources mises au jour. L&#8217;un des grands m\u00e9rites de l&#8217;Histoire de l&#8217;enfance en Occident est d&#8217;exploiter des disciplines peu didactiques, dans le but de mieux cibler le sujet. Les auteurs se sont notamment pench\u00e9s sur la repr\u00e9sentation de l&#8217;enfance dans l&#8217;art, aussi bien que sur les jouets.<\/p>\n<p>D&#8217;embl\u00e9e, cette somme passionne, en tant qu&#8217;elle interroge aussi le moment o\u00f9 nous sommes. Si, d\u00e8s la Gr\u00e8ce la plus antique et jusqu&#8217;\u00e0 la toute fin du XIXe si\u00e8cle, l&#8217;enfant est inclus dans une s\u00e9rie de rites de passages &#8211; contrainte \u00e9ducative, rites initiatiques \u00e0 Ath\u00e8nes, majorit\u00e9 juridique (invent\u00e9e par les Romains), premi\u00e8re communion, etc. &#8211; de tels seuils sont aujourd&#8217;hui brouill\u00e9s, la sortie de l&#8217;adolescence n&#8217;ouvrant plus automatiquement \u00e0 la vie d&#8217;adulte, la fin des \u00e9tudes ne correspondant pas forc\u00e9ment au d\u00e9part du foyer familial ou \u00e0 l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 un emploi stable. D\u00e8s lors, la c\u00e9sure entre enfance et adolescence, jadis si forte, est beaucoup moins marqu\u00e9e. Autre facteur de complexit\u00e9: l&#8217;hyperm\u00e9dicalisation de la procr\u00e9ation, qui rel\u00e8gue le d\u00e9sir d&#8217;enfant loin derri\u00e8re le contr\u00f4le de sa &#8221; fabrication &#8220;. L&#8217;enfant devient un produit, voire un clich\u00e9 \u00e9chographique, le corps de la femme un objet public et la naissance un acte m\u00e9dicalement assist\u00e9. Enfin, autre modification de taille: la cellule familiale, aujourd&#8217;hui \u00e9clat\u00e9e, conduit \u00e0 privil\u00e9gier la figure du beau-parent, laquelle complique le rapport \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9, l\u00e9gitime ou pas. Bref, l&#8217;enfance est ici trait\u00e9e comme un probl\u00e8me, dans l&#8217;\u00e9nonc\u00e9 duquel se donne \u00e0 lire la sp\u00e9cificit\u00e9 de chaque \u00e9poque; vue d&#8217;ensemble, souci de particularit\u00e9 et changements d&#8217;\u00e9chelle dans l&#8217;analyse \u00e9tant convi\u00e9s \u00e0 l&#8217;unisson.<\/p>\n<p> <strong> Dans la Rome antique, pas de deuil d&#8217;un enfant de moins de trois ans&#8230;  <\/strong><\/p>\n<p>Le petit d&#8217;homme est simple esquisse d&#8217;\u00eatre humain en Gr\u00e8ce, d\u00fbment ch\u00e2ti\u00e9 par un ma\u00eetre, assimil\u00e9 \u00e0 un animal et \u00e0 la femme par Aristote. Dans la Rome antique, il est jusqu&#8217;\u00e0 sept ans &#8221; infans &#8221; (celui qui ne parle pas), \u00e0 l&#8217;\u00e2ge o\u00f9 poussent ses dents d\u00e9finitives, indispensables, selon les Anciens, \u00e0 l&#8217;\u00e9locution et on le compare &#8211; durant ce laps de temps &#8211; &#8221; \u00e0 un corbeau ou \u00e0 un perroquet, lesquels savent des mots mais ne savent pas les mettre en place &#8220;. Au Moyen Age, du fait d&#8217;une attention plus soutenue, l&#8217;enfant se voit dot\u00e9 d&#8217;une nature ambigu\u00eb, laquelle balance entre le bien et le mal puisqu&#8217;il est \u00e0 la fois &#8221; puer &#8221; (pur, en latin, selon une \u00e9thymologie approximative) et avide, jaloux, indocile, voleur, menteur. Ainsi s&#8217;offre-t-il en mod\u00e8le \u00e0 la spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne, non sans susciter la m\u00e9fiance. L&#8217;\u00e9ducation l&#8217;inscrit alors dans une th\u00e9orie de l&#8217;homme fait, le guide vers l&#8217;abandon de l&#8217;enfance et l&#8217;on ne souffre de lui nulle initiative. Toutefois, dans l&#8217;iconographie, l&#8217;enfant n&#8217;est d\u00e9j\u00e0 plus un adulte miniature. Il poss\u00e8de ses caract\u00e9ristiques propres, qu&#8217;une p\u00e9diatrie naissante observe avec attention. Durant la Renaissance, il est envisag\u00e9 comme un \u00eatre perfectible, dot\u00e9 d&#8217;un vrai petit caract\u00e8re, si bien que les projets \u00e9ducatifs sont pour lui taill\u00e9s sur mesure. Du moins dans le meilleur des cas. Car l&#8217;enfance est aussi inscrite dans le champ social. On y \u00e9chappe peu. L&#8217;analyse de la condition des &#8221; enfants sans enfance &#8220;, errant dans les rues, t\u00f4t abandonn\u00e9s au tambour de l&#8217;hospice par des parents trop pauvres, d\u00e8s sept ans travaillant, contrebalance furieusement ces nouveaux signes d&#8217;investissement affectif et \u00e9conomique en un temps, le XVe si\u00e8cle, o\u00f9 cro\u00eet l&#8217;importance du travail individuel ou par petits groupes.<\/p>\n<p> <strong> A l&#8217;\u00e9poque moderne, on soumet l&#8217;enfant \u00e0 la cat\u00e9chisation de masse <\/strong><\/p>\n<p>Les infanticides sont fr\u00e9quents. Ce d\u00e9lit est nomm\u00e9 &#8221; oppressio infantium&#8221;, ce qui signifie l&#8217;\u00e9touffement. D\u00e9j\u00e0 la Gr\u00e8ce, sur d\u00e9cision du g\u00e9niteur, se d\u00e9barrassait des ind\u00e9sirables, filles en t\u00eate, tandis que, dans la Rome antique, pour de semblables raisons, porter le deuil d&#8217;un enfant de moins de trois ans n&#8217;avait aucun sens. Au d\u00e9but de la Renaissance, la charit\u00e9 s&#8217;organise toutefois pour leur venir en aide, par le truchement d&#8217;institutions religieuses, qui accueillent aussi les &#8221; oblats &#8220;. D\u00e8s l&#8217;\u00e9poque moderne, les enfants seront soumis \u00e0 une cat\u00e9chisation de masse. Ils en deviennent la cible privil\u00e9gi\u00e9e, car mall\u00e9able \u00e0 loisir et l&#8217;on tente de faire d&#8217;eux, tr\u00e8s jeunes, des individus chr\u00e9tiens pour la vie. Le cat\u00e9chisme infiltre les manuels scolaires et l&#8217;on apprend \u00e0 lire en assimilant la doctrine. En cette p\u00e9riode troubl\u00e9e, o\u00f9 perdure la chasse aux sorci\u00e8res, l&#8217;enfant tient aussi un r\u00f4le effarant pour un dr\u00f4le de drame, puisqu&#8217;il peut t\u00e9moigner comme un adulte et comme lui \u00eatre puni de mort. Enfant-sorcier. Le voici du coup dot\u00e9 d&#8217;une v\u00e9ritable identit\u00e9 juridique. Quant au XVIIe si\u00e8cle, l&#8217;Histoire de l&#8217;enfance en Occident s&#8217;attache aux bribes d&#8217;enfance populaire, les autres, bourgeoises et aristocratiques, ayant \u00e9videmment laiss\u00e9 des traces infiniment plus riches. C&#8217;est l&#8217;un des grands m\u00e9rites de l&#8217;ouvrage que d&#8217;\u00e9voquer les foules d&#8217;enfants jet\u00e9s sur les routes par la disette et les crises \u00e9conomiques \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, tandis que, dans le m\u00eame temps, administration et religion tendent \u00e0 les emprisonner. Mais cela s&#8217;accompagne de campagnes de scolarisation pour les petits indigents, surveill\u00e9s et punis \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital, o\u00f9 l&#8217;on ne fait pas alors que soigner.<\/p>\n<p> <strong> Au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res, il suscite des d\u00e9bats philosophiques&#8230;  <\/strong><\/p>\n<p>La discipline de fer qui r\u00e8gne en ces lieux (comme &#8221; utile \u00e0 l&#8217;ordre public &#8220;) v\u00e9ritable orthop\u00e9die du corps et de l&#8217;esprit, aura une post\u00e9rit\u00e9 contradictoire. Le projet de Jean-Baptiste de la Salle constitue une sorte de r\u00e9volution, car il exige l&#8217;apprentissage de la lecture dans la langue maternelle, au d\u00e9triment du latin. Sa r\u00e9ussite drainera les \u00e9l\u00e8ves d&#8217;autres couches sociales, moins attir\u00e9s par la gratuit\u00e9 que par la qualit\u00e9 de l&#8217;enseignement. Dans les classes dominantes, les pratiques contraceptives naissantes iront d\u00e9sormais de pair avec l&#8217;investissement affectif et scolaire. Certes, on aime les enfants, pas au point d&#8217;en faire \u00e0 la cha\u00eene. Les biblioth\u00e8ques pour enfants apparaissent au XVIIIe si\u00e8cle et les conseils d&#8217;un Rousseau dans son Emile les escortent \u00e0 plus d&#8217;un chef. Avant d&#8217;\u00eatre envoy\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, le rejeton de parents privil\u00e9gi\u00e9s aura un pr\u00e9cepteur \u00e0 domicile. Le souci d&#8217;une bonne \u00e9ducation et l&#8217;exigence affich\u00e9e d&#8217;une modernisation de l&#8217;enseignement sont autant de signes des temps. Par ailleurs, se d\u00e9cha\u00eenent les d\u00e9bats philosophiques autour de la figure de Victor, l&#8217;enfant sauvage d\u00e9couvert dans l&#8217;Aveyron. N&#8217;est-on pas en pr\u00e9sence de l&#8217;homme de la nature ?<\/p>\n<p> <strong> Au XIXe si\u00e8cle, on commence \u00e0 s&#8217;occuper des enfants handicap\u00e9s  <\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat porte alors sur l&#8217;\u00e9ducabilit\u00e9 de l&#8217;homme, puisque l&#8217;\u00e9ducation devient la panac\u00e9e du si\u00e8cle. Au XIXe si\u00e8cle, le th\u00e8me prend de l&#8217;ampleur, puisque cette \u00e9poque constitue un moment cl\u00e9 dans l&#8217;histoire de ceux que l&#8217;usage international rassemble sous la d\u00e9nomination &#8221; d&#8217;enfants handicap\u00e9s &#8221; et que l&#8217;on appelait auparavant &#8221; anormaux &#8221; (terme issu des concours hippiques !). Un champ singulier se dessine, dans lequel l&#8217;enfant trouve encore un nouveau statut.<\/p>\n<p>En un mot comme en cent, cette Histoire de l&#8217;enfance en Occident, par la qualit\u00e9 de l&#8217;\u00e9rudition mise en jeu, la multiplicit\u00e9 des pistes ouvertes et la profondeur de la r\u00e9flexion qu&#8217;elle suscite, s&#8217;avance sous l&#8217;esp\u00e8ce d&#8217;une \u00e9tude litt\u00e9ralement bouleversante, au fil de laquelle il appara\u00eet que l&#8217;\u00e9ducation est enfin devenue, sans conteste, le point crucial qui permet \u00e0 chaque humain en devenir de structurer sa personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>Histoire de l&#8217;enfance en Occident, sous la direction d&#8217;Egle Becchi et Dominique Julia, en deux tomes (&#8221; De l&#8217;Antiquit\u00e9 au XVIIe si\u00e8cle &#8221; et &#8221; du XVIIIe si\u00e8cle \u00e0 nos jours &#8220;), respectivement 475 et 515 pages, 170 F chacun. Editions du Seuil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> En cette fin de deuxi\u00e8me mill\u00e9naire, les enfants continuent d&#8217;\u00eatre exploit\u00e9s, viol\u00e9s, maltrait\u00e9s. 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