{"id":1190,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/missions1190\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"missions1190","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1190","title":{"rendered":"Missions"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Dominique Pa\u00efni <\/p>\n<p>Voir aussi <strong> 1968, Langlois cong\u00e9di\u00e9 par Malraux****C&#8217;est en France, en 1933, qu&#8217;est n\u00e9e l&#8217;id\u00e9e de cin\u00e9math\u00e8que. On la doit \u00e0 Georges Franju et Henri Langlois qui fond\u00e8rent la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise en 1936. Elle s&#8217;appr\u00eate a entrer dans une nouvelle phase d&#8217;activit\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p>La Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise se pr\u00e9pare \u00e0 une nouvelle m\u00e9tamorphose. En l&#8217;an 2000, elle quittera le lieu mythique de Chaillot pour emm\u00e9nager dans les anciens locaux de l&#8217;American Center \u00e0 Bercy. Les enjeux d\u00e9passent le simple cadre g\u00e9ographique pour s&#8217;inscrire dans une red\u00e9finition de ses missions. M\u00eame si tout n&#8217;est pas encore arr\u00eat\u00e9, l&#8217;occasion se pr\u00eatait \u00e0 une rencontre avec l&#8217;actuel directeur, Dominique Pa\u00efni. Arriv\u00e9 en 1991, il a \u00e9t\u00e9 directeur du cin\u00e9ma le Studio 43, \u00e0 Paris, puis distributeur et producteur de r\u00e9alisateurs aussi exigeants que Straub-Huillet, Philippe Garrel et Juliet Berto. A ses yeux, la Cin\u00e9math\u00e8que s&#8217;ins\u00e8re dans le parcours d&#8217;un art, l&#8217;itin\u00e9raire d&#8217;un homme, Henri Langlois, et dans une volont\u00e9 &#8221; encyclop\u00e9dique, savante et enseignante &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> Quelles sont les grandes \u00e9tapes de l&#8217;histoire de la Cin\u00e9math\u00e8que ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Dominique Pa\u00efni : <\/strong> Il y en a cinq. 1936 avec la naissance. Puis pendant la guerre, lorsque Langlois a cach\u00e9 les films. Ensuite, la p\u00e9riode des ann\u00e9es 50 avec les grandes programmations et l&#8217;invention par Langlois, parall\u00e8lement aux Cahiers du Cin\u00e9ma, de la politique des auteurs. L&#8217;affaire Langlois de 1968 (voir encadr\u00e9) n&#8217;a qu&#8217;un int\u00e9r\u00eat secondaire. Elle n&#8217;annon\u00e7ait pas les \u00e9v\u00e9nements de Mai. Malraux a \u00e9t\u00e9 mal conseill\u00e9. Il s&#8217;est tromp\u00e9. Langlois a, en outre, tir\u00e9 ses conceptions de la programmation d&#8217;Andr\u00e9 Malraux. Relisez les Voix du silence. Il doit beaucoup \u00e0 sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me \u00e9tape intervient en 1972 avec l&#8217;ouverture, \u00e0 Chaillot, du Mus\u00e9e du Cin\u00e9ma. Au d\u00e9part, c&#8217;\u00e9tait une exposition temporaire. Elle a perdur\u00e9 anormalement. Mais, sans cela, il n&#8217;y aurait peut-\u00eatre plus rien aujourd&#8217;hui. Le dernier moment important est, sans fausse modestie, la p\u00e9riode actuelle. Il a fallu reconstruire cet endroit en mettant la cin\u00e9philie aux postes de commande. Avec le pr\u00e9sident, Jean Saint Geours, et moi-m\u00eame, la maison a retrouv\u00e9 un lien avec toute la profession du cin\u00e9ma. Les metteurs en sc\u00e8ne sont tr\u00e8s actifs \u00e0 la Cin\u00e9math\u00e8que. Ils si\u00e8gent au Conseil d&#8217;administration. Au mois de novembre, Alain Corneau et Jean Rouch \u00e9taient pr\u00e9sents pour accueillir Marco Bellochio, venu \u00e0 Paris pour une projection des Poings dans les poches. Le comit\u00e9 Ren\u00e9 Clair, mont\u00e9 pour lui rendre hommage, \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9 par Jean-Paul Rappeneau.<\/p>\n<p> <strong> Quelles sont les missions actuelles de la Cin\u00e9math\u00e8que ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. P. : <\/strong> Montrer des oeuvres rares, en faire d\u00e9couvrir certaines m\u00e9connues, d\u00e9fendre les cin\u00e9astes, les \u00e9critures singuli\u00e8res, faire mieux conna\u00eetre ce qu&#8217;on croit \u00eatre tr\u00e8s connu. Les films s&#8217;enrichissent les uns des autres. Comme le disait Matisse: &#8221; Les films naissent des films. &#8221; C&#8217;est un lieu de m\u00e9moire, ce qui ne veut pas dire un cimeti\u00e8re. La Cin\u00e9math\u00e8que remet au travail la m\u00e9moire. Mais, paradoxalement, le cin\u00e9ma ne doit pas devenir que cela. Il faut voir un long m\u00e9trage de Griffith ou Murnau comme une oeuvre vivante. Le film est toujours pr\u00e9sent dans le moment m\u00eame de son ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>Notre politique est tr\u00e8s ax\u00e9e sur la restauration. Dans les collections de la Cin\u00e9math\u00e8que, il y a une diversit\u00e9 importante, pr\u00e8s de 40 000 copies. On a travaill\u00e9 sur le cin\u00e9ma am\u00e9ricain, italien, allemand. Plus de 15 000 bo\u00eetes ne sont pas encore ouvertes. Nous tentons d&#8217;arriver au terme de nos collections sauv\u00e9es avec un maximum de films restaur\u00e9s. On a trouv\u00e9 un Vidor et un Capra perdus dans le monde entier. Des oeuvres n&#8217;existent qu&#8217;en exemplaire unique chez nous. Il n&#8217;y a m\u00eame pas de n\u00e9gatif ailleurs.<\/p>\n<p>Nous avons voulu \u00e9galement mettre l&#8217;accent sur la programmation. Il fallait davantage de place pour des secteurs du septi\u00e8me art qui n&#8217;\u00e9taient pas tr\u00e8s connus depuis de nombreuses ann\u00e9es: le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental et les films de s\u00e9rie B, au sein desquels il y a des perles. Le public devait \u00eatre aussi mieux inform\u00e9. Nous avons le journal de la Cin\u00e9math\u00e8que o\u00f9 est accompli un travail informatif et p\u00e9dagogique. Autre grand domaine: la formation avec un coll\u00e8ge d&#8217;enseignement du cin\u00e9ma et de son art. Des conf\u00e9rences et des colloques sont organis\u00e9s. Un effort est fait en direction du jeune public et des professeurs. Entre toutes ces activit\u00e9s, il y a un lien \u00e9vident qui se trouve \u00eatre la vocation prioritaire de la Cin\u00e9math\u00e8que. Enfin, l&#8217;\u00e9dition. Nous avons publi\u00e9 entre 25 et 30 livres. Et, r\u00e9guli\u00e8rement, para\u00eet la revue Cin\u00e9math\u00e8que.<\/p>\n<p> <strong> Comment l&#8217;Etat aide-t-il la Cin\u00e9math\u00e8que ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. P. : <\/strong> Une subvention de 23 millions de francs pour un budget de 31 millions de francs. On doit trouver le reste. L&#8217;Etat nous octroie, en plus, deux millions deux cent mille francs pour restaurer les films de nos collections.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;an 2000 verra le d\u00e9m\u00e9nagement de la Cin\u00e9math\u00e8que \u00e0 Bercy. Qu&#8217;en attendez-vous ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. P. : <\/strong> Un espace pour faire un Mus\u00e9e du Cin\u00e9ma r\u00e9nov\u00e9, refait dans des conditions contemporaines de mus\u00e9ographie. A la mesure de l&#8217;ampleur et de l&#8217;envergure intellectuelle et scientifique voulues par Langlois. Je souhaite une tr\u00e8s bonne librairie internationale, avec la possibilit\u00e9 d&#8217;y acheter des films en vid\u00e9ocassettes. Ce devrait \u00eatre un lieu de rencontre et d&#8217;accueil. Les gens pourraient manger, boire, attendre, se cultiver. Cet endroit doit \u00eatre extra-territorial pour \u00e9chapper aux app\u00e9tits commerciaux, \u00e0 la logique du profit et aux contraintes industrielles. Ce qui nous importe, d&#8217;abord, c&#8217;est qu&#8217;il y ait beaucoup de public pour voir les films. Tous les films doivent \u00eatre \u00e9gaux dans la programmation. Il va falloir combattre, r\u00e9sister aux formes de lois contraires \u00e0 cette libert\u00e9 et aux n\u00e9cessit\u00e9s de ne servir que les int\u00e9r\u00eats esth\u00e9tiques. Je suis s\u00fbr qu&#8217;aujourd&#8217;hui, le combat esth\u00e9tique est, avant tout, politique. Brecht affirmait que sa mani\u00e8re d&#8217;\u00eatre juste esth\u00e9tiquement \u00e9tait d&#8217;\u00eatre juste politiquement.<\/p>\n<p> <strong> En ce qui concerne le travail de conservation, un film tourn\u00e9 en 1999 a-t-il des chances de bien r\u00e9sister dans de bonnes conditions pour \u00eatre visible dans l&#8217;avenir ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> D. P. : <\/strong> Depuis quelque temps, oui. Par contre, tous les films tourn\u00e9s dans les ann\u00e9es 60, 70 et 80 sont en grand danger. Il va falloir proc\u00e9der \u00e0 des d\u00e9cisions aussi importantes que celles qui ont \u00e9t\u00e9 prises pour le d\u00e9but du muet. Des solutions scientifiques et techniques doivent \u00eatre trouv\u00e9es pour que les copies ne virent et ne perdent pas leur couleur. Nos services sont en train de se mobiliser. Pour l&#8217;essentiel, le grand cin\u00e9ma muet sera sauv\u00e9. Du moins, ce qu&#8217;on conna\u00eet. Gr\u00e2ce \u00e0 Langlois, on retrouve tout. Rien n&#8217;est perdu. Si la BIFI (Biblioth\u00e8que du Film o\u00f9 figure un pourcentage majoritaire de collections provenant de la Cin\u00e9math\u00e8que) a pu \u00eatre faite, c&#8217;est parce que Langlois \u00e9tait un conservateur admirable. Dans les ann\u00e9es 50, il n&#8217;avait aucun moyen pour accomplir son travail. Mais son combat a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9. Tout le monde s&#8217;inspire de sa conception de la Cin\u00e9math\u00e8que. M\u00eame les t\u00e9l\u00e9visions avec les cin\u00e9-clubs et les cha\u00eenes th\u00e9matiques.<\/p>\n<p>Langlois nous a l\u00e9gu\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment. Peut-\u00eatre y a-t-il trop de choses. Il faudrait presque trier, s\u00e9lectionner. C&#8217;est terrible. On ne peut plus englober le cin\u00e9ma dans sa totalit\u00e9. C&#8217;est ce que dit Jean-Luc Godard dans son histoire du cin\u00e9ma. Ce n&#8217;est plus possible depuis les ann\u00e9es 60. Il y a un tel d\u00e9veloppement des cin\u00e9matographies, y compris dans les cultures lointaines. Celles de l&#8217;Asie, par exemple. La mode est actuellement au patrimoine. Tout est \u00e0 garder, \u00e0 conserver.<\/p>\n<p>* Directeur de la cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Dominique Pa\u00efni <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1190","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1190","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1190"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1190\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1190"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1190"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1190"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}