{"id":1191,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/architecture1191\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"architecture1191","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1191","title":{"rendered":"Architecture"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Jean-Louis Cohen <\/p>\n<p>Voir aussi <strong> Les Entretiens du Patrimoine****En avril 1998, Jean-Louis Cohen remettait \u00e0 Catherine Trautmann le rapport qu&#8217;elle lui avait demand\u00e9 sur la cr\u00e9ation d&#8217;une Cit\u00e9 de l&#8217;architecture et du patrimoine au Palais de Chaillot, \u00e0 Paris. Il \u00e9voque les probl\u00e8mes de mise en oeuvre de ce projet qui devrait aboutir en 2001. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Voil\u00e0 un peu plus d&#8217;un an que Catherine Trautmann vous a confi\u00e9 la cr\u00e9ation de la Cit\u00e9 de l&#8217;architecture et du patrimoine. Il semblerait qu&#8217;il y ait controverse sur votre nomination (1) ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Jean-Louis Cohen : <\/strong> Je suis effectivement mis en cause par une tr\u00e8s faible fraction du monde des architectes, qui ont sign\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 une p\u00e9tition demandant plus de place pour la cr\u00e9ation contemporaine dans le projet. Ce texte a \u00e9t\u00e9 relay\u00e9 par la presse, alors que les multiples soutiens que le projet de Chaillot a recueillis, et qui n&#8217;ont pas pris cette forme pressante, ne l&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9. Autre \u00e9pisode, au printemps dernier, le Monde a qualifi\u00e9 l&#8217;entreprise de &#8221; boulimique &#8220;, alors que je venais juste de perdre vingt kilos ! Mais, peut-\u00eatre, le journaliste voulait-il dire que le projet de la Cit\u00e9 de l&#8217;architecture pr\u00e9sentait une ambition d\u00e9vorante, qu&#8217;il ratissait large et qu&#8217;il tendait \u00e0 avaler une s\u00e9rie d&#8217;institutions ? En ce qui me concerne, j&#8217;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 voir dans cette remarque une reconnaissance critique du fait qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une op\u00e9ration avec des perspectives larges. Sans doute, cette ampleur et l&#8217;articulation in\u00e9vitable &#8211; et souhaitable &#8211; de l&#8217;architecture et du patrimoine suscitent-elles l&#8217;hostilit\u00e9 de ceux qui pr\u00e9f\u00e9reraient que la &#8221; promotion &#8221; de l&#8217;architecture reste plus confidentielle ? Cela dit, les pr\u00e9occupations des signataires de la p\u00e9tition me paraissent \u00eatre compl\u00e8tement l\u00e9gitimes.<\/p>\n<p> <strong> Au-del\u00e0 de son caract\u00e8re anecdotique, cette controverse ne met-elle pas en exergue une fracture, entre ceux qui prot\u00e8gent la ville et ceux qui la d\u00e9veloppent ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-L. C. : <\/strong> On touche ici la probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale du projet de la Cit\u00e9 de l&#8217;architecture et du patrimoine qui est de rapprocher des groupes, des \u00e9quipes op\u00e9rant en vase clos. Il y a dans ce pays des milieux professionnels et culturels qui s&#8217;ignorent et se jalousent. Les lignes de fractures s\u00e9parent en l&#8217;occurrence \u00e0 la fois les &#8221; tendances &#8221; propres \u00e0 l&#8217;architecture, profession historiquement divis\u00e9e et rebelle \u00e0 toute forme d&#8217;auto-organisation durable; elles s\u00e9parent aussi les projeteurs des enseignants et des chercheurs, le monde de l&#8217;entreprise et celui de la formation; en d\u00e9pit de l&#8217;organisation remarquable de centres d&#8217;architecture comme Arc-en-R\u00eave \u00e0 Bordeaux, ou plus modestement, de &#8221; Maisons de l&#8217;architecture &#8220;, comme celle de Rh\u00f4ne-Alpes, il y a \u00e9galement un foss\u00e9 entre les institutions parisiennes et les r\u00e9gions.<\/p>\n<p> <strong> La Cit\u00e9 de l&#8217;architecture et du patrimoine, plac\u00e9e sous la houlette de la DAPA (2) semble \u00eatre la t\u00eate de pont de cette direction du minist\u00e8re de la Culture ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-L. C. : <\/strong> L&#8217;id\u00e9e est de fabriquer un lieu o\u00f9 l&#8217;on puisse se parler et montrer ce qu&#8217;on fait. Aujourd&#8217;hui, tout le monde travaille dans son coin, refuse de regarder l&#8217;autre, jusque dans les \u00e9coles d&#8217;architecture. S&#8217;il y a une pulsion &#8221; boulimique &#8221; dans ce projet, elle est de d\u00e9vorer ces conditionnements pour cr\u00e9er des raccourcis entre milieux isol\u00e9s. Un probl\u00e8me que je peux citer \u00e0 titre d&#8217;exemple est celui de l&#8217;opacit\u00e9 historique des relations entre le monde de la recherche et celui des d\u00e9cideurs en mati\u00e8re de ville. On fait mine aujourd&#8217;hui de d\u00e9couvrir les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par la politique des grands ensembles, mais il suffisait de lire \u00e0 l&#8217;\u00e9poque les enqu\u00eates sociologiques de la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1960. Tout avait \u00e9t\u00e9 vu et d\u00e9crit par Paul-Henry Chombard de Lauwe ou Henri Coing. Leur message n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 entendu car per\u00e7u comme dissident par les forces politiques et les groupes de techniciens. Aujourd&#8217;hui encore, les activit\u00e9s de recherche publique, pourtant stimulantes et provocatrices, restent ignor\u00e9es de beaucoup de ceux qui d\u00e9cident. Pas tous, heureusement, et des cercles o\u00f9 circulent id\u00e9es et hypoth\u00e8ses alternatives existent.<\/p>\n<p> <strong> Finalement, votre projet n&#8217;est pas si \u00e9loign\u00e9 de celui qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de Beaubourg, tout au moins dans l&#8217;id\u00e9e de regrouper dans un seul lieu les diff\u00e9rents aspects d&#8217;un m\u00eame domaine ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-L. C. : <\/strong> L&#8217;\u00e9chelle du projet est diff\u00e9rente. En mati\u00e8re de budget de fonctionnement, de personnel et de collections, le Centre Georges-Pompidou est entre 8 et 10 fois plus important que ce que sera le Centre de Chaillot. Ce n&#8217;est pas un nouveau Beaubourg m\u00eame si l&#8217;enveloppe spatiale du Palais de Chaillot est consid\u00e9rable. Si on regarde les choses du point de vue europ\u00e9en et international, il est clair que la France n&#8217;a pas su, \u00e0 ce jour, se doter d&#8217;un lieu de r\u00e9f\u00e9rence pour l&#8217;architecture, le patrimoine b\u00e2ti et les r\u00e9flexions sur l&#8217;espace urbain. De tels lieux existent en Europe et jouent un r\u00f4le croissant. Le Centre de culture contemporaine de Barcelone est un lieu dans lequel l&#8217;architecture a une grande place et qui s&#8217;int\u00e9resse aussi fortement \u00e0 la litt\u00e9rature, \u00e0 l&#8217;art et au cin\u00e9ma. L&#8217;Institut d&#8217;architecture n\u00e9erlandais de Rotterdam est un lieu de d\u00e9bats, un centre d&#8217;archives au rayonnement national, dans un petit pays, tr\u00e8s int\u00e9gr\u00e9 il est vrai. Le Mus\u00e9e allemand d&#8217;architecture fonctionne depuis quinze ans, et a eu un r\u00f4le fondamental dans les transformations de la culture architecturale, bien que son statut municipal le handicape aujourd&#8217;hui. Des projets du m\u00eame ordre \u00e9mergent en Italie et ailleurs en Allemagne. Aujourd&#8217;hui, \u00e0 Paris, seul le Pavillon de l&#8217;Arsenal assume cette fonction de diffusion de l&#8217;architecture aupr\u00e8s du public, mais avec un spectre \u00e9troit g\u00e9ographiquement. Les expositions et les conf\u00e9rences sont centr\u00e9es sur la capitale. A c\u00f4t\u00e9 d&#8217;institutions qui rendent compte des cultures fondatrices du XXe si\u00e8cle, comme le Centre Pompidou ou de structures comme l&#8217;Arsenal, il y a, dans une m\u00e9tropole de dix millions d&#8217;habitants, une place pour un lieu qui embrasserait l&#8217;ensemble de la culture architecturale dans ses dimensions pass\u00e9es, contemporaines et prospectives.<\/p>\n<p> <strong> D&#8217;un point de vue plus pratique, vous \u00eates architecte et historien de l&#8217;architecture et vos nouvelles fonctions vous obligent \u00e0 consid\u00e9rer les microcosmes de l&#8217;architecture contemporaine, du patrimoine, les attentes des \u00e9lus et des professionnels. Comment allez-vous vous y prendre pour brancher tous ces fils ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-L. C. : <\/strong> Je souhaite d&#8217;abord et c&#8217;est, au del\u00e0 des expositions pr\u00e9vues et des collections montr\u00e9es, l&#8217;objectif de Chaillot, que ces milieux disparates parviennent \u00e0 se penser comme partageant un espace commun. Le domaine de l&#8217;architecture, alors qu&#8217;il a trait aux objets les plus publics de la ville et du paysage, est g\u00e9r\u00e9 par des professionnels aussi ferm\u00e9s que divis\u00e9s et qui parfois semblent jouir de cet isolement; c&#8217;est en quelque sorte une discipline c\u00e9libataire. Or, l&#8217;architecture est, par nature, publique, polygame et polyandre. Il est clair qu&#8217;aujourd&#8217;hui les Fran\u00e7ais pensent que les architectes sont en partie incomp\u00e9tents, notamment pour ce qui est de l&#8217;habitation, et que les architectes, quant \u00e0 eux, d\u00e9nient aux habitants et \u00e0 la population la moindre comp\u00e9tence alors qu&#8217;elle en a une en mati\u00e8re de paysage, d&#8217;usage de ville et, pr\u00e9cis\u00e9ment, d&#8217;habitation. Il est important d&#8217;essayer de r\u00e9ajuster ce rapport, de trouver des canaux de discussion, de permettre une \u00e9coute r\u00e9ciproque.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de cela, le projet de Chaillot est aussi fortement marqu\u00e9 par la pr\u00e9sence du Mus\u00e9e des monuments fran\u00e7ais ?<\/p>\n<p> <strong> J.-L. C. : <\/strong> Il s&#8217;agit de r\u00e9habiliter la collection de ce tr\u00e8s \u00e9tonnant mus\u00e9e, fond\u00e9 en 1879 sous l&#8217;enseigne initiale de Mus\u00e9e de sculpture compar\u00e9e de Viollet-Le-Duc. Longtemps trait\u00e9 comme un parent pauvre par sa tutelle, il est entr\u00e9 dans un processus de r\u00e9novation, d&#8217;abord par la politique d&#8217;expositions men\u00e9e par Guy Cogeval, aujourd&#8217;hui \u00e0 la t\u00eate du Mus\u00e9e des Beaux-Arts de Montr\u00e9al, puis par la pr\u00e9paration d&#8217;un projet qui sera pour lui une renaissance. Il rouvrira ses portes avec une exposition internationale intitul\u00e9e &#8221; Le triomphe du Baroque &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> Vous avez \u00e9t\u00e9 le commissaire de l&#8217;exposition sur les architectures des ann\u00e9es 30, pr\u00e9sent\u00e9e dans ce mus\u00e9e en 1997. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-L. C. : <\/strong> Effectivement. Ce n&#8217;\u00e9tait d&#8217;ailleurs pas ma premi\u00e8re exposition. Auparavant, il y avait eu Paris-Moscou et le centenaire de Le Corbusier en 1979 et 1987 au Centre Pompidou, l&#8217;exposition permanente du Pavillon de l&#8217;Arsenal, et de nombreux projets aux Etats-Unis et en Allemagne&#8230; Ma premi\u00e8re vraie intervention sur Chaillot remonte \u00e0 1994, lorsque Jean-Marie P\u00e9rouse de Montclos et Jean-Marie Vincent r\u00e9fl\u00e9chissaient sur le &#8221; Centre du patrimoine &#8220;. A cette \u00e9poque j&#8217;avais fortement sugg\u00e9r\u00e9, et je m&#8217;\u00e9tais fait engueuler par le minist\u00e8re de l&#8217;Equipement qui en avait la tutelle, que l&#8217;Institut fran\u00e7ais d&#8217;architecture, une institution au potentiel \u00e9norme mais extr\u00eamement isol\u00e9e, rejoigne ce projet afin d&#8217;y insuffler une dimension contemporaine. Et, aujourd&#8217;hui, ma position n&#8217;a pas chang\u00e9 parce que la Cit\u00e9 de l&#8217;architecture et du patrimoine est avant tout l&#8217;anamorphose de la DAPA, cette grande direction du minist\u00e8re de la Culture qui regroupe l&#8217;ensemble des services du patrimoine et de l&#8217;architecture.<\/p>\n<p>* Directeur de l&#8217;Institut fran\u00e7ais d&#8217;architecture.<\/p>\n<p>1. Le Monde du 25-05-98, du 20-11-98 et du 24-11-98.<\/p>\n<p>2. Direction de l&#8217;Architecture et du Patrimoine, officiellement cr\u00e9\u00e9e en septembre dernier et dirig\u00e9e par Fran\u00e7ois Barr\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Jean-Louis Cohen <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1191","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1191","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1191"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1191\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1191"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1191"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}