{"id":1179,"date":"1999-01-01T00:00:00","date_gmt":"1998-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/syndicalisme1179\/"},"modified":"1999-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-12-31T23:00:00","slug":"syndicalisme1179","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1179","title":{"rendered":"Syndicalisme"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p><strong> Louis Viannet <\/strong>Allons-nous vers une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le travail ne sera plus la valeur dominante, structurante qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui, comme tentent de nous faire croire les tenants de la &#8220;fin du travail&#8221; ? Sommes-nous d\u00e9j\u00e0 dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le travail revaloris\u00e9, plus abstrait, plus intellectuel, mettant plus \u00e0 contribution les capacit\u00e9s des individus \u00e0 communiquer entre eux, \u00e0 g\u00e9rer des \u00e9v\u00e9nements, \u00e0 conduire et contr\u00f4ler des installations et des dispositifs, a rompu avec la logique taylorienne et mobilise les individus sur des ressorts n\u00e9cessairement diff\u00e9rents ?<\/p>\n<p>Y-a-t-il encore place pour un syndicalisme comme celui que nous avons connu pendant les Trente Glorieuses ? D&#8217;aucuns pr\u00e9disent en effet la fin du syndicalisme au profit de mouvements sociaux ext\u00e9rieurs au monde du travail, unissant leurs voix \u00e0 ceux pour qui le concept de classe et donc de syndicalisme de classe n&#8217;est plus op\u00e9ratoire. Autrement dit, dans les entreprises, il n&#8217;y plus gu\u00e8re que des individus dont les int\u00e9r\u00eats seraient convergents puisqu&#8217;il s&#8217;agit avant tout d&#8217;assurer la performance de leur entreprise.<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9e d&#8217;un syndicalisme de classe renvoie dans la tradition marxiste \u00e0 l&#8217;identification d&#8217;int\u00e9r\u00eats antagonistes dessinant deux camps oppos\u00e9s. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, ceux qui d\u00e9tiennent les outils de production (les d\u00e9tenteurs du capital); de l&#8217;autre ceux qui n&#8217;ont que leur force de travail pour vivre. Elle se fonde sur la mise en \u00e9vidence de l&#8217;exploitation des seconds par les premiers et de la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un syndicalisme qui d\u00e9fende les int\u00e9r\u00eats de ceux qui ont en commun de subir la loi du capital.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es ont consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9. Les d\u00e9tenteurs du capital ne sont plus ceux qui, au sein des entreprises d\u00e9finissent et con\u00e7oivent les formes de l&#8217;organisation du travail et de l&#8217;emploi m\u00eame s&#8217;ils p\u00e8sent sur elles par leurs exigences en termes de r\u00e9mun\u00e9ration du capital. La composition du salariat a fortement chang\u00e9, et d\u00e9sormais les ouvriers non qualifi\u00e9s r\u00e9gressent quantitativement, au profit des employ\u00e9s, ouvriers qualifi\u00e9s, techniciens et cadres. Un ch\u00f4mage jusque l\u00e0 in\u00e9gal\u00e9 et une pr\u00e9carisation massive transforment le march\u00e9 du travail. Le travail se transforme et des techniques de plus en plus prefectionn\u00e9es tendent \u00e0 transformer la nature du travail. Les entreprises modernis\u00e9es diffusent des messages manag\u00e9riaux qui insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un consensus, sur l&#8217;\u00e9vidence d&#8217;une communaut\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eats. Un imposant dispositif participatif et une gestion de plus en plus individualis\u00e9e des salari\u00e9s (employ\u00e9s et ouvriers) tendent \u00e0 imposer une repr\u00e9sentation pacifi\u00e9e des rapports entre salari\u00e9s et patrons. Il n&#8217;y a plus que des collaborateurs tous \u00e0 \u00e9galit\u00e9 face aux client-roi. Et chacun, ouvrier, est invit\u00e9 \u00e0 &#8221; n\u00e9gocier&#8221; directement avec son N 1 les objectifs qu&#8217;il s&#8217;engage \u00e0 atteindre, l&#8217;\u00e9valuation de ses performances, les formations personnalis\u00e9es qu&#8217;il souhaite ainsi que les augmentations de salaire qu&#8217;il m\u00e9rite.<\/p>\n<p>Cela implique-t-il que les syndicats doivent acc\u00e9l\u00e9rer leur \u00e9volution et muter en agences de services ? Qu&#8217;ils jouent le jeu de l&#8217;institutionnalisation ? Que la mobilisation sociale est \u00e0 attendre des mouvements sociaux centr\u00e9s sur des questions ext\u00e9rieures au travail ? Ne serait-ce pas prendre pour acquises et av\u00e9r\u00e9es des analyses qui ne prennent en compte qu&#8217;une partie de la r\u00e9alit\u00e9 et gomme toutes ses contradictions violentes ?<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;entreprise &#8221; du troisi\u00e8me type &#8221; et la subjectivit\u00e9 des salari\u00e9s <\/strong><\/p>\n<p>Au sein des entreprises, on a assist\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, sous couvert d&#8217;un puissant mouvement de modernisation, \u00e0 une attaque en r\u00e8gle contre les collectifs de salari\u00e9s, contre les valeurs et la culture de solidarit\u00e9 dont ils sont porteurs. Il s&#8217;agissait de moderniser la subjectivit\u00e9 des salari\u00e9s pour les adapter \u00e0 l&#8217;entreprise &#8221; du troisi\u00e8me type &#8220;. Le d\u00e9ferlement participatif qu&#8217;ont connu les entreprises fran\u00e7aises fut l&#8217;outil privil\u00e9gi\u00e9 de cette bataille identitaire. Explicitement il s&#8217;agissait de faire du pass\u00e9 table rase, mais pour tourner pr\u00e9cis\u00e9ment le dos \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie de la lutte des classes qui a color\u00e9 les trente Glorieuses. De fait, il s&#8217;agit pour les directions modernistes de r\u00e9guler directement les rapports sociaux dans l&#8217;entreprise: les rapports des salari\u00e9s \u00e0 la hi\u00e9rarchie par le dialogue direct, leurs rapports entre eux \u00e0 travers les relations de prestations de service en interne o\u00f9 chacun est li\u00e9 aux autres par la logique du client fournisseur.<\/p>\n<p>Mais cette chasse aux collectifs ne s&#8217;est pas accompagn\u00e9e d&#8217;une v\u00e9ritable remise en cause du taylorisme. Car si l&#8217;on d\u00e9finit le taylorisme comme l&#8217;inscription de la coercition et du contr\u00f4le dans le proc\u00e8s de travail lui-m\u00eame, par la d\u00e9finition pr\u00e9-\u00e9tablie des mani\u00e8res de faire, il appara\u00eet que dans la majorit\u00e9 des cas, les principes de base du taylorisme sont toujours \u00e0 l&#8217;oeuvre. Celui-ci gagne m\u00eame du terrain. Le contr\u00f4le devient de plus en plus efficace avec la fameuse tra\u00e7abilit\u00e9 rendue possible par l&#8217;informatique et qui permet de savoir qui fait quoi, comment et en combien de temps. L&#8217;innovation manag\u00e9riale se manifeste essentiellement par une r\u00e9duction massive de la ligne hi\u00e9rarchique et la responsabilisation des salari\u00e9s sur le poste de travail.<\/p>\n<p> <strong> Le malaise identitaire des salari\u00e9s pris entre des logiques oppos\u00e9es <\/strong><\/p>\n<p>Il en d\u00e9coule des contradictions insurmontables. Les salari\u00e9s sont responsables mais ils n&#8217;ont pas les moyens d&#8217;assumer cette responsabilit\u00e9 car ils ne sont pas en mesure de peser ni sur la conception de leurs t\u00e2ches, de leur poste de travail, ni sur les outils qu&#8217;ils utilisent. Ils sont confront\u00e9s \u00e0 des probl\u00e8mes multiples pour lesquels ils ne peuvent m\u00eame plus b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une hi\u00e9rarchie de plus en plus introuvable.<\/p>\n<p>Et ce dans un contexte de plans sociaux qui n&#8217;en finissent de succ\u00e9der: \u00eatre pris en flagrant d\u00e9lit de non-qualit\u00e9 ou de non- r\u00e9alisation des objectifs peut \u00eatre lourd de cons\u00e9quences, pour les ouvriers, les employ\u00e9s mais aussi les cadres, techniciens et ing\u00e9nieurs. Chacun se trouve en permanence confront\u00e9 \u00e0 cette contradiction majeure entre une responsabilit\u00e9 face \u00e0 une mission, des objectifs et une impossibilit\u00e9 d&#8217;agir v\u00e9ritablement sur la d\u00e9finition de son travail ainsi qu&#8217;une absence de soutien et d&#8217;aide. Ces contradictions existent dans des situations le plus souvent celles de sous-effectifs, cons\u00e9quences des politiques malthusiennes de l&#8217;emploi pratiqu\u00e9es syst\u00e9matiquement.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte une souffrance d\u00e9j\u00e0 bien mise en \u00e9vidence et analys\u00e9e par les ergonomes et psychologues du travail mais aussi les praticiens de l&#8217;entreprise, une souffrance qui a pour contenu la peur, l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 et la culpabilit\u00e9. On se sent coupable de ne pas y arriver, et si l&#8217;on fait partie d&#8217;un plan social, on a le sentiment qu&#8217;on paye pour ses insuffisances. Mais sentiment de culpabilit\u00e9 aussi quand on reste, vis \u00e0 vis de ceux qui partent. Stress, peur, fatigue, tout est v\u00e9cu sur un mode individuel par des salari\u00e9s dont les valeurs collectives et les ressorts de la solidarit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s par une modernisation forcen\u00e9e.<\/p>\n<p> <strong> Renouer les fils de la solidarit\u00e9, dimension de l&#8217;action syndicale <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est un v\u00e9ritable malaise identitaire. Les salari\u00e9s voient leur rep\u00e8res brouill\u00e9es. Qui sont-ils vraiment pour l&#8217;entreprise ? O\u00f9 en sont-ils par rapport \u00e0 elle ? Qui sont leurs alli\u00e9s, qui les menacent ? Il n&#8217;est pas facile d&#8217;y voir clair entre des logiques contradictoires: valorisation et responsabilisation de la personne, dialogue permanent avec la hi\u00e9rarchie, profusion de communication et d&#8217;informations \u00e9manant de la direction, mais contraintes fortes et contr\u00f4le sans merci dans l&#8217;exercice du travail, menace permanente sur l&#8217;emploi, mise en concurrence constante avec les autres salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Classe ou pas classe ? Ces salari\u00e9s ne forment-ils pas un groupe \u00e0 la triste caract\u00e9ristique de partager un sort qui les propulse seuls et d\u00e9sarm\u00e9s face \u00e0 un syst\u00e8me, lequel avance en excluant massivement certains des leurs et en enfermant les autres dans des situations de travail o\u00f9 dominent la peur et le d\u00e9sarroi ? Le syndicalisme n&#8217;a t-il pas un r\u00f4le de premier plan \u00e0 jouer, qui consisterait \u00e0 renouer les fils de la solidarit\u00e9, \u00e0 faire prendre conscience aux salari\u00e9s que ce qu&#8217;ils vivent sur un mode personnel est partag\u00e9 par les autres, que la souffrance est collective et qu&#8217;elle puise son origine dans la fa\u00e7on dont le pouvoir est distribu\u00e9 dans les lieux de travail, dont le travail est organis\u00e9. Autant de dimensions que l&#8217;action collective syndicale doit investir car c&#8217;est l\u00e0 aussi qu&#8217;une partie de ch\u00f4mage s&#8217;origine.<\/p>\n<p>* Sociologue, chercheuse au CNRS.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1179","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1179","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1179"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1179\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1179"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1179"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1179"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}