{"id":1183,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jardins-secrets1183\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"jardins-secrets1183","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1183","title":{"rendered":"Jardins secrets"},"content":{"rendered":"<p>Chez nous, la nouvelle est la petite soeur pauvre du roman. Dans l&#8217;ombre des combats glorieux de son grand fr\u00e8re, elle conna\u00eet de br\u00e8ves &#8211; parfois tr\u00e8s belles &#8211; aventures, mais qui restent cach\u00e9es. Pourtant, quand on explore ses jardins secrets, que de d\u00e9couvertes, de r\u00e9v\u00e9lations, de tr\u00e9sors ! Nous n&#8217;avons pu interroger tous ceux et celles, nombreux, qui fr\u00e9quentent le fr\u00e8re et la soeur. Les t\u00e9moignages recueillis font \u00e9tat de points communs et de divergences. Il appara\u00eet en tout cas que la fille est ardente, press\u00e9e, audacieuse quoique modeste&#8230; Un jour ou l&#8217;autre, il faudra bien qu&#8217;elle fasse son entr\u00e9e dans le monde.<\/p>\n<p>Rencontres avec Jean-Claude Lebrun, Fran\u00e7ois Salvaing, Jo\u00ebl Schmidt, Annie Saumont, Brigitte Aubonnet, Mich\u00e8le Gazier, Mario Pasa, Georges-Olivier Ch\u00e2teaureynaud, Claude Pujade-Renaud et Daniel Zimmermann.<\/p>\n<p> <strong> Fran\u00e7ois Salvaing: L&#8217;effet poudre <\/strong><\/p>\n<p>Quand j&#8217;\u00e9cris une nouvelle, je cherche &#8221; la foudre &#8220;. Une trajectoire nette, vive, fulgurante, qui va vers sa fin, parfois avec des m\u00e9andres, mais toujours avec un mouvement souterrain imparable. Il arrive que ce soit seulement en cours de route que je d\u00e9couvre ce que l&#8217;histoire a de foudroyant&#8230; Quand je m&#8217;ensable, c&#8217;est que la nouvelle n&#8217;est pas bonne, alors je l&#8217;abandonne.<\/p>\n<p>Par rapport \u00e0 ce feu, le roman ressemble \u00e0 de l&#8217;eau libre, avec des digressions possibles, des d\u00e9rives, des bras morts. Mais si je n&#8217;avais pas \u00e9crit de nouvelles, mes romans ne seraient pas ce qu&#8217;ils sont, en particulier le plus r\u00e9cent, la Bo\u00eete (Fayard), au trajet net, un ensemble de segments aux histoires entrem\u00eal\u00e9es&#8230; Peut-\u00eatre m\u00eame ces romans-l\u00e0 n&#8217;auraient-ils jamais \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Je suis un \u00e9crivain &#8220;hors norme&#8221;, qui change constamment de curiosit\u00e9s, de domaines \u00e0 explorer. De purs d\u00e9sastres (Balland, 1990, et Folio), c&#8217;est la tentative d&#8217;organiser des textes (parfois tr\u00e8s brefs, cinq \u00e0 dix lignes) autour d&#8217;un th\u00e8me: l&#8217;invasion, la conqu\u00eate et l&#8217;enlisement du conqu\u00e9rant, avec une couleur historique corrod\u00e9e par des \u00e9l\u00e9ments anachroniques. La Mar\u00e9e du si\u00e8cle (Fayard, 1997) est un recueil de nouvelles qui ont pour seul point commun le &#8221; je &#8221; des diff\u00e9rents narrateurs et narratrices. Au contraire de Purs d\u00e9sastres, l&#8217;effet recherch\u00e9 est l&#8217;effet de r\u00e9el. J&#8217;ai compris avec ce recueil qu&#8217;il ne faut pas alors reproduire simplement les choses, si \u00e9tonnantes soient-elles. Tout se joue dans l&#8217;\u00e9criture avec une &#8220;pr\u00e9sence&#8221; nouvelle, l&#8217;apport de l&#8217;imagination, parfois m\u00eame la perversion sur l&#8217;histoire. <\/p>\n<p> <strong> Jo\u00ebl Schmidt: A l&#8217;\u00e9tat libre <\/strong><\/p>\n<p>Bien que j&#8217;ai toujours des histoires dans la t\u00eate, je n&#8217;ai \u00e9crit des nouvelles que sur commande, je ne me vois pas \u00e9crivant un recueil de nouvelles. Pour moi la nouvelle doit rester \u00e0 l&#8217;\u00e9tat libre, les miennes se trouvent volontairement dispers\u00e9es, j&#8217;en ai m\u00eame perdues beaucoup ! Une nouvelle ne peut constituer un r\u00e9sum\u00e9 de roman, mais elle peut \u00eatre un tremplin pour un roman. Dans les deux cas, pour moi, m\u00eame \u00e9criture, m\u00eame climat, m\u00eames types de personnages solitaires, \u00e9tranges&#8230;<\/p>\n<p>La nouvelle correspond \u00e0 un genre litt\u00e9raire pr\u00e9cis, qui a ses lois et ses r\u00e8gles, dont celle des trois unit\u00e9s. Elle doit \u00eatre \u00e9crite dans l&#8217;instant, la lin\u00e9arit\u00e9, tr\u00e8s vite, d&#8217;un seul jet, avec un suspense et une chute finale. Si, pour moi, la nouvelle r\u00e9pond \u00e0 une impulsion ext\u00e9rieure, le roman, lui, ob\u00e9it \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure. La premi\u00e8re est de l&#8217;ordre du plaisir, le second, du d\u00e9sir ! Ce qui ne veut pas dire que le fait d&#8217;\u00e9crire une nouvelle ne doive pas \u00eatre pris au s\u00e9rieux ! &#8221;<\/p>\n<p> <strong> Brigitte Aubonnet: Place aux inconnus <\/strong><\/p>\n<p>Notre but: d\u00e9couvrir des auteurs &#8220;, d\u00e9clare Brigitte Aubonnet, la directrice de publication de la revue Encres vagabondes, laquelle existe depuis janvier 1994 et para\u00eet trois fois par an. Un comit\u00e9 de lecture choisit les nouvelles qui sont publi\u00e9es dans la partie &#8221; cr\u00e9ation &#8221; (quatre ou cinq par num\u00e9ro, chacune de dix \u00e0 quinze feuillets). &#8221; Elles nous arrivent par la poste. &#8221; C&#8217;est la porte ouverte aux talents ignor\u00e9s, &#8221; un tremplin pour ceux qui d\u00e9marrent dans l&#8217;\u00e9criture &#8220;. Contact est pris m\u00eame avec les auteurs qui ne sont pas publi\u00e9s &#8221; pour leur apporter un regard ext\u00e9rieur &#8220;. Entreprise g\u00e9n\u00e9reuse. Plaisir aussi, pour le lecteur, des d\u00e9couvertes.<\/p>\n<p> <strong> Annie Saumont: L&#8217;unit\u00e9, c&#8217;est un style <\/strong><\/p>\n<p>Annie Saumont est une de nos meilleures nouvellistes. Elle se consacre exclusivement \u00e0 la nouvelle depuis la fin des ann\u00e9es soixante (1). Elle est d&#8217;une modestie parfaite. Chez elle, pas la moindre intellectualit\u00e9, mais un comportement proche, plut\u00f4t, de celui, impulsif, spontan\u00e9, de certains peintres avec la mati\u00e8re. &#8221; J&#8217;ai toujours du mal \u00e0 parler de mon travail.&#8221;<\/p>\n<p>Quand on l&#8217;interroge sur son engagement absolu pour la nouvelle, elle r\u00e9pond simplement: &#8221; C&#8217;est le genre qui me convient. Au bout de dix pages, j&#8217;ai racont\u00e9 l&#8217;histoire, je n&#8217;ai plus rien \u00e0 dire ! Il m&#8217;arrive m\u00eame de faire des nouvelles d&#8217;une page seulement&#8230; <\/p>\n<p>Le plus \u00e9tonnant, c&#8217;est que, comme elle le dit si bien elle-m\u00eame: &#8221; Certains sujets pourraient faire des romans. <\/p>\n<p>Elle ne cherche pas des th\u00e8mes particuliers, au contraire elle a envie d&#8217;une vari\u00e9t\u00e9 de sujets de modes d&#8217;expression. &#8221; J&#8217;esp\u00e8re qu&#8217;on trouve une unit\u00e9 dans mon style. L&#8217;unit\u00e9, c&#8217;est un style qui tient. &#8221; Pour parler de l&#8217;\u00e9criture, elle a la gourmandise d&#8217;une enfant: &#8221; Quand \u00e7a d\u00e9marre, c&#8217;est tr\u00e8s jouissif. Ecrire des nouvelles, c&#8217;est plus agr\u00e9able que d&#8217;\u00e9crire des romans. On ne reste pas enferm\u00e9, on recommence chaque fois quelque chose de neuf, de diff\u00e9rent. <\/p>\n<p>Ses personnages, &#8221; ils existent d\u00e9j\u00e0, je les attrape dans la vie au passage. &#8221; Ses histoires ? &#8221; tout m&#8217;int\u00e9resse dans la soci\u00e9t\u00e9, au quotidien. Tout vient de l&#8217;ext\u00e9rieur. Il suffit d&#8217;un mot, d&#8217;une impression, d&#8217;une \u00e9motion&#8230; Apr\u00e8s, \u00e7a se fait tout seul&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas un travail acharn\u00e9 de remaniements incessants, pendant des jours, des mois. &#8221; C&#8217;est un travail purement intuitif. Je ne &#8220;choisis&#8221; rien. \u00c7a se fait, et je &#8220;d\u00e9graisse&#8221;&#8230; &#8221; De m\u00eame, elle sent &#8220;quand c&#8217;est fini.&#8221;<\/p>\n<p>Quand on lui dit que ses nouvelles sont plut\u00f4t sombres, teint\u00e9es d&#8217;une lucidit\u00e9 parfois cruelle, elle sourit: &#8221; Bien s\u00fbr. Mais la vie est dure, n&#8217;est-ce pas ? &#8221;<\/p>\n<p> <strong> Mario Pasa: Des livres \u00e0 tiroirs <\/strong><\/p>\n<p>Mario Pasa abolit les fronti\u00e8res entre nouvelle et roman. A trente quatre ans, il a publi\u00e9 deux romans qui utilisent, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, certains apports de la nouvelle.<\/p>\n<p>Le Cabinet des merveilles (Deno\u00ebl, 1995) est constitu\u00e9 de sept &#8221; tiroirs &#8221; (chapitres) qui poss\u00e8dent chacun son histoire. Une heure \u00e0 tuer (Deno\u00ebl, 1998) est en fait &#8221; une longue nouvelle de 127 pages qui repr\u00e9sente un pont entre le premier et le prochain livre &#8220;.<\/p>\n<p>Quel serait votre livre id\u00e9al ?<\/p>\n<p>Il serait compos\u00e9 d&#8217;un ensemble de chapitres qu&#8217;on pourrait lire dans n&#8217;importe quel ordre. &#8221; Au lecteur d&#8217;organiser sa lecture. Autant de livres que de combinaisons. &#8221; Imaginaire morcel\u00e9, temps d\u00e9fait, mais coh\u00e9rence&#8230; &#8221; Le terrain clos de la nouvelle permet de ciseler l&#8217;\u00e9criture, de poser des limites, de travailler, aussi, avec modestie ! &#8221; Son auteur de chevet: Maupassant.<\/p>\n<p> <strong> G.-O. Ch\u00e2teaureynaud: Un art en creux <\/strong><\/p>\n<p>En sixi\u00e8me, pendant les r\u00e9cr\u00e9ations, je racontais d\u00e9j\u00e0 des histoires \u00e0 une quinzaine de copains, c&#8217;\u00e9taient alors des variations sur les Schtroumpfs ! Aujourd&#8217;hui, dans mes romans et mes nouvelles, j&#8217;ai toujours besoin d&#8217;inventer des histoires (c&#8217;est ma voie royale intime), et je crois plus que jamais \u00e0 l&#8217;imagination &#8221; \u00e9lectrique&#8230; &#8221; Une denr\u00e9e h\u00e9las plut\u00f4t rare dans l&#8217;actuelle production litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Le roman ressemble \u00e0 une boule de neige qu&#8217;on pousse en avant et qui ramasse tout sur son parcours. Au contraire, la nouvelle est une chose en soi, qu&#8217;il faut tenir \u00e0 l&#8217;\u00e9cart du tapis de neige, pour lui permettre de se d\u00e9velopper d&#8217;une fa\u00e7on aussi coh\u00e9rente et dense que possible. Ce qui fait une nouvelle, c&#8217;est tout ce qu&#8217;on en retranche, c&#8217;est un art en creux, c&#8217;est d\u00e9s-\u00e9crire. On taille et retaille.<\/p>\n<p>J&#8217;ai publi\u00e9 environ 75 nouvelles, en grande majorit\u00e9 fantastiques et oniriques, mais avec une quantit\u00e9 non n\u00e9gligeable de nouvelles r\u00e9alistes et autobiographiques. Mes recueils ne sont pas constitu\u00e9s par th\u00e8mes, ils suivent simplement l&#8217;ordre chronologique d&#8217;\u00e9criture (2). Je ne cherche pas une unit\u00e9 dans un recueil, mais l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;ensemble de tout ce que j&#8217;\u00e9cris. L&#8217;ordre chronologique est l&#8217;ordre de l&#8217;\u00e9volution int\u00e9rieure. Il y a maintenant une accumulation suffisante de textes, avec mes romans et mes nouvelles, pour que cette unit\u00e9 puisse se d\u00e9gager.<\/p>\n<p>J&#8217;ai \u00e9crit \u00e9galement des nouvelles &#8221; renouvel\u00e9es &#8221; de la mythologie latine et grecque, j&#8217;ai retrait\u00e9 des th\u00e8mes immortels, Orph\u00e9e, Ulysse, etc. Apr\u00e8s trois mill\u00e9naires d&#8217;\u00e9criture personnelle en Occident, comment ne pas recommencer \u00e0 raconter les m\u00eames histoires ? C&#8217;est un trait de notre culture.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, est apparue une g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;auteurs qui, envers et contre tout, ont choisi de s&#8217;exprimer \u00e0 travers la nouvelle \u00e0 un moment o\u00f9 elle se trouvait presque \u00e0 l&#8217;\u00e9tat z\u00e9ro. Quand on fera le bilan de ce dernier quart de si\u00e8cle, on prendra conscience de l&#8217;importance du genre.<\/p>\n<p>1. Dix-sept recueils publi\u00e9s, dont: Si on les tuait ? (Luneau-Ascot 1984, Julliard 1994), la Terre est \u00e0 nous (Ramsay 1987), qui doit \u00eatre repris prochainement chez Gallimard. Je suis pas un camion (Seghers 1989).<\/p>\n<p>2. Parmi la huitaine de recueils publi\u00e9s: le H\u00e9ros bless\u00e9 au bras, Grasset, Nouvelles 1972-1988, Julliard, le Jardin dans l&#8217;\u00eele, Presses de la Renaissance, Librio, le Go\u00fbt de l&#8217;ombre, Actes Sud.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chez nous, la nouvelle est la petite soeur pauvre du roman. Dans l&#8217;ombre des combats glorieux de son grand fr\u00e8re, elle conna\u00eet de br\u00e8ves &#8211; parfois tr\u00e8s belles &#8211; aventures, mais qui restent cach\u00e9es. Pourtant, quand on explore ses jardins secrets, que de d\u00e9couvertes, de r\u00e9v\u00e9lations, de tr\u00e9sors ! 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