{"id":11717,"date":"2019-07-15T16:54:15","date_gmt":"2019-07-15T14:54:15","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-nous-l-europe-banquet-des-peuples-de-roland-auzet-totem-et-tabous-d-une-pensee\/"},"modified":"2023-06-23T23:42:42","modified_gmt":"2023-06-23T21:42:42","slug":"article-nous-l-europe-banquet-des-peuples-de-roland-auzet-totem-et-tabous-d-une-pensee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11717","title":{"rendered":"\u00ab Nous, l&#8217;Europe, banquet des peuples \u00bb de Roland Auzet : totem et tabous d&#8217;une pens\u00e9e mourante"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le Festival d\u2019Avignon, c\u2019est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. Du 4 au 28 juillet, on y pense, on y danse, on y joue, on y crie, on y d\u00e9bat. Mais pour quoi faire ? Pablo Pillaud-Vivien est all\u00e9 voir \u00ab Nous, l\u2019Europe, banquet des peuples \u00bb, un spectacle mis en sc\u00e8ne par Roland Auzet, sur un texte de Laurent Gaud\u00e9, dans la Cour du Lyc\u00e9e Saint-Joseph.<\/p>\n<p>L\u2019Europe, ce n\u2019\u00e9tait pas un mauvais sujet. Ce n\u2019est jamais un mauvais sujet, si tant est que l\u2019on sache remplir ce concept avec une histoire, un pr\u00e9sent et une perspective dignes de ce nom. Dans <em>Nous, l\u2019Europe, banquet des peuples<\/em>, un texte de Laurent Gaud\u00e9 mis en sc\u00e8ne par Roland Auzet, c\u2019est exactement l\u00e0 que le b\u00e2t blesse : l\u2019histoire europ\u00e9enne comme celle d\u2019une construction quasi-civilisationnelle autour de valeurs dont on per\u00e7oit mal la pertinence tant elles sont sans cesse bafou\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/culture\/article\/avignon-amitie-d-irene-bonnaud-la-farce-fresque-pour-voir-l-humanite\">\u00ab Amiti\u00e9 \u00bb d\u2019Ir\u00e8ne Bonnaud : une farce-fresque pour voir l\u2019humanit\u00e9<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Et de l\u2019ambition, il y en avait : retrouver le d\u00e9sir pour le r\u00eave europ\u00e9en, recoller les morceaux des restes d\u2019utopie, <em>\u00ab construire ce que nous voulons \u00eatre \u00bb<\/em>. Mais le spectacle ne pose que des questions aux r\u00e9ponses \u00e9videntes : on nous raconte l\u2019horreur des mineurs sous la terre au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, celle des camps de concentration \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930 et pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, celle des conditions de vie des migrants. On nous donne \u00e0 lire et on nous crie \u00ab plus jamais \u00e7a \u00bb, on nous explique que l\u2019Europe, c\u2019est la paix. Dont acte ?<\/p>\n<p>Que nenni, parce qu\u2019on est tous d\u2019accord avec ces constats-l\u00e0 \u2013 hormis quelques moments tr\u00e8s compliqu\u00e9s \u00e0 \u00e9couter o\u00f9 l\u2019on nous ass\u00e8ne que, puisque la guerre avait \u00e9clat\u00e9 \u00e0 cause de rivalit\u00e9s sur le charbon et l\u2019acier, c\u2019est vraiment super qu\u2019on soit arriv\u00e9 \u00e0 s\u2019inventer des int\u00e9r\u00eats convergents sur les m\u00eames bases. Donc vive Robert Schumann et vive la Communaut\u00e9 Europ\u00e9enne du Charbon et de l\u2019Acier (CECA)\u2026 Mais que fait-on du reste ? De tout ce que cela a induit sur le caract\u00e8re lib\u00e9ral de la construction europ\u00e9enne ? Tout ce qui f\u00e2che n\u2019est pas du tout abord\u00e9, ou tr\u00e8s superficiellement voire subrepticement.<\/p>\n<h2>Nommer les responsables<\/h2>\n<p>A plusieurs moments dans le spectacle, les com\u00e9diens crachent sur des noms. Ils le disent d\u2019ailleurs : <em>\u00ab il faut cracher sur ces noms \u00bb<\/em>. De Joseph Goebbels \u00e0 Slobodan Milosevic en passant par L\u00e9opold II de Belgique. Dans le m\u00eame temps, des parall\u00e8les entre la situation actuelle des r\u00e9fugi\u00e9s sur le territoire europ\u00e9en et les camps de concentration sont sugg\u00e9r\u00e9s. Seulement l\u00e0, alors m\u00eame qu\u2019on nous intimait de nommer les bourreaux et les responsables de toutes les trag\u00e9dies historiques qu\u2019a travers\u00e9 l\u2019Europe, rien, pas un mot sur ceux qui, aujourd\u2019hui, sont au pouvoir en Europe. Jamais, on nous dit qu\u2019il faut cracher sur Angela Merkel, Jean-Claude Juncker, Christophe Castaner ou sur Emmanuel Macron. Jamais on ne nomme les bourreaux d\u2019aujourd\u2019hui, celles et ceux qui nous emm\u00e8nent toujours plus loin dans le mur \u2013 comme si n\u2019\u00e9taient responsables que les morts.<\/p>\n<p>Et l\u2019on va m\u00eame plus loin : chaque soir, une personnalit\u00e9 est invit\u00e9e \u00e0 monter sur sc\u00e8ne. Pour incarner l\u2019utopie europ\u00e9enne ? Jugez vous m\u00eame : \u00e0 la premi\u00e8re, c\u2019est l\u2019ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Fran\u00e7ois Hollande qui s\u2019est pr\u00eat\u00e9 au jeu d\u2019un questions-r\u00e9ponses pr\u00e9par\u00e9es avec les com\u00e9diens et, le soir o\u00f9 j\u2019y suis all\u00e9, Enrico Letta, ancien d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en italien mais surtout \u00e9ph\u00e9m\u00e8re pr\u00e9sident du Conseil des ministres d\u2019Italie. On a atteint \u00e0 ce moment l\u2019une des acm\u00e9s du spectacle : pour sauver l\u2019Europe, lui inventer un destin et enfin la rendre d\u00e9sirable, il faudrait instaurer un Erasmus obligatoire pour tous de 3 mois \u00e0 15 ans. Bravo. Tout \u00e0 fait \u00e0 la mesure des urgences&#8230;<\/p>\n<h2>Sauver l\u2019Europe avec un Erasmus obligatoire<\/h2>\n<p>Que le spectacle soit un objet politique avant m\u00eame que d\u2019\u00eatre un objet artistique est un probl\u00e8me bourgeois mais surtout oublieux du r\u00f4le que les artistes ont pu avoir dans l\u2019histoire. L\u00e0 n\u2019est donc pas le probl\u00e8me. Non le probl\u00e8me, il est dans l\u2019absence de proposition politique forte qui d\u00e9passe la simple liste des valeurs sur lesquelles est bas\u00e9e notre coop\u00e9ration, sur l\u2019absence totale de radicalit\u00e9 et de conflictualit\u00e9, sur la non-prise en consid\u00e9ration totale des luttes actuelles : pas un mot sur l\u2019\u00e9cologie, pas un mot sur les services publics, pas un mot sur la mis\u00e8re sociale. Mais c&#8217;est certain que c&#8217;est plus facile de faire chanter tout le monde sur <em>Hey Jude<\/em> des Beatles \u00e0 la fin du spectacle pour susciter les applaudissements en faisant monter le public sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Certes, l\u2019exhaustivit\u00e9 est une chim\u00e8re qui ne sert, disons-le franchement, \u00e0 rien. Mais, si l\u2019on veut \u00e9viter que l\u2019Europe soit <em>\u00ab un r\u00eave de classe \u00bb<\/em> comme c\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 plusieurs fois dans le spectacle, commen\u00e7ons par convoquer ce que les cat\u00e9gories populaires ont vraiment \u00e0 dire, parlons des raisons pour lesquelles, aujourd\u2019hui (et pas tout le temps hier !) elles souffrent, pourquoi elles se battent et pourquoi elles rient. L\u2019Europe n\u2019est pas condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre un totem inane de valeurs paresseuses. Ce peut aussi \u00eatre tout ce que tait ce spectacle : des luttes. Et il y en a partout sur le sol europ\u00e9en. Mais il aurait fallu y pr\u00eater l\u2019oreille plut\u00f4t que de nous ressortir les sempiternelles citations de Stefan Zweig et Simone Weil.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/pablo-pillaud-vivien-2445\"><strong>Pablo Pillaud-Vivien<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11717 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/av1-16f.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/av1-16f-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"av1.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Festival d\u2019Avignon, c\u2019est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. Du 4 au 28 juillet, on y pense, on y danse, on y joue, on y crie, on y d\u00e9bat. Mais pour quoi faire ? 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