{"id":1184,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jardins-secrets1184\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"jardins-secrets1184","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1184","title":{"rendered":"Jardins secrets"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Jean-Claude Lebrun <\/p>\n<p><strong> Jean-Claude Lebrun, vous \u00eates un critique litt\u00e9raire particuli\u00e8rement estim\u00e9 des \u00e9crivains que vous suivez depuis de longues ann\u00e9es. Quel regard portez-vous sur nos nouvellistes et la nouvelle en tant que genre, aujourd&#8217;hui ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Jean-Claude Lebrun : <\/strong> La nouvelle, en France, contrairement aux Etats-Unis, \u00e0 l&#8217;Angleterre et \u00e0 l&#8217;Allemagne, est un genre peu ou mal reconnu, consid\u00e9r\u00e9 souvent comme mineur. Nous avons pourtant une histoire de la nouvelle, en France, avec de grands auteurs, notamment au XIXe si\u00e8cle, et certains de nos auteurs contemporains sont de grands nouvellistes. Je dirai de ceux-ci que ce sont des &#8221; inconnus c\u00e9l\u00e8bres &#8220;, parce que, en tant que nouvellistes, on les conna\u00eet peu, m\u00eame ceux qui sont importants, comme, par exemple, Annie Saumont, Claude Pujade-Renaud, Georges-Olivier Ch\u00e2teaureynaud, Marcel Schneider ou Eric Faye, un jeune auteur qui se lance dans la nouvelle un peu \u00e0 la mani\u00e8re de Kafka ou de Buzzati&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Les \u00e9diteurs, obs\u00e9d\u00e9s par le &#8221; march\u00e9 &#8220;, sont-ils responsables de cette situation ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. L. : <\/strong> Oui, il y a des barrages. Il existe une demande consid\u00e9rable de romans, mais, par principe, on pense que la nouvelle n&#8217;est pas &#8221; porteuse &#8220;, donc &#8221; vendeuse &#8220;. Il faut parfois avoir \u00e9crit plusieurs romans pour avoir le droit de sortir un recueil de nouvelles&#8230; Beaucoup d&#8217;\u00e9crivains \u00e9crivent des nouvelles en cachette, clandestinement, m\u00eame des \u00e9crivains renomm\u00e9s. Il faut dire aussi que les critiques &#8221; relaient &#8221; rarement. Pour ma part, syst\u00e9matiquement, je consacre des critiques \u00e0 des nouvellistes, mais, dans la presse, combien de grandes chroniques sont consacr\u00e9es \u00e0 des nouvelles ? Presque pas.<\/p>\n<p> <strong> Comment d\u00e9finiriez-vous la nouvelle par rapport au roman ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. L. : <\/strong> La nouvelle se distingue compl\u00e8tement du roman, au moins par sa relation avec le temps et par son mode de fonctionnement. Avec le roman, on travaille sur la longue dur\u00e9e, l&#8217;\u00e9criture peut emprunter des voies de traverse, suivre des pentes, s&#8217;engager dans diff\u00e9rents domaines. Avec la nouvelle, le temps est compt\u00e9, il faut aller tr\u00e8s vite, dans l&#8217;efficacit\u00e9, avec une information resserr\u00e9e et une action sans possibilit\u00e9 de d\u00e9viation.<\/p>\n<p>Quelle que soit sa dur\u00e9e, le roman fonctionne par &#8221; concr\u00e9tion &#8220;, \u00e0 la fa\u00e7on d&#8217;une hu\u00eetre perli\u00e8re. Les couches narratives s&#8217;agglom\u00e8rent, dues aux libert\u00e9s laiss\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9criture et aux reprises en main du romancier. La nouvelle, elle, ressemble plut\u00f4t \u00e0 un diamant, c&#8217;est-\u00e0-dire qu&#8217;elle fonctionne par &#8221; \u00e9limination &#8220;. L&#8217;auteur enl\u00e8ve successivement des \u00e9l\u00e9ments, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il arrive \u00e0 un objet parfait, avec des facettes compl\u00e8tement taill\u00e9es.<\/p>\n<p> <strong> Et comment situeriez-vous la nouvelle par rapport au texte court ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. L. : <\/strong> Le texte court, c&#8217;est une nouvelle qui, en fait, va vers le roman. On s&#8217;y permet d\u00e9j\u00e0 une certaine libert\u00e9 avec le temps, on ouvre des pistes qui, contrairement \u00e0 celles de la nouvelle, ne seront pas forc\u00e9ment referm\u00e9es.<\/p>\n<p> <strong> Peut-on dire que la nouvelle a une autre fa\u00e7on que le roman de se placer devant la r\u00e9alit\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. L. : <\/strong> La nouvelle recoupe les &#8221; champs &#8221; habituels du roman, g\u00e9n\u00e9ralement. Cela dit, dans la mesure o\u00f9 elle doit aller vite \u00e0 son but, elle est sans doute capable de toucher une cible plus rapidement et directement. Le roman l&#8217;atteint aussi, mais par des voies p\u00e9riph\u00e9riques, ou de fa\u00e7on sinuso\u00efdale. Le rapport de la nouvelle \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 n&#8217;est pas sup\u00e9rieur \u00e0 celui du roman, il est d&#8217;un autre ordre.<\/p>\n<p> <strong> Et quand la nouvelle tire du c\u00f4t\u00e9 du reportage ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. L. : <\/strong> Alors l\u00e0, c&#8217;est un autre probl\u00e8me. La question du &#8221; litt\u00e9raire &#8221; se pose. Je pense que le travail sp\u00e9cifiquement litt\u00e9raire de la nouvelle implique une certaine infid\u00e9lit\u00e9 au r\u00e9el pour mieux y revenir.<\/p>\n<p> <strong> Avec la nouvelle, sorte de &#8221; mod\u00e8le r\u00e9duit &#8220;, comment, selon vous, jouent la langue et l&#8217;\u00e9criture ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. L. : <\/strong> La langue peut gambader dans le roman, alors que la nouvelle repr\u00e9sente un exercice de discipline d&#8217;\u00e9criture. Il y a des choix linguistiques impos\u00e9s par la nouvelle, qui sont libres dans le roman, et aussi une &#8221; tonalit\u00e9 &#8221; qui, d\u00e8s les premiers mots, doit \u00eatre tenue. Le roman, c&#8217;est de la musique symphonique, la nouvelle s&#8217;apparente \u00e0 une suite de Bach&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Peut-on consid\u00e9rer que certains auteurs utilisent leurs nouvelles comme des sortes de &#8221; bancs d&#8217;essai &#8221; pour leurs romans futurs ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. L. : <\/strong> Prenons le cas d&#8217;Andr\u00e9 Stil qui a r\u00e9guli\u00e8rement altern\u00e9 romans et nouvelles, nous voyons qu&#8217;il a besoin de ces deux \u00e9critures, presque en simultan\u00e9. Claude Pujade-Renaud fonctionne aussi selon ce syst\u00e8me. C&#8217;est un besoin de vivre l&#8217;\u00e9criture de deux mani\u00e8res diff\u00e9rentes, qui ne sont pas forc\u00e9ment compl\u00e9mentaires, mais l&#8217;absence de l&#8217;une serait pr\u00e9judiciable \u00e0 l&#8217;autre&#8230; Il y a besoin d&#8217;\u00e9crire \u00e0 deux mains \u00e0 tout moment. Et ces deux mains peuvent compl\u00e8tement s&#8217;ignorer. Il s&#8217;agit moins, \u00e0 mon avis, de plages de respiration ou de pr\u00e9paration que du besoin de &#8221; se recaler &#8221; par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Votre travail de critique est-il diff\u00e9rent selon que vous vous trouvez devant un recueil de nouvelles ou un roman ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. L. : <\/strong> Je lis les nouvelles plus lentement que les romans. Je ne peux lire qu&#8217;une nouvelle par jour, alors que je lis un roman &#8221; dans la coul\u00e9e &#8220;, sans difficult\u00e9. Cela parce qu&#8217;il faut, \u00e0 chaque nouvelle, changer de monde, d&#8217;ambiance, de couleur d&#8217;\u00e9criture. Chez le m\u00eame \u00e9crivain, l&#8217;\u00e9criture peut varier \u00e9norm\u00e9ment d&#8217;une nouvelle \u00e0 l&#8217;autre&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Pour conclure ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J.-C. L. : <\/strong> Je dirai qu&#8217;il y a un vrai travail \u00e0 faire au sujet de la nouvelle. Il faut mettre en avant la nouvelle comme un genre litt\u00e9raire \u00e0 part enti\u00e8re, au m\u00eame titre que le roman et la po\u00e9sie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Jean-Claude Lebrun <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1184","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1184","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1184"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1184\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1184"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1184"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1184"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}