{"id":1188,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/collage1188\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"collage1188","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1188","title":{"rendered":"Collage"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Th\u00e9ophile de Viau <\/p>\n<p>a \u00e9crit au XVIIe si\u00e8cle quelques-uns des plus beaux po\u00e8mes de la langue fran\u00e7aise. Beaux pour leur musique, beaux pour ce qu&#8217;ils laissent entendre du go\u00fbt du po\u00e8te pour la vie, de sa confiance dans ses semblables, en ces temps encore secou\u00e9s par les massacres des guerres de religion. &#8220;Il a cru, \u00e9crivait il y a quelques ann\u00e9es Jean Tortel (Un certain XVIIe, Andr\u00e9 Dimanche, \u00e9diteur), qu&#8217;il \u00e9tait bon (moralement bon), de rechercher sans hypocrisie le bonheur terrestre, de vivre &#8220;conforme \u00e0 sa nature&#8221;, quitte \u00e0 conduire le beau d\u00e9sir jusqu&#8217;o\u00f9 vous poussent les plus secr\u00e8tes exigences. Il a cru qu&#8217;il \u00e9tait bon de d\u00e9barrasser l&#8217;homme de croyances incompr\u00e9hensibles, de le laver des terreurs provoqu\u00e9es par d&#8217;absurdes croyances&#8221;. Sans doute \u00e9tait-ce trop t\u00f4t pour ce si\u00e8cle malade de la bigoterie sur laquelle Louis XIV allait bient\u00f4t asseoir son pouvoir. Ses \u00e9crits furent condamn\u00e9s, lui-m\u00eame accus\u00e9 par des sermons en chaire de tout ce qui \u00e9tait par ces pr\u00e9dicateurs tenu pour p\u00e9ch\u00e9, de la m\u00e9cr\u00e9ance \u00e0 la sodomie. S&#8217;\u00e9tant enfui, il fut br\u00fbl\u00e9 en effigie en Place de Gr\u00e8ve. Rattrap\u00e9, jet\u00e9 en prison \u00e0 la Conciergerie dans les basses fosses d&#8217;une tour, c&#8217;est de l\u00e0 qu&#8217;il \u00e9crira, pour sa d\u00e9fense ou pour se plaindre de ses amis qui l&#8217;avaient abandonn\u00e9, tout autant sans doute que pour garder espoir en la vie, quelques-uns de ses vers les plus lumineux. Ainsi: &#8220;Je cueillerai ces abricots \/ Les fraises \u00e0 couleur de flamme&#8230;&#8221; ou encore, \u00e9voquant les bords de Garonne o\u00f9 il \u00e9tait n\u00e9, et o\u00f9, se dit-il alors, il aurait d\u00fb rester: &#8220;J&#8217;aurais eu le plaisir de boire \u00e0 petits traits \/ D&#8217;un vin clair, p\u00e9tillant et d\u00e9licat, et frais \/ Qu&#8217;un terroir assez maigre et tout coup\u00e9 de roches \/ Produit heureusement sur des montagnes proches&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Enfin lib\u00e9r\u00e9, mais banni du royaume, toujours plus ou moins se cachant, il devait mourir \u00e0 trente-six ans \u00e0 Paris, en 1626. C&#8217;est avec Th\u00e9ophile de Viau que Jacques Pr\u00e9vot ouvre le tome I des Libertins du XVIIe si\u00e8cle qu&#8217;il vient de publier dans la Pl\u00e9iade. Fa\u00e7on de donner le ton et pour qu&#8217;on ne confonde pas ces libertins-l\u00e0 avec des praticiens du libertinage, tel qu&#8217;on l&#8217;entend ordinairement. Il y avait danger \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 penser et \u00e0 vivre comme le faisaient Th\u00e9ophile de Viau, Cyrano de Bergerac, Gassendi et quelques autres, si pr\u00e8s du temps o\u00f9 avaient \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9s et livr\u00e9s au b\u00fbcher Giordano Bruno en Italie (1600), Vanini \u00e0 Toulouse (1619). Jacques Pr\u00e9vot dit cela dans une forte pr\u00e9face et dans les notes qui accompagnent chacun des auteurs et des textes publi\u00e9s. Elles font de ce livre un outil pr\u00e9cieux pour qui veut comprendre ce si\u00e8cle un peu trop souvent ossifi\u00e9 par les tenants du &#8220;classicisme&#8221; et pour mieux apprendre \u00e0 vivre en notre vingti\u00e8me si\u00e8cle. Car ces hommes furent des g\u00e9ants, qui s&#8217;interrog\u00e8rent, dit Jacques Pr\u00e9vot, &#8220;sur les m\u00e9faits de l&#8217;ignorance et sur le caract\u00e8re institutionnel de la frayeur satanique&#8221; et qui refus\u00e8rent &#8220;de soumettre leur conscience aux jugements pr\u00e9fabriqu\u00e9s&#8221;. M\u00e9rite suppl\u00e9mentaire de cette pr\u00e9face et de ces notes: nourries d&#8217;une immense \u00e9rudition, elles n&#8217;en sont pas moins passionn\u00e9es. Et combatives. A l&#8217;image des \u00e9crivains ici publi\u00e9s. Car ce sont bien entendu leurs textes, dont certains tr\u00e8s peu connus, qui font le prix de ce livre qui donne id\u00e9e des capacit\u00e9s de r\u00e9sistance de l&#8217;homme.<\/p>\n<p> <strong> Bernard Chard\u00e8re, <\/strong><\/p>\n<p>tous les cin\u00e9philes (enfin, ceux d&#8217;un certain \u00e2ge) le connaissent. Il fonda la revue Positif au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, cr\u00e9a \u00e0 Lyon la soci\u00e9t\u00e9 de production &#8221; Les Films du Galion &#8220;, structure d\u00e9centralis\u00e9e comme on ne disait pas alors, et les \u00e9ditions &#8220;Premier plan&#8221; et r\u00e9alisa, entre autres, un tr\u00e8s beau court m\u00e9trage, les Canuts. Journaliste, \u00e9crivain, auteur de livres sur les fr\u00e8res Lumi\u00e8re ou Pr\u00e9vert, il fut de l&#8217;ouverture de l&#8217;Institut Lumi\u00e8re toujours \u00e0 Lyon dont il fait sa base op\u00e9rationnelle. Bref, il a v\u00e9cu, ce qui ne nous rajeunit gu\u00e8re, et il vient de lui arriver une tr\u00e8s belle aventure: il a retrouv\u00e9 ses vingt-cinq ans dans la poussi\u00e8re de la maison familiale. Dans le grenier, bien s\u00fbr. Ses vingt-cinq ans, soit le journal que, appel\u00e9 comme sursitaire au service militaire en 1955, il tint entre Clermont-Ferrand o\u00f9 il fit ses classes et divers lieux de la fronti\u00e8re tuniso-alg\u00e9rienne o\u00f9 il fut radio. Il publie ces notes, brutes de d\u00e9coffrage, sous le titre faussement modeste de Carnets de gu\u00e8re (\u00e9ditions Climats 34 170 Castelnau-le-Lez). Notations au jour le jour, coupures de presse, lettres d&#8217;amis, il y a de tout dans ce journal d&#8217;un deuxi\u00e8me classe dont aucune \u00e9cole d&#8217;EOR ni peloton d&#8217;\u00e9l\u00e8ves sous-officiers ne voulurent pour cause de mauvais esprit. De tout, mais surtout quelque chose comme un art de vivre, de se garder droit en cette sombre p\u00e9riode de la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie o\u00f9 pas mal de consciences firent naufrage. Sa r\u00e9sistance \u00e0 lui. Le 2 f\u00e9vrier, alors qu&#8217;il est, depuis trois mois et demi, \u00e0 tra\u00eener son treillis \u00e0 la caserne de Clermont-Ferrand, et qu&#8217;il est en prison pour trente jours, il \u00e9crit: &#8220;G\u00e9rer une politique personnelle du temps: au bout d&#8217;un mois de prison, cela fera bient\u00f4t six, c&#8217;est-\u00e0-dire le tiers&#8230; d\u00e9j\u00e0 (il faut y croire, \u00e0 ce d\u00e9j\u00e0). Des &#8220;exercices d&#8217;un enterr\u00e9 vif&#8221; \u00e0 mener avec d\u00e9sinvolture et application \u00e0 la fois; surtout, ne pas songer aux jours, aux semaines, mais au courrier, aux journaux, \u00e0 Positif; s&#8217;efforcer de &#8220;penser civil&#8221;, car entrer dans leur syst\u00e8me militaire, c&#8217;est leur donner prise&#8230;&#8221; Il y a l\u00e0 une \u00e9l\u00e9gance qui est celle de ce gar\u00e7on rebelle (et qui se r\u00e9jouit tellement, publiant cela aujourd&#8217;hui, de se reconna\u00eetre) mais aussi celle d&#8217;un temps o\u00f9 Roger Vailland \u00e9crivait sur le cardinal de Bernis et o\u00f9 Pierre Kast filmait comme si Marivaux avait invent\u00e9 le cin\u00e9matographe.<\/p>\n<p> <strong> Luc Moullet <\/strong><\/p>\n<p>est un cin\u00e9aste atypique, et l&#8217;un des plus inventifs de la g\u00e9n\u00e9ration qui entra en cin\u00e9ma au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante. En 1971, il r\u00e9alisait Une aventure de Billy le Kid, western bas-alpin avec Jean-Pierre L\u00e9aud dans un de ses meilleurs r\u00f4les, d\u00e9marche de Groucho Marx, imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9 du regard de Buster Keaton. Un grand film tr\u00e8s dr\u00f4le, dans les montagnes de la Haute-Provence que Luc Moullet aimait tellement arpenter que cet amour se lit dans l&#8217;image m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce film n&#8217;est jamais sorti en France, sauf dans des festivals ou cin\u00e9-clubs, ni au moment o\u00f9 il fut achev\u00e9, ni depuis. C&#8217;est qu&#8217;il reste un objet inclassable, dans un pays o\u00f9 l&#8217;on aime les \u00e9tiquettes. Il ne connut une carri\u00e8re honorable qu&#8217;en Am\u00e9rique latine, sous le titre A Girl is a Gun, du nom de la ballade qui, entre ironie et tendresse, scande ses moments forts. Les neuvi\u00e8mes rencontres cin\u00e9matographiques de Seine-Saint-Denis avaient, \u00e0 la fin du mois de novembre, choisi comme th\u00e8me unificateur, de s&#8217;intituler &#8220;R\u00e9sistances&#8221; et, pour bien marquer que ce titre pouvait n&#8217;avoir pas qu&#8217;un sens imm\u00e9diatement politique, donn\u00e8rent une &#8221; carte blanche &#8221; \u00e0 Jean-Marie Straub et Dani\u00e8le Huillet, embl\u00e8mes de la r\u00e9sistance \u00e0 toutes les contraintes dans lesquelles se laisse trop souvent enfermer le cin\u00e9ma. Naturellement, on put voir alors quelques-uns de leurs films, mais aussi Une aventure de Billy le Kid, qu&#8217;ils avaient tenu \u00e0 pr\u00e9senter eux-m\u00eames. Etonnante soir\u00e9e, avec Jean-Marie Straub marchant de long en large devant l&#8217;\u00e9cran pour r\u00e9pondre \u00e0 toutes les questions et rappelant que, malgr\u00e9 la pr\u00e9carit\u00e9 dans laquelle ils vivaient, avec Dani\u00e8le Huillet, ils \u00e9taient des privil\u00e9gi\u00e9s, &#8220;parce que, ajoutait-il, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 faire 99% de ce que nous voulions faire&#8221;. Pour ajouter cependant: &#8220;R\u00e9sister, bien s\u00fbr, on est content d&#8217;avoir fait \u00e7a toute notre vie, mais \u00e7a fatigue, on ne vient \u00e0 marcher comme Groucho Marx, (ce qu&#8217;il mime aussit\u00f4t, reins ploy\u00e9s), on a les reins malades, les nerfs malades. et puis, \u00e0 chaque film, la libert\u00e9 se restreint &#8220;.<\/p>\n<p>Chronique \u00e9crite, en ces jours de souhaits de bonne ann\u00e9e, pour rappeler que si, de si\u00e8cle en si\u00e8cle, il ne fut jamais facile de r\u00e9sister, on ne saurait pourtant vivre qu&#8217;ainsi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Th\u00e9ophile de Viau <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1188","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1188","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1188"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1188\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1188"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1188"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1188"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}