{"id":1189,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/theatre1189\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"theatre1189","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1189","title":{"rendered":"Th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> A l&#8217;affiche en ce mois de janvier 1999, \u00e0 Paris, deux pi\u00e8ces de Fran\u00e7ois Bon: une com\u00e9die, Au buffet de la gare d&#8217;Angoul\u00eame, \u00e0 l&#8217; Artistic-Ath\u00e9vains, une trag\u00e9die, la Vie de Myriam C. (1), au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline. <\/p>\n<p>Les rapports de Fran\u00e7ois Bon avec le th\u00e9\u00e2tre ne sont pas simples. Dans un tr\u00e8s beau texte, l&#8217;unique sur le sujet, livr\u00e9 au Th\u00e9-\u00e2tre de la Colline, il dit ses r\u00e9ticences, sa d\u00e9fiance m\u00eame: &#8221; Je n&#8217;ai jamais voulu me forcer \u00e0 la rencontre d&#8217;un rituel dont je ne connais pas les marques. Le th\u00e9\u00e2tre n&#8217;appartient pas \u00e0 ma vie, du moins pas dans son ach\u00e8vement de forme par lumi\u00e8res, d\u00e9cor et sueur. Je franchis aujourd&#8217;hui cette barri\u00e8re, mais j&#8217;aurais voulu la franchir les mains vides. La franchir sans venir avec des mots. Entendez, sans ce texte explicatif qui accompagne le spectacle. &#8221; M\u00e9fiance donc. Peur de perdre le &#8221; silence &#8221; autour des mots qui fondent la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9: &#8221; Je n&#8217;ai jamais eu l&#8217;occasion de voir une pi\u00e8ce de Shakespeare repr\u00e9sent\u00e9e dans un th\u00e9\u00e2tre. Je crois que c&#8217;est par peur, par seule peur d&#8217;ab\u00eemer cela de silencieux qui vit par les livres transportant vers nous les textes de th\u00e9\u00e2tre. &#8221; M\u00e9fiance face \u00e0 la repr\u00e9sentation, du risque du reflet, de la &#8221; tranche de vie &#8220;. M\u00e9fiance face au traitement sc\u00e9nique de la parole qui peut la r\u00e9duire \u00e0 une simple conversation. Et, pourtant, fascination pour l&#8217;acteur capable de la restituer dans son \u00e9nergie, son imm\u00e9diatet\u00e9; fascination pour ce qui se passe, &#8221; ici et maintenant &#8221; sur le plateau, pour le monde qui se livre \u00e0 travers l&#8217;\u00e9nergie des corps, parce que la sc\u00e8ne est le lieu o\u00f9 quelque chose peut &#8221; advenir &#8220;.<\/p>\n<p>Une anecdote semble au coeur des rapports contradictoires que Fran\u00e7ois Bon entretient avec le th\u00e9\u00e2tre. Dans ce m\u00eame texte pr\u00e9cit\u00e9, il raconte qu&#8217;enfant, sortant un soir de chez un ami, un cheval attel\u00e9 \u00e0 une charrette arrivait dans la rue dans un vacarme tel qu&#8217;il prit peur, courut pour l&#8217;\u00e9viter et se retrouva perdu dans le marais. Plus tard dans l&#8217;ann\u00e9e, l&#8217;instituteur, pour une pi\u00e8ce faite avec la classe, demanda aux \u00e9l\u00e8ves de hennir: &#8221; J&#8217;avais encore en moi cette peur du cheval et l&#8217;instituteur a arr\u00eat\u00e9 tout le monde: moi seul hennissais avec cr\u00e9dibilit\u00e9. &#8221; Mais, le jour du spectacle, un v\u00e9ritable sentiment de honte: &#8221; Quand j&#8217;ai d\u00fb proc\u00e9der \u00e0 mon imitation, une autre peur avait remplac\u00e9 la premi\u00e8re et \u00e7a a rat\u00e9, compl\u00e8tement. &#8221; Anecdote fondatrice de la contradiction ? V\u00e9rit\u00e9 absolue du geste et de la parole qui s&#8217;originent au coeur de l&#8217;exp\u00e9rience humaine; m\u00e9diocrit\u00e9 et mensonge de l&#8217;imitation et de la re-pr\u00e9sentation. L&#8217;acte d&#8217;\u00e9crire tient chez lui de ce mouvement fondamental. Ni d\u00e9crire, ni raconter, ni expliquer le monde, mais trouver le lieu d&#8217;o\u00f9 l&#8217;\u00e9nergie jaillit, de telle mani\u00e8re que &#8221; l&#8217;innommable de notre monde &#8221; se dise et se montre.<\/p>\n<p>Pour tenter de rejoindre cette &#8221; \u00e9nergie &#8220;, l&#8217;atome enfoui dans l&#8217;informe fragment\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;aujourd&#8217;hui, Fran\u00e7ois Bon pratique, d\u00e8s 1986, des Ateliers d&#8217;\u00e9criture avec des exclus, des Rmistes, des d\u00e9tenus. Il n&#8217;a aucune illusion sur la fonction politique et sociale d&#8217;un tel geste, m\u00eame si les mots bruts de ces \u00eatres en d\u00e9rive le hantent et le traversent. Il n&#8217;y a rien de socio-culturel dans sa d\u00e9marche et l&#8217;\u00e9crivain sait, au contraire, qu&#8217;il a une dette \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de ceux qui sont le plus \u00e9loign\u00e9s du fait culturel. Pour comprendre, peut-\u00eatre faut-il partir de cette constatation faite au d\u00e9but des ann\u00e9es 80: &#8221; Il m&#8217;a sembl\u00e9 que j&#8217;\u00e9tais coup\u00e9 de quelque chose de vivant. Et cela s&#8217;est seulement r\u00e9tabli \u00e0 partir du moment o\u00f9 j&#8217;ai r\u00e9gress\u00e9, je veux dire o\u00f9 l&#8217;\u00e9criture a retrouv\u00e9 une fonction premi\u00e8re, originelle, qui est la prof\u00e9ration, la diction. &#8221; Peut-\u00eatre avoir retrouv\u00e9 cette fonction premi\u00e8re en se confrontant au lieu d&#8217;une violence radicale, l\u00e0 o\u00f9 tout bascule.<\/p>\n<p> <strong> A l&#8217;\u00e9coute de cette violence radicale, l\u00e0 o\u00f9 tout bascule <\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bon n&#8217;est pas tant \u00e0 la recherche d&#8217;un langage, qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9coute de ce &#8221; lieu de violence &#8221; chez ceux qui, en errance et en rupture, laissent sourdre une v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e de notre monde, \u00e0 travers la mani\u00e8re brutale et primordiale qu&#8217;ils ont d&#8217;agencer les mots. &#8221; D\u00e9couvrir comment, chez ceux-l\u00e0, ces mots t\u00e9moignent sans le nommer de ce qui se passe en dehors d&#8217;eux &#8220;, dit-il \u00e0 propos du travail qu&#8217;il fit \u00e0 Tours. Il y a anim\u00e9 un stage avec dix acteurs professionnels. Ensemble, ils sont all\u00e9s aux franges de la ville pour tenter de la nommer. Voil\u00e0 l&#8217;origine de Au buffet de la gare d&#8217;Angoul\u00eame, la pi\u00e8ce aujourd&#8217;hui mise en sc\u00e8ne par Gilles Bouillon au Th\u00e9\u00e2tre Artistic-Ath\u00e9vain. C&#8217;est une com\u00e9die qui se passe enti\u00e8rement dans un lieu \u00e0 la fois clos et ouvert (la gare), un lieu d&#8217;errance &#8221; exterritorialis\u00e9 &#8220;, une sorte de non-lieu o\u00f9 des rencontres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, hasardeuses r\u00e9v\u00e8lent la solitude des \u00eatres, l&#8217;impossibilit\u00e9 du lien social. Pendant une heure et demie (c&#8217;est la dur\u00e9e du retard du TGV pour Paris, pour cause d&#8217;accident ou de suicide), six personnages sont oblig\u00e9s de se faire face, se regarder et s&#8217;adresser la parole. Il y a deux actrices, une star connue par la t\u00e9l\u00e9vision, et une plus jeune, un voyageur de commerce, un serveur, une fille en marge et Carcasse qui zone dans la gare pour dealer. Autant de personnages embl\u00e9matiques d&#8217;une ville d&#8217;aujourd&#8217;hui, ou plut\u00f4t de ce qu&#8217;elle g\u00e9n\u00e8re comme violence et \u00e9tranget\u00e9, marges et r\u00e9seaux, territoires parall\u00e8les. Pendant cette suspension du temps, la parole \u00e9chang\u00e9e va r\u00e9v\u00e9ler les craquements, les failles ou les fractures de personnages apparemment lisses.<\/p>\n<p> <strong> Nommer l&#8217;inconnu du monde, l&#8217;enjeu du th\u00e9\u00e2tre <\/strong><\/p>\n<p>Vie de Myriam C., mise en sc\u00e8ne par Charles Tordjman au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline, trouve, elle, sa source dans un \u00e9v\u00e9nement r\u00e9el. Lors d&#8217;un stage que Fran\u00e7ois Bon a anim\u00e9 \u00e0 Lod\u00e8ve, une jeune femme, m\u00e8re de trois enfants, lui a remis un texte avant de se suicider: &#8221; J&#8217;ai des choses tr\u00e8s importantes \u00e0 te communiquer et je voudrais que tu l&#8217;arranges afin que ce soit lisible &#8220;. Et puis: &#8221; Si j&#8217;en parle et si je r\u00e9agis, c&#8217;est que j&#8217;ai vu de mes yeux la souffrance des pauvres qui n&#8217;avaient que cette alternative pour ne plus penser ni au ch\u00f4mage ni ce stage \u00e0 la con &#8220;. Un long texte qui hante la m\u00e9moire de Fran\u00e7ois Bon qui est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&#8217;origine d&#8217;un livre: C&#8217;\u00e9tait toute une vie.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit aujourd&#8217;hui une trag\u00e9die contemporaine avec un Choeur, un Destin et une H\u00e9ro\u00efne dont les transgressions, \u00e0 l&#8217;instar des grands h\u00e9ros mythiques, vient interroger l&#8217;ordre du monde. Myriam C., personnage, fant\u00f4me ou voix, constitue une sorte de point aveugle, un myst\u00e8re qu&#8217;interrogent sur sc\u00e8ne sa m\u00e8re, sa soeur, Morgan son ami, Bebel, le compagnon de sa m\u00e8re et les trois femmes du Choeur. Comme dans la Gr\u00e8ce antique, un d\u00e9sir de th\u00e9\u00e2tre politique au sens le plus large, quand la soci\u00e9t\u00e9 tente une repr\u00e9sentation d&#8217;elle-m\u00eame, alors m\u00eame que, dans les apparences fragment\u00e9es, la t\u00e2che para\u00eet impossible. Donner une forme au Chaos pour essayer de le comprendre. Avec ces deux pi\u00e8ces qui sont des commandes de metteurs en sc\u00e8ne, Fran\u00e7ois Bon accepte donc le d\u00e9fi du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Nommer l&#8217;inconnu du monde, tel est l&#8217;enjeu de la litt\u00e9rature et du th\u00e9\u00e2tre. Parlant de Vie de Myriam C., Fran\u00e7ois Bon conclut: &#8221; A qui cela appartient, th\u00e9\u00e2tre, litt\u00e9rature ou simple devoir de m\u00e9moire dans la ville, ou humble mouvement commun et n\u00e9cessaire vers l&#8217;obscure origine qui nous fonde, on le laissera d\u00e9cider \u00e0 d&#8217;autres.<\/p>\n<p>1. Fran\u00e7ois Bon \u00e9tait connu jusqu&#8217;ici pour ses romans: le Crime de Buzon, Fait divers, et pour des textes dont le statut et le genre \u00e9taient \u00e0 peu pr\u00e8s inclassables: Parking (1996), puis Prison et Impatience (1998). Les gens de th\u00e9\u00e2tre se sont tr\u00e8s t\u00f4t int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ces textes, \u00e0 l&#8217;oralit\u00e9 tr\u00e8s forte et o\u00f9 l&#8217;\u00e9criture est un acte par lequel &#8221; la modernit\u00e9 &#8221; (au sens o\u00f9 Baudelaire employait ce mot) se donne plus qu&#8217;elle n&#8217;est racont\u00e9e. L&#8217;\u00e9crivain est &#8221; artiste associ\u00e9 &#8221; au Centre dramatique r\u00e9gional de Tours et travaille avec son directeur Gilles Bouillon depuis une dizaine d&#8217;ann\u00e9es. Par ailleurs, il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps qu&#8217;il a rencontr\u00e9 Charles Tordjman, directeur du Th\u00e9\u00e2tre de la Manufacture \u00e0 Nancy.<\/p>\n<p>Au buffet de la gare d&#8217;Angoul\u00eame, de Fran\u00e7ois Bon, mis en sc\u00e8ne par Gilles Bouillon. Paris, Th\u00e9\u00e2tre Artistic-Ath\u00e9vains, du lundi 4 janvier au dimanche 21 f\u00e9vrier. Informations: 01 43 56 38 32 En tourn\u00e9e \u00e0 Angers, Nouveau Th\u00e9\u00e2tre d&#8217;Angers, du mardi 19 janvier au vendredi 22 janvier \u00e0 20H30. Informations: 02 41 88 37 80. A Rouen, Th\u00e9\u00e2tre des 2 Rives, du mardi 20 avril au vendredi 7 mai, mardi, samedi, \u00e0 20H30, dimanche \u00e0 17H, mercredi, jeudi, vendredi \u00e0 19H30. Informations: 02 35 89 63 41<\/p>\n<p>Vie de Myriam C., de Fran\u00e7ois Bon, mis en sc\u00e8ne par Charles Tordjman. Paris, Th\u00e9\u00e2tre de la Colline, du mercredi au samedi \u00e0 21 h; les mardis \u00e0 19h. D\u00e9bat le mardi 2 f\u00e9vrier. Informations: 01 44 62 52 52<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> A l&#8217;affiche en ce mois de janvier 1999, \u00e0 Paris, deux pi\u00e8ces de Fran\u00e7ois Bon: une com\u00e9die, Au buffet de la gare d&#8217;Angoul\u00eame, \u00e0 l&#8217; Artistic-Ath\u00e9vains, une trag\u00e9die, la Vie de Myriam C. 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